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	<title>Revue Theologicum</title>
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	<description>La revue trimestrielle de la Facult&#233; de Th&#233;ologie et de Sciences Religieuses de l'Institut Catholique de Paris</description>
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		<title>Revue Theologicum</title>
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		<title>Lisa Sowle Cahill : une grande figure de la th&#233;ologie morale</title>
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		<dc:creator>Vincent Leclercq</dc:creator>



		<description>Lisa Sowle Cahill est une th&#233;ologienne catholique am&#233;ricaine. Avec son mari Larry, elle a &#233;lev&#233; cinq enfants. Tr&#232;s connue aux &#201;tats-Unis, elle a aussi une renomm&#233;e internationale car ses nombreux ouvrages et articles sont lus ou traduits dans le monde entier. Ses recherches en morale fondamentale, en &#233;thique familiale, en bio&#233;thique ou sur l'enseignement social de l'&#201;glise &#233;clairent les grandes questions de notre temps. Par sa r&#233;flexion, Cahill soutient les combats de ceux qui &#339;uvrent sur le terrain (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Th&#233;ologiens d'aujourd'hui&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lisa Sowle Cahill est une th&#233;ologienne catholique am&#233;ricaine. Avec son mari Larry, elle a &#233;lev&#233; cinq enfants. Tr&#232;s connue aux &#201;tats-Unis, elle a aussi une renomm&#233;e internationale car ses nombreux ouvrages et articles sont lus ou traduits dans le monde entier. Ses recherches en morale fondamentale, en &#233;thique familiale, en bio&#233;thique ou sur l'enseignement social de l'&#201;glise &#233;clairent les grandes questions de notre temps. Par sa r&#233;flexion, Cahill soutient les combats de ceux qui &#339;uvrent sur le terrain dans les domaines de la justice et de la paix. Elle n'h&#233;site d'ailleurs jamais tr&#232;s longtemps pour r&#233;pondre &#224; leur invitation et les rejoindre sur tous les continents. Apr&#232;s avoir grandi en Virginie du Nord, Lisa Cahill fait ses &#233;tudes en Californie puis &#224; Chicago o&#249; elle &#233;crit une th&#232;se de doctorat sous la direction du moraliste protestant James Gustafson. Elle en garde une rigueur intellectuelle, une solide r&#233;f&#233;rence aux &#201;critures et une ouverture au dialogue. Son parcours de th&#233;ologienne f&#233;ministe l'incite &#224; pratiquer une th&#233;ologie morale engag&#233;e. Elle repr&#233;sente un mod&#232;le pour des la&#239;cs investis dans la th&#233;ologie universitaire et ins&#233;r&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Elle enseigne au Boston College depuis 1976. Successivement, la Catholic Theological Society of America puis la Society of Christian Ethics l'ont choisie comme pr&#233;sidente. Elle est aussi membre de l'Acad&#233;mie am&#233;ricaine des arts et sciences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette conf&#233;rence prononc&#233;e devant plus de 400 th&#233;ologiens moralistes catholiques venus du monde entier et rassembl&#233;s &#224; Padoue (Italie) en juillet 2006, Cahill invite &#224; un double d&#233;placement. Elle nous fait d'abord entendre la difficult&#233; du travail th&#233;ologique dans le contexte des &#201;tats-Unis. Elle rejoint ainsi bon nombre de ses coll&#232;gues moralistes qui s'inqui&#232;tent l&#224;-bas des injustices ou des in&#233;galit&#233;s croissantes s&#233;vissant dans la plus ancienne d&#233;mocratie du monde. Par son regard, elle nous convie surtout &#224; &#233;valuer l'&#233;mergence d'un pluralisme in&#233;dit tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur de l'&#201;glise. Depuis le dernier concile, le pluralisme s'est traduit par une &#171; &#233;volution &#187; de la morale comme discipline th&#233;ologique, mais sans changement de paradigme. Avec l'apparition d'autres cultures et de nouvelles mani&#232;res de vivre sa foi, le pluralisme s'est accentu&#233; &#224; tel point qu'il repr&#233;sente une nouvelle donne en m&#234;me temps qu'un redoutable d&#233;fi, provoquant une v&#233;ritable &#171; r&#233;volution &#187; dans la pratique des th&#233;ologiens moralistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;marche de Lisa Cahill est d'un int&#233;r&#234;t majeur pour les &#233;tudiants du cycle C lorsqu'ils abordent la th&#233;ologie morale &#224; la fin de leur parcours, actuellement en sixi&#232;me ann&#233;e. Souvent, cette discipline les intimide tant elle leur para&#238;t exotique. Ils ne voient pas d'embl&#233;e comment s'approprier toute la richesse de la tradition chr&#233;tienne dans cette discipline. Spontan&#233;ment, ils estiment que la morale de l'&#201;glise n'est pas en mesure de les rejoindre dans leur vie r&#233;elle. Ils la jugent souvent trop &#233;loign&#233;e de ce que vivent nos contemporains. Et ils peinent &#224; voir ce que l'intelligence de la foi pourrait leur offrir dans le domaine concret de l'agir ou comment la suite du Christ pourrait transformer leurs conduites individuelles et collectives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Engag&#233;s dans leurs activit&#233;s professionnelles, familiales ou sociales, souvent d'un haut niveau de responsabilit&#233;, ils sont confront&#233;s &#224; diff&#233;rents syst&#232;mes de r&#232;gles et &#233;coles de pens&#233;es, &#224; diverses visions du monde souvent incompatibles. Ce pluralisme peut devenir d&#233;routant. Du c&#244;t&#233; de la th&#233;ologie, le malaise redouble car l&#224; aussi, il leur faut vite renoncer &#224; un champ normatif unique. Pour autant, chacun n'est pas renvoy&#233; &#224; l'isoloir de sa conscience. La loi naturelle est un des apports qui leur permet de comprendre cette &#171; uni-diversit&#233; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Dieu aime l'unidivers &#187;, in : Avance en eau profonde ! (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] &#187; de l'agir humain et de mieux situer la v&#233;ritable objectivit&#233; de la morale chr&#233;tienne. Ils d&#233;couvrent finalement &#224; travers ce pluralisme un appel persistant &#224; r&#233;aliser pleinement leur propre humanit&#233;. C'est l&#224; qu'une r&#233;flexion comme celle de Lisa Cahill devient &#233;clairante et pertinente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;couverte du pluralisme, &#224; la fois social et moral, s'effectue en effet toujours au prix d'un d&#233;placement, v&#233;ritable exp&#233;rience de l'alt&#233;rit&#233;. Leur d&#233;marche spontan&#233;e les portera dans un premier temps &#224; compl&#233;ter leur conception classique de la morale chr&#233;tienne, en partant de principes universels et en allant vers leur application aux questions concr&#232;tes de la vie. Mais cela est insuffisant. Il leur faut dans un deuxi&#232;me temps consid&#233;rer une autre d&#233;marche, plus inductive. Avec courage et humilit&#233;, ils doivent apprendre &#224; analyser leurs propres pratiques et oser affronter celles du monde dans lequel ils vivent. Ces pratiques sont-elles coh&#233;rentes avec les notions de bien commun et de dignit&#233; de toute vie humaine ? Puisent-elles suffisamment &#224; la source des &#201;critures ? Sont-elles fid&#232;les &#224; l'appel de J&#233;sus &#224; &#234;tre davantage libres et solidaires de son prochain ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;pla&#231;ant leur conception de la morale, diversement situ&#233;e entre l'opposition un peu facile aux positions du magist&#232;re et le repli plus ou moins ambigu sur une identit&#233; chr&#233;tienne d'un pass&#233; r&#233;volu, ils ne peuvent plus se dispenser d'une r&#233;flexion chr&#233;tienne plus profonde sur ce qu'ils font et sont appel&#233;s &#224; devenir dans un monde pluraliste, de plus en plus complexe, et dont les mutations s'acc&#233;l&#232;rent chaque jour davantage. Cette recherche in&#233;dite les conduit aux confins de ce qu'ils c&#233;l&#232;brent du myst&#232;re de Dieu et de ce qu'ils vivent. Dans une juste articulation entre raison et foi, entre nature et gr&#226;ce, ils sont amen&#233;s &#224; puiser dans la double nature de J&#233;sus, vrai Dieu et vrai homme, le v&#233;ritable sens de leur vie. Les r&#233;cits &#233;vang&#233;liques, les pratiques des communaut&#233;s chr&#233;tiennes, en viennent &#224; fa&#231;onner un nouvel &#234;tre, individuel et collectif, soucieux de r&#233;pondre aux grands d&#233;fis &#233;thiques actuels : exclusion des plus fragiles, sauvegarde de la cr&#233;ation, respect de la vie et de la famille, sida&#8230; Autant de situations in&#233;dites o&#249; les positionnements moraux individuels doivent s'&#233;clairer &#224; partir de leur contexte sociopolitique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un tel contexte, Lisa Cahill fixe une t&#226;che essentielle pour le th&#233;ologien de la morale, qu'il soit un enseignant-chercheur ou un apprenti dans la discipline, clerc ou la&#239;c. Le moraliste doit &#234;tre au service de la vie et stimuler l'esp&#233;rance de l'homme. Il devient l'acteur d'une morale autant th&#233;ologique que th&#233;ologale puisqu'une telle esp&#233;rance a sa source dans la foi et dans l'amour. Cahill prend soin de d&#233;cliner cette esp&#233;rance pour ceux qui peinent sur le chemin de l'existence. Cela lui permet de d&#233;passer le d&#233;bat entre &#233;thique autonome et &#233;thique de la foi. L'option &#233;vang&#233;lique de prendre soin du plus petit r&#233;sonne alors comme un appel pour comprendre le lien entre l'acte de foi et l'agir de l'homme. L'&#233;thique devient un lieu th&#233;ologique pour discerner l'action de l'Esprit Saint dans ce monde. Cahill renvoie pour ce discernement &#224; l'image du Royaume de Dieu qui &#171; fait irruption &#187; dans la vie concr&#232;te de l'homme. Si ce r&#244;le du th&#233;ologien moraliste est pr&#233;cieux, il n'est plus le monopole des th&#233;ologiens professionnels. La morale chr&#233;tienne est une dynamique engag&#233;e sur tout chemin de vie, tout chemin de foi, et par-dessus tout elle exige une conversion &#224; l'autre dans ce qu'il a de plus fragile et dans ce qui lui est d&#251;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Cahill, les intuitions de l'enseignement social de l'&#201;glise catholique, notamment &#224; travers les notions de bien commun et de participation jusqu'au plus petit, sont en mesure de transformer le monde. Une telle esp&#233;rance explique l'engagement du th&#233;ologien moraliste contemporain, fondant &#224; la fois sa r&#233;flexion et son action devant Dieu et devant ses fr&#232;res. Il s'agit pour lui de mettre en lumi&#232;re ce qui brille d&#233;j&#224; dans la vie de l'autre, cette pr&#233;sence du Christ J&#233;sus qui, de la mort sur la croix &#224; la R&#233;surrection au matin de P&#226;ques, informe et transforme toute vie. Pour les la&#239;cs du cycle C, il s'agit aussi de mettre en &#339;uvre ce pour quoi la r&#233;flexion de th&#233;ologie morale est faite et &#233;tudi&#233;e : elle est au service d'une vie habit&#233;e par cette pr&#233;sence divine o&#249; chacun est aim&#233; pour ce qu'il est et appel&#233; &#224; grandir en humanit&#233; &#224; partir de l&#224; o&#249; il est.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Dieu aime l'unidivers &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Avance en eau profonde ! Carnet spirituel&lt;/i&gt;, Paris, Descl&#233;e de Brouwer / &#201;d. du Cerf, 1997, p. 24-28.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La liturgie et la formation des identit&#233;s morales</title>
		<link>http://www.catho-theo.net/spip.php?article264</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Bordeyne</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Philippe Bordeyne, professeur de Th&#233;ologie morale et doyen du Theologicum, rend disponible en fran&#231;ais un article initialement paru en allemand, dans lequel il interroge le rapport contrast&#233; entre la liturgie et l'&#233;thique dans les th&#233;ologies contemporaines.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Philippe Bordeyne, professeur en th&#233;ologie morale et doyen du Theologicum, Facult&#233; de th&#233;ologie et de sciences religieuses de l'Institut catholique de Paris, rend disponible pour la revue du Theologicum l'article initialement publi&#233; en allemand sous le titre &#171; Die Liturgie und die Bildung moralischer Identit&#228;ten &#187; dans l'ouvrage &lt;i&gt;Konkrete Identit&#228;t : Vergewisserungen des individuellen Selbst&lt;/i&gt;, Gerhard Droesser, Ralf Lutz, Jochen Sautermeister (Hrsg.), Franckfurt am Main, 2009, Moderne Relationen Band 10, p. 257-274.
Dans cet article sur la liturgie et la formation des identit&#233;s morales, Philippe Bordeyne met en lumi&#232;re la place contrast&#233;e de la liturgie dans la th&#233;ologie morale contemporaine, entre les approches communautariennes et le renouveau de l'&#233;thique des vertus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;*&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appropriation progressive, par la th&#233;ologie morale catholique des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, de l'&#233;difice normatif con&#231;u par les Lumi&#232;res a fini par masquer la contribution tr&#232;s originale du christianisme &#224; la formation morale des sujets, notamment par ses pratiques cat&#233;ch&#233;tiques, liturgiques et sacramentelles, ou par ses &#339;uvres de charit&#233;. R&#233;cemment encore, le sujet moral semblait pouvoir &#234;tre tenu pour acquis, tant dans ses capacit&#233;s rationnelles-pratiques que dans sa qu&#234;te de maximes d'action universalisables. Mais &#224; l'aube du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le pluralisme des normes et des syst&#232;mes de l&#233;gitimation conduit les moralistes &#224; s'interroger &#224; nouveaux frais sur la gen&#232;se des comp&#233;tences morales subjectives [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Volker EID (Hrsg.), Moralische Kompetenz : Chancen der Moralp&#228;dagogik in (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Dans cette perspective, l'&#233;thique des vertus suscite un regain d'attention car elle &#233;largit le spectre des questions susceptibles d'inciter les sujets &#224; viser le bien et &#224; s'efforcer de l'accomplir [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Vincent LECLERCQ, &#171; La morale des vertus dans la formation des futurs (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Lorsque le respect de la loi n'est plus int&#233;rioris&#233; comme dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, la probl&#233;matique de l'identit&#233; appara&#238;t plus &#224; m&#234;me de donner le go&#251;t de l'aventure &#233;thique dans un monde complexe. Celle-ci suppose que l'on apprenne &#224; combiner toute une palette de vertus pour r&#233;aliser le projet de l'identit&#233; humaine dans les contextes concurrentiels o&#249; se tissent nos vies concr&#232;tes [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='James F. KEENAN, &#171; Vertu et identit&#233; &#187;, Concilium, n&#176; 285, octobre 2000, p. (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Dans son rapport &#224; l'&#201;criture et aux sources traditionnelles, la th&#233;ologie morale doit tenir compte de ces d&#233;placements. Le l&#233;giste de l'&#201;vangile de Luc, familier de l'univers normatif, pouvait demander &#224; J&#233;sus : &#171; Que dois-je faire pour avoir part &#224; la vie &#233;ternelle ? &#187; (Lc 10, 25). Mais aujourd'hui, l'entr&#233;e dans l'&#233;thique chr&#233;tienne proc&#232;de d'une question sensiblement diff&#233;rente : &#171; Qui pourrai-je devenir si je marche &#224; la suite du Christ ? &#187; De nature &#224; guider le sujet tout au long de sa structuration &#233;thique, le questionnement sur l'identit&#233; appara&#238;t comme le v&#233;ritable ressort p&#233;dagogique du r&#233;cit du bon samaritain, un ressort que d&#233;voile l'invitation de J&#233;sus &#224; oser l'imagination analogique : &#171; Va et fais de m&#234;me &#187; (Lc 10, 37) [&lt;a href='#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='William C. SPOHN, Go and Do Likewise : Jesus and Ethics, New York, (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t croissant des th&#233;ologiens moralistes pour la liturgie s'inscrit dans cette interrogation sur les ressources que contient la foi v&#233;cue pour former les sujets &#224; la vie morale dans la condition postmoderne. Il faut revenir au contexte natif de cette probl&#233;matique, dans les &#201;tats-Unis des ann&#233;es 1970, pour en ressaisir les enjeux de th&#233;ologie morale fondamentale. Loin du d&#233;bat qui, dans l'espace catholique, opposait alors les d&#233;ontologistes aux r&#233;visionnistes sur la mani&#232;re d'interpr&#233;ter la loi morale, le courant communautarien protestant mettait en &#233;vidence l'influence de l'&#233;thos communautaire sur les dispositions morales subjectives. Cette &#233;thique du caract&#232;re &lt;i&gt;(character)&lt;/i&gt; se r&#233;appropriait les vertus de la tradition aristot&#233;licienne, non sans les r&#233;interpr&#233;ter selon une perspective narrative. Les r&#233;cits bibliques n'&#233;taient plus seulement envisag&#233;s en tant qu'ils suscitent des attitudes morales, inspirent de belles motivations et soutiennent les personnes dans la pratique g&#233;n&#233;reuse du bien : ils intriguaient d&#233;sormais par leur capacit&#233; &#224; faire &#233;merger des identit&#233;s narratives. En tant qu'espace communautaire o&#249; la Parole est proclam&#233;e et pr&#234;ch&#233;e, la liturgie devenait un lieu th&#233;ologique de premi&#232;re importance pour la r&#233;flexion morale. Aujourd'hui, les accents apparaissent contrast&#233;s au sein de ce courant communautarien qui revalorise les vertus en les rapportant &#224; leur contexte confessant. Certains th&#233;ologiens moralistes insistent davantage sur le r&#244;le matriciel de l'&#233;thos communautaire et sur la particularit&#233; des caract&#232;res qu'il engendre. D'autres s'attachent &#224; mettre en lumi&#232;re le r&#244;le jou&#233; par les sujets dans leur propre formation, lorsqu'ils se r&#233;approprient une tradition narrative de mani&#232;re singuli&#232;re et critique. Nous nous attacherons ici &#224; pr&#233;senter ces deux tendances qui traversent le courant communautarien, car elles commandent largement la mani&#232;re dont la liturgie est abord&#233;e en tant qu'espace de constitution de l'identit&#233; &#233;thique. Cela nous permettra ensuite de d&#233;gager des diff&#233;rences significatives au sein de l'int&#233;r&#234;t actuel pour la liturgie et de d&#233;signer quelques pistes de recherche novatrices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais avant d'emprunter ce chemin, observons que la liturgie occupe une place pour le moins contrast&#233;e dans le paysage contemporain de la th&#233;ologie morale. Si elle retient l'attention de certains th&#233;ologiens moralistes, elle demeure absente de l'horizon d'autres auteurs. Il en r&#233;sulte des divergences importantes dans la mani&#232;re m&#234;me de concevoir l'&#233;thique th&#233;ologique, comme le montre la comparaison entre deux ouvrages r&#233;cents d'introduction faisant tous deux appel &#224; des contributeurs protestants et catholiques. Le &lt;i&gt;Cambridge Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Robin Gill retient le sch&#233;ma classique d'une &#233;thique th&#233;ologique qui, &#224; partir du fondement de l'&#201;criture, d&#233;veloppe des m&#233;thodes et des concepts propres &#224; guider le jugement moral dans une soci&#233;t&#233; pluraliste [&lt;a href='#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin GILL (ed.), The Cambridge Companion to Christian Ethics, Cambridge, (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. La liturgie ne figure pas dans ce sch&#233;ma d'exposition, car l'&#201;criture est envisag&#233;e comme corpus de R&#233;v&#233;lation plut&#244;t que comme Parole proclam&#233;e dans la liturgie. Rowan Williams est le seul &#224; s'arr&#234;ter, dans sa contribution, au fait que l'&#233;thique chr&#233;tienne se forge dans &#171; une foi et un culte communs &#187;, mais c'est plut&#244;t pour arguer que les diff&#233;rences historiques et culturelles accumul&#233;es dans les mani&#232;res de croire et de c&#233;l&#233;brer posent aux fid&#232;les chr&#233;tiens le d&#233;fi de l'unit&#233; [&lt;a href='#nb1-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 13-14.' id='nh1-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. En contraste, le &lt;i&gt;Blackwell Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt; co&#233;dit&#233; par Stanley Hauerwas et Samuel Wells s'appuie sur la conviction que &#171; la liturgie est une pratique communautaire qui permet de discerner le bien &#187;, de telle sorte que l'&#233;thique chr&#233;tienne y est envisag&#233;e comme une &#171; pri&#232;re inform&#233;e [&lt;a href='#nb1-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS &amp; Samuel WELLS (eds.), The Blackwell Companion to (...)' id='nh1-7'&gt;7&lt;/a&gt;] &#187;. Les auteurs estiment que le culte c&#233;l&#233;br&#233; en commun fa&#231;onne le caract&#232;re des chr&#233;tiens et l'esprit de la communaut&#233;. Ils s'attachent &#224; d&#233;montrer que les rites qui se succ&#232;dent dans l'eucharistie poss&#232;dent, chacun &#224; sa fa&#231;on, un pouvoir de formation &#233;thique que la th&#233;ologie morale a pour t&#226;che de mettre en lumi&#232;re, afin d'en permettre le red&#233;ploiement conscient dans les communaut&#233;s chr&#233;tiennes. Ces divergences incitent &#224; revenir aux raisons qui ont conduit le courant communautarien &#224; s'int&#233;resser &#224; la liturgie et &#224; son potentiel de formation &#233;thique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La formation communautaire du caract&#232;re dans la liturgie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1979, le &lt;i&gt;Journal of Religious Ethics&lt;/i&gt; rendit public le d&#233;bat qui opposait les th&#233;ologiens moralistes sur les rapports entre &#233;thique et liturgie. Quand les protestants soulev&#232;rent la question, les catholiques eurent tendance &#224; r&#233;agir en fonction de l'opposition postconciliaire entre morale de la foi et morale autonome. Avant le concile, Bernard H&#228;ring s'&#233;tait appuy&#233; sur une th&#233;ologie de la vie sacramentelle pour insuffler dans la morale des manuels une dynamique pneumatologique et th&#233;ologale [&lt;a href='#nb1-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Bernard H&#196;RING, La Loi du Christ. Th&#233;ologie morale &#224; l'intention des pr&#234;tres et (...)' id='nh1-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Il cherchait &#224; d&#233;passer la probl&#233;matique du confessionnal, excessivement focalis&#233;e sur les commandements &#224; observer et le p&#233;ch&#233; &#224; &#233;viter. Mais le concile Vatican II d&#233;pla&#231;a la question en abordant la morale de mani&#232;re plus eccl&#233;siologique. Face au soup&#231;on marxiste encore vivace dans les ann&#233;es 1960, la constitution pastorale &lt;i&gt;Gaudium et Spes &lt;/i&gt;soulignait les exigences &#233;thiques contenues dans l'esp&#233;rance d'une vie apr&#232;s la mort et elle appelait les chr&#233;tiens &#224; s'engager dans la soci&#233;t&#233; pour r&#233;pondre aux d&#233;fis du pr&#233;sent [&lt;a href='#nb1-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Gaudium et Spes, n&#176; 39.' id='nh1-9'&gt;9&lt;/a&gt;]. Les moralistes catholiques de l'apr&#232;s-concile relay&#232;rent ce mouvement d'ouverture au monde, soit en relan&#231;ant le dialogue inaugur&#233; au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle entre le kantisme et le thomisme transcendantal [&lt;a href='#nb1-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Alfons AUER, Autonome Moral und christlicher Glaube, D&#252;sseldorf, (...)' id='nh1-10'&gt;10&lt;/a&gt;], soit en revisitant la casuistique moderne et en l'ouvrant aux questions complexes de la biom&#233;decine [&lt;a href='#nb1-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Richard MCCORMICK, Ambiguity in Moral Choice, Milwaukee, Marquette (...)' id='nh1-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Quand les moralistes protestants mirent en avant la question de la liturgie, les catholiques eurent le sentiment d'un retour en arri&#232;re, comme si la th&#233;ologie morale se r&#233;fugiait dans la sacristie apr&#232;s avoir os&#233; se risquer sur la place publique. La th&#233;ologienne catholique Margaret Farley, qui appartenait au courant f&#233;ministe, s'&#233;tonna qu'on puisse croire en une liturgie &#171; formatrice &#187; pour l'&#233;thique lorsque tant de fid&#232;les d&#233;sertaient le culte, lass&#233;s de rites &#233;trangers &#224; l'exp&#233;rience ordinaire et scandalis&#233;s par une &#201;glise patriarcale qui exer&#231;ait sa violence discriminatrice jusque dans le sanctuaire [&lt;a href='#nb1-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Margaret A. FARLEY, &#171; Beyond the Formal Principle : A Reply to Ramsey and (...)' id='nh1-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les th&#233;ologiens protestants posaient &#224; l'&#201;glise la question de sa fid&#233;lit&#233; &#224; l'&#201;vangile : ils lui reprochaient d'avoir endoss&#233; les probl&#233;matiques de la modernit&#233;, qui &#233;carte toute tradition au b&#233;n&#233;fice de la libert&#233; subjective, et de s'&#234;tre ainsi coup&#233;e des sources vives de la foi confess&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e. Lorsque le moraliste Paul Ramsey stigmatisait l'appauvrissement de la liturgie et son incapacit&#233; &#224; exercer son influence b&#233;n&#233;fique sur l'agir [&lt;a href='#nb1-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul RAMSEY, &#171; Liturgy and Ethics &#187;, Journal of Religious Ethics, 7/2, 1979, (...)' id='nh1-13'&gt;13&lt;/a&gt;], il s'appuyait notamment sur la red&#233;couverte r&#233;cente des &#233;crits du puritain am&#233;ricain Jonathan Edwards. Celui-ci avait, contrairement &#224; sa r&#233;putation de rigorisme, r&#233;habilit&#233; l'aspiration au bonheur chez les croyants et l&#233;gitim&#233; leur d&#233;sir de recevoir les qualit&#233;s humaines et divines que le Christ leur communique lorsqu'ils se r&#233;unissent pour &#233;couter la Parole de Dieu [&lt;a href='#nb1-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul RAMSEY, &#171; Self-Love, Love of Happiness, Love to God and to Neighbor &#187;, (...)' id='nh1-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Et lorsque le liturgiste Don Saliers d&#233;veloppait l'id&#233;e que le culte communautaire fa&#231;onne le caract&#232;re des croyants [&lt;a href='#nb1-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Don E. SALIERS, &#171; Liturgy and Ethics : Some New Beginnings &#187;, Journal of (...)' id='nh1-15'&gt;15&lt;/a&gt;], il adoptait les th&#232;ses communautariennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1970, le th&#233;ologien m&#233;thodiste Stanley Hauerwas, &#233;l&#232;ve de James Gustafson, qui l'avait initi&#233; au ressourcement de l'&#233;thique th&#233;ologique dans l'&#201;criture, faisait valoir l'importance de la notion de caract&#232;re, en tant qu'elle traduit l'influence des motivations et des croyances sur la capacit&#233; d'agir [&lt;a href='#nb1-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, Character and the Christian Life, San Antonio, Trinity (...)' id='nh1-16'&gt;16&lt;/a&gt;]. Huit ans plus tard, revenant sur la notion de caract&#232;re dans son ouvrage d'introduction &#224; l'&#233;thique chr&#233;tienne, Hauerwas insistait sur le fait que la &#171; capacit&#233; d'agir &#187; &lt;i&gt;(agency)&lt;/i&gt; ne saurait &#234;tre attribu&#233;e &#224; un Soi qui surplomberait sa propre histoire et celle de sa communaut&#233; : &#171; La &#171; capacit&#233; d'agir &#187; d&#233;signe simplement notre capacit&#233; &#224; habiter notre propre caract&#232;re [&lt;a href='#nb1-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, The Peaceable Kingdom : A Primer in Christian Ethics, (...)' id='nh1-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. &#187; Dans cette d&#233;finition qui frise la tautologie (le caract&#232;re habilite au caract&#232;re), Hauerwas manifeste sa volont&#233; de r&#233;introduire, face &#224; l'id&#233;al moderne d'&#233;mancipation, les conditions de possibilit&#233; historiques et communautaires de l'&#233;mergence du sujet moral : l'&#233;thique th&#233;ologique doit se r&#233;approprier la particularit&#233; de son enracinement eccl&#233;sial. La mise en valeur de la contribution de la liturgie &#224; la formation &#233;thique des fid&#232;les s'inscrit dans ce contexte pol&#233;mique. Le culte chr&#233;tien contient de multiples affirmations &#171; au sujet de Dieu, en un temps et en un lieu d&#233;termin&#233;s [&lt;a href='#nb1-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 35.' id='nh1-18'&gt;18&lt;/a&gt;] &#187;, de telle sorte qu'il maintient concr&#232;tement l'unit&#233; de la foi et de l'&#233;thique face &#224; la critique moderne qui pr&#233;tend les dissocier [&lt;a href='#nb1-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, &#171; How &#8220;Christian Ethics&#8221; Came to Be &#187; (1997), in : The (...)' id='nh1-19'&gt;19&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;voquons quelques caract&#233;ristiques de cette &#233;thique communautarienne, afin de pr&#233;venir les contresens sur le rapport qu'elle entretient avec la liturgie. En appeler au culte n'est pas une strat&#233;gie de refuge dans un &#238;lot communautaire, &#224; l'abri des tensions et de la violence. Hauerwas fait au contraire de la situation conflictuelle de l'&#233;thique contemporaine, condamn&#233;e &#224; un interminable d&#233;bat, le point de d&#233;part de l'&#233;thique chr&#233;tienne et le d&#233;fi qu'il lui faut relever dans un monde ayant perdu ses certitudes pr&#233;-modernes. Avec le sociologue Peter Berger, Hauerwas attribue ce chaos &#224; un &#233;cart&#232;lement entre libert&#233; et d&#233;terminisme, l'homme postmoderne &#233;tant &lt;i&gt;oblig&#233; de choisir&lt;/i&gt; entre des convictions dont il sait qu'elles sont toutes frapp&#233;es au coin de &lt;i&gt;l'arbitraire &lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Peter L. BERGER, The Heretical Imperative : Contemporary Possibilities of (...)' id='nh1-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Le recentrement sur la communaut&#233; chr&#233;tienne n'est pas une fuite de l'angoisse contemporaine, mais la d&#233;cision de la vivre dans la foi au myst&#232;re pascal [&lt;a href='#nb1-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, The Peaceable Kingdom, p. 16.' id='nh1-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Cela implique une disponibilit&#233; collective &#224; ce que l'identit&#233; de chacun soit fa&#231;onn&#233;e par le r&#233;cit de la vie, de la mort et de la r&#233;surrection de J&#233;sus. D&#232;s lors, la communaut&#233; n'est pas un r&#233;servoir de doctrines ou de visions du monde pr&#233;d&#233;termin&#233;es. Elle est le cadre historique qui habilite les fid&#232;les &#224; inscrire leur propre vie dans l'histoire de J&#233;sus et &#224; en recevoir le potentiel d'imagination morale. Hauerwas fait pr&#233;cis&#233;ment valoir la force critique du r&#233;cit de J&#233;sus &#224; l'&#233;gard de tous les discours christologiques. Ce r&#233;cit ne commence pas avec J&#233;sus lui-m&#234;me, mais avec Isra&#235;l, si bien que la structure chr&#233;tienne de l'accomplissement des &#201;critures conteste toute r&#233;duction de l'imitation du Christ &#224; une quelconque copie du mod&#232;le. De m&#234;me que J&#233;sus r&#233;capitule la vie d'Isra&#235;l et se pr&#233;sente comme l'h&#233;ritier du Royaume qu'il annonce, de m&#234;me les chr&#233;tiens renoncent &#224; circonscrire le sens &#233;thique du r&#233;cit de J&#233;sus, qui se d&#233;ploie dans l'histoire du monde. La r&#233;surrection est la confirmation, par Dieu, que toute la vie de J&#233;sus est &#171; parfaitement fid&#232;le &#224; sa vocation d'annoncer le Royaume de Dieu et de le rendre pr&#233;sent [&lt;a href='#nb1-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 79.' id='nh1-22'&gt;22&lt;/a&gt;] &#187;. Ce faisant, Dieu appose son sceau sur la dynamique d'accomplissement du Royaume de paix annonc&#233; par le proph&#232;te Isa&#239;e, dans l'attente des temps eschatologiques. La liturgie, en tant qu'elle replace le r&#233;cit de J&#233;sus dans l'esp&#233;rance d'Isra&#235;l, garantit la consistance historique de l'&#233;thique chr&#233;tienne et son ouverture &#224; un avenir qui d&#233;borde les fronti&#232;res de la communaut&#233; d&#233;j&#224; rassembl&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t des communautariens pour la liturgie comme espace vivant de l'&#233;laboration eccl&#233;siale de l'&#233;thique chr&#233;tienne n'est donc pas anecdotique. D&#232;s le d&#233;part, il est au centre de leur d&#233;marche. Pourtant, les enjeux du culte chr&#233;tien pour la formation &#233;thique des sujets ne s'affinent que progressivement. La parution r&#233;cente du &lt;i&gt;Blackwell Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt; est un jalon suppl&#233;mentaire dans cette direction. Hauerwas et Wells y abordent explicitement la liturgie comme &#171; pratique communautaire qui habilite &#224; discerner le bien &#187;, alors que cette d&#233;finition demeurait &#224; l'&#233;tat d'implicite dans &lt;i&gt;Le Royaume de paix&lt;/i&gt;. Ce n'est plus seulement le caract&#232;re narratif de l'&#233;thique chr&#233;tienne qui ouvre la voie &#224; l'&#233;tude de la liturgie, mais l'inscription du r&#233;cit de la vie, de la mort et de la r&#233;surrection du Christ dans des rites sp&#233;cifiques. D&#232;s lors, la parole proclam&#233;e et pr&#234;ch&#233;e renvoie &#224; la fa&#231;on dont chaque fid&#232;le est liturgiquement et corporellement introduit dans la communaut&#233; en pri&#232;re. Les auteurs analysent l'insertion des rites dans l'espace et dans le temps de la c&#233;l&#233;bration. Ils n'h&#233;sitent plus &#224; envisager les actions liturgiques sous leur aspect kin&#233;tique [&lt;a href='#nb1-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS &amp; Samuel WELLS (eds.), The Blackwell Companion to (...)' id='nh1-23'&gt;23&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'influence des &#233;l&#232;ves catholiques de Hauerwas [&lt;a href='#nb1-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Lisa Sowle CAHILL, &#171; L'&#233;thique communautarienne et le catholicisme am&#233;ricain (...)' id='nh1-24'&gt;24&lt;/a&gt;], tenus de penser leur th&#233;ologie morale dans le cadre d'un &lt;i&gt;ordo liturgique &lt;/i&gt;plus strict que les protestants de la mouvance &#171; &lt;i&gt;low Church&lt;/i&gt; &#187;, est ici manifeste. D'un point de vue &#233;pist&#233;mologique, le potentiel formateur de la communaut&#233; est d&#233;sormais ancr&#233; dans le contexte des c&#233;l&#233;brations concr&#232;tes. Au lieu de traiter de la communaut&#233; en g&#233;n&#233;ral, on examine une assembl&#233;e en train de se constituer dans les salutations fraternelles ou dans le chant d'entr&#233;e. Le fait que l'histoire de la communaut&#233; chr&#233;tienne soit tiss&#233;e de violence et que celle-ci soit malgr&#233; tout pardonn&#233;e par Dieu, d&#233;j&#224; identifi&#233; par Hauerwas comme un aspect central de la formation chr&#233;tienne du caract&#232;re [&lt;a href='#nb1-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, The Peaceable Kingdom, p. 46.' id='nh1-25'&gt;25&lt;/a&gt;], est d&#233;sormais envisag&#233; &#224; partir du rituel de la confession des p&#233;ch&#233;s, par lequel s'ouvre l'eucharistie. On pourrait dire que l'&#233;tude de la liturgie restitue aux communaut&#233;s le versant charnel de la foi et, par l&#224;, du caract&#232;re. Sont remis &#224; l'honneur : la voix qui proclame, pr&#234;che, demande pardon et glorifie ; l'oreille qui &#233;coute la Parole et l'accueille ; les mains qui re&#231;oivent le corps du Christ, s'&#233;l&#232;vent vers Dieu et nouent des liens fraternels ; les fronts qui se laissent baigner par l'eau baptismale pour &#171; trouver la vraie vie dans la vie du Christ [&lt;a href='#nb1-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 93.' id='nh1-26'&gt;26&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La pratique personnelle des vertus et son potentiel critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;volutions r&#233;centes de l'&#233;thique th&#233;ologique d'inspiration communautarienne permettent de mieux saisir, &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, les raisons qu'avaient les th&#233;ologiens catholiques d'exprimer des r&#233;ticences &#224; l'endroit de cette nouvelle approche de la liturgie. &#192; tant insister sur les bonnes attitudes forg&#233;es par la participation r&#233;guli&#232;re au culte, on risquait d'entretenir un double exemplarisme, liturgique et communautaire. S'il est juste de souligner que les implications du culte chr&#233;tien se font sentir dans la vie quotidienne et que la conversion du c&#339;ur est appel&#233;e &#224; se d&#233;ployer dans la totalit&#233; de l'existence, le passage entre les habitudes rituelles et la formation du caract&#232;re reste un probl&#232;me &#233;pist&#233;mologique complexe, encore peu &#233;tudi&#233; [&lt;a href='#nb1-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Christian SCHAREN, Public Worship and Public Work : Character and (...)' id='nh1-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. C'est d'autant plus vrai que les rites sacramentels instaurent une discontinuit&#233; fondamentale avec la vie ordinaire, dont ils viennent &#171; interrompre &#187; le cours [&lt;a href='#nb1-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Lieven BOEVE, &#171; The Sacramental Interruption of Rituals of Life &#187;, Heythrop (...)' id='nh1-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. Mais &#224; l'&#233;poque, les critiques catholiques firent surtout valoir le risque d'exemplarisme communautaire, qu'ils jugeaient incompatible avec le renouveau eccl&#233;siologique de la th&#233;ologie morale, stimul&#233; par Vatican II. En valorisant les conditions de possibilit&#233; cultuelles de l'&#233;thique, les communautariens semblaient tourner le dos &#224; la dynamique du dialogue entre l'&#201;glise et la soci&#233;t&#233;. D'un point de vue de morale fondamentale, ils s'&#233;cartaient de la tradition de la loi naturelle qui admet que la foi n'est pas n&#233;cessaire au juste exercice de la raison pratique et qu'il faut rechercher le dialogue avec les non-croyants au sujet de l'&#233;thique. Les catholiques reprochaient aux communautariens protestants de survaloriser la foi par rapport &#224; l'amour et &#224; la justice, et de n&#233;gliger le principe de la juste autonomie des institutions civiles et politiques, solennellement affirm&#233; au n&#176; 36 de &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En somme, tandis que les communautariens mettaient l'accent sur la formation du &lt;i&gt;caract&#232;re &lt;/i&gt;dans des communaut&#233;s sp&#233;cifiques, les moralistes catholiques r&#233;sistaient en se r&#233;f&#233;rant &#224; la &lt;i&gt;raison pratique &lt;/i&gt;et aux principes de la connaissance rationnelle de la loi morale universelle. Il ne faut pas oublier que la r&#233;conciliation entre Kant et saint Thomas avait &#233;t&#233; acquise de haute lutte chez les moralistes de l'avant-concile, qui avaient montr&#233; que la mobilisation des sources th&#233;ologiques ne nuisait pas &#224; la qualit&#233; d'un raisonnement moral susceptible d'&#234;tre partag&#233; par tous [&lt;a href='#nb1-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Josef FUCHS, Lex naturae : Zur Theologie des Naturrechts, D&#252;sseldorf, (...)' id='nh1-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Le renouveau de l'&#233;thique des vertus permit un rapprochement entre les perspectives des communautariens protestants et celles de nombreux moralistes catholiques. Quelles que soient les diff&#233;rences d'accent et la volont&#233; de ne pas &#234;tre assimil&#233; &#224; l'autre camp, les morales de la vertu partagent en effet un certain nombre de points communs : la r&#233;f&#233;rence &#224; une tradition &#233;thique, l'axe t&#233;l&#233;ologique de la qu&#234;te du bien et du bonheur, le primat de l'identit&#233; subjective sur la normativit&#233;, l'insistance sur l'exercice moral plut&#244;t que sur la transgression &#224; &#233;viter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En th&#233;ologie catholique, le renouveau de l'&#233;thique des vertus traduit une prise de distance &#224; l'&#233;gard de la th&#233;ologie morale du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, que certains interpr&#232;tent comme un basculement de l'&#233;thique du code vers une &#233;thique de la construction de soi [&lt;a href='#nb1-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Louis BRUGU&#200;S, Pr&#233;cis de th&#233;ologie morale g&#233;n&#233;rale. Tome 1 : M&#233;thodologie, (...)' id='nh1-30'&gt;30&lt;/a&gt;]. Au lieu de se focaliser sur la norme, la transgression et le p&#233;ch&#233;, la morale des vertus adopte une perspective plus dynamique [&lt;a href='#nb1-31' class='spip_note' rel='footnote' title='James F. KEENAN, Les Vertus, un art de vivre, Paris, &#201;d. de l'Atelier, coll. (...)' id='nh1-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Sans cesse discut&#233;es par les philosophes de l'Antiquit&#233;, les vertus sont des &#171; puissances &#187; acquises par les sujets dans la pratique du bien, de telle sorte que leur habile combinaison permet d'atteindre le bien plus facilement, jusque dans la complexit&#233; de l'action. La morale scolastique avait r&#233;interpr&#233;t&#233; les vertus antiques dans une perspective th&#233;ologale, en tant que m&#233;diations concr&#232;tes de la qu&#234;te du bien universel : de fa&#231;on ultime, la pratique des vertus oriente l'&#234;tre humain vers la vision b&#233;atifique [&lt;a href='#nb1-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Servais PINCKAERS, Les Sources de la morale chr&#233;tienne. Sa m&#233;thode, son (...)' id='nh1-32'&gt;32&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici commencent pr&#233;cis&#233;ment les divergences avec les th&#233;ologiens communautariens. Chez eux, l'influence du philosophe Alasdair MacIntyre conduit &#224; r&#233;interpr&#233;ter les vertus aristot&#233;liciennes de mani&#232;re narrative et &#224; affirmer le caract&#232;re narratif de toute la vie humaine : &#171; Si l'on con&#231;oit la vie humaine comme une progression &#224; travers les risques et dangers, moraux et physiques, que l'on peut rencontrer et surmonter plus ou moins bien, avec plus ou moins de succ&#232;s, les vertus deviennent ces qualit&#233;s dont la possession et l'exercice tendent vers le succ&#232;s, et les vices les qualit&#233;s qui tendent vers l'&#233;chec [&lt;a href='#nb1-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Alasdair MACINTYRE, Apr&#232;s la vertu. &#201;tude de th&#233;orie morale (1981), Paris, (...)' id='nh1-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. &#187; Hauerwas en conclut que l'insertion de la foi dans la longue histoire d'un peuple est d&#233;cisive pour l'&#233;thique chr&#233;tienne : &#171; Juifs et chr&#233;tiens se consid&#232;rent engag&#233;s dans ce genre d'aventure, ce genre de cheminement, que les ressources morales re&#231;ues de Dieu leur permettent de supporter. L'histoire de ce peuple itin&#233;rant et la place des vertus sont fondamentalement indissociables. (&#8230;) La nature de l'&#233;thique chr&#233;tienne est d&#233;termin&#233;e par le fait que les convictions chr&#233;tiennes prennent la forme d'une histoire ou, peut-&#234;tre mieux, d'un ensemble d'histoires, qui constitue une tradition qui, &#224; son tour, forme une communaut&#233;. L'&#233;thique chr&#233;tienne ne commence pas en mettant l'accent sur des r&#232;gles et des principes, mais en attirant notre attention sur un r&#233;cit qui raconte la relation de Dieu avec la cr&#233;ation [&lt;a href='#nb1-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, The Peaceable Kingdom, p. 24-25.' id='nh1-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez les moralistes catholiques am&#233;ricains qui s'inscrivent dans le renouveau de l'&#233;thique des vertus, la geste de Dieu dans l'histoire des hommes, sans cesse racont&#233;e dans les communaut&#233;s chr&#233;tiennes, est aussi l'horizon de la r&#233;flexion. Mais ils nuancent l'approche narrative de la vertu propre aux communautariens. Premi&#232;rement, le renouveau de l'&#233;thique des vertus est le plus souvent associ&#233;, chez les th&#233;ologiens catholiques, &#224; la relecture de saint Thomas d'Aquin : son &#339;uvre hautement sp&#233;culative r&#233;siste &#224; la mise en exergue des seuls &#233;l&#233;ments narratifs parmi les sources scripturaires et traditionnelles qui concourent &#224; une th&#233;ologie des vertus et de la loi naturelle [&lt;a href='#nb1-35' class='spip_note' rel='footnote' title='James F. KEENAN, Goodness and Rightness in Thomas Aquinas's Summa (...)' id='nh1-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. Deuxi&#232;mement, la dimension pastorale de la th&#233;ologie morale, fortement valoris&#233;e par la tradition catholique, conduit les moralistes &#224; mettre leur r&#233;flexion au service du discernement de la volont&#233; de Dieu en r&#233;gime de complexit&#233; et de pluralisme culturel. Troisi&#232;mement, cette prise en compte de la pluralit&#233; se conjugue avec la qu&#234;te obstin&#233;e d'un universalisme moral qui passe par la confrontation des identit&#233;s morales, les vertus &#233;tant pr&#233;cis&#233;ment choisies pour leur aptitude &#224; favoriser la communication entre cultures aux &#233;thos diff&#233;renci&#233;s [&lt;a href='#nb1-36' class='spip_note' rel='footnote' title='James F. KEENAN, Virtues for Ordinary Christians, Franklin, Sheed &amp; (...)' id='nh1-36'&gt;36&lt;/a&gt;]. Tout en red&#233;couvrant, par le biais des vertus, la part des communaut&#233;s dans la formation morale, l'approche catholique des vertus souligne les capacit&#233;s de r&#233;sistance critique des sujets face aux influences crois&#233;es des traditions. Cette insistance sur les ressources subjectives, presque ind&#233;pendamment des communaut&#233;s voire contre elles, puise &#224; la tradition spirituelle du discernement des esprits, remise &#224; l'honneur par la Contre-R&#233;forme et pratiqu&#233;e dans la direction de conscience. Deux lignes se d&#233;gagent par cons&#233;quent au sein du renouveau nord-am&#233;ricain de l'&#233;thique des vertus. L'une met davantage l'accent sur la formation des sujets dans et par la tradition, tandis que l'autre est plus attach&#233;e &#224; &#233;quiper les sujets &#233;thiques pour le discernement personnel, dans la ligne d'une th&#233;ologie morale et pastorale de facture plus europ&#233;enne [&lt;a href='#nb1-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Notons l'importance d'auteurs comme Josef Fuchs et G&#233;rard Gilleman dans la (...)' id='nh1-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Typique est de ce point de vue leur relecture contrast&#233;e de la tradition casuiste : Hauerwas l'&#233;rige en &#171; art narratif &#187; de la v&#233;rification de nos habitudes de vie, qui s'exerce en r&#233;f&#233;rence au r&#233;cit v&#233;hicul&#233; par la communaut&#233; d'appartenance [&lt;a href='#nb1-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Stanley HAUERWAS, The Peaceable Kingdom, p. 116 et 121.' id='nh1-38'&gt;38&lt;/a&gt;], tandis que les recherches conduites par Keenan et Shannon visent &#224; mettre la riche tradition de la casuistique au service du raisonnement moral et du discernement des sujets dans un monde complexe [&lt;a href='#nb1-39' class='spip_note' rel='footnote' title='James F. KEENAN &amp; Thomas A. SHANNON, The Context of Casuistry, (...)' id='nh1-39'&gt;39&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet accent plus personnaliste de l'&#233;thique des vertus est encore peu appliqu&#233; &#224; la liturgie, mais un champ de recherche vaste et prometteur se d&#233;gage, &#224; la crois&#233;e entre pastorale, &#233;thique et liturgie [&lt;a href='#nb1-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Philippe BORDEYNE, &#171; La liturgie comme ressource pour la formation &#233;thique (...)' id='nh1-40'&gt;40&lt;/a&gt;]. L'int&#233;r&#234;t des th&#233;ologiens moralistes pour la liturgie s'explique par l'influence de la philosophie communautarienne, qui oblige &#224; penser la vuln&#233;rabilit&#233; des sujets aux influences communautaires [&lt;a href='#nb1-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Alasdair MACINTYRE, Dependant Rational Animals : Why Human Beings Need the (...)' id='nh1-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. Mais il importe de maintenir, conjointement, une r&#233;flexion fondamentale sur le sujet &#233;thique, dont la vocation ultime est d'accomplir la volont&#233; de Dieu. Une anthropologie de l'exp&#233;rience liturgique doit ici compl&#233;ter l'anthropologie de la ritualit&#233; pour prendre en compte la pluralit&#233; des parcours religieux en contexte postmoderne. La vie pastorale concr&#232;te apporte une contribution originale &#224; l'intelligence de ce qui se joue dans la liturgie pour la formation des identit&#233;s &#233;thiques, car elle donne acc&#232;s aux rapports complexes entre la foi et la culture, ainsi qu'aux actes de responsabilit&#233; pos&#233;s par des sujets. Dans la liturgie de l'initiation chr&#233;tienne des adultes, des cat&#233;chum&#232;nes entendent l'appel &#233;thique contenu dans l'&#201;vangile et d&#233;cident de marcher &#224; la suite du Christ. Des &#233;quipes pastorales compos&#233;es de pr&#234;tres, de diacres et de la&#239;cs s'efforcent d'ajuster la liturgie aux besoins contemporains, notamment pour le ressourcement de la vie morale dans le r&#233;cit pascal de la vie, de la mort et de la r&#233;surrection du Christ. Les communaut&#233;s ne fa&#231;onnent donc pas les fid&#232;les ind&#233;pendamment de la puissance de renouvellement contenue dans le travail moral de sujets qui s'exposent librement &#224; la liturgie et qui entendent l&#224; des appels d'ordre &#233;thique. Notre soci&#233;t&#233; est en qu&#234;te de lieux publics o&#249; l'on puisse entrevoir de tels commencements subjectifs de l'&#233;thique. Il est vrai que l'espace liturgique rebute nos contemporains pour son aspect r&#233;p&#233;titif, souvent par manque d'initiation au sens des rites. Mais des personnes y trouvent aussi la force de se convertir &#224; une vie plus &#233;thique, parfois &#224; la faveur d'un contact fortuit avec la liturgie de l'&#201;glise. Par-del&#224; les soup&#231;ons jet&#233;s sur la capacit&#233; du culte chr&#233;tien &#224; introduire &#224; une morale universelle, ce dernier montre son aptitude &#224; susciter les exp&#233;riences instauratrices pour l'&#233;thique dont nos soci&#233;t&#233;s fragment&#233;es ont si cruellement besoin. Tout se passe comme si la liturgie conservait le secret d'une articulation pr&#233;cieuse entre la foi et l'&#233;thique, que la vie pastorale aide &#224; red&#233;couvrir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les enjeux d'une collaboration entre liturgistes et moralistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport diff&#233;renci&#233; &#224; l'&#233;thique des vertus permet de comprendre certaines divergences dans la mani&#232;re de se rapporter &#224; la liturgie, au sein d'une attention commune aux conditions eccl&#233;siales de la formation &#233;thique des sujets. Chez les liturgistes qui s'int&#233;ressent &#224; l'&#233;thique, on retrouve les contrastes de l'&#233;thique th&#233;ologique : le m&#233;thodiste Don Saliers se rapproche des communautariens par son attention au facteur communautaire, tandis que le catholique David Stosur fait appel &#224; la philosophie morale de Paul Ric&#339;ur pour approcher la complexit&#233; de la formation narrative du sujet &#233;thique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#339;uvre de Don Saliers laisse appara&#238;tre la double difficult&#233; que rencontrent les liturgistes lorsqu'ils envisagent le potentiel &#233;thique de la liturgie. Premi&#232;rement, leur connivence avec les sciences humaines pour l'&#233;tude de la ritualit&#233; les incite &#224; assimiler l'&#233;thique &#224; l'anthropologie, ce qui laisse de c&#244;t&#233; les normes et les vertus. Saliers d&#233;finit l'&#233;thique comme &#171; la mani&#232;re de vivre concr&#232;te &#187;, qu'il oppose aux &#171; interpr&#233;tations th&#233;oriques de la th&#233;orie &#233;thique [&lt;a href='#nb1-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Don E. SALIERS, Worship as Theology : Foretaste of Glory Divine, Nashville, (...)' id='nh1-42'&gt;42&lt;/a&gt;] &#187;. Dans le contexte biblique, Saliers met l'&#233;thique chr&#233;tienne en rapport avec la m&#233;moire de l'Alliance, p&#244;le de r&#233;f&#233;rence du discours proph&#233;tique, et avec le m&#233;morial de la passion du Christ, qui ach&#232;ve toute justice. L'&#233;thique fait fonction d'anthropologie de l'action, le r&#233;cit y occupant presque tout le champ. Ce faisant, Saliers occulte la r&#233;flexion syst&#233;matique sur l'action juste. Or, dans un monde complexe, la formalisation de l'&#233;thique fournit des concepts directeurs et des m&#233;thodes de discernement, bien utiles pour ne pas s'&#233;garer dans la qu&#234;te du bien. Deuxi&#232;mement, si la liturgie reconstruit sa vision de l'&#233;thique ind&#233;pendamment des d&#233;bats &#233;thiques contemporains, elle n&#233;glige l'apport des non-croyants &#224; la connaissance de la justice. Or, la tradition catholique tient que la foi c&#233;l&#233;br&#233;e et v&#233;cue n'est pas indispensable pour discerner le bien avec rectitude. Lorsqu'elles sont expos&#233;es aux ressources liturgiques, les questions &#233;thiques gagnent &#224; &#234;tre enrichies des probl&#233;matiques contemporaines et soumises &#224; la critique &#233;vang&#233;lique. De ce point de vue, l'approche politique de la liturgie est plus satisfaisante, quoiqu'elle tende &#224; d&#233;laisser les pratiques rituelles au profit d'une th&#233;ologie fondamentale de la c&#233;l&#233;bration [&lt;a href='#nb1-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Bernd WANNENWETSCH, Gottesdienst als Lebensform : Ethik f&#252;r Christenb&#252;rger, (...)' id='nh1-43'&gt;43&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le liturgiste catholique David Stosur surmonte cette double difficult&#233; par son recours inventif &#224; Paul Ric&#339;ur, dont l'&#339;uvre oblige &#224; traverser les grands d&#233;bats de la philosophie morale [&lt;a href='#nb1-44' class='spip_note' rel='footnote' title='David A. STOSUR, &#171; Liturgy and (Post) Modernity : A Narrative Response to (...)' id='nh1-44'&gt;44&lt;/a&gt;]. Convaincu que la liturgie chr&#233;tienne comporte des ressources &#233;thiques originales, mais redoutant avec Guardini que la notion conciliaire de &#171; participation active &#187; des fid&#232;les ne soit confondue avec &#171; la prise de conscience &#187; des modernes, Stosur d&#233;nie &#224; la liturgie tout caract&#232;re &#171; formateur et transformateur &#187; imm&#233;diat, qui ferait d'elle une sorte de &#171; th&#233;ologie premi&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb1-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Stosur se d&#233;marque ainsi de Rosemary L. Haughton, The Transformation of Man (...)' id='nh1-45'&gt;45&lt;/a&gt;]. Cette observation &#233;pist&#233;mologique, de la part d'un liturgiste attentif &#224; l'&#233;thique philosophique, d&#233;nonce la tentation d'effacer les m&#233;diations subjectives quand on r&#233;fl&#233;chit au potentiel &#233;thique de la liturgie. Ce danger guette les communautariens, qui tendent &#224; absorber les sujets dans le grand r&#233;cit communautaire. S'appuyant &#224; la fois sur Ric&#339;ur et sur une &lt;i&gt;th&#233;ologie&lt;/i&gt; de l'agir gracieux de Dieu envers chaque baptis&#233;, Stosur estime que la fonction centrale du culte est d'instituer des sujets dans une libert&#233; th&#233;ologale : &#171; Les membres de l'assembl&#233;e n'ont pas &lt;i&gt;&#224; proprement parler&lt;/i&gt; un esprit commun. Ils sont ensemble d'une mani&#232;re qui singularise, chacun &lt;i&gt;prenant part&lt;/i&gt; &#224; cette tradition qui revendique l'histoire du myst&#232;re pascal comme son r&#233;cit premier. &#187; La dynamique intersubjective de la liturgie renouvelle l'identit&#233; narrative de chacun, appel&#233;e &#224; se red&#233;ployer entre agir et p&#226;tir [&lt;a href='#nb1-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul RIC&#338;UR, Soi-m&#234;me comme un autre, Paris, &#201;d. du Seuil, 1990.' id='nh1-46'&gt;46&lt;/a&gt;]. Gr&#226;ce au concept d'&#171; intelligence narrative &#187;, Stosur &#233;tend la narrativit&#233; &#224; des registres d'expression liturgique autres que la parole. Dans la controverse sur le repositionnement de l'autel de la cath&#233;drale de Milwaukee, Stosur estima qu'un autel centr&#233;, permettant aux fid&#232;les de voir le visage de leurs fr&#232;res, favorise la m&#233;diation d'autrui dans l'herm&#233;neutique du soi suscit&#233;e par le repas eucharistique. De par son attention aux conditions concr&#232;tes de la liturgie, Stosur ach&#232;ve de mettre au jour les enjeux &#233;thiques contenus dans les mani&#232;res divergentes de concevoir les vertus, entre dynamique communautaire et dynamique subjective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin de ces d&#233;bats nord-am&#233;ricains, le moraliste fran&#231;ais Xavier Th&#233;venot fit lui aussi valoir l'importance de la liturgie pour la formation des sujets &#233;thiques, mais sans minimiser la contribution de ces derniers &#224; leur propre formation lorsqu'ils se risquent &#224; croire malgr&#233; le doute et &#224; agir malgr&#233; la possibilit&#233; du non-sens. Moyennant une interpr&#233;tation th&#233;ologique de l'exp&#233;rience liturgique, Th&#233;venot d&#233;c&#232;le dans l'eucharistie une figure de l'agir &#233;thique qui provoque les sujets &#224; se convertir [&lt;a href='#nb1-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Liturgie et morale &#187;, in : Rep&#232;res &#233;thiques pour un monde (...)' id='nh1-47'&gt;47&lt;/a&gt;]. Il attribue le potentiel &#233;thique de la liturgie eucharistique &#224; son &#171; homologie de structure &#187; avec l'existence morale [&lt;a href='#nb1-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Liturgie, morale et sanctification &#187;, La Maison-Dieu, (...)' id='nh1-48'&gt;48&lt;/a&gt;]. Dans la mesure o&#249; le myst&#232;re pascal int&#232;gre l'absurde tout en proclamant la possibilit&#233; de son d&#233;passement, les c&#233;l&#233;brations chr&#233;tiennes r&#233;orientent les sujets vers l'action concr&#232;te, contestant ainsi leur propension &#224; fuir le r&#233;el au nom d'un d&#233;sir d'absolu. Th&#233;venot se montre l'h&#233;ritier d'une anthropologie th&#233;ologique de la ritualit&#233;, qui valorise le p&#244;le liturgique de la constitution du sujet sans l'absolutiser. Pr&#233;curseur en ce domaine, Jean-Yves Hameline fait appel aux sciences humaines et &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie pour &#233;lucider les m&#233;diations de la naissance du sujet croyant dans la liturgie, mais sans jamais renoncer &#224; une intelligence th&#233;ologique du culte qui le maintient dans un double rapport d'institu&#233; et d'instituant vis-&#224;-vis de la tradition [&lt;a href='#nb1-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Yves HAMELINE, &#171; Le culte chr&#233;tien dans son espace de sensibilit&#233; &#187;, La (...)' id='nh1-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. Gr&#226;ce au concept de &#171; site c&#233;r&#233;moniel &#187;, qu'il d&#233;finit comme la rencontre paradoxale entre les &#171; donn&#233;es empiriques &#187; de l'ordonnancement liturgique et leur &#171; investissement corporel &#187; par les fid&#232;les, Hameline fait ressortir &lt;i&gt;l'ambigu&#239;t&#233;&lt;/i&gt; de l'exp&#233;rience rituelle dans laquelle le sujet advient &#224; lui-m&#234;me comme sujet croyant [&lt;a href='#nb1-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette mani&#232;re de proc&#233;der n'est pas sans analogie avec la fonction que le (...)' id='nh1-50'&gt;50&lt;/a&gt;]. Toujours fragile est la co&#239;ncidence entre le cadre liturgique et l'investissement personnel des sujets : elle ne dure &#171; quelquefois pas plus que le temps d'un regard, d'un &#233;tablissement du corps en sa statique, d'un signe de la croix ou d'une salutation &#187;. La &#171; f&#234;te &#187; de la liturgie, qui tend vers la &#171; jubilation &#187;, est seulement &#171; f&#234;te possible &#187;. Le sujet institu&#233; par la liturgie est en &#233;tat de naissance permanente. Dans la succession mille fois r&#233;p&#233;t&#233;e de rites auxquels il n'est ni compl&#232;tement pr&#233;sent ni compl&#232;tement absent, l'&#233;merveillement devant la fugitive ad&#233;quation du Soi &#224; ce qui est c&#233;l&#233;br&#233; enseigne au sujet &#224; se recevoir sans cesse des autres, car il ne c&#233;l&#232;bre pas seul, et &#224; se recevoir d'un Autre, que la liturgie l'initie pr&#233;cis&#233;ment &#224; reconna&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un point de vue &#233;thique, il est d&#233;cisif que cette transformation qui advient pour le sujet &#233;thique dans la liturgie soit consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;en tant qu'elle aurait pu ne jamais advenir&lt;/i&gt;, comme le fait remarquer le liturgiste Hameline. Premi&#232;rement, cela &#233;vite toute instrumentalisation de la liturgie comme espace d'exemplarit&#233; &#233;thique. Ce qui se produit de plus essentiel dans le rite en faveur de l'&#233;thique advient le plus souvent en marge du rite, lorsque le sujet se laisse toucher par une atmosph&#232;re, une expression du visage, ou la tonalit&#233; d'une voix. Il arrive souvent que le non-prescrit ait un r&#244;le moteur dans la d&#233;couverte, par le sujet, du sens th&#233;ologique le plus profond des rites prescrits. Ainsi, la chaleur du mot d'accueil de celui qui pr&#233;side, un &#233;change de regards avec un autre fid&#232;le, ou encore la joie de m&#234;ler sa propre voix au chant de l'assembl&#233;e, permettent au sujet de s'&#233;prouver accueilli sans condition, ce qui d&#233;cuple en lui la facult&#233; d'accueillir autrui. Multiples sont les instances liturgiques qui, donnant &#224; chacun de trouver sa place dans un corps social en miniature, l'aident &#224; mieux garantir la place qui revient &#224; autrui. Mais ces instances op&#232;rent d'une mani&#232;re qui n'est ni automatique ni pr&#233;visible, de telle sorte qu'elles initient les sujets au sens de la gratuit&#233; et du don, sans lesquels il n'y a pas d'&#233;thique possible. Au sein de la proclamation liturgique de l'&#201;criture, le chant des psaumes rev&#234;t une place essentielle d'un point de vue &#233;thique, car il actualise de mani&#232;re corporelle et sociale la fonction critique de la louange [&lt;a href='#nb1-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Brian BROCK, Singing the Ethos of God : On the Place of Christian Ethics in (...)' id='nh1-51'&gt;51&lt;/a&gt;]. Deuxi&#232;mement, l'exp&#233;rience liturgique de la gr&#226;ce contribue &#224; former les identit&#233;s &#233;thiques sous le registre de la passivit&#233; et pas seulement de l'activit&#233;, ce qui vient avantageusement contester les repr&#233;sentations outr&#233;es de l'autonomie subjective. Qu'il s'agisse du c&#233;l&#233;brant principal ou des membres divers qui composent l'assembl&#233;e, la participation liturgique est simultan&#233;ment une action et une passion, o&#249; chaque fid&#232;le renonce &#224; sa volont&#233; propre et fait le sacrifice de soi-m&#234;me [&lt;a href='#nb1-52' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Chacun d'entre nous doit savoir s'imposer une contrainte ; il doit sortir de (...)' id='nh1-52'&gt;52&lt;/a&gt;]. Jusque dans sa dimension th&#233;&#226;trale, la liturgie v&#233;cue expose chacun de ses acteurs, ministres ordonn&#233;s et fid&#232;les la&#239;cs, comme des corps de lumi&#232;re tout autant agis qu'agissants [&lt;a href='#nb1-53' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; L'acteur n'est pas quelqu'un qui s'exprime, mais un d&#233;doubl&#233;, un s&#233;par&#233;, un (...)' id='nh1-53'&gt;53&lt;/a&gt;]. Paul Ric&#339;ur y insiste d'un bout &#224; l'autre de son &#339;uvre de philosophie morale : la libert&#233; qui fonde toute &#233;thique authentique est &#171; seulement humaine &#187;, entre agir et p&#226;tir [&lt;a href='#nb1-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul RIC&#338;UR, Philosophie de la volont&#233;. 1. Le volontaire et l'involontaire, (...)' id='nh1-54'&gt;54&lt;/a&gt;]. Le sujet &#171; atteste &#187; le plus ad&#233;quatement de sa propre identit&#233; &#233;thique lorsqu'il consent &#224; se recevoir &#171; soi-m&#234;me comme un autre &#187;, de telle sorte qu'il ne d&#233;tient jamais toutes les cl&#233;s de sa propre identit&#233;. Que cette libert&#233; puisse &#234;tre graci&#233;e s'&#233;prouve dans la liturgie comme par surcro&#238;t, lorsque des sujets s'exposent sans angoisse au pardon qui rend possible la conversion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouverture : pour un service eccl&#233;sial de l'horizon &#233;thique de la liturgie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La prise en compte de ce qui advient dans la vie pastorale concr&#232;te permet de r&#233;fl&#233;chir aux conditions eccl&#233;siales de la formation &#233;thique des sujets dans la liturgie. Mais si l'&#201;glise est, comme malgr&#233; elle, form&#233;e &#224; l'&#233;thique de la suite du Christ dans une liturgie conforme &#224; la tradition re&#231;ue des ap&#244;tres, elle a &#233;galement la responsabilit&#233; de veiller &#224; ce que la liturgie op&#232;re au mieux ce qui lui revient en termes de formation &#233;thique des sujets. Il faut bien reconna&#238;tre que notre &#233;poque s'affronte ici &#224; un paradoxe. D'un c&#244;t&#233;, c'est le contexte postmoderne de dissolution des traditions qui conduit le courant communautarien &#224; faire appel &#224; la liturgie en tant qu'espace qui maintient vivant le lien traditionnel entre la foi v&#233;cue et l'exigence &#233;thique de l'&#201;vangile. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ce m&#234;me contexte rend les sujets plus r&#233;tifs &#224; se laisser fa&#231;onner par la liturgie. En instaurant un rapport &#233;lectif aux traditions qui circulent dans l'espace public, ils risquent de se soustraire &#224; ce que la liturgie a de plus sp&#233;cifiquement formateur : la r&#233;p&#233;tition et la dur&#233;e, en tant qu'elles saisissent les sujets pour l'&#233;thique jusque dans leur corpor&#233;it&#233;, en ce point de jonction entre l'esprit et la chair, l&#224; o&#249; la responsabilit&#233; est susceptible de se laisser relancer dans l'action &#233;thique. En l'esp&#232;ce, le courant communautarien protestant bute sur une limite, car il repr&#233;sente une tradition qui, d'une part, tend &#224; sous-estimer le r&#244;le de la r&#233;gulation eccl&#233;siale dans l'ordonnancement de la liturgie et, d'autre part, valorise peu la constance dans l'appartenance confessionnelle [&lt;a href='#nb1-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans son approche du travail th&#233;ologique, Hauerwas tend typiquement &#224; (...)' id='nh1-55'&gt;55&lt;/a&gt;]. De ce point de vue, l'insistance de l'&#201;glise catholique sur la fonction pastorale de l'&#233;v&#234;que, sur les r&#232;gles canoniques de la c&#233;l&#233;bration liturgique et sur le caract&#232;re juridique de l'appartenance eccl&#233;siale, est pr&#233;cieuse lorsqu'on cherche &#224; red&#233;ployer le potentiel de formation &#233;thique de la liturgie. Cela suppose en retour, dans la mani&#232;re d'exercer la r&#233;gulation eccl&#233;siale de la liturgie, une conscience plus vive de ses enjeux &#233;thiques, aussi bien de la part des autorit&#233;s &#233;piscopales et romaines que de la part des responsables paroissiaux, clercs et la&#239;cs, puisque c'est &#224; leur niveau que se prennent les d&#233;cisions l&#233;gitimes pour la mise en &#339;uvre concr&#232;te des rituels promulgu&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Volker EID (Hrsg.), &lt;i&gt;Moralische Kompetenz : Chancen der Moralp&#228;dagogik in einer pluralen Lebenswelt&lt;/i&gt;, Mainz, Matthias-Gr&#252;newald, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Vincent LECLERCQ, &#171; La morale des vertus dans la formation des futurs pr&#234;tres &#187;, &lt;i&gt;Seminarium&lt;/i&gt;, XLVI, n&#176; 4, 2006, p. 895-921.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; James F. KEENAN, &#171; Vertu et identit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Concilium&lt;/i&gt;, n&#176; 285, octobre 2000, p. 87-96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; William C. SPOHN, &lt;i&gt;Go and Do Likewise : Jesus and Ethics&lt;/i&gt;, New York, Continuum, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Robin GILL (ed.), &lt;i&gt;The Cambridge Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-6' id='nb1-6' class='spip_note' title='Notes 1-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 13-14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-7' id='nb1-7' class='spip_note' title='Notes 1-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS &amp; Samuel WELLS (eds.), &lt;i&gt;The Blackwell Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt;, Malden, Blackwell, 2004, p. 9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-8' id='nb1-8' class='spip_note' title='Notes 1-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Bernard H&#196;RING, &lt;i&gt;La Loi du Christ. Th&#233;ologie morale &#224; l'intention des pr&#234;tres et des la&#239;cs&lt;/i&gt;. Tome I : &lt;i&gt;Th&#233;ologie morale g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Tournai, Descl&#233;e, 1955.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-9' id='nb1-9' class='spip_note' title='Notes 1-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;, n&#176; 39.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-10' id='nb1-10' class='spip_note' title='Notes 1-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Alfons AUER, &lt;i&gt;Autonome Moral und christlicher Glaube&lt;/i&gt;, D&#252;sseldorf, Patmos-Verlag, 1971.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-11' id='nb1-11' class='spip_note' title='Notes 1-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Richard MCCORMICK, &lt;i&gt;Ambiguity in Moral Choice&lt;/i&gt;, Milwaukee, Marquette University Press, 1973.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-12' id='nb1-12' class='spip_note' title='Notes 1-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Margaret A. FARLEY, &#171; Beyond the Formal Principle : A Reply to Ramsey and Saliers &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 191-202.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-13' id='nb1-13' class='spip_note' title='Notes 1-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Paul RAMSEY, &#171; Liturgy and Ethics &#187;, &lt;i&gt;Journal of Religious Ethics&lt;/i&gt;, 7/2, 1979, p. 139-171.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-14' id='nb1-14' class='spip_note' title='Notes 1-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Paul RAMSEY, &#171; Self-Love, Love of Happiness, Love to God and to Neighbor &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;The Essential Paul Ramsey : A Collection&lt;/i&gt;, edited by William WERPEHOWSKI &amp; Stephen D. CROCCO, New Haven, Yale University Press, 1994, p. 25-40. Paul Ramsey joua un r&#244;le majeur dans l'&#233;dition de l'&#339;uvre de Jonathan Edwards.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-15' id='nb1-15' class='spip_note' title='Notes 1-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Don E. SALIERS, &#171; Liturgy and Ethics : Some New Beginnings &#187;, &lt;i&gt;Journal of Religious Ethics&lt;/i&gt;, 7/2, 1979, p. 173-189.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-16' id='nb1-16' class='spip_note' title='Notes 1-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;Character and the Christian Life&lt;/i&gt;, San Antonio, Trinity University Press, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-17' id='nb1-17' class='spip_note' title='Notes 1-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;The Peaceable Kingdom : A Primer in Christian Ethics&lt;/i&gt;, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1983, p. 40. Cet ouvrage a r&#233;cemment fait l'objet d'une traduction fran&#231;aise (&lt;i&gt;Le Royaume de paix : une initiation &#224; l'&#233;thique chr&#233;tienne&lt;/i&gt;, trad. Pascale-Dominique Nau, Paris, Bayard, 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-18' id='nb1-18' class='spip_note' title='Notes 1-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-19' id='nb1-19' class='spip_note' title='Notes 1-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &#171; How &#8220;Christian Ethics&#8221; Came to Be &#187; (1997), &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;The Hauerwas Reader&lt;/i&gt;, edited by John BERKMAN &amp; Michael CARTWRIGHT, Durham, Duke University Press, 2001, p. 37-50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-20' id='nb1-20' class='spip_note' title='Notes 1-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Peter L. BERGER, &lt;i&gt;The Heretical Imperative : Contemporary Possibilities of Religious Affirmation&lt;/i&gt;, New York, Anchor Press, 1979.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-21' id='nb1-21' class='spip_note' title='Notes 1-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;The Peaceable Kingdom&lt;/i&gt;, p. 16.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-22' id='nb1-22' class='spip_note' title='Notes 1-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 79.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-23' id='nb1-23' class='spip_note' title='Notes 1-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS &amp; Samuel WELLS (eds.), &lt;i&gt;The Blackwell Companion to Christian Ethics&lt;/i&gt;, p. 10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-24' id='nb1-24' class='spip_note' title='Notes 1-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Lisa Sowle CAHILL, &#171; L'&#233;thique communautarienne et le catholicisme am&#233;ricain &#187;, &lt;i&gt;Recherches de science religieuse&lt;/i&gt;, n&#176; 95/1, janvier-mars 2007, p. 21-40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-25' id='nb1-25' class='spip_note' title='Notes 1-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;The Peaceable Kingdom&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-26' id='nb1-26' class='spip_note' title='Notes 1-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 93.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-27' id='nb1-27' class='spip_note' title='Notes 1-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Christian SCHAREN, &lt;i&gt;Public Worship and Public Work : Character and Commitment in Local Congregational Life&lt;/i&gt;, Collegeville, Pueblo Book / Liturgical Press, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-28' id='nb1-28' class='spip_note' title='Notes 1-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Lieven BOEVE, &#171; The Sacramental Interruption of Rituals of Life &#187;, &lt;i&gt;Heythrop Journal&lt;/i&gt;, n&#176; 44, 2003, p. 401-417.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-29' id='nb1-29' class='spip_note' title='Notes 1-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Josef FUCHS, &lt;i&gt;Lex naturae : Zur Theologie des Naturrechts&lt;/i&gt;, D&#252;sseldorf, Patmos, 1955.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-30' id='nb1-30' class='spip_note' title='Notes 1-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Jean-Louis BRUGU&#200;S, &lt;i&gt;Pr&#233;cis de th&#233;ologie morale g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. Tome 1 : &lt;i&gt;M&#233;thodologie&lt;/i&gt;, Paris, Mame, 1994, p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-31' id='nb1-31' class='spip_note' title='Notes 1-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; James F. KEENAN, &lt;i&gt;Les Vertus, un art de vivre&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de l'Atelier, coll. &#171; Tout simplement &#187; n&#176; 35, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-32' id='nb1-32' class='spip_note' title='Notes 1-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Servais PINCKAERS, &lt;i&gt;Les Sources de la morale chr&#233;tienne. Sa m&#233;thode, son contenu, son histoire&lt;/i&gt;, Fribourg, &#201;ditions universitaires de Fribourg, 1985.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-33' id='nb1-33' class='spip_note' title='Notes 1-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Alasdair MACINTYRE, &lt;i&gt;Apr&#232;s la vertu. &#201;tude de th&#233;orie morale &lt;/i&gt;(1981), Paris, PUF, coll. &#171; L&#233;viathan &#187;, 1997, p. 141.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-34' id='nb1-34' class='spip_note' title='Notes 1-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;The Peaceable Kingdom&lt;/i&gt;, p. 24-25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-35' id='nb1-35' class='spip_note' title='Notes 1-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; James F. KEENAN, &lt;i&gt;Goodness and Rightness in Thomas Aquinas's &lt;/i&gt;Summa Theologiae, Washington D.C., Georgetown University Press, 1992 ; Jean PORTER, &lt;i&gt;Nature as Reason : A Thomistic Theory of the Natural Law&lt;/i&gt;, Grand Rapids, Eerdmans, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-36' id='nb1-36' class='spip_note' title='Notes 1-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; James F. KEENAN, &lt;i&gt;Virtues for Ordinary Christians&lt;/i&gt;, Franklin, Sheed &amp; Ward, 1996, p. 98.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-37' id='nb1-37' class='spip_note' title='Notes 1-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Notons l'importance d'auteurs comme Josef Fuchs et G&#233;rard Gilleman dans la pens&#233;e de Keenan. Cf. James F. KEENAN, &lt;i&gt;Moral Wisdom : Lessons and Texts from the Catholic Tradition&lt;/i&gt;, Lanham, Sheed &amp; Ward, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-38' id='nb1-38' class='spip_note' title='Notes 1-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stanley HAUERWAS, &lt;i&gt;The Peaceable Kingdom&lt;/i&gt;, p. 116 et 121.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-39' id='nb1-39' class='spip_note' title='Notes 1-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; James F. KEENAN &amp; Thomas A. SHANNON, &lt;i&gt;The Context of Casuistry&lt;/i&gt;, Washington D.C., Georgetown University Press, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-40' id='nb1-40' class='spip_note' title='Notes 1-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Philippe BORDEYNE, &#171; La liturgie comme ressource pour la formation &#233;thique des sujets &#187;, &lt;i&gt;Recherches de science religieuse&lt;/i&gt;, n&#176; 95/1, janvier-mars 2007, p. 95-121 ; &#171; La r&#233;f&#233;rence &#224; la vuln&#233;rabilit&#233; en &#233;thique de la sant&#233; : d&#233;fis et chances pour la foi chr&#233;tienne &#187;, &lt;i&gt;Revue d'&#233;thique et de th&#233;ologie morale&lt;/i&gt;, n&#176; 239, juin 2006, p. 45-75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-41' id='nb1-41' class='spip_note' title='Notes 1-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Alasdair MACINTYRE, &lt;i&gt;Dependant Rational Animals : Why Human Beings Need the Virtues&lt;/i&gt;, LaSalle, Open Court Press, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-42' id='nb1-42' class='spip_note' title='Notes 1-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Don E. SALIERS, &lt;i&gt;Worship as Theology : Foretaste of Glory Divine&lt;/i&gt;, Nashville, Abingdon, 1994, p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-43' id='nb1-43' class='spip_note' title='Notes 1-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Bernd WANNENWETSCH, &lt;i&gt;Gottesdienst als Lebensform : Ethik f&#252;r Christenb&#252;rger&lt;/i&gt;, Stuttgart, Kohlhammer, 1997 ; Bruce T. MORRILL, &lt;i&gt;Anamnesis as Dangerous Memory : Political and Liturgical Theology in Dialogue&lt;/i&gt;, Collegeville, Liturgical Press, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-44' id='nb1-44' class='spip_note' title='Notes 1-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; David A. STOSUR, &#171; Liturgy and (Post) Modernity : A Narrative Response to Guardini's challenge &#187;, &lt;i&gt;Worship&lt;/i&gt;, n&#176; 77/1, 2003, p. 22-41 ; &#171; Bread of Life, Justice of God : Eucharistic Structures and the Transformation to Christian Justice &#187;, &lt;i&gt;Liturgical Ministry&lt;/i&gt;, n&#176; 7, Fall, 1998, p. 182-189.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-45' id='nb1-45' class='spip_note' title='Notes 1-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Stosur se d&#233;marque ainsi de Rosemary L. Haughton, &lt;i&gt;The Transformation of Man : A Study of Conversion and Community&lt;/i&gt;, Springfield, Templegate, 1967 ; &lt;i&gt;Images for Change : The Transformation of Society&lt;/i&gt;, New York, Paulist Press, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-46' id='nb1-46' class='spip_note' title='Notes 1-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Paul RIC&#338;UR, &lt;i&gt;Soi-m&#234;me comme un autre&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1990.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-47' id='nb1-47' class='spip_note' title='Notes 1-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Liturgie et morale &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Rep&#232;res &#233;thiques pour un monde nouveau&lt;/i&gt;, Mulhouse, Salvator, 1982, p. 145-165.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-48' id='nb1-48' class='spip_note' title='Notes 1-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Xavier TH&#201;VENOT, &#171; Liturgie, morale et sanctification &#187;, &lt;i&gt;La Maison-Dieu&lt;/i&gt;, 1995/1, p. 105-118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-49' id='nb1-49' class='spip_note' title='Notes 1-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Jean-Yves HAMELINE, &#171; Le culte chr&#233;tien dans son espace de sensibilit&#233; &#187;, &lt;i&gt;La Maison-Dieu&lt;/i&gt;, n&#176; 187, 1991, p. 7-45. Repris dans : &lt;i&gt;Une po&#233;tique du rituel&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Cerf, 1997, p. 93-123. L'auteur s'appuie notamment sur le &lt;i&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;de Ferdinand de Saussure, sur la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt; de Maurice Merleau-Ponty et sur l'apport d'Erwin Straus &#224; une psychologie de l'exp&#233;rience v&#233;cue du temps et de l'espace (&lt;i&gt;Vom Sinn der Sinne&lt;/i&gt;, Berlin, Springer, 1935).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-50' id='nb1-50' class='spip_note' title='Notes 1-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cette mani&#232;re de proc&#233;der n'est pas sans analogie avec la fonction que le philosophe Paul Ric&#339;ur attribue &#224; &#171; l'attestation &#187; dans l'herm&#233;neutique du soi, &#171; &#224; &#233;gale distance du &lt;i&gt;Cogito&lt;/i&gt; exalt&#233; par Descartes et du &lt;i&gt;Cogito&lt;/i&gt; proclam&#233; d&#233;chu par Nietzsche &#187;. L'attestation de soi traverse courageusement les diff&#233;rents niveaux de la critique rationnelle : &#171; linguistique, praxique, narratif, prescriptif &#187;. Mais elle veille &#224; ce que &#171; la question &lt;i&gt;qui ?&lt;/i&gt; &#187; ne se laisse jamais &#171; remplacer par la question &lt;i&gt;quoi ?&lt;/i&gt; ou la question &lt;i&gt;pourquoi ?&lt;/i&gt; &#187;. (Paul RIC&#338;UR, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 35.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-51' id='nb1-51' class='spip_note' title='Notes 1-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Brian BROCK, &lt;i&gt;Singing the Ethos of God : On the Place of Christian Ethics in Scripture&lt;/i&gt;, Grand Rapids / Cambridge, Eerdmans, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-52' id='nb1-52' class='spip_note' title='Notes 1-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &#171; Chacun d'entre nous doit savoir s'imposer une contrainte ; il doit sortir de lui-m&#234;me. Mais, en se quittant, il ne se perd point. Tout au contraire, sa vie se dilate en libert&#233; et en richesse. &#187; (Romano GUARDINI, &lt;i&gt;Vom Geist der Liturgie&lt;/i&gt;, Freiburg i. Br. / Berlin, Herder, 1934, [fin du chapitre 3] ; trad. fran&#231;aise : &lt;i&gt;L'Esprit de la liturgie&lt;/i&gt;, Paris, Parole et Silence, p. 54.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-53' id='nb1-53' class='spip_note' title='Notes 1-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'acteur n'est pas quelqu'un qui s'exprime, mais un d&#233;doubl&#233;, un s&#233;par&#233;, un qui &lt;i&gt;assiste &#224; lui&lt;/i&gt;, un spectateur de son corps, un homme qui va hors d'homme. Au th&#233;&#226;tre, c'est toujours la sortie du corps humain que l'on vient voir. On vient pour l'offrande du corps : corps port&#233;, corps offert, parole port&#233;e devant soi. &#187; (Val&#232;re NOVARINA, &lt;i&gt;Lumi&#232;res du corps&lt;/i&gt;, Paris, P.O.L., 2006, p. 20.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-54' id='nb1-54' class='spip_note' title='Notes 1-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Paul RIC&#338;UR, &lt;i&gt;Philosophie de la volont&#233;. 1. Le volontaire et l'involontaire&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 1950, p. 453-456.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-55' id='nb1-55' class='spip_note' title='Notes 1-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Dans son approche du travail th&#233;ologique, Hauerwas tend typiquement &#224; dissoudre les diff&#233;rences confessionnelles dans la &#171; catholicit&#233; &#187; de l'&#201;glise (&lt;i&gt;The Peaceable Kingdom&lt;/i&gt;, p. xxvi).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des la&#239;cs en th&#233;ologie : Pourquoi ? Pour qui ? </title>
		<link>http://www.catho-theo.net/spip.php?article263</link>
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		<dc:date>2010-06-30T10:16:54Z</dc:date>
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		<description>&lt;p&gt;Des la&#239;cs en th&#233;ologie : Pourquoi ? Pour qui ? Sous la direction de Brigitte Cholvy, directrice du Cycle C du Theologicum.
Paris, Bayard, mars 2010, 239 p.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Des la&#239;cs en th&#233;ologie, pourquoi, pour qui ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ouvrage&lt;/i&gt; Des la&#239;cs en th&#233;ologie : Pourquoi ? Pour qui ? &lt;i&gt;est publi&#233; &#224; l'occasion du 40&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire du Cycle C du Theologicum, c&#233;l&#233;br&#233; en 2010. Le Cycle C propose en soir&#233;es et fins de semaine une formation universitaire en th&#233;ologie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plusieurs th&#233;ologiens ont apport&#233; leur contribution &#224; la r&#233;daction de cet ouvrage qui cerne les enjeux de la formation universitaire du Cycle C, propos&#233;e en soir&#233;es et fins de semaine. Compos&#233; d'articles de fond sur le projet eccl&#233;siologique de la formation propos&#233;e au Cycle C, la pratique de la th&#233;ologie avec des la&#239;cs et la signification actuelle d'une telle formation, l'originalit&#233; du livre est &#233;galement de publier des t&#233;moignages d'&#233;tudiants sur ce que cette formation a pu changer dans leur vie professionnelle et sociale et sur son utilit&#233; dans l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sign&#233; par des th&#233;ologiens de renom mais &#233;galement par une nouvelle g&#233;n&#233;ration de th&#233;ologiens, clercs ou la&#239;cs, ce livre contient un article in&#233;dit de Lisa Sowle Cahill. Cette Am&#233;ricaine, th&#233;ologienne moraliste d'envergure internationale, sp&#233;cialiste notamment des questions bio&#233;thiques, est mari&#233;e et m&#232;re de famille. Elle a donn&#233; deux conf&#233;rences &#224; l'Institut catholique de Paris les 20 et 23 mars (voir sa biographie &#224; la rubrique &#171; Th&#233;ologiens d'aujourd'hui &#187;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La geste de l'&#201;glise - Famille de Dieu en Afrique depuis cinquante ans !</title>
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		<dc:date>2010-03-01T14:52:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Poucouta* Paulin</dc:creator>



		<description>Qu'est-ce que notre &#201;glise - Famille de Dieu en Afrique a dit, fait et pens&#233; ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es ? Question difficile ! En effet, l'&#201;glise d'Afrique est &#224; l'image du continent, multiple, diverse et complexe. Pour une &#233;valuation th&#233;ologique et pastorale, il convient de prendre en compte les nombreux p&#244;les g&#233;ographiques (nord, est, ouest, sud) et linguistiques (arabe, anglais, fran&#231;ais, portugais, espagnol). Nous avons d&#251; faire le choix douloureux de ne parler que de l'&#201;glise de l'Afrique (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;Africa in Ecclesia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que notre &#201;glise - Famille de Dieu en Afrique a dit, fait et pens&#233; ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es ? Question difficile ! En effet, l'&#201;glise d'Afrique est &#224; l'image du continent, multiple, diverse et complexe. Pour une &#233;valuation th&#233;ologique et pastorale, il convient de prendre en compte les nombreux p&#244;les g&#233;ographiques (nord, est, ouest, sud) et linguistiques (arabe, anglais, fran&#231;ais, portugais, espagnol). Nous avons d&#251; faire le choix douloureux de ne parler que de l'&#201;glise de l'Afrique francophone subsaharienne, dont la plupart des pays ont eu leur ind&#233;pendance dans les ann&#233;es 1960. N&#233;anmoins, nous nous permettrons des incursions sporadiques dans le monde anglophone, lusophone et arabophone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, le th&#232;me propos&#233; est un carrefour aux multiples embranchements, aussi suggestifs les uns que les autres. Nous en avons emprunt&#233; trois qui nous semblent le mieux rendre compte de la geste des &#201;glises de l'Afrique francophone ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Nous irons successivement des ind&#233;pendances au voyage de Paul VI &#224; Kampala, de Kampala au premier synode africain, enfin du premier au deuxi&#232;me synode. Finalement, cette geste des &#201;glises d'Afrique n'invite-t-elle pas &#224; &#234;tre une communaut&#233; de t&#233;moins ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. DES IND&#201;PENDANCES AU VOYAGE DE PAUL VI &#192; KAMPALA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la mission se pr&#233;sente essentiellement comme une &#339;uvre d'implantation, de transposition en Afrique de l'&#201;glise d'Europe ou d'Am&#233;rique dans ses structures, ses pens&#233;es, ses rites. C'est dans cette ambiance que les ind&#233;pendances trouvent les &#201;glises. Certes, le concile Vatican II sera un grand souffle vivifiant de la mission. Mais celle-ci est encore per&#231;ue comme implantation de l'&#201;glise, particuli&#232;rement dans le Tiers-Monde (&lt;i&gt;Ad Gentes&lt;/i&gt;, 4, 23 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.). Il fallait marcher sur les traces des anciens. Pourtant, un vaste chantier attend les h&#233;ritiers, tant sur le plan de l'organisation que sur celui de la pastorale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. Le temps des h&#233;ritiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Form&#233;s et moul&#233;s dans les structures traditionnelles, les h&#233;ritiers se soucient moins de rupture que de m&#234;met&#233;. Pour suivre le mouvement des ind&#233;pendances et entrer dans l'esprit du concile, quelques-uns se verront confier des postes de responsabilit&#233;, souvent dans des conditions difficiles. Il a fallu g&#233;rer &#233;v&#234;ch&#233;s, paroisses et &#233;conomats, sans en avoir n&#233;cessairement les moyens mat&#233;riels et humains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, il &#233;tait n&#233;cessaire de s'occuper des &#339;uvres : &#233;coles, foyers sociaux, dispensaires, &#233;coles normales et techniques pour la formation des cadres. Les jeunes &#201;tats en avaient plus que besoin. Il n'&#233;tait pas question de se s&#233;parer de ces moyens d'&#233;ducation, d'action sociale et d'&#233;vang&#233;lisation. Nul ne pense &#224; se retirer de ces lieux pour laisser la place &#224; l'&#201;tat, sauf si l'on en est chass&#233; par les nationalisations. Certes, il s'av&#233;rera bient&#244;t que cet investissement &#233;tait trop lourd, puisqu'on reproduisait les structures h&#233;rit&#233;es de la premi&#232;re mission. Mais personne n'envisageait des r&#233;visions structurelles d&#233;chirantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour s'occuper du nombre croissant des baptis&#233;s, l'&#201;glise privil&#233;gie la formation de pr&#234;tres africains. Nombre de dioc&#232;ses penseront &#224; fonder leurs congr&#233;gations religieuses, soit avec le concours des missionnaires, soit de mani&#232;re autonome. Mais souvent, les jeunes, gar&#231;ons et filles, qui se pr&#233;parent &#224; la vie religieuse et sacerdotale, sont form&#233;s &#224; reproduire les structures anciennes. Seul M&lt;sup&gt;gr&lt;/sup&gt; Joseph Malula de Kinshasa osera demander &#224; ses s&#339;urs th&#233;r&#233;siennes d'&#234;tre des femmes, des Africaines et des religieuses ! Elles seront les premi&#232;res &#224; s'habiller &#224; l'africaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le minist&#232;re paroissial, lui aussi, reste tr&#232;s classique. Il consiste essentiellement &#224; s'investir dans les sacrements, la cat&#233;ch&#232;se traditionnelle, l'animation des mouvements d'action catholique pour enfants, jeunes et adultes, la L&#233;gion de Marie, les foyers chr&#233;tiens. Le minist&#232;re est encore marqu&#233; par une organisation dioc&#233;saine et paroissiale fort lourde. Beaucoup continuent le discours pr&#233;conciliaire. Ils pr&#234;chent une sot&#233;riologie du salut des &#226;mes. J&#233;sus vient sauver les Africains de la damnation en les arrachant au paganisme pour les conduire &#224; la vie &#233;ternelle. Pour les sortir des t&#233;n&#232;bres, il convenait de faire table rase de son environnement culturel et religieux marqu&#233; par le p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, des pr&#234;tres africains remettent en cause la th&#233;ologie de l'implantation de l'&#201;glise et proposent celle de l'adaptation ou des pierres d'attente. Le point focal de cette revendication est le livre &lt;i&gt;Des pr&#234;tres noirs s'interrogent&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1956 [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Collectif, Des pr&#234;tres noirs s'interrogent, Paris, Pr&#233;sence africaine, (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Les traditions africaines comportent des pierres d'attente, c'est-&#224;-dire des &#233;l&#233;ments culturels, religieux, symboliques, rituels&#8230;, compatibles avec les donn&#233;es de la foi chr&#233;tienne. Il existe des valeurs culturelles qui pr&#233;parent les soci&#233;t&#233;s africaines &#224; accueillir l'&#201;vangile. Pour cela, ces th&#233;ologiens cherchent des correspondances entre les religions traditionnelles et le christianisme. Il s'agit d'adapter le mieux possible les pratiques de l'&#201;glise d'Occident aux r&#233;alit&#233;s socio-culturelles de l'Afrique, de p&#233;n&#233;trer la mentalit&#233; africaine pour y greffer le message chr&#233;tien, de rendre accessible aux Africains les dogmes chr&#233;tiens [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. A. NGINDU MUSHETE, Les Th&#232;mes majeurs de la th&#233;ologie africaine, Paris, (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les tenants de cette th&#233;ologie sont nombreux. Citons, &#224; titre d'exemple, Placide Tempels, Vincent Mulago, M. F. Lufuluabo, D. Nothomb, Alexis Kagame, John Mbiti&#8230; Malgr&#233; leurs limites, les th&#233;ologiens de l'adaptation sont les p&#232;res de la th&#233;ologie africaine des temps modernes. Ils ont eu un impact sur les d&#233;buts de l'africanisation du personnel eccl&#233;siastique, de la liturgie et de la pastorale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;b. Pastorale et liturgie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, c'est dans la pastorale et la liturgie que l'on sentira le plus les effets de cette fronde th&#233;ologique et du souffle de Vatican II, la pastorale restant encore essentiellement sacramentelle et liturgique. Comment s'en &#233;tonner ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis les premiers temps de l'&#201;glise, la liturgie est le lieu privil&#233;gi&#233; o&#249; se c&#233;l&#232;bre la Parole de vie. En Afrique aussi, la primo-&#233;vang&#233;lisation a pour cadre principal la liturgie. L. Mpongo a raison de souligner le lien tr&#232;s fort entre liturgie et &#233;vang&#233;lisation [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L. MPONGO, &#171; &#201;vang&#233;lisation et vie sacramentelle et cultuelle &#187;, dans : (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Par la pr&#233;dication, elle est le premier lieu herm&#233;neutique de th&#233;ologie africaine [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Kabasele LUMBALA, &#171; Sagesse africaine dans la liturgie de la parole &#187;, (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors de l'&#233;vang&#233;lisation du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tandis que les protestants investissent dans la formation biblique, l'enseignement, chez les catholiques, est bas&#233; sur le cat&#233;chisme. La liturgie &#233;tait le principal lieu de lecture de la Bible. Le chant liturgique, soit repris des chants europ&#233;ens, soit compos&#233; en langues africaines, est un important moyen pastoral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La traduction sera &#233;galement un moment important de l'activit&#233; pastorale. On sait qu'il s'agit l&#224; d'un moment herm&#233;neutique exigeant. Certes, tous les traducteurs de la Bible se heurtent sensiblement aux m&#234;mes difficult&#233;s. N&#233;anmoins, celui qui traduit dans les langues africaines rencontre des probl&#232;mes suppl&#233;mentaires li&#233;s &#224; l'orthographe, &#224; la grammaire, aux expressions th&#233;matiques (comme &#171; gr&#226;ce &#187; ou &#171; principaut&#233;s &#187;), aux translitt&#233;rations. Certains mots difficiles sont transcrits : &#171; ap&#244;tres &#187;, &#171; synagogue &#187;, &#171; temple &#187;, &#171; centurion &#187;, &#171; messie &#187;, &#171; hosanna &#187;. Des biblistes et des personnes connaissant bien la langue locale s'attellent &#224; ce travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces travaux ont &#233;t&#233; un grand apport pour la culture, pour la langue. Les cat&#233;chismes, les chants liturgiques, les traductions de la Bible, sont des lieux linguistiques importants, peut-&#234;tre pas suffisamment explor&#233;s. Ce sera le premier lieu de cr&#233;ativit&#233; th&#233;ologique en cette p&#233;riode. En maints endroits, ce fut l'occasion d'un travail &#339;cum&#233;nique, les catholiques profitant de l'exp&#233;rience des fr&#232;res protestants en la mati&#232;re, surtout par le biais de l'alliance biblique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, comment ignorer la place des cat&#233;chistes, qui avaient d&#233;j&#224; jou&#233; un r&#244;le important dans la mission d'avant les ind&#233;pendances ? Auxiliaires des pr&#234;tres, ils &#233;taient parfois leurs rempla&#231;ants, surtout dans les missions de campagne. Polyvalents, ils intervenaient dans la formation cat&#233;ch&#233;tique, mais aussi dans les offices, comme adjuvants du c&#233;l&#233;brant ou comme traducteurs. Ils prolongent le travail du pr&#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. DE KAMPALA AU PREMIER SYNODE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s l'euphorie des ind&#233;pendances, le ciel sociopolitique de l'Afrique s'est assombri : l'&#226;ge d'or attendu n'est pas pour demain [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est le titre de la traduction fran&#231;aise du roman du ghan&#233;en A. K. Armah, (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. En dehors du S&#233;n&#233;gal, c'est le r&#232;gne du parti unique, quelle que soit sa coloration. L'&#201;glise va conna&#238;tre des tribulations en maints endroits. L'agnosticisme gagne nombre d'intellectuels. C'est dans ce climat qu'en 1969, le pape Paul VI met les pieds sur le continent noir africain, &#224; Kampala.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. Le nouvel &#226;ge de la pastorale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette visite va marquer un tournant important dans la r&#233;flexion, le discours et l'agir de l'&#201;glise d'Afrique. Celle-ci va progressivement sortir du conformisme pour se risquer vers le large. Le discours du pape affirme d'une part l'universalit&#233; de l'&#201;glise, et d'autre part, la l&#233;gitimit&#233; d'un pluralisme qui admet la possibilit&#233; d'un christianisme africain et la responsabilit&#233; de l'Afrique dans la mission :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'expression, c'est-&#224;-dire le langage, la fa&#231;on de manifester l'unique foi, peut &#234;tre multiple et par cons&#233;quent originale, conforme &#224; la langue, au style, au temp&#233;rament, au g&#233;nie, &#224; la culture de qui professe cette unique foi&#8230; En ce sens, vous pouvez et devez avoir un christianisme africain [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='AAS, vol. LXI, 30/9/1969, 9, p. 576 sqq.' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les propos de Paul VI donnent lieu &#224; de multiples interpr&#233;tations. Certains insistent sur la fid&#233;lit&#233; &#224; la tradition de l'&#201;glise universelle. Ainsi, de nombreux Africains, particuli&#232;rement parmi l'&#233;piscopat, sont soucieux de d&#233;clarer haut et fort leur attachement &#224; l'&#201;glise universelle. D'autres enfoncent les portes entreb&#226;ill&#233;es par le pape dans le sens de l'av&#232;nement d'une organisation, d'une pastorale et d'une th&#233;ologie r&#233;ellement africaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan organisationnel, les &#233;v&#234;ques d'Afrique rassembl&#233;s autour du pape &#224; Kampala cr&#233;ent le Symposium des &#201;glises d'Afrique et de Madagascar (SCEAM ou SECAM) pour rendre visible la communion entre les &#201;glises du continent qui, progressivement, dans les pays et les r&#233;gions, s'organisent en Conf&#233;rences &#233;piscopales, et plus tard en Conf&#233;rences &#233;piscopales r&#233;gionales [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir S. KALAMBA NSAPO, Les Eccl&#233;siologies d'&#233;piscopats africains (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Les &#201;glises ont alors une tribune d'o&#249; elles peuvent d&#233;livrer des messages communs, particuli&#232;rement sur l'inculturation et les probl&#232;mes sociaux. Voici l'objectif audacieux que fixe &#224; l'organisation le premier pr&#233;sident du SCEAM, le cardinal Paul Zoungrana, dans son discours fondateur :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; D'abord, disons-le clairement, notre &#234;tre propre ne doit pas nous &#234;tre impos&#233; du dehors ; l'&#201;vangile est un germe de vie, et l'&#201;glise d'Afrique doit se d&#233;velopper et se construire elle-m&#234;me gr&#226;ce &#224; sa propre vitalit&#233; en participation &#224; la vie de l'&#201;glise universelle ; c'est &#224; elle-m&#234;me de se d&#233;finir ses objectifs et ses priorit&#233;s apostoliques [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='P. ZOUNGRANA, &#171; Discours d'ouverture de la 1re Assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re du Symposium (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De 1969 &#224; 1985, le SCEAM a publi&#233; une douzaine de documents, dont un sur l'inculturation ; tous les autres traitent de probl&#232;mes sociaux, traduisant ainsi un engagement socio-pastoral. Selon J. Vankrukesven, &#171; les pr&#233;occupations des &#233;piscopats d'Afrique se concentrent essentiellement sur deux secteurs : la justice, le d&#233;veloppement et la paix, d'une part ; le mariage et la vie de famille, d'autre part [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='J. VANKRUNKESVEN (Pr&#233;sentation), Le Discours socio-pastoral de l'&#201;glise (...)' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Concernant les minist&#232;res, certains proposent d'instaurer le diaconat permanent. C'est le cas du dioc&#232;se de Douala au Cameroun. La plupart demandent de faire confiance aux animateurs la&#239;cs, moyennant une formation solide dans laquelle les pr&#234;tres doivent s'investir [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Cardinal &#201;mile BIAYENDA, &#171; Formation d'animateurs la&#239;cs de communaut&#233;s &#187;, (...)' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Le cardinal Malula, lui, initie le minist&#232;re des &lt;i&gt;Bakambi&lt;/i&gt;, les responsables la&#239;cs des paroisses [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mgr Malula sur les minist&#232;res la&#239;cs, dans : M. CHEZA, H. DERROITTE, R. (...)' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout en maintenant les structures paroissiales, la pastorale va reposer d&#233;sormais sur les petites communaut&#233;s de base, quel que soit le nom qu'on leur donne [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. J.-M. ELA, &#171; Les communaut&#233;s de base dans les &#201;glises africaines &#187;, dans : (...)' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]. &#192; l'image des premi&#232;res communaut&#233;s chr&#233;tiennes et africaines traditionnelles, les chr&#233;tiens se devaient d'apprendre &#224; vivre leur foi en petits groupes qui portent le d&#233;fi du vivre ensemble que de nombreux chr&#233;tiens vont chercher ailleurs. Sans &#234;tre un refuge, l'&#201;glise doit s'organiser en communaut&#233;s r&#233;ellement vivantes. En 1985, M&lt;sup&gt;gr&lt;/sup&gt; A. Sanon parle d&#233;j&#224; d'&#201;glise-Famille qui se d&#233;veloppe sur un mod&#232;le &#224; la fois trinitaire et africain [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='A. TITIANMA SANON, &#171; Mise en place d'une &#201;glise-Famille &#187;, dans : M. CHEZA, H. (...)' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Il propose, en outre, une cat&#233;ch&#232;se qui s'inspire des initiations africaines [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='footnote' title='A. TATIANMA SANON, Enraciner l'&#201;vangile : initiations africaines et p&#233;dagogie (...)' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Ces communaut&#233;s doivent c&#233;l&#233;brer r&#233;ellement &#224; l'africaine. De nombreux rites africains de la messe s'exp&#233;rimentent ici et l&#224;. C'est celui du Za&#239;re qui finit par avoir l'aval de Rome [&lt;a href='#nb2-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Conf&#233;rence &#233;piscopale du Za&#239;re, Missel romain pour les dioc&#232;ses du Za&#239;re, (...)' id='nh2-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. On s'inspire &#233;galement de nos traditions pour la c&#233;l&#233;bration de la r&#233;conciliation et de la Parole de Dieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une pastorale de formation, d&#233;passant la cat&#233;ch&#232;se traditionnelle, se met en place. Elle touche de nombreux chr&#233;tiens qui ne savent pas lire. Ainsi, des exp&#233;riences r&#233;alis&#233;es au Tchad et dans le Nord-Cameroun s'inspirent de la tradition africaine et aussi des travaux de Marcel Jousse sur l'oralit&#233;. Les l&#233;gendes, les contes, les proverbes, sont porteurs de l'histoire du groupe. Ces exp&#233;riences pastorales montrent comment l'oralit&#233; est le lieu privil&#233;gi&#233; pour retrouver le caract&#232;re &#233;v&#233;nementiel de l'histoire du salut, racont&#233;e, m&#233;moris&#233;e, dans&#233;e et v&#233;cue. Cette pastorale s'appuie abondamment sur les supports audiovisuels : cassettes audio, CD, DVD&#8230; En Afrique de l'Ouest, la F&#233;d&#233;ration catholique biblique propose une alphab&#233;tisation par la Bible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, la pastorale traditionnelle de visite et de communion aux malades s'enrichit de l'exp&#233;rience et de la r&#233;flexion de nombreux pasteurs, tel le j&#233;suite Meinrad Hebga [&lt;a href='#nb2-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. P. M. HEBGA, La Rationalit&#233; d'un discours africain sur les ph&#233;nom&#232;nes (...)' id='nh2-16'&gt;16&lt;/a&gt;]. On met en lumi&#232;re le sacrement des malades, les messes et pri&#232;res pour les malades, en &#233;vitant les risques de f&#233;tichisation des sacramentaux, de la chasse aux d&#233;mons et aux sorciers. Surtout, elle essaie de relever le d&#233;fi des grandes pand&#233;mies comme le sida ou le paludisme pour soigner, pr&#233;venir, accompagner et &#233;duquer les malades.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;b. La marche vers le premier synode africain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces ouvertures pastorales sont port&#233;es par une riche r&#233;flexion th&#233;ologique plurielle. Ce sont les &#233;v&#234;ques africains, pr&#233;sents au Synode de 1974 sur l'&#233;vang&#233;lisation, qui donnent le ton. En lieu et place de la th&#233;ologie des pierres d'attente, ils optent pour une th&#233;ologie de l'incarnation, ouverte aux aspirations principales des Africains [&lt;a href='#nb2-17' class='spip_note' rel='footnote' title='N. SOED&#201; YAOVI, Th&#233;ologie africaine. Origine, &#233;volution et m&#233;thodes, Abidjan, (...)' id='nh2-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Alors, pour &#233;viter le danger du concordisme, des th&#233;ologiens africains syst&#233;matisent leur r&#233;flexion, s'appuyant d'une part sur la Bible et la Tradition et, d'autre part, sur l'analyse m&#233;ticuleuse des traditions africaines. C'est ce souci qui guide les travaux de Laurent Mosengwo en ex&#233;g&#232;se, Ntedika Nkonde en patristique, Tshibangu Tshisiku en m&#233;thodologie th&#233;ologique, Laurent Mpongo en liturgie, Nyeme Tese en morale, et surtout O. Bimwenyi et B. Adokonou en th&#233;ologie syst&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces recherches de grande valeur ne prennent pas suffisamment en compte les probl&#232;mes sociopolitiques qui tenaillent l'Afrique. C'est l'un des reproches que fera &#224; la th&#233;ologie africaine l'AOTA r&#233;unie &#224; Accra en 1977 [&lt;a href='#nb2-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Collectif, Lib&#233;ration ou adaptation ? La th&#233;ologie africaine s'interroge, (...)' id='nh2-18'&gt;18&lt;/a&gt;]. E. Mveng essaie de faire la synth&#232;se des aspects culturel et socio-&#233;conomique, parlant de paup&#233;risation anthropologique [&lt;a href='#nb2-19' class='spip_note' rel='footnote' title='E. MVENG, L'Afrique dans l'&#201;glise, paroles d'un croyant, Paris, L'Harmattan, (...)' id='nh2-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. M&#234;me s'il reste encore rattach&#233; &#224; l'inculturation, il ouvre la voie aux th&#233;ologies et pastorales sociopolitiques qui s'expriment de diverses mani&#232;res. Ainsi, pour les chr&#233;tiens d'Afrique du Sud de l'apartheid, le salut, c'&#233;tait de suivre J&#233;sus sur le chemin du Golgotha sud-africain pour permettre au peuple de se relever. Les &#233;v&#234;ques sud-africains soutiennent les sanctions &#233;conomiques de la communaut&#233; internationale contre leur pays [&lt;a href='#nb2-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir la lettre pastorale des &#233;v&#234;ques d'Afrique du Sud, &#171; Les sanctions (...)' id='nh2-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Ils sont suivis par d'autres &#201;glises, particuli&#232;rement celles de l'IMBISA [&lt;a href='#nb2-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir la lettre pastorale de l'IMBISA, &#171; Justice et paix en Afrique australe (...)' id='nh2-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Sur le reste du continent, la situation d'injustice est si criante que Jean-Marc Ela la d&#233;nonce avec v&#233;h&#233;mence [&lt;a href='#nb2-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. J.-M. ELA, Ma foi d'Africain, Paris, Karthala, 1985. Voir aussi son (...)' id='nh2-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Sur cette lanc&#233;e, &#224; l'approche des &#233;lections l&#233;gislatives de 1988, les &#233;v&#234;ques du Cameroun rel&#232;vent l'importance chr&#233;tienne de l'engagement politique et de la d&#233;mocratie [&lt;a href='#nb2-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre pastorale des &#233;v&#234;ques du Cameroun, &#171; La politique est une n&#233;cessit&#233; (...)' id='nh2-23'&gt;23&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, ces audaces th&#233;ologiques posent question. Ainsi, si les religions et les traditions africaines ne sont pas que des pierres d'attente, alors comment les aborder et les int&#233;grer dans la pastorale et la vie chr&#233;tienne de tous les jours ? Un regard nouveau sur nos religions traditionnelles et nos coutumes ne passe-t-il pas par une cure du langage, principalement en ce qui concerne les termes de paganisme, f&#233;tichisme, sorcellerie, magie, religion, animisme ? Cette cure terminologique n'a pas seulement un but acad&#233;mique. Elle a une port&#233;e pastorale, principalement &#224; propos des sacrifices dits pa&#239;ens, de la dot, de la polygamie, des divorces. Ne faut-il pas revoir la pastorale traditionnelle ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, au niveau des minist&#232;res, peut-on aller plus loin que l'institution des Bakambi en imposant les mains sur les la&#239;cs comme le proposaient d&#233;j&#224; en 1970 les &#233;v&#234;ques du Cameroun, de Centrafrique, du Congo, du Gabon et du Tchad [&lt;a href='#nb2-24' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Imposer les mains &#224; des animateurs mari&#233;s &#187;, Document catholique, 1970, p. (...)' id='nh2-24'&gt;24&lt;/a&gt;] ? Sur le plan organisationnel, le SCEAM pouvait-il aller jusqu'&#224; devenir un patriarcat africain [&lt;a href='#nb2-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. I. NDONGALA MADUKU, Pour des &#201;glises r&#233;gionales en Afrique, Paris, (...)' id='nh2-25'&gt;25&lt;/a&gt;] ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La liturgie avait &#233;t&#233; le lieu le plus audacieux de l'inculturation. Mais qu'en est-il alors de la mati&#232;re eucharistique ? Faut-il continuer &#224; utiliser le pain et le vin ? E. E. Uzukwu &#233;voque la possibilit&#233; de c&#233;l&#233;brer l'eucharistie avec les fruits de la terre africaine et le travail des Africains [&lt;a href='#nb2-26' class='spip_note' rel='footnote' title='E. E. UZUKWU, &#171; Food and Drink in Africa and the Christian Eucharist. An (...)' id='nh2-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. F. Kabasele Lumbala [&lt;a href='#nb2-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Kabasele LUMBALA, Liturgies africaines. L'enjeu culturel, eccl&#233;sial et (...)' id='nh2-27'&gt;27&lt;/a&gt;] et R. Jaouen [&lt;a href='#nb2-28' class='spip_note' rel='footnote' title='R. JAOUEN, L'Eucharistie du mil. Langages d'un peuple, expressions de la foi, (...)' id='nh2-28'&gt;28&lt;/a&gt;], entre autres, abondent dans le m&#234;me sens. N&#233;anmoins, quelques-uns, comme L. Mpongo, estiment que &#171; l'Afrique noire a accept&#233; de vivre le ph&#233;nom&#232;ne de l'acculturation en assimilant progressivement des denr&#233;es alimentaires exotiques [&lt;a href='#nb2-29' class='spip_note' rel='footnote' title='L. MPONGO, &#171; Pain et vin pour l'eucharistie en Afrique noire. Le probl&#232;me (...)' id='nh2-29'&gt;29&lt;/a&gt;] &#187;. L'&#201;glise suivra plut&#244;t cette prudence. D'ailleurs, le quotidien concret n'est-il pas la premi&#232;re mati&#232;re eucharistique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces interrogations appelaient une vaste concertation panafricaine. Elle avait &#233;t&#233; discr&#232;tement pr&#233;par&#233;e par Alioune Diop. Le premier synode africain se tient en 1994, sous le signe du triomphe de la vie [&lt;a href='#nb2-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Ecclesia in Africa. L'&#201;glise en Afrique, n&#176; 12.' id='nh2-30'&gt;30&lt;/a&gt;]. Il rejoint les qu&#234;tes et les r&#233;flexions multiformes de th&#233;ologiens africains, du moins en ses courants principaux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; D'un mot, le Synode a-t-il repris l'effort th&#233;ologique du continent ? La r&#233;ponse est affirmative. Il le fait en assumant l'anthropologie th&#233;ologique mise en valeur par la th&#233;ologie de l'inculturation. Il le fait &#233;galement par sa th&#233;ologie de la lib&#233;ration existentielle africaine fond&#233;e dans la doctrine chr&#233;tienne de la justification eschatologique en J&#233;sus-Christ. La reconstruction du continent est fonction de la restauration apport&#233;e par le Christ. D'o&#249;, la promesse de la m&#233;diation du Christ est pour les Africains, d'apr&#232;s le Synode, l'espoir de mener une vie digne de personnes qui participent d&#233;j&#224; sur cette Afrique au myst&#232;re de la glorification dans l'Esp&#233;rance de la Parousie [&lt;a href='#nb2-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Fl. MUZUMANGA MA-MUMBIMBI, &#171; La doctrine du salut au synode africain. (...)' id='nh2-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. DU PREMIER AU DEUXI&#200;ME SYNODE AFRICAIN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;fl&#233;chir sur sa mission au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le premier synode africain avait choisi cinq th&#232;mes : l'&#233;vang&#233;lisation, l'inculturation, le dialogue avec les autres religions, les moyens de communication sociale, la justice et la paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais face aux violences end&#233;miques qui d&#233;truisent et endeuillent le continent, le deuxi&#232;me synode veut revenir sur ce dernier point, de fa&#231;on plus concr&#232;te. Il entend interpeler avec force la responsabilit&#233; des chr&#233;tiens dans l'av&#232;nement de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix en Afrique, en s'inspirant du sermon sur la montagne : &#171; L'&#201;glise au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix. &#8220;Vous &#234;tes le sel de la terre&#8230; Vous &#234;tes la lumi&#232;re du monde&#8221; &#187; (Mt 5, 13-14). Il se d&#233;veloppe dans l'&#201;glise une spiritualit&#233; de l'empathie et de l'engagement, &#224; laquelle l'universit&#233; a une grande part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. Une spiritualit&#233; de l'empathie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Juste avant le premier synode, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, cinq &#233;v&#234;ques, avec l'accord de Rome, avaient accept&#233; de pr&#233;sider les Conf&#233;rences nationales qui ont marqu&#233; la derni&#232;re d&#233;cennie du si&#232;cle dernier [&lt;a href='#nb2-32' class='spip_note' rel='footnote' title='En effet, cinq des huit Conf&#233;rences nationales tenues en Afrique ont &#233;t&#233; (...)' id='nh2-32'&gt;32&lt;/a&gt;]. Elles voulaient doter le pays de nouvelles structures, d&#233;mocratiques, r&#233;ellement au service du bien commun. En se mettant sous le parrainage de l'&#201;glise, les Conf&#233;rences nationales montraient qu'elles se voulaient essentiellement une entreprise de renaissance morale [&lt;a href='#nb2-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. P. POUCOUTA, Lettres aux &#201;glises d'Afrique. Apocalypse 1-3, Yaound&#233;, (...)' id='nh2-33'&gt;33&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'implication des &#201;glises dans les Conf&#233;rences nationales a laiss&#233; des traces. Certes, en dehors du B&#233;nin, ce ne fut pas toujours un grand succ&#232;s ! La d&#233;mocratie est encore balbutiante. Il n'y a pas d'opposition v&#233;ritable. Aux dictatures succ&#232;dent des dynasties. Mais tout n'est plus comme avant. Des verrous ont c&#233;d&#233;, m&#234;me si un monde nouveau n'est pas encore n&#233;. L'&#201;glise ne peut plus reculer. Elle est partie prenante de la grande pirogue de l'histoire africaine. Elle doit prendre ses responsabilit&#233;s dans le domaine sociopolitique [&lt;a href='#nb2-34' class='spip_note' rel='footnote' title='B. AWAZI MBAMBI KUNGUA, Panorama de la th&#233;ologie n&#233;gro-africaine, Paris, (...)' id='nh2-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. Elle ne peut se contenter d'un r&#244;le de suppl&#233;ance. Mais elle veut s'impliquer dans la transformation profonde de la soci&#233;t&#233;, dans ses diff&#233;rentes dimensions. Elle a pris position dans des domaines aussi d&#233;licats que le p&#233;trole [&lt;a href='#nb2-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Conf&#233;rence &#233;piscopale du Congo, &#171; D&#233;claration des &#233;v&#234;ques sur le p&#233;trole &#187;, La (...)' id='nh2-35'&gt;35&lt;/a&gt;], le bois, l'&#233;cologie. D&#233;sormais, l'inculturation envisage tous les aspects de l'existence :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'inculturation vise &#224; permettre &#224; l'homme d'accueillir J&#233;sus Christ dans l'int&#233;gralit&#233; de son &#234;tre personnel, culturel, &#233;conomique et politique, en vue de sa pleine et totale communion &#224; Dieu le P&#232;re, et d'une vie sainte sous l'action du Saint-Esprit [&lt;a href='#nb2-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Ecclesia in Africa, n&#176; 62.' id='nh2-36'&gt;36&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me synode se vivra dans cette perspective. Le th&#232;me du synode y invitait. Les chr&#233;tiens sont impliqu&#233;s tant&#244;t comme victimes, tant&#244;t parfois, h&#233;las, comme bourreaux. L'&#201;glise d&#233;veloppe d&#233;sormais une spiritualit&#233; de l'empathie et de l'engagement, une eccl&#233;siologie sociale. M&#234;me l'invitation &#224; reprendre &#224; nouveaux frais la th&#233;matique de l'inculturation se fera sous l'angle &#233;thique. Les guerres et les violences end&#233;miques ont amen&#233; l'&#201;glise &#224; crier haut et fort contre les pr&#233;dateurs locaux et internationaux qui exterminent les populations. De mani&#232;re encore un peu timide et pudique, elle condamne les viols massifs des femmes dans les pays en guerre, mais aussi les violences dans les familles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi le deuxi&#232;me synode demande de soigner la pastorale des cadres, en tenant compte des diverses cat&#233;gories socio-professionnelles, en insistant sur l'&#233;thique g&#233;n&#233;rale et socio-&#233;conomique. Cette formation peut permettre de relever le d&#233;fi dans l'&#339;uvre d'&#233;vang&#233;lisation et la participation &#224; la vie de l'&#201;glise, avec le but de transformer la soci&#233;t&#233;. Cette mission du la&#239;c dans le monde exige un accompagnement doctrinal et spirituel. Elle peut &#234;tre aussi un ferment pour une autonomie financi&#232;re dans nos dioc&#232;ses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut &#233;galement penser &#224; accompagner et &#224; former les hommes et les femmes politiques en vue de la paix, si possible dans un contexte &#339;cum&#233;nique. C'est un devoir pour l'&#201;glise de travailler &#224; l'&#233;mergence d'une classe politique responsable. Il convient d'&#233;duquer les populations &#224; leurs droits et devoirs comme citoyens, &#224; la tol&#233;rance, au respect. Enfin, il faut soigner l'accompagnement et la formation des militaires pour qu'ils soient des agents de la paix. On peut aussi s'inspirer de l'implication de l'AMACEA dans la r&#233;solution de conflits en Afrique de l'Est [&lt;a href='#nb2-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. C. MAJAWA, &#171; The experience of CUEA and AMACEA Church &#187;, dans : P. (...)' id='nh2-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Ou encore de l'exp&#233;rience de l'&#201;glise du Mozambique qui, avec le concours de San Egidio, a impos&#233; dans ce pays une r&#233;conciliation et une d&#233;mocratisation durables [&lt;a href='#nb2-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. M. MAULANO, &#171; Reconciliation, Justice and Peace in Mozambique &#187;, dans : (...)' id='nh2-38'&gt;38&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les commissions Justice et Paix, que l'on pourrait d&#233;sormais appeler &#171; R&#233;conciliation, Justice et Paix &#187;, ont un r&#244;le important dans cette pastorale du politique. Elles s'impliquent dans des processus &#233;lectoraux. Elles ont contribu&#233; &#224; ficeler les dossiers sur le p&#233;trole, le bois, l'&#233;cologie. Elles sont souvent des barom&#232;tres de la d&#233;mocratie. Ses membres doivent r&#233;sister aux intimidations des hommes politiques, des institutions internationales, aux timidit&#233;s de quelques hommes d'&#201;glise. Certains d'entre eux ont m&#234;me connu la prison. Enfin, la commission pourrait &#234;tre un observatoire de la situation sociopolitique, mais aussi de la mise en &#339;uvre du synode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour marquer son engagement, l'&#201;glise voudrait s'inviter &#224; un dialogue cr&#233;atif et critique avec les institutions panafricaines. Aujourd'hui, elle est repr&#233;sent&#233;e &#224; l'Union africaine par le nonce apostolique pr&#233;sent &#224; Addis-Abeba. Le SCEAM vient de demander d'y avoir un statut non seulement d'observateur, mais aussi de partenaire. Ce qui permettrait &#224; l'&#201;glise d'Afrique de dire son mot sur les grands probl&#232;mes de l'heure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Nouveaux Mouvements religieux, souvent appel&#233;s sectes, constituent un s&#233;rieux d&#233;fi pour l'&#201;glise. Outre une th&#233;ologie erron&#233;e, ils inoculent une spiritualit&#233; &#233;sot&#233;rique et d&#233;mobilisatrice. L'&#201;glise, elle, propose une spiritualit&#233; d'empathie et d'engagement. Les chr&#233;tiens sont invit&#233;s &#224; se mettre &#224; l'&#233;coute de l'Esprit qui suscite des spiritualit&#233;s africaines, bibliques et lib&#233;ratrices :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les mouvements spirituels peuvent aussi constituer ces petits foyers &#224; partir desquels l'&#201;vangile f&#233;conde la r&#233;alit&#233; du monde. Les fid&#232;les la&#239;cs sont invit&#233;s &#224; &#234;tre attentifs &#224; l'Esprit qui inspire et suscite au sein de son &#201;glise des initiatives nouvelles et incarn&#233;es dans nos r&#233;alit&#233;s pour relever les grands d&#233;fis contemporains. L'Afrique ne doit pas que consommer les mouvements spirituels que le m&#234;me Esprit a suscit&#233;s dans d'autres contextes culturels, elle doit &#234;tre &#233;galement capable d'en susciter et de les r&#233;pandre dans toute l'&#201;glise, comme signe de sa maturit&#233; spirituelle et de son attentive &#233;coute des paroles que l'Esprit adresse aux &#201;glises [&lt;a href='#nb2-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Synode des &#233;v&#234;ques, IIe Assembl&#233;e sp&#233;ciale pour l'Afrique : L'&#201;glise en Afrique (...)' id='nh2-39'&gt;39&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;b. La mission des universit&#233;s catholiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle est alors la place des universit&#233;s et des universitaires dans cette empathie d'engagement ? L'universit&#233; appara&#238;t encore comme un lieu exotique. Certes, on sait tout le travail r&#233;alis&#233; par les universit&#233;s catholiques dans le domaine de l'inculturation et la formation des cadres. D&#233;sormais, l'&#201;glise veut en faire des laboratoires d'analyses o&#249; se forge l'Afrique. Elle les sollicite comme fer de lance de sa nouvelle pastorale. Elle les invite &#224; susciter des r&#233;flexions sur les causes des injustices et des violences au niveau tant local qu'international, sur la d&#233;mocratie, les droits de l'homme, les relations &#201;glise-&#201;tat, sur les violences &#233;cologiques, de la dette, de la faim&#8230; L'&#201;glise peut tirer profit d'exp&#233;riences fort probantes comme celle du d&#233;partement &#171; droits de l'homme &#187; &#224; l'universit&#233; catholique d'Afrique centrale &#224; Yaound&#233;. Il peut &#234;tre un instrument efficace au service de la justice sur notre continent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les instituts et universit&#233;s catholiques sont regroup&#233;s autour de l'Association des universit&#233;s et instituts sup&#233;rieurs catholiques d'Afrique et de Madagascar (ASUNICAM). Dans le Pr&#233;ambule de ses constitutions, l'Association se propose d'&#339;uvrer &#171; &lt;i&gt;au service de la promotion int&#233;grale de l'homme et pour les besoins des &#201;glises et des soci&#233;t&#233;s d'Afrique. Ces &#233;tablissements entendent contribuer &#224; leur d&#233;veloppement en tant qu'instruments qualifi&#233;s d'&#233;vang&#233;lisation&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;ambule des constitutions de l'ASUNICAM.' id='nh2-40'&gt;40&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, face &#224; la destruction du tissu social, les institutions universitaires sont souvent bien discr&#232;tes, pratiquant parfois la langue de bois. Comment sortir de cette apathie pour une empathie engageante ? De plus, nombre d'acteurs politiques sont des universitaires. En maints pays, certains d'entre eux ont pactis&#233; avec la violence. Les institutions universitaires ont donc un r&#244;le de premier plan &#224; jouer dans l'av&#232;nement de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix, comme le souligne l'&lt;i&gt;Instrumentum laboris&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les universit&#233;s doivent r&#233;pondre &#224; leur vocation d'&lt;i&gt;universitas&lt;/i&gt; en montrant l'exemple d'int&#233;gration de l'unit&#233; dans la diversit&#233; &lt;i&gt;(unitas in diversis)&lt;/i&gt;, dans un travail de recherche acad&#233;mique de niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, o&#249; les sciences sont en dialogue avec la Parole de Dieu, source de paix authentique pour les esprits &#233;pris de v&#233;rit&#233; : v&#233;rit&#233; de l'homme (individu et soci&#233;t&#233;), v&#233;rit&#233; de Dieu. C'est en &#233;tant fid&#232;les &#224; leur identit&#233; catholique, aid&#233;es par un programme d'introduction &#224; la th&#233;ologie catholique pour tous les &#233;tudiants par exemple, que les universit&#233;s catholiques se r&#233;v&#232;leront promotrices d'une authentique ouverture &#224; l'universel, antidote contre les replis identitaires [&lt;a href='#nb2-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Synode des &#233;v&#234;ques, XIIe Assembl&#233;e sp&#233;ciale pour l'Afrique : L'&#201;glise en Afrique (...)' id='nh2-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise s'interroge sur les moyens concrets &#224; prendre pour relever l'Afrique : &#171; Alors quel levier faut-il actionner pour ouvrir une br&#232;che dans cette esp&#232;ce de mur qui bouche l'horizon socio-&#233;conomique africain [&lt;a href='#nb2-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., n&#176; 8.' id='nh2-42'&gt;42&lt;/a&gt;] ? &#187; C'est ici que l'expertise des universit&#233;s est sollicit&#233;e. Elles sont des &#233;prouvettes qui jaugent et analysent, des barom&#232;tres qui appellent &#224; l'engagement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les r&#233;ponses effectives ou potentielles de nos universit&#233;s et institutions acad&#233;miques aux d&#233;fis de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix sont l'enseignement des droits fondamentaux de la personne humaine, l'introduction d'un public plus large de gens simples &#224; l'esprit des lois de leur pays, la proposition de conf&#233;rences-d&#233;bats sur les questions de corruption, de pauvret&#233; et d'injustices, et la production d'&#233;tudes s&#233;rieuses sur la culture de la justice et de la paix en milieu urbain et rural, pour ensuite les transformer [&lt;a href='#nb2-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., n&#176; 136.' id='nh2-43'&gt;43&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'universit&#233;, comme &#201;glise - Famille de Dieu, doit susciter et d&#233;velopper en son sein une culture de la r&#233;conciliation et favoriser l'av&#232;nement d'un &lt;i&gt;homo africanus novus&lt;/i&gt;. De m&#234;me, l'universit&#233; doit aider &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; civile cr&#233;atrice de r&#233;conciliation. En effet, la solidarit&#233; africaine, qui fait notre fiert&#233;, subit l'&#233;preuve du temps. Il faut r&#233;inventer les liens familiaux et sociaux. Il ne s'agit nullement de renoncer aux solidarit&#233;s familiales, tribales, r&#233;gionales ou nationales. L'universit&#233; sera attentive &#224; l'&#233;mergence de ces groupes appel&#233;s &#224; se transformer en lieux dynamiques de r&#233;conciliation. Certains reprennent les contours ethniques et r&#233;gionaux. D'autres les d&#233;passent. Des associations se limitent &#224; la convivialit&#233; ou &#224; l'entraide. Certaines autres, souvent sous forme d'Organisations non gouvernementales, visent plus loin. Locales ou internationales, religieuses ou la&#239;ques, elles suscitent une prise de responsabilit&#233; dans le d&#233;veloppement du village, de la r&#233;gion ou du quartier, ou d'un groupe social donn&#233;. Elles peuvent &#233;galement &#234;tre des moteurs de r&#233;conciliation, de justice et de paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux encore, l'universit&#233; n'est-elle pas elle-m&#234;me une soci&#233;t&#233; civile ? Elle ne doit pas seulement former, mais se sentir concern&#233;e par la r&#233;conciliation. Elle doit prendre la place qui lui revient comme soci&#233;t&#233; civile. Elle contribue ainsi &#224; trouver des solutions aux probl&#232;mes sociaux et &#224; l'int&#233;gration &#233;quilibr&#233;e et dynamique des diverses composantes de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'universit&#233; est le meilleur adjuvant de l'&#201;glise dans sa pastorale politique. Elle doit aider &#224; l'&#233;mergence d'une nouvelle classe politique. Ce qui suppose un travail de politisation, au sens &#233;tymologique du terme. Il importe de susciter une culture de la promotion du bien commun, de la comp&#233;tence, du service de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, de la cit&#233;. Dans une soci&#233;t&#233; de plus en plus rapace et &#233;go&#239;ste, nous avons besoin de femmes et d'hommes de qualit&#233;, &#233;duqu&#233;s &#224; la responsabilit&#233;, comp&#233;tents, honn&#234;tes et cr&#233;dibles. Par un travail de qualit&#233;, ils seront capables de s&#233;cr&#233;ter des anticorps aux m&#233;faits de la haine, de la violence, et de proposer des alternatives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais alors, l'universit&#233; ne sort-elle pas de son r&#244;le ? Ne trahit-elle pas sa mission universelle et proph&#233;tique ? Cette interrogation est r&#233;currente. Les universit&#233;s catholiques ne peuvent &#234;tre indiff&#233;rentes aux instances du pouvoir politique et &#233;conomique qui construisent ou d&#233;truisent nos pays. Mais comment collaborer avec ces instances sans s'y inf&#233;oder ? Voil&#224; la grande question ! Il s'agit, en fait, d'&#233;tablir avec le pouvoir une relation dialectique, selon le mot de Paul Nda [&lt;a href='#nb2-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. P. N'DA, Les Intellectuels et le Pouvoir en Afrique noire, Paris, (...)' id='nh2-44'&gt;44&lt;/a&gt;]. C'est dans ce cadre qu'il convient de situer le lien entre le p&#244;le politique et le p&#244;le proph&#233;tique. Tout en restant strictement fid&#232;le &#224; ses valeurs, l'universit&#233; ne peut pas s&#233;parer les deux p&#244;les, comme le note si bien E. Mounier :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le plus souvent, le temp&#233;rament politique, qui vit dans l'am&#233;nagement et le compromis, et le temp&#233;rament proph&#233;tique, qui vit dans la m&#233;ditation et l'audace, ne coexistent pas dans le m&#234;me homme. Il est indispensable aux actions concert&#233;es de produire les deux sortes d'hommes et de les articuler les uns sur les autres. Sinon le proph&#232;te isol&#233; tourne &#224; l'impr&#233;cation vaine, le tacticien s'enlise dans les man&#339;uvres [&lt;a href='#nb2-45' class='spip_note' rel='footnote' title='E. MOUNIER, Le Personnalisme, Paris, PUF, 1992, p. 105.' id='nh2-45'&gt;45&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION : Une &#201;glise de t&#233;moins !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que conclure ? Un bilan est toujours partiel et partial. Le n&#244;tre ne d&#233;roge pas &#224; la r&#232;gle. Nous le savons bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es ont vu la gestation exaltante mais aussi turbulente du continent. La geste de l'&#201;glise d'Afrique y a &#233;t&#233; tant&#244;t inaudible, tant&#244;t tonitruante, tant&#244;t timide, tant&#244;t courageuse. Dans les nombreux d&#233;fis auxquels s'est heurt&#233; le continent, elle a &#233;t&#233; une lueur d'esp&#233;rance, parfois p&#226;le, h&#233;las !, mais lueur quand m&#234;me. La question se pose certes de la pertinence de cette geste, du langage utilis&#233;. Certes, comme il a &#233;t&#233; soulign&#233; lors du dernier synode, l'&#201;glise doit ma&#238;triser les nouvelles technologies de l'information pour transmettre son message. Mais cela est-il suffisant ? Pas si s&#251;r ! En effet, comme le dit le proverbe africain : &#171; On entend tomber les fruits ou les arbres. Mais on n'entend pas pousser la for&#234;t. &#187; L'&#201;glise d'Afrique ne ressemble-t-elle pas &#224; ces grandes for&#234;ts de chez nous qui poussent sans vacarme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, pour &#234;tre efficiente, la geste de l'&#201;glise doit &#234;tre t&#233;moignage par la parole, la pens&#233;e et les actes. Dans le Nouveau Testament, quatre termes grecs rendent l'id&#233;e de t&#233;moignage : les verbes &lt;i&gt;martyre&#244;&lt;/i&gt; (attester, t&#233;moigner) et &lt;i&gt;martyromai&lt;/i&gt; (confirmer, prendre &#224; t&#233;moin), et les substantifs &lt;i&gt;martyria&lt;/i&gt; (action de t&#233;moigner), &lt;i&gt;martyrion&lt;/i&gt; (la preuve), &lt;i&gt;martys&lt;/i&gt; (le t&#233;moin). Plusieurs sens peuvent en d&#233;couler. Au sens empirique, le t&#233;moin raconte ce qu'il a vu et entendu. Au sens juridique, le plus courant, le t&#233;moin s'engage devant une instance, comme accusateur ou d&#233;fenseur. Au sens proph&#233;tique, le t&#233;moignage est proclamation et engagement [&lt;a href='#nb2-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir P. RIC&#338;UR, &#171; L'herm&#233;neutique du t&#233;moignage &#187;, La Testimonianza, Archivio di (...)' id='nh2-46'&gt;46&lt;/a&gt;]. L'Apocalypse johannique y ajoute la perspective de la mort pour la foi. N&#233;anmoins, Jean insiste sur le sens proph&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme proph&#232;te, le t&#233;moin est celui qui prend l'engagement fort risqu&#233; de s'investir enti&#232;rement dans la cause de Dieu et de toute personne humaine. N'est-ce pas ce &#224; quoi l'Esprit invite l'Afrique aujourd'hui, principalement apr&#232;s le deuxi&#232;me synode africain, synode de la Pentec&#244;te ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Collectif, &lt;i&gt;Des pr&#234;tres noirs s'interrogent&lt;/i&gt;, Paris, Pr&#233;sence africaine, 1956.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. A. NGINDU MUSHETE, &lt;i&gt;Les Th&#232;mes majeurs de la th&#233;ologie africaine&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 42-43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. L. MPONGO, &#171; &#201;vang&#233;lisation et vie sacramentelle et cultuelle &#187;, dans : &lt;i&gt;L'&#201;vang&#233;lisation dans l'Afrique d'aujourd'hui&lt;/i&gt;. Actes de la dixi&#232;me Semaine th&#233;ologique de Kinshasa, Kinshasa, Facult&#233; de th&#233;ologie catholique, 1980, p. 140-154.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. Kabasele LUMBALA, &#171; Sagesse africaine dans la liturgie de la parole &#187;, dans : &lt;i&gt;Quelle &#201;glise pour l'Afrique du troisi&#232;me mill&#233;naire ? Contribution au Synode sp&#233;cial des &#233;v&#234;ques pour l'Afrique&lt;/i&gt;. Actes de la dix-huiti&#232;me Semaine th&#233;ologique de Kinshasa, Kinshasa, Facult&#233;s catholiques de Kinshasa, 1991, p. 234. &#8211; Du m&#234;me auteur : &lt;i&gt;Liturgies africaines. L'enjeu culturel, eccl&#233;sial et th&#233;ologique&lt;/i&gt;, Kinshasa, Recherches africaines de th&#233;ologie, Facult&#233;s catholiques de Kinshasa, 1986, p.152-153.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; C'est le titre de la traduction fran&#231;aise du roman du ghan&#233;en A. K. Armah, &lt;i&gt;L'&#226;ge n'est pas pour demain&lt;/i&gt; (Paris, Pr&#233;sence africaine, 1976). Fleurira &#224; cette &#233;poque une importante litt&#233;rature africaine de d&#233;sillusion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;AAS&lt;/i&gt;, vol. LXI, 30/9/1969, 9, p. 576 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir S. KALAMBA NSAPO, &lt;i&gt;Les Eccl&#233;siologies d'&#233;piscopats africains sub-sahariens. Essai d'analyse de contenu&lt;/i&gt;, Bruxelles, &#201;ditions Soci&#233;t&#233; ouverte, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; P. ZOUNGRANA, &#171; Discours d'ouverture de la 1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; Assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re du Symposium des Conf&#233;rences &#233;piscopales d'Afrique et de Madagascar &#187;, &lt;i&gt;Documentation catholique&lt;/i&gt;, 1969, n&#176; 1548, p. 858-861.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; J. VANKRUNKESVEN (Pr&#233;sentation), &lt;i&gt;Le Discours socio-pastoral de l'&#201;glise d'Afrique&lt;/i&gt;, Bobo-Dioulasso, CESAO, p. 7.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-10' id='nb2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. Cardinal &#201;mile BIAYENDA, &#171; Formation d'animateurs la&#239;cs de communaut&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Document catholique&lt;/i&gt;, n&#176; 1663, 1974, 909.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-11' id='nb2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. M&lt;sup&gt;gr&lt;/sup&gt; Malula sur les minist&#232;res la&#239;cs, dans : M. CHEZA, H. DERROITTE, R. LUNEAU (&#233;d.), &lt;i&gt;Les &#201;v&#234;ques d'Afrique parlent&lt;/i&gt;, Paris, Le Centurion, 1992, p. 103-106.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-12' id='nb2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. J.-M. ELA, &#171; Les communaut&#233;s de base dans les &#201;glises africaines &#187;, dans : J.-M. ELA &amp; R. LUNEAU, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 167-183. Voir aussi G. PANIER, &lt;i&gt;L'&#201;glise de Pointe-Noire (Congo-Brazzaville). &#201;volution des communaut&#233;s chr&#233;tiennes de 1947 &#224; 1975&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 1999, p. 253-277.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-13' id='nb2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; A. TITIANMA SANON, &#171; Mise en place d'une &#201;glise-Famille &#187;, dans : M. CHEZA, H. DERROITTE, R. LUNEAU (&#233;d.), &lt;i&gt;Les &#201;v&#234;ques d'Afrique parlent&lt;/i&gt;, p. 96-98&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-14' id='nb2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; A. TATIANMA SANON, &lt;i&gt;Enraciner l'&#201;vangile : initiations africaines et p&#233;dagogie de la foi&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Cerf, 1982.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-15' id='nb2-15' class='spip_note' title='Notes 2-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Conf&#233;rence &#233;piscopale du Za&#239;re, &lt;i&gt;Missel romain pour les dioc&#232;ses du Za&#239;re&lt;/i&gt;, Suppl&#233;ment au missel romain pour les dioc&#232;ses du Za&#239;re, Kinshasa, &#201;ditions du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-16' id='nb2-16' class='spip_note' title='Notes 2-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. P. M. HEBGA, &lt;i&gt;La Rationalit&#233; d'un discours africain sur les ph&#233;nom&#232;nes paranormaux&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-17' id='nb2-17' class='spip_note' title='Notes 2-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; N. SOED&#201; YAOVI, &lt;i&gt;Th&#233;ologie africaine. Origine, &#233;volution et m&#233;thodes&lt;/i&gt;, Abidjan, Institut catholique de l'Afrique de l'Ouest, 1995, p. 16-17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-18' id='nb2-18' class='spip_note' title='Notes 2-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Collectif, &lt;i&gt;Lib&#233;ration ou adaptation ? La th&#233;ologie africaine s'interroge&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1977.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-19' id='nb2-19' class='spip_note' title='Notes 2-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; E. MVENG, &lt;i&gt;L'Afrique dans l'&#201;glise, paroles d'un croyant&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1985.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-20' id='nb2-20' class='spip_note' title='Notes 2-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir la lettre pastorale des &#233;v&#234;ques d'Afrique du Sud, &#171; Les sanctions &#233;conomiques sont justes &#187;, &lt;i&gt;Document catholique&lt;/i&gt;, n&#176; 1922, 1986, p. 697-699.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-21' id='nb2-21' class='spip_note' title='Notes 2-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir la lettre pastorale de l'IMBISA, &#171; Justice et paix en Afrique australe &#187;, &lt;i&gt;Document catholique&lt;/i&gt;, n&#176; 1980, 1989, p. 298-307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-22' id='nb2-22' class='spip_note' title='Notes 2-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. J.-M. ELA, &lt;i&gt;Ma foi d'Africain&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 1985. Voir aussi son livre-synth&#232;se &lt;i&gt;Repenser la th&#233;ologie africaine. Le Dieu qui lib&#232;re&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-23' id='nb2-23' class='spip_note' title='Notes 2-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Lettre pastorale des &#233;v&#234;ques du Cameroun, &#171; La politique est une n&#233;cessit&#233; vitale pour l'homme &#187;, &lt;i&gt;Document catholique&lt;/i&gt;, n&#176; 1961, 1988, p. 461-463.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-24' id='nb2-24' class='spip_note' title='Notes 2-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &#171; Imposer les mains &#224; des animateurs mari&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Document catholique&lt;/i&gt;, 1970, p. 848.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-25' id='nb2-25' class='spip_note' title='Notes 2-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. I. NDONGALA MADUKU, &lt;i&gt;Pour des &#201;glises r&#233;gionales en Afrique&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 1999, p. 265 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-26' id='nb2-26' class='spip_note' title='Notes 2-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; E. E. UZUKWU, &#171; Food and Drink in Africa and the Christian Eucharist. An Inquiry into the Use of African Symbols in the Eucharistic Celebration &#187;, &lt;i&gt;Bulletin de th&#233;ologie africaine&lt;/i&gt;, 2, 1980, p. 171-187. Du m&#234;me auteur : &#171; Symboles africains et c&#233;l&#233;bration liturgique en Afrique &#187;, dans : Semaines th&#233;ologiques de Kinshasa, &lt;i&gt;Th&#233;ologie africaine. Bilan et perspectives&lt;/i&gt;. Actes de la dix-septi&#232;me Semaine th&#233;ologique de Kinshasa, Kinshasa, Facult&#233;s catholiques de Kinshasa, 1989, p. 129-135.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-27' id='nb2-27' class='spip_note' title='Notes 2-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Kabasele LUMBALA, &lt;i&gt;Liturgies africaines. L'enjeu culturel, eccl&#233;sial et th&#233;ologique&lt;/i&gt;, p. 72-81.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-28' id='nb2-28' class='spip_note' title='Notes 2-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; R. JAOUEN, &lt;i&gt;L'Eucharistie du mil. Langages d'un peuple, expressions de la foi&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-29' id='nb2-29' class='spip_note' title='Notes 2-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; L. MPONGO, &#171; Pain et vin pour l'eucharistie en Afrique noire. Le probl&#232;me a-t-il &#233;t&#233; bien pos&#233; ? &#187;, &lt;i&gt;Nouvelle Revue th&#233;ologique&lt;/i&gt;, 108/4, 1986, p. 526.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-30' id='nb2-30' class='spip_note' title='Notes 2-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ecclesia in Africa. L'&#201;glise en Afrique&lt;/i&gt;, n&#176; 12.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-31' id='nb2-31' class='spip_note' title='Notes 2-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Fl. MUZUMANGA MA-MUMBIMBI, &#171; La doctrine du salut au synode africain. Sot&#233;riologie du message du synode et d'&lt;i&gt;Ecclesia in Africa&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue africaine des sciences de la mission&lt;/i&gt;, 13, 2000, p. 58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-32' id='nb2-32' class='spip_note' title='Notes 2-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; En effet, cinq des huit Conf&#233;rences nationales tenues en Afrique ont &#233;t&#233; dirig&#233;es par des &#233;v&#234;ques : Isidore de Souza au B&#233;nin, Basile Mv&#233; au Gabon, Ernest Kombo au Congo, Philippe Fanoko Kpodzro au Togo, Laurent Monsengwo au Za&#239;re (actuellement R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-33' id='nb2-33' class='spip_note' title='Notes 2-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. P. POUCOUTA, &lt;i&gt;Lettres aux &#201;glises d'Afrique. Apocalypse 1-3&lt;/i&gt;, Yaound&#233;, PUCAC, 2007, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition, p. 26-29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-34' id='nb2-34' class='spip_note' title='Notes 2-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; B. AWAZI MBAMBI KUNGUA, &lt;i&gt;Panorama de la th&#233;ologie n&#233;gro-africaine&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-35' id='nb2-35' class='spip_note' title='Notes 2-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Conf&#233;rence &#233;piscopale du Congo, &#171; D&#233;claration des &#233;v&#234;ques sur le p&#233;trole &#187;, &lt;i&gt;La Semaine africaine&lt;/i&gt;, Brazzaville, n&#176; 2370, 11 juillet 2002, p. 6-7. Voir aussi ACERAC, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la pauvret&#233; en Afrique centrale : le cas du p&#233;trole&lt;/i&gt;, Malabo, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-36' id='nb2-36' class='spip_note' title='Notes 2-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ecclesia in Africa&lt;/i&gt;, n&#176; 62.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-37' id='nb2-37' class='spip_note' title='Notes 2-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. C. MAJAWA, &#171; The experience of CUEA and AMACEA Church &#187;, dans : P. POUCOUTA (dir.), &lt;i&gt;L'&#201;glise en Afrique au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix. &#171; Vous &#234;tes le sel de la terre&#8230; Vous &#234;tes la lumi&#232;re du monde &#187; (Mt 5, 13-14)&lt;/i&gt;, Yaound&#233;, PUCAC, 2009, p. 177-200.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-38' id='nb2-38' class='spip_note' title='Notes 2-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. M. MAULANO, &#171; Reconciliation, Justice and Peace in Mozambique &#187;, dans : P. POUCOUTA (dir.), &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 165-175.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-39' id='nb2-39' class='spip_note' title='Notes 2-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Synode des &#233;v&#234;ques, II&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Assembl&#233;e sp&#233;ciale pour l'Afrique : &lt;i&gt;L'&#201;glise en Afrique au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Lineamenta&lt;/i&gt;, n&#176; 91.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-40' id='nb2-40' class='spip_note' title='Notes 2-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Pr&#233;ambule des constitutions de l'ASUNICAM.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-41' id='nb2-41' class='spip_note' title='Notes 2-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Synode des &#233;v&#234;ques, XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Assembl&#233;e sp&#233;ciale pour l'Afrique : &lt;i&gt;L'&#201;glise en Afrique au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix, &#171; Vous &#234;tes le sel de la terre&#8230; Vous &#234;tes la lumi&#232;re du monde &#187; (Mt 5, 13-14)&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Instrumentum laboris&lt;/i&gt;, n&#176; 135.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-42' id='nb2-42' class='spip_note' title='Notes 2-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., n&#176; 8.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-43' id='nb2-43' class='spip_note' title='Notes 2-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., n&#176; 136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-44' id='nb2-44' class='spip_note' title='Notes 2-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. P. N'DA, &lt;i&gt;Les Intellectuels et le Pouvoir en Afrique noire&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, coll. &#171; Logiques sociales &#187;, 1987.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-45' id='nb2-45' class='spip_note' title='Notes 2-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; E. MOUNIER, &lt;i&gt;Le Personnalisme&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1992, p. 105.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-46' id='nb2-46' class='spip_note' title='Notes 2-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir P. RIC&#338;UR, &#171; L'herm&#233;neutique du t&#233;moignage &#187;, &lt;i&gt;La Testimonianza&lt;/i&gt;, Archivio di filosofia, Padova, Casa Editrice Dott, Antonio Milani, 1972, p. 38-43. Voir aussi I. DONEGANI, &lt;i&gt;&#171; &#192; cause de la Parole de Dieu et du t&#233;moignage de J&#233;sus&#8230; &#187;. Le t&#233;moignage selon l'Apocalypse de Jean. Son enracinement extra-biblique et biblique. Sa force comme parole de sens&lt;/i&gt;, Paris, Gabalda, &#171; &#201;tudes bibliques &#187;, 1997.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les perspectives du synode pour l'Afrique, pour l'&#201;glise</title>
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		<dc:creator>Ak&#233;* Mgr Joseph</dc:creator>



		<description>&#171; L'&#201;glise en Afrique au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix. &#8220;Vous &#234;tes le sel de la terre&#8230; Vous &#234;tes la lumi&#232;re du monde&#8221; (Mt 5, 13-14) &#187;, tel est le th&#232;me qui a retenu pendant plus de trois semaines les &#233;v&#234;ques d&#233;l&#233;gu&#233;s des conf&#233;rences &#233;piscopales nationales et r&#233;gionales de l'Afrique. &#192; travers ce synode, le peuple de Dieu en Afrique a exprim&#233; ses souhaits et ses pr&#233;occupations par le questionnaire ou lineamenta qui lui a &#233;t&#233; soumis autour du th&#232;me qui a constitu&#233; l'&#233;l&#233;ment de base du (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;Africa in Ecclesia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#201;glise en Afrique au service de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix. &#8220;Vous &#234;tes le sel de la terre&#8230; Vous &#234;tes la lumi&#232;re du monde&#8221; (Mt 5, 13-14) &#187;, tel est le th&#232;me qui a retenu pendant plus de trois semaines les &#233;v&#234;ques d&#233;l&#233;gu&#233;s des conf&#233;rences &#233;piscopales nationales et r&#233;gionales de l'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; travers ce synode, le peuple de Dieu en Afrique a exprim&#233; ses souhaits et ses pr&#233;occupations par le questionnaire ou &lt;i&gt;lineamenta&lt;/i&gt; qui lui a &#233;t&#233; soumis autour du th&#232;me qui a constitu&#233; l'&#233;l&#233;ment de base du synode. Les r&#233;ponses &#224; ce questionnaire ont donn&#233; naissance &#224; l'&lt;i&gt;instrumentum laboris&lt;/i&gt; qui a synth&#233;tis&#233; toutes les r&#233;ponses recueillies ; ce document a &#233;t&#233; enrichi durant le synode par les interventions des P&#232;res synodaux : interventions en assembl&#233;e, dans les carrefours, ou contributions &#233;crites. Ce travail immense d'apports, d'&#233;changes, de partage, de discussions, a finalement permis de recueillir et de soumettre au Saint-P&#232;re les points saillants qui m&#233;ritent d'&#234;tre pris en compte dans l'exhortation apostolique post-synodale. Ce document du Saint-P&#232;re permettra au peuple de Dieu d'appr&#233;cier le travail des P&#232;res synodaux et de juger de la pertinence et de la prise en compte des &#233;l&#233;ments que l'exploitation du th&#232;me a permis de rassembler. On pourra ainsi voir si les orientations et recommandations contenues dans l'exhortation post-synodale r&#233;pondent aux aspirations des Africains et proposent des solutions dont les perspectives augurent un avenir meilleur pour l'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'absence de ce document de r&#233;f&#233;rence, nous nous en tiendrons aux cinquante-sept propositions pour tenter d'ouvrir les perspectives que ce synode laisse entrevoir pour l'&#201;glise et pour l'Afrique, selon le th&#232;me propos&#233;. Pour r&#233;pondre &#224; notre pr&#233;occupation, nous tenterons d'apporter des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse aux questions suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Quelle est la sp&#233;cificit&#233; de ce synode par rapport &#224; &lt;i&gt;Ecclesia in Africa&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Quelles sont les perspectives que ce synode laisse entrevoir aussi bien pour l'&#201;glise elle-m&#234;me que pour l'Afrique tout enti&#232;re ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Quelles sont les difficult&#233;s li&#233;es &#224; la r&#233;alisation des orientations qui seront donn&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Peut-on envisager une projection de l'&#201;glise et de la soci&#233;t&#233; africaine dans un futur lointain ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce synode est une nouvelle esp&#233;rance, une nouvelle Pentec&#244;te ; sa mise en &#339;uvre aura in&#233;vitablement des r&#233;percussions non seulement sur l'&#201;glise mais aussi sur la vie sociale, politique, &#233;conomique, en Afrique. C'est pourquoi nous lions les deux r&#233;alit&#233;s : l'&#201;glise et l'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. DE &lt;i&gt;ECCLESIA IN AFRICA&lt;/i&gt; &#192; CE SECOND SYNODE SUR L'AFRIQUE : UN SOUFFLE NOUVEAU POUR UN DYNAMISME RENOUVEL&#201;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier synode sur l'Afrique, qui a donn&#233; naissance &#224; l'exhortation apostolique post-synodale &lt;i&gt;Ecclesia in Africa&lt;/i&gt;, s'est essentiellement ax&#233; sur la pr&#233;sentation de la physionomie de l'&#201;glise en Afrique : l'histoire de son &#233;vang&#233;lisation, ses atouts, sa force, ses faiblesses, les d&#233;fis qu'elle doit relever ; elle &#233;tait per&#231;ue comme une &#201;glise qui a un besoin urgent d'un bon Samaritain, une &#201;glise passive qui attend d'&#234;tre soutenue et secourue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le synode la d&#233;finit comme Famille de Dieu. Mais il ne dit pas ce qu'il convient d'entreprendre pour r&#233;parer les faiblesses ; il ne propose pas non plus de plan strat&#233;gique pour affronter les diff&#233;rents d&#233;fis. Les P&#232;res synodaux ne donnent pas non plus d'indications pr&#233;cises pour b&#226;tir l'&#201;glise - Famille de Dieu ; voici ce que dit le synode :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Non seulement le synode a parl&#233; de l'inculturation, mais il l'a appliqu&#233;e en prenant, pour l'&#233;vang&#233;lisation de l'Afrique, l'id&#233;e-force de l'&#201;glise - Famille de Dieu. Les P&#232;res y ont vu une expression particuli&#232;rement appropri&#233;e de la nature de l'&#201;glise pour l'Afrique. L'image, en effet, met l'accent sur l'attention &#224; l'autre, la solidarit&#233;, la chaleur des relations, l'accueil, le dialogue et la confiance. La nouvelle &#233;vang&#233;lisation visera donc &#224; &#233;difier l'&#201;glise-Famille, en excluant tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif, en pr&#244;nant la r&#233;conciliation et une vraie communion entre les diff&#233;rentes ethnies, en favorisant la solidarit&#233; et le partage en ce qui concerne le personnel et les ressources entre &#201;glises particuli&#232;res, sans consid&#233;rations indues d'ordre ethnique. Il est vivement souhait&#233; que les th&#233;ologiens &#233;laborent une th&#233;ologie de l'&#201;glise-Famille avec toute la richesse de son concept, en d&#233;gageant sa compl&#233;mentarit&#233; avec d'autres images de l'&#201;glise &#187; (&lt;i&gt;EIA&lt;/i&gt;, n&#176; 63).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'unique recommandation du texte s'adresse non pas aux fid&#232;les la&#239;cs, mari&#233;s mais aux th&#233;ologiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec ce pr&#233;sent synode, l'&#201;glise s'est donn&#233; une vision, une orientation ; elle se veut plus active ; elle a pris conscience de la force morale qu'elle repr&#233;sente et de l'extension de son champ d'action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se veut servante de la justice, de la paix, de la r&#233;conciliation, conditions n&#233;cessaires et indispensables &#224; la consolidation des liens familiaux, domaines dans lesquels elle est invit&#233;e &#224; s'investir. Elle doit se lever pour &#234;tre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211;	artisan de paix ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211;	artisan de justice :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211;	artisan de r&#233;conciliation ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;d'abord en son propre sein et ensuite autour d'elle, c'est-&#224;-dire dans l'environnement social o&#249; elle baigne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise doit s'investir, prendre des initiatives, se positionner, s'impliquer un peu plus. Tout ceci ne peut &#234;tre men&#233; &#224; bien qu'avec le concours de tous les membres qui la composent : &#233;v&#234;ques, pr&#234;tres, religieux, religieuses, cat&#233;chistes, la&#239;cs ; hommes, femmes, eux-m&#234;mes r&#233;concili&#233;s entre eux. Il s'agit de sortir de notre l&#233;thargie, de notre timidit&#233;, de nous d&#233;barrasser de notre peur ; c'est bien ce qui s'est pass&#233; &#224; la Pentec&#244;te et ce qui a permis &#224; l'&#201;glise de mener &#224; bien la mission que le Christ lui a confi&#233;e. Il y a cette prise de conscience du fait que nos probl&#232;mes sont identiques ; les &#201;glises, communaut&#233;s et pays vivent des r&#233;alit&#233;s similaires ; le combat doit &#234;tre men&#233; ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me synode prend en compte les conditions pour b&#226;tir l'&#201;glise - Famille de Dieu : la paix, la r&#233;conciliation, la justice ; en effet, une famille qui ne conna&#238;t pas la paix, une famille divis&#233;e, qui croule sous le poids de l'injustice, est-elle r&#233;ellement une famille ? M&#233;rite-t-elle le nom de famille ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce synode pose les conditions pour b&#226;tir cette l'&#201;glise - Famille de Dieu de sorte qu'elle corresponde &#224; ce que Dieu attend d'elle. Dans cette optique, quelles sont les perspectives que ce synode ouvre &#224; l'&#201;glise elle-m&#234;me et &#224; l'Afrique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. LES PERSPECTIVES DE CE SYNODE POUR L'AFRIQUE ET POUR L'&#201;GLISE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au regard du th&#232;me de ce synode, quand vous posez la question : &#171; Qu'attendez-vous de ce synode ? &#187;, la r&#233;ponse est invariablement celle-ci : que l'&#201;glise nous indique ou nous propose des solutions pour la r&#233;conciliation, la paix, la justice en Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En attendant l'exhortation apostolique post-synodale du Saint-P&#232;re, nous trouvons les &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; cette aspiration dans les cinquante-sept propositions soumises au Saint-P&#232;re et dont nous retenons les points suivants :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. La famille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les P&#232;res synodaux invitent les &#201;glises locales &#224; r&#233;activer le r&#244;le de la famille en adoptant les mesures suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; faire conna&#238;tre la Charte du Saint-Si&#232;ge sur la famille ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; &#233;laborer une cat&#233;ch&#232;se ad&#233;quate sur la conception chr&#233;tienne de la famille ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; concevoir des programmes pastoraux concrets et int&#233;gr&#233;s qui promeuvent la vie de pri&#232;re et l'&#233;coute de la Parole de Dieu &lt;i&gt;(lectio divina)&lt;/i&gt; au sein des familles ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; initier une formation pour les couples afin de faire grandir l'amour conjugal et la paternit&#233; responsable selon la doctrine de l'&#201;glise ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; offrir un soutien pastoral aux parents dans leurs responsabilit&#233;s de premiers &#233;ducateurs ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; entreprendre un accompagnement spirituel pour les couples ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; consid&#233;rer le service des &#233;pouses chr&#233;tiennes comme un minist&#232;re et faire de cette dignit&#233; le fondement de la famille ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; aider ces &#233;pouses &#224; vivre leur minist&#232;re comme un minist&#232;re de pri&#232;re, d'&#233;vang&#233;lisation, de charit&#233; et de vie ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; c&#233;l&#233;brer les jubil&#233;s des noces (argent, or) avec la remise de certificats d'honneur ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; aider les jeunes couples avec des couples mod&#232;les bien identifi&#233;s ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; pr&#233;voir des conseils en mariage et des instituts pour la famille ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; &#233;duquer et former au mariage et aux valeurs familiales par les m&#233;dias (radio, t&#233;l&#233;vision, journaux, bulletins&#8230;) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; cr&#233;er des associations de familles au niveau dioc&#233;sain et national, assist&#233;es au niveau national (prop. 38).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle option montre r&#233;ellement l'importance et la valeur accord&#233;es &#224; la famille, qui a besoin d'&#234;tre form&#233;e et soutenue pour jouer correctement et efficacement le r&#244;le que l'&#201;glise lui assigne : veiller &#224; l'harmonie au sein du couple, donner une &#233;ducation chr&#233;tienne aux enfants et t&#233;moigner de l'&#201;vangile dans son milieu social, son cadre de vie. Par-dessus tout, les parents doivent avoir le souci de transmettre leur foi &#224; leurs enfants. Ce qui faisait la force du peuple h&#233;breu, c'est la transmission de la Parole de Dieu de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Une telle option est vitale pour la sauvegarde de la famille et pour le bien de la soci&#233;t&#233; agress&#233;e aujourd'hui par les mod&#232;les de famille que lui offre l'Occident et qui prennent le contre-pied du mod&#232;le de famille chr&#233;tienne qu'est la famille de Nazareth.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement les liens du sang, les appartenances tribales, p&#232;sent encore de tout leur poids dans l'&#201;glise en Afrique et constituent des p&#244;les de r&#233;sistance au projet de Dieu. Sinon, comment comprendre ces affrontements, ces oppositions, ces divisions, ces massacres et g&#233;nocides, au nom de l'appartenance ethnique, et ceci, apr&#232;s cent ans d'&#233;vang&#233;lisation ? Quelqu'un a dit que l'&#201;glise en Afrique a administr&#233; beaucoup de bapt&#234;mes mais qu'elle a form&#233; tr&#232;s peu de chr&#233;tiens disciples du Christ.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Construire l'&#201;glise - Famille de Dieu exige au sein de l'&#201;glise la cr&#233;ation de petites communaut&#233;s &#224; taille humaine o&#249; l'on forme les fid&#232;les &#224; &#171; vivre concr&#232;tement l'exp&#233;rience de la paternit&#233;, de la maternit&#233;, de la parent&#233;, de la fraternit&#233; ouverte, de la solidarit&#233;, &#224; prendre soin les uns des autres au-del&#224; des fronti&#232;res de sang, des ethnies, des tribus, des cultures, des races &#187; (prop. 35).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. La communion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle est absolument n&#233;cessaire pour permettre de mieux vivre l'&#201;glise - Famille de Dieu dans une plus forte collaboration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les P&#232;res synodaux affirment : &#171; Par sa nature, l'&#201;glise est une communion qui engendre une solidarit&#233; pastorale organique. Les &#233;v&#234;ques en communion avec l'&#233;v&#234;que de Rome sont les premiers promoteurs de la communion et de l'apostolat de l'&#201;glise auquel participent les pr&#234;tres, les diacres, les personnes consacr&#233;es et les fid&#232;les la&#239;cs &#187; (prop. 3).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des missions de l'&#201;glise est d'&#339;uvrer pour un monde plus juste, o&#249; les droits de tous et particuli&#232;rement des pauvres sont respect&#233;s. C'est un imp&#233;ratif pour l'&#201;glise en Afrique. L'injustice est souvent la source de conflits tenaces, de fractures sociales, de frustrations, de rancunes, de ranc&#339;urs. Pour mener &#224; bien cette mission, l'&#201;glise doit s'engager pour le respect de la justice en son propre sein : respecter les droits de ses employ&#233;s, r&#233;parer les torts caus&#233;s aux uns et aux autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;v&#234;ques ont donc pris conscience du fait que pour mieux &#339;uvrer &#224; la r&#233;conciliation, &#224; la justice et &#224; la paix, l'&#201;glise doit commencer par faire l'unit&#233; en son propre sein ; &#233;v&#234;ques, pr&#234;tres, religieux, religieuses et la&#239;cs doivent accentuer davantage leur communion en proc&#233;dant &#224; des actes de r&#233;conciliation l&#224; o&#249; c'est n&#233;cessaire, en r&#233;parant les actes d'injustice, en posant des actions de paix pour renforcer toujours plus la coh&#233;sion, la communion, la fraternit&#233;, l'unit&#233;, la solidarit&#233;. De cette mani&#232;re, le message d&#233;livr&#233; sera plus cr&#233;dible parce que v&#233;cu d&#233;j&#224; par l'&#201;glise elle-m&#234;me. Le Christ l'a d'ailleurs dit : c'est par l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on saura que vous &#234;tes mes disciples (Jn 13, 35).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise retrouve ainsi sa mission premi&#232;re qui est non seulement d'annoncer l'&#201;vangile, mais d'en vivre d'abord ; cette consolidation au sein de l'&#201;glise - Famille de Dieu responsabilise un peu plus chacun des membres de cette famille ; elle &#233;loigne le spectre des violences, des guerres tribales, ethniques, raciales ; l'&#201;glise se lib&#232;re ainsi des tensions internes qui peuvent conditionner et freiner son action d'&#233;vang&#233;lisation ; elle sait qu'une famille ou un royaume divis&#233; court &#224; sa perte, &#224; sa destruction totale ; elle se donne un cadre pour &#339;uvrer en toute s&#233;r&#233;nit&#233; car cette communion doit s'&#233;tendre au niveau r&#233;gional et m&#234;me continental. La grande famille des enfants de Dieu ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res raciales, ni sociales, ni ethniques, ni g&#233;ographiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3. Formation et &#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une solide formation et une bonne &#233;ducation sont requises pour un t&#233;moignage plus &#233;loquent en vue de la r&#233;conciliation et de la paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Relevons d'abord ce constat : les pays africains o&#249; les pires atrocit&#233;s ont &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;es durant des conflits sont ceux qui ont officiellement un fort pourcentage de chr&#233;tiens ou qui ont re&#231;u l'&#201;vangile depuis plus d'un si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, parmi nos hommes politiques et nos cadres, nombreux sont ceux qui sont pass&#233;s par nos structures de formation : &#233;coles primaires catholiques, &#233;coles secondaires catholiques et autres, ils ont milit&#233; dans nos mouvements d'action catholique : JEC, JOC. D'autres ont &#233;t&#233; accueillis dans nos maisons de formation au sacerdoce : petits s&#233;minaires, moyens s&#233;minaires, grands s&#233;minaires. Mais une fois parvenus au pouvoir, leur gestion n'est pas diff&#233;rente de celle des autres qui ne partagent pas notre foi et qui n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'une telle formation. Au contraire, on rel&#232;ve une forte dichotomie entre leur foi chr&#233;tienne et leur gestion des affaires de la nation, une forte contradiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le synode constate aussi, dans de nombreux pays africains, &#171; le triste fait de la violation massive des droits humains, l'injustice, la corruption et l'impunit&#233; qui alimentent les coups d'&#201;tat, des conflits violents et des guerres. En ces lieux, les fondements des principes de la d&#233;mocratie (&#233;galit&#233; entre les &#234;tres humains, souverainet&#233; du peuple, respect de l'autorit&#233; de la loi) sont arrach&#233;s &#187; (prop. 25).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment expliquer cette situation de fait ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse, nous pensons la trouver dans le manque de formation continue de nos chr&#233;tiens. De fait, l'&#201;glise ne met pas &#224; la port&#233;e de ses fid&#232;les des structures ou des programmes de formation r&#233;alis&#233;e et mise &#224; la disposition des la&#239;cs ; une fois la formation cat&#233;ch&#233;tique achev&#233;e et les sacrements re&#231;us, plus rien n'oblige le fid&#232;le &#224; poursuivre sa formation. On a senti le besoin, la n&#233;cessit&#233; d'une formation chr&#233;tienne continue ; c'est ce qu'ont soutenu les la&#239;cs invit&#233;s au synode et l'ensemble des P&#232;res synodaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le besoin d'un programme complet et int&#233;gr&#233; qui allie foi et raison se fait sentir. Il pr&#233;parerait convenablement les fid&#232;les &#224; affronter toutes les situations de la vie et &#224; &#233;viter de s'y orienter en s'aidant de crit&#232;res dualistes et relativistes dans les choix quotidiens. L'&#233;ducation ne peut se r&#233;duire uniquement &#224; l'acad&#233;mique. Elle doit insuffler dans la jeunesse le sens profond de la vie &#187; (prop. 19).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et plus loin, les P&#232;res synodaux ajoutent :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les fid&#232;les la&#239;cs du Christ participent &#224; la triple mission du Christ pr&#234;tre, proph&#232;te et roi parce qu'ils sont membres du Peuple de Dieu. Ils sont donc appel&#233;s &#224; vivre leur vocation et leur mission, &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233;, particuli&#232;rement dans les domaines sociopolitique, socio-&#233;conomique et socioculturel. Ils deviennent ainsi &#8220;sel de la terre&#8221; et &#8220;lumi&#232;re du monde&#8221; en servant la r&#233;conciliation, la justice et la paix dans ces sph&#232;res de la vie sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette perspective, l'&#201;glise doit leur dispenser une formation initiale et permanente cat&#233;ch&#233;tique orient&#233;e vers la conversion des c&#339;urs, suivie d'une formation spirituelle, biblique, doctrinale et morale appropri&#233;e pour acqu&#233;rir une conscience sociale chr&#233;tienne &#187; (prop. 37).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces fid&#232;les ainsi arm&#233;s pourront faire retentir dans leur milieu de vie, de travail, et leur parti politique, le milieu social o&#249; ils sont ins&#233;r&#233;s, la voix de l'&#201;vangile, et ils sauront appuyer cela par le t&#233;moignage de leur vie. Les r&#233;percussions d'une telle formation rejailliront non seulement dans l'&#201;glise mais sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, surtout dans le domaine de la r&#233;conciliation, de la justice et de la paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, nos fid&#232;les prouveront que foi et politique ne sont pas toujours en opposition et qu'elles peuvent bel et bien se concilier, s'harmoniser pour le bien des citoyens ; nos fid&#232;les engag&#233;s dans la politique sauront &#339;uvrer ici &#224; leur propre sanctification et &#234;tre un mod&#232;le pour les autres. Le cas de M. Julius Ny&#233;r&#233;r&#233; en est une belle illustration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.4. &#201;radication de la pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le synode a opt&#233; pour une plus grande implication de l'&#201;glise dans les activit&#233;s sociales et caritatives en vue d'&#233;radiquer le mal, la mis&#232;re, la pauvret&#233;, la souffrance. Les P&#232;res synodaux ont unanimement relev&#233; ceci : l'Afrique est riche en ressources humaines et naturelles, et pourtant de nombreux peuples croupissent dans la mis&#232;re et la pauvret&#233; totales ; face &#224; cette triste r&#233;alit&#233;, ils r&#233;affirment ceci :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#201;glise - Famille de Dieu en Afrique renouvelle son engagement au service des pauvres, des orphelins et des exclus, &#224; l'image de la vie des premiers jours de l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme pour l'&#201;glise primitive, l'&#201;glise en Afrique et ses &#238;les doit d&#233;velopper un syst&#232;me interne pour prendre en charge leurs besoins. Quant aux situations de d&#233;tresse (catastrophes, d&#233;sastres), il est imp&#233;ratif de d&#233;velopper des relations de solidarit&#233; entre les diff&#233;rents dioc&#232;ses et au sein des conf&#233;rences &#233;piscopales elles-m&#234;mes. [&#8230;] l'&#201;glise devra s'efforcer de promouvoir et d'inculquer une perception globale du travail comme une expression de gr&#226;ce et de solidarit&#233; &#187; (prop. 17).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En agissant ainsi, l'&#201;glise imite r&#233;ellement son fondateur et son pasteur par excellence, J&#233;sus Christ, qui a toujours manifest&#233; de la compassion envers les pauvres, les petits, les afflig&#233;s, les souffrants &#8211; ce J&#233;sus qui a aussi travaill&#233; de ses mains pour se prendre en charge, conf&#233;rant ainsi au travail toute sa valeur et toute sa noblesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La solidarit&#233; des fid&#232;les catholiques de l'&#201;glise en Afrique dans ce domaine de la souffrance est une amorce de solution aux maux dont souffre l'Afrique et en cela, elle rejoint aussi la mani&#232;re d'agir de son Ma&#238;tre. En effet, dans le r&#233;cit de la multiplication des pains relat&#233; par Jean au chapitre 6 (v. 1-15), J&#233;sus aurait pu agir librement et faire descendre du ciel du pain pour nourrir la foule ; mais il a voulu s'associer ceux qui &#233;taient l&#224; &#8211; d'abord ses disciples &#224; qui il demande : &#171; O&#249; pourrions-nous acheter du pain pour leur donner &#224; manger &#224; tous ? &#187;, et ce jeune homme qui a pris avec lui du pain et du poisson : &#171; &#8220;Il y a ici un gar&#231;on qui a cinq pains d'orge et deux poissons. Mais qu'est-ce que cela pour un si grand nombre de personnes ?&#8221; [&#8230;] J&#233;sus prit les pains et, apr&#232;s avoir remerci&#233; Dieu, il les distribua &#224; ceux qui &#233;taient l&#224;. Il leur donna de m&#234;me du poisson, autant qu'ils en voulaient. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le jeune homme aurait pu refuser de donner ses cinq pains et ses deux poissons &#8211; en fait, ce qu'il a pr&#233;vu pour son alimentation ; un gar&#231;on pr&#233;voyant, dirions-nous. Il a tout donn&#233; et c'est ce dont J&#233;sus s'est servi pour nourrir cette foule immense. Et avec le reste, ils ont rempli douze corbeilles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons l&#224; un bel exemple de solidarit&#233; et de partage qui m&#233;rite d'&#234;tre reproduit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.5. Pr&#233;sence de l'&#201;glise dans le cercle des d&#233;cideurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise a pris conscience qu'elle doit davantage s'impliquer dans les milieux de d&#233;cisions politique (UA, CEDEAO) et commerciale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les P&#232;res synodaux invitent avec insistance les conf&#233;rences &#233;piscopales &#224; tous les niveaux &#224; &#233;tablir des organes de plaidoyer qui puissent influencer les membres des parlements, des gouvernements et des institutions internationales, et permettre une contribution effective de l'&#201;glise &#224; l'&#233;laboration de lois justes et de politiques favorables au bien des populations.
En vue de jouer pleinement son r&#244;le et d'apporter sa contribution &#224; la culture de la paix et des droits de l'homme, l'&#201;glise en Afrique demande &#224; &#234;tre pr&#233;sente dans les institutions nationales, r&#233;gionales et continentales d'Afrique &#187; (prop. 24).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un des &#233;l&#233;ments nouveaux de ce synode : la pr&#233;sence de l'&#201;glise dans les instances de discussion, d'&#233;changes et de d&#233;cision &#8211; l&#224; o&#249; se joue justement le destin de ce continent qu'est l'Afrique. Si l'&#201;glise peut faire entendre sa voix, nul doute qu'elle saura influencer certaines d&#233;cisions ou options contraires au message &#233;vang&#233;lique et &#224; la morale chr&#233;tienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La force que repr&#233;sente l'&#201;glise n'est pas &#224; minimiser ; elle est la plus grande autorit&#233; morale en Afrique ; le nombre de fid&#232;les qu'elle regroupe est somme toute impressionnant ; elle renferme en son sein des cadres sur qui l'on peut s'appuyer si ceux-ci sont bien organis&#233;s, et bien soutenus par une solide formation chr&#233;tienne. La pertinence du message qu'elle d&#233;livrera, le s&#233;rieux et la solidit&#233; des analyses et arguments qu'elle d&#233;veloppera, consolideront encore plus sa position, renforceront sa cr&#233;dibilit&#233; et amplifieront sa voix. Il ne faut pas se le cacher : d'autres confessions religieuses chercheront &#224; lui faire obstacle ou &#224; se positionner elles aussi ; il revient &#224; l'&#201;glise de savoir s'imposer ; c'est aussi l&#224; sa mission : pouvoir se faire entendre en tout temps, en tout lieu, en toute occasion, en toute circonstance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.6. &#201;troite collaboration avec les autres conf&#233;rences &#233;piscopales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;ussir sa mission, l'&#201;glise doit s'appuyer sur tous ses agents pastoraux au niveau dioc&#233;sain, interdioc&#233;sain, national, r&#233;gional, continental, international ou intercontinental ; nous avons l&#224; un soutien indispensable et incontournable. Une telle collaboration est bien l'expression de la communion fraternelle au sein de l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les P&#232;res synodaux insistent sur cette collaboration surtout &#224; propos du commerce des armes : &#171; Les P&#232;res synodaux condamnent de la mani&#232;re la plus absolue la production d'armes nucl&#233;aires, biologiques et anti-personnelles, et toute sorte d'armes de destruction de masse. Ils demandent que celles-ci soient bannies de la face du monde. Les Conf&#233;rences &#233;piscopales des pays producteurs d'armes sont encourag&#233;es &#224; plaider aupr&#232;s de leurs gouvernements pour qu'ils promulguent une l&#233;gislation restrictive sur la production des armes faites au d&#233;triment des peuples des nations africaines &#187; (prop. 23).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;v&#234;ques africains doivent appuyer cette sollicitation par une action parall&#232;le en direction des dirigeants africains qui acceptent d'acheter ces armes pour la destruction de leurs propres fr&#232;res et s&#339;urs en hypoth&#233;quant les biens de leur pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.7. Les m&#233;dias&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise en Afrique ne peut pas ignorer ces moyens de communication, fruits de la recherche, de la r&#233;flexion, du travail et de l'ing&#233;niosit&#233; des hommes ; la puissance, l'influence et l'impact des m&#233;dias sur les soci&#233;t&#233;s, les personnes, les dirigeants, les d&#233;cideurs, sont aujourd'hui une &#233;vidence ; et l'&#201;glise en Afrique, en s'inscrivant dans cette logique, ne fait que rejoindre les &#201;glises-s&#339;urs d'Europe, d'Am&#233;rique et d'ailleurs ; c'est un puissant moyen qui peut aider &#224; la paix, &#224; la justice, &#224; la r&#233;conciliation. De plus, des agents occidentaux d&#233;tenteurs des moyens m&#233;diatiques modernes tendent souvent &#224; accentuer les mauvaises nouvelles au sujet de l'Afrique, insistant sur les infortunes et les d&#233;boires du continent plut&#244;t que sur les efforts positifs de construction, d'entraide, de solidarit&#233;, de fraternit&#233;. Voici d'ailleurs ce que disent les P&#232;res synodaux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Par nature, la personne humaine est toujours cr&#233;&#233;e pour &#234;tre un &#234;tre en communication, appel&#233; &#224; la communion. Ainsi la communication est une priorit&#233; pour le d&#233;veloppement humain et l'&#233;vang&#233;lisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, dans un monde globalis&#233;, l'utilisation am&#233;lior&#233;e et une plus grande disponibilit&#233; des diff&#233;rents moyens de communication sociale (visuelle, audio, Internet et presse &#233;crite) sont indispensables pour la promotion de la paix, de la justice et de la r&#233;conciliation en Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce synode d&#232;s lors recommande :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; une pr&#233;sence plus accrue de l'&#201;glise dans les m&#233;dias ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; la mise en r&#233;seau des centres audiovisuels, des maisons de production et des centres m&#233;diatiques ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; la cr&#233;ation de centres m&#233;diatiques ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; l'entra&#238;nement professionnel et la formation &#233;thique des journalistes pour la promotion d'une culture de dialogue qui &#233;vite la division, le sensationnel, la d&#233;sinformation et la banalisation de la souffrance humaine, qui peuvent endommager l'harmonie et la paix des soci&#233;t&#233;s et des communaut&#233;s ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; l'utilisation des m&#233;dias modernes pour la diffusion de l'&#201;vangile et des fruits du pr&#233;sent synode, pour la formation des peuples africains &#224; la v&#233;rit&#233;, la r&#233;conciliation, la promotion de la justice et de la paix ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; le d&#233;veloppement d'un r&#233;seau satellitaire, sous la coordination du CEPACS (l'organe m&#233;diatique du SCEAM) pour le service de l'&#201;glise - Famille de Dieu en Afrique ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8211; l'&#233;tablissement de commissions dioc&#233;saine, nationale et r&#233;gionale de communication avec un personnel comp&#233;tent pour aider l'&#201;glise dans l'exercice de son minist&#232;re proph&#233;tique dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En bref, il doit s'agir de m&#233;dias d'&#233;ducation et de formation, soucieux de v&#233;hiculer des valeurs culturelles moralement saines et des valeurs &#233;vang&#233;liques &#187; (prop. 56).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont l&#224; quelques-unes des orientations que le synode nous ouvre et &#224; travers lesquelles on entrevoit l'effort de l'&#201;glise visant &#224; s'assurer les voies et moyens n&#233;cessaires et indispensables &#224; la r&#233;alisation de sa mission. Comme on peut le constater, les actions &#224; mener sont bien cibl&#233;es &#224; tous les niveaux. De quels moyens dispose l'&#201;glise pour atteindre ses objectifs ? Le synode n'a certes pas abord&#233; la question, mais celle-ci ne peut &#234;tre occult&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. LES MOYENS DONT DISPOSE L'&#201;GLISE POUR SA MISSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'&#201;glise en Afrique peut avoir les moyens humains, aura-t-elle les moyens financiers n&#233;cessaires &#224; la formation, &#224; l'&#233;ducation, &#224; la construction, &#224; l'acquisition, &#224; l'&#233;quipement des centres de m&#233;dias, par exemple, o&#249; les investissements sont tr&#232;s &#233;lev&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1. Des forces humaines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;glise en Afrique dispose aujourd'hui d'un atout ind&#233;niable : le nombre croissant des vocations sacerdotales et religieuses. Elle pourra s'appuyer sur une solide formation de ses agents pastoraux dans le domaine aussi bien religieux que profane, pour soutenir et s'investir dans la formation des la&#239;cs qui n'attendent que cela. &#192; ces pr&#234;tres, religieux et religieuses, il convient d'ajouter les cat&#233;chistes, dont le r&#244;le a &#233;t&#233; maintes fois mis en exergue dans la formation des cat&#233;chum&#232;nes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les universit&#233;s et instituts de formation aussi bien en Afrique qu'ailleurs dans le monde regorgent de m&#233;moires et de th&#232;ses relatifs &#224; l'Afrique qui attendent d'&#234;tre r&#233;sum&#233;s, synth&#233;tis&#233;s et diffus&#233;s. Les th&#233;ologiens doivent pouvoir communiquer ces tr&#233;sors pour soutenir la pastorale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Des moyens financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande majorit&#233; des &#201;glises en Afrique d&#233;pend de Rome, plus pr&#233;cis&#233;ment de la Congr&#233;gation pour l'&#233;vang&#233;lisation des peuples, qui accorde chaque ann&#233;e des subsides en vue de soutenir la pastorale et la vie des dioc&#232;ses. Rares sont les dioc&#232;ses qui disposent d'autres ressources pour leurs activit&#233;s. Or, nul n'ignore l'importance et la n&#233;cessit&#233; de biens financiers pour la pastorale. La bourse de Judas avait cette finalit&#233; (Jn 12, 1-8 ; 13, 29). L'&#201;vangile rel&#232;ve aussi l'existence d'un groupe de femmes qui soutenaient J&#233;sus de leurs biens (Lc 8, 1-3). En 2 Co 8-9, Paul exhorte les chr&#233;tiens de Corinthe &#224; s'associer &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; des Mac&#233;doniens en faveur des chr&#233;tiens de J&#233;rusalem. L'&#201;glise en Afrique devra faire preuve d'imagination et d'ing&#233;niosit&#233; pour chercher &#224; assurer sa prise en charge financi&#232;re si elle veut r&#233;ussir sa mission.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais saura-t-elle mettre r&#233;ellement en &#339;uvre les orientations qui seront donn&#233;es ? Cela d&#233;pend en grande partie des &#233;v&#234;ques, des agents pastoraux eux-m&#234;mes et des r&#233;alit&#233;s et exigences particuli&#232;res, inh&#233;rentes &#224; chaque pays, &#224; chaque conf&#233;rence &#233;piscopale, &#224; chaque &#201;glise particuli&#232;re. Dans la r&#233;alit&#233; concr&#232;te, ce qui peut sembler prioritaire ici peut ne pas l'&#234;tre ailleurs. Ce qui est certain, c'est une entreprise qui est appel&#233;e &#224; s'&#233;tendre dans l'espace et le temps, une &#339;uvre de longue haleine&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un tel contexte, peut-on se permettre de r&#234;ver ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. L'ESPOIR EST PERMIS ET ON PEUT M&#202;ME R&#202;VER DE B&#194;TIR UNE SOCI&#201;T&#201; HARMONIEUSE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela peut sembler utopique mais n'est pas irr&#233;aliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parler de r&#233;conciliation, de justice et de paix suppose qu'il y a eu auparavant divisions, injustices, guerres, atteinte &#224; la paix ou tout autre acte qui perturbe la qui&#233;tude et la s&#233;r&#233;nit&#233; des hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De telles situations cr&#233;&#233;es ou caus&#233;es par des hommes exigent r&#233;conciliation, r&#233;paration des torts, des injustices, recherche de solutions pour apaiser les c&#339;urs, r&#233;concilier les esprits, ramener la paix, la qui&#233;tude, restaurer la justice. Cette d&#233;marche, qui peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; l'activit&#233; du pompier que l'on appelle au secours pour &#233;teindre le feu, est importante, n&#233;cessaire et salvifique. Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne sant&#233; qui ont besoin du m&#233;decin mais bien les malades (Lc 5, 31 ; Mt 9, 12). C'est aussi l&#224; la mission de l'&#201;glise ; c'est ce qu'elle a fait et continue de faire encore. Nous avons sous les yeux les r&#233;ussites et les &#233;checs de ces actions de m&#233;diation et de r&#233;conciliation. Mais en fait, ne vaut-il pas mieux chercher &#224; s'attaquer au mal &#224; sa racine pour l'&#233;radiquer une fois pour toutes ? Ce que fait l'Europe avec l'Union europ&#233;enne est un exemple de solidarit&#233; qui peut nous inspirer. Il ne s'agit pas de le recopier aveugl&#233;ment mais de voir plut&#244;t ce qui pourrait &#234;tre entrepris dans ce sens en Afrique, en prenant en compte nos r&#233;alit&#233;s humaines, culturelles, cultuelles, sociologiques, historiques, &#233;conomiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un dicton dit bien qu'il vaut mieux pr&#233;venir que gu&#233;rir. N'est-il pas plus avantageux de chercher &#224; b&#226;tir une soci&#233;t&#233; plus harmonieuse plut&#244;t qu'une soci&#233;t&#233; o&#249; il faut continuellement s'armer de patience pour r&#233;parer les torts et les situations d'injustice, de divisions, de guerre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; donc de cette premi&#232;re d&#233;marche, il convient d'envisager et de rechercher de nouvelles bases sur lesquelles peut &#234;tre b&#226;tie la nouvelle soci&#233;t&#233; africaine, une soci&#233;t&#233; o&#249; amour et v&#233;rit&#233; se rencontrent ; o&#249; justice et paix s'embrassent (Ps 85 (84), 11), parce qu'elle prend en compte ces paroles de Notre Seigneur : &#171; Traitez les autres comme vous voulez qu'ils vous traitent &#187; (Lc 6, 31), ou encore : &#171; Faites donc pour les autres tout ce que vous voulez qu'on fasse pour vous&#8230; &#187; (Mt 7, 12), ou de mani&#232;re plus concise : &#171; Ne fais pas &#224; autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse &#187; &#8211; ce qui r&#233;sume bien le comportement de tous ceux qui font partie d'une m&#234;me famille ou se consid&#232;rent membres d'une m&#234;me famille. Dans une famille, on ne se bat pas, on ne s'entretue pas pour se d&#233;cimer, on ne s'exploite pas et on ne suscite pas de conflits pour exploiter les autres&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le moment est venu de chercher &#224; construire sur des bases plus solides la soci&#233;t&#233; africaine qui a fait l'exp&#233;rience douloureuse de l'esclavage et des m&#233;faits de la colonisation. Il faut passer de l'&#201;glise qu'on appelle au secours pour colmater les br&#232;ches et r&#233;parer les torts &#224; l'&#201;glise qui assoit et b&#226;tit sur des bases in&#233;branlables parce que ses fondations sont solidement implant&#233;es sur le Christ qui est amour, justice, v&#233;rit&#233;, paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le synode nous propose une voie &#224; suivre ; empruntons-la r&#233;solument, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, en suivant celui qui nous a confi&#233; sa mission et en ayant en vue son projet de soci&#233;t&#233; que nous pr&#233;sente le proph&#232;te Isa&#239;e : &#171; Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte, car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer &#187; (Is 11, 1-10).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qumr&#226;n et le Nouveau Testament : Probl&#232;mes de la m&#233;thodologie et exemples concrets</title>
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		<dc:date>2010-02-20T18:26:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Frey*J&#246;rg</dc:creator>



		<description>Conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Institut catholique de Paris le 9 juin 2009. Je tiens &#224; remercier M. Michel Petrossian pour l'organisation de celle-ci, ainsi que pour sa traduction du texte. Pour un traitement plus d&#233;taill&#233;, voir mon article &#171; Die Bedeutung der Qumran &#8211; Funde f&#252;r das Verst&#228;ndnis des Neuen Testaments &#187;, dans : M. FIEGER, K. SCHMID et P. SCHWAGMAIER (&#233;d.), Qumran &#8211; Die Schriftrollen vom Toten Meer, NTOA 47, Fribourg et G&#246;ttingen, 2001, p. 129-208. Tr&#232;s t&#244;t apr&#232;s leurs premi&#232;res d&#233;couvertes, les (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Institut catholique de Paris le 9 juin 2009. Je tiens &#224; remercier M. Michel Petrossian pour l'organisation de celle-ci, ainsi que pour sa traduction du texte. Pour un traitement plus d&#233;taill&#233;, voir mon article &#171; Die Bedeutung der Qumran &#8211; Funde f&#252;r das Verst&#228;ndnis des Neuen Testaments &#187;, dans : M. FIEGER, K. SCHMID et P. SCHWAGMAIER (&#233;d.),&lt;/i&gt; Qumran &#8211; Die Schriftrollen vom Toten Meer&lt;i&gt;, NTOA 47, Fribourg et G&#246;ttingen, 2001, p. 129-208.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t apr&#232;s leurs premi&#232;res d&#233;couvertes, les manuscrits de Qumr&#226;n ont suscit&#233; un grand int&#233;r&#234;t parmi les sp&#233;cialistes du Nouveau Testament, et on peut constater r&#233;trospectivement que leur impact a consid&#233;rablement remu&#233; le d&#233;bat dans les domaines centraux de la recherche n&#233;otestamentaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'utilisation des manuscrits dans ce cadre r&#233;v&#232;le de nombreux probl&#232;mes m&#233;thodologiques. Ainsi, la prudence et la sobri&#233;t&#233; critiques sont requises, eu &#233;gard aux tendances sp&#233;culatives ou au sensationnalisme pur qui ont tant pr&#233;domin&#233; dans le d&#233;bat public autour de Qumr&#226;n. Car ce d&#233;bat touche &#224; l'essence m&#234;me de la recherche en histoire des religions : comment expliquer, en effet, les pr&#233;tendus &#171; parall&#232;les &#187;, et comment prouver des &#171; influences &#187; au niveau des textes, des auteurs ou des groupes religieux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les questions discut&#233;es sont essentiellement de trois types : l'impact juif (en tant qu'oppos&#233; au pa&#239;en, au gnostique), ou encore plus pr&#233;cis&#233;ment l'impact jud&#233;o-palestinien (en tant qu'oppos&#233; &#224; l'impact hell&#233;no-juda&#239;que), ou m&#234;me plus particuli&#232;rement l'impact &#171; qumr&#226;nien &#187; ou &#171; ess&#233;nien &#187; sur l'enseignement de J&#233;sus et des ap&#244;tres, sur la communaut&#233; primitive ou sur le langage religieux et la th&#233;ologie n&#233;otestamentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en dehors de la question des &#171; influences &#187;, les manuscrits de la mer Morte offrent une profusion d'informations qui aident &#224; l'interpr&#233;tation du Nouveau Testament, notamment en ce qui concerne le contexte jud&#233;o-palestinien du christianisme &#233;mergent : factions et groupes du juda&#239;sme contemporain, th&#232;mes et tendances de l'interpr&#233;tation de l'&#201;criture, production litt&#233;raire et genres litt&#233;raires, &#233;volution de la langue ou encore aram&#233;en et h&#233;breu d'alors, etc. Apr&#232;s la publication compl&#232;te des textes qumr&#226;niens, nous pouvons constater r&#233;trospectivement leur tr&#232;s grande valeur en ce qu'ils illuminent tous ces champs, bien plus qu'ils ne produisent une simple preuve de l'existence d'une &#171; secte &#187; juive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les premi&#232;res tentatives de rapprochements entre les manuscrits de Qumr&#226;n et le Nouveau Testament ou le christianisme primitif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les travaux acad&#233;miques comme dans le d&#233;bat public, les relations entre Qumr&#226;n et le Nouveau Testament ont &#233;t&#233; d&#233;crites de diff&#233;rentes mani&#232;res. Les auteurs qui plaident pour un lien serr&#233; entre la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n et le Nouveau Testament, ou entre la communaut&#233; de Qumr&#226;n et le christianisme primitif, ont d&#233;velopp&#233; un certain nombre de mod&#232;les qui relient les deux parties.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains sp&#233;cialistes [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='En particulier, prolixe mais fortement contest&#233;, R. EISENMAN : Maccabees, (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;] se sont demand&#233; si les textes qumr&#226;niens ne pouvaient pas nous renseigner quelque peu sur Jean le Baptiseur, J&#233;sus, Paul et Jacques &#8211; mais les tentatives de ces sp&#233;cialistes sont peu plausibles pour des raisons chronologiques : la plupart des textes de Qumr&#226;n doivent &#234;tre dat&#233;s au cours des deux si&#232;cles avant J.-C., et seuls quelques textes viennent de la premi&#232;re moiti&#233; du premier si&#232;cle apr&#232;s J.-C.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres savants ont pu revendiquer la d&#233;couverte de textes chr&#233;tiens &#224; Qumr&#226;n, notamment dans la Cave 7 [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi J. O'CALLAGHAN : &#171; &#191; Papiros neotestamentarios en la cueva 7 de Qumr&#226;n ? (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;], mais la discussion a permis d'affirmer avec clart&#233; que le petit fragment de 7Q5 avec ses dix lettres lisibles dans les quatre lignes conserv&#233;es n'&#233;tait certainement pas un fragment de l'&#201;vangile de Marc [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#233;j&#224; K. ALAND, &#171; Neue neutestamentliche Papyri III : (1) Die Papyri aus H&#246;hle (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres savants ont m&#234;me sugg&#233;r&#233; qu'il y avait &#224; J&#233;rusalem un &#171; quartier ess&#233;nien &#187;, et que la communaut&#233; primitive tenait l&#224; ses quartiers g&#233;n&#233;raux [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='B. PIXNER, &#171; An Essene Quarter on Mount Zion ? &#187;, Studia Hierosolymitana I : (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Mais les arguments en faveur de relations locales ou &#233;ventuellement personnelles comme celles-ci ne r&#233;sistent pas &#224; un examen critique approfondi [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une critique r&#233;cente, voir M. K&#220;CHLER, &#171; Jerusalem &#187;, Orte und (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. La question donc ne peut qu'&#234;tre pos&#233;e ainsi : y a-t-il des parall&#232;les tels entre les manuscrits et le Nouveau Testament, ou entre les groupes respectifs, qu'ils pourraient d&#233;montrer l'influence des manuscrits ou du mouvement qui les sous-tend sur les croyances du christianisme primitif, ses pratiques et ses textes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le paradigme est ancien : d&#233;j&#224; au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on a sp&#233;cul&#233; sur le fait que J&#233;sus serait un Ess&#233;nien [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Le premier &#224; avoir avanc&#233; cette id&#233;e &#233;tait l'&#233;rudit Johann Georg Wachter : De (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;], qu'il aurait &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; par des Ess&#233;niens, qu'il aurait acquis une connaissance m&#233;dicale pour accomplir des &#171; miracles &#187;, et certains auteurs ont m&#234;me pens&#233; qu'il avait pu survivre &#224; la crucifixion gr&#226;ce aux soins prodigu&#233;s par des Ess&#233;niens [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir A. SCHWEITZER, Geschichte der Leben-Jesu-Forschung, 2e &#233;d., T&#252;bingen, (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Les romans populaires sp&#233;culant autour d'une seconde vie de J&#233;sus ou de son mariage avec Marie-Madeleine trouvent ici leurs racines. &#192; cause de la pr&#233;sentation de Flavius Jos&#232;phe et de Philon d'Alexandrie, les Ess&#233;niens &#233;taient vus comme un groupe plut&#244;t lib&#233;ral, distinct du juda&#239;sme &#171; normal &#187;, et surtout ouvert aux influences &#233;trang&#232;res venant d'&#201;gypte, des Myst&#232;res grecs ou du pythagorisme. Sous une telle influence, les diff&#233;rences entre la position particulariste, qui &#233;tait prise pour le juda&#239;sme &#171; normatif &#187;, et la pr&#233;dication universaliste et plut&#244;t &#171; lib&#233;rale &#187; de J&#233;sus et des premiers chr&#233;tiens pouvaient s'expliquer facilement [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. S. WAGNER, Die Essener in der wissenschaftlichen Diskussion : vom (...)' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. D&#233;j&#224; au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Ernest Renan avait d&#233;clar&#233; : &#171; Le christianisme, c'est un ess&#233;nisme qui a largement r&#233;ussi [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Le christianisme est un ess&#233;nisme qui a largement r&#233;ussi &#187; (A. DUPONT-SOMMER, (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donc le paradigme d'ess&#233;nisme en tant que pr&#233;curseur du christianisme &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent lorsque pour la premi&#232;re fois, on a rattach&#233; les manuscrits de la mer Morte au groupe des Ess&#233;niens, sur la base du r&#233;cit de Pline l'Ancien qui d&#233;crit les Ess&#233;niens comme vivant sans femmes, et uniquement pr&#232;s des palmiers non loin de la mer Morte (&lt;i&gt;Hist. nat&lt;/i&gt;., V, 73). Dans ses &lt;i&gt;Aper&#231;us pr&#233;liminaires sur les manuscrits de la mer Morte&lt;/i&gt;, Andr&#233; Dupont-Sommer reprend la position de Renan et note quelques similitudes frappantes entre la communaut&#233; d&#233;crite dans les manuscrits et le christianisme primitif, ou la Nouvelle Alliance juive et la Nouvelle Alliance chr&#233;tienne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tout, dans la Nouvelle Alliance juive, annonce et pr&#233;pare la Nouvelle Alliance chr&#233;tienne. Le Ma&#238;tre galil&#233;en [&#8230;] appara&#238;t &#224; bien des &#233;gards comme une &#233;tonnante r&#233;incarnation du Ma&#238;tre de justice. Comme celui-ci, il pr&#234;cha la p&#233;nitence, la pauvret&#233;, l'humilit&#233;, l'amour du prochain, la chastet&#233;. Comme lui, il prescrivit d'observer la Loi de Mo&#239;se [&#8230;]. Comme lui, il fut l'&#201;lu et le Messie de Dieu, &#8211; le Messie r&#233;dempteur du monde. Comme lui, il fut en butte &#224; l'hostilit&#233; des pr&#234;tres, du parti des Sadduc&#233;ens. Comme lui, il fut condamn&#233; et supplici&#233;. Comme lui, il monta au ciel, pr&#232;s de Dieu. [&#8230;] Comme lui, &#224; la fin des temps, il sera le souverain juge. Comme lui, il fonda une &#201;glise [&#8230;]. Dans l'&#201;glise chr&#233;tienne, tout comme dans l'&#201;glise ess&#233;nienne, le rite essentiel, c'est la C&#232;ne [&#8230;]. Et l'id&#233;al de l'une et de l'autre &#201;glise, c'est essentiellement l'unit&#233;, la communion dans la charit&#233;, &#8211; allant m&#234;me jusqu'&#224; la communaut&#233; des biens. [&#8230;] La question surgit aussit&#244;t : &#224; laquelle des deux sectes, la juive ou la chr&#233;tienne, appartient la priorit&#233; ? Laquelle des deux a pu influencer l'autre ? La r&#233;ponse ne laisse place &#224; aucun doute : [&#8230;] partout o&#249; la ressemblance oblige ou invite &#224; penser &#224; un emprunt, l'emprunt fut fait par le christianisme. Mais, en contrepartie, l'apparition de la foi en J&#233;sus, &#8211; assise de la nouvelle &#201;glise &#8211; ne peut gu&#232;re s'expliquer sans l'action r&#233;elle, historique, d'un nouveau Proph&#232;te, d'un nouveau Messie, ayant rallum&#233; la flamme et concentr&#233; sur lui l'adoration des hommes [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='footnote' title='A. DUPONT-SOMMER, Aper&#231;us pr&#233;liminaires sur les manuscrits de la mer Morte, &#171; (...)' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces vues avaient &#233;t&#233; initialement formul&#233;es d&#233;j&#224; en 1950, lorsqu'elles ont &#233;t&#233; reprises et popularis&#233;es en 1955 par le journaliste am&#233;ricain Edmund Wilson [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='footnote' title='E. WILSON, The Dead Sea Scrolls 1947-1969, New York, 1969, p. (...)' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Bien que conscient du fait que les analogies de Dupont-Sommer &#233;taient surestim&#233;es, celui-ci voyait la communaut&#233; de Qumr&#226;n et le christianisme primitif comme les phases successives d'un m&#234;me mouvement. En s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles les sp&#233;cialistes du Nouveau Testament ne s'&#233;taient pas occup&#233;s du sujet, Wilson a exprim&#233; des soup&#231;ons : les donn&#233;es de ces documents ont &#233;t&#233; supprim&#233;es, selon lui, parce qu'elles pouvaient &#234;tre vues comme un danger pour la chr&#233;tient&#233; en remettant en question la singularit&#233; du Christ. Ce soup&#231;on a servi plus tard d'outil pour la vente de livres de vulgarisation et de romans [&lt;a href='#nb3-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi M. BAIGENT et R. LEIGH, La Bible confisqu&#233;e : enqu&#234;te sur le (...)' id='nh3-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-il besoin de rappeler que pour n'importe quel th&#233;ologien cultiv&#233;, il n'y a rien de dangereux dans l'id&#233;e que l'enseignement de J&#233;sus et le ph&#233;nom&#232;ne du christianisme primitif trouvent des analogies dans le juda&#239;sme biblique et post-biblique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les analogies &#224; large &#233;chelle &#233;tablies initialement par Dupont-Sommer &#233;taient bas&#233;es sur quelques mauvaises interpr&#233;tations des manuscrits. De fait, il n'y a aucune preuve de ce que le Ma&#238;tre de justice se soit consid&#233;r&#233; comme un messie, ni de ce que ses adeptes l'aient per&#231;u comme une figure messianique [&lt;a href='#nb3-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. G. JEREMIAS, Der Lehrer der Gerechtigkeit, Studien zur Umwelt des Neuen (...)' id='nh3-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Et malgr&#233; le passage qui mentionne sa pers&#233;cution en 1 QpHab 11.2-8, aucun document n'apporte la preuve de la mort violente du Ma&#238;tre de justice, sans parler de crucifixion [&lt;a href='#nb3-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur 4Q285 5, voir J. J. COLLINS, &#171; Jesus, Messianism and the Dead Sea (...)' id='nh3-14'&gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus r&#233;cemment et de diverses fa&#231;ons, Michael O. Wise et Israel Knohl ont remis au go&#251;t du jour l'id&#233;e selon laquelle certains manuscrits porteraient les indices d'une figure messianique, voire m&#234;me que ces manuscrits auraient &#233;t&#233; &#233;crits par un tel personnage. Wise sugg&#232;re que le Messie des rouleaux qumr&#226;niens &#233;tait un certain Judah, mort en 72 avant J.-C. [&lt;a href='#nb3-15' class='spip_note' rel='footnote' title='M. O. WISE, The First Messiah : Investigating the Messiah Before Jesus, San (...)' id='nh3-15'&gt;15&lt;/a&gt;], tandis que Knohl penche pour un proph&#232;te ess&#233;nien nomm&#233; Menachem, qui a &#233;t&#233; tu&#233; lors du remue-m&#233;nage qui a suivi la mort d'H&#233;rode en 4 avant J.-C. [&lt;a href='#nb3-16' class='spip_note' rel='footnote' title='I. KNOHL, The Messiah before Jesus : The Suffering Servant of the Dead Sea (...)' id='nh3-16'&gt;16&lt;/a&gt;]. Ces deux figures sont mentionn&#233;es par Jos&#232;phe en tant qu'Ess&#233;niens, mais il n'y a pas de preuves selon lesquelles l'un d'eux serait l'auteur de textes tels que, par exemple, l'hymne d'&#233;l&#233;vation 4Q491.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en dehors de la question de l'identit&#233; et de l'&#233;poque du Ma&#238;tre de justice, les parall&#232;les &#233;tablis par les deux auteurs sont beaucoup trop conjecturaux et tir&#233;s par les cheveux pour permettre l'hypoth&#232;se d'une figure messianique &#224; la fois divine et souffrante dans les manuscrits de Qumr&#226;n [&lt;a href='#nb3-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir la critique de J. J. COLLINS, &#171; A Messiah Before Jesus ? &#187;, dans : (...)' id='nh3-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Ainsi, l'id&#233;e que la destin&#233;e de J&#233;sus ou l'essence de ses affirmations auraient &#233;t&#233; pr&#233;figur&#233;es par le Ma&#238;tre de Justice ou d'autres personnages dans les manuscrits ne r&#233;siste pas &#224; l'examen critique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres analogies entre la communaut&#233; qumr&#226;nienne et le christianisme primitif pourraient &#234;tre expliqu&#233;es soit par des traditions juives communes, soit par des analogies de type sociologique, mais aucune d'entre elles ne peut prouver une quelconque influence du groupe qumr&#226;nien sur J&#233;sus ou sur la premi&#232;re communaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les opinions de Dupont-Sommer, inspir&#233;es par un Renan qui envisageait le christianisme comme une branche r&#233;ussie de l'ess&#233;nisme, ne peuvent &#234;tre maintenues. La communaut&#233; de Qumr&#226;n n'est pas le prototype du christianisme primitif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Consid&#233;rations m&#233;thodologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on fait le rapprochement entre les manuscrits de la mer Morte et le Nouveau Testament, on doit faire face &#224; deux probl&#232;mes : 1) ni J&#233;sus ni aucun autre personnage connu du christianisme des d&#233;buts ne sont mentionn&#233;s dans les documents de la biblioth&#232;que qumr&#226;nienne ; 2) il n'y a aucune mention de Qumr&#226;n ou des groupes ess&#233;niens dans un texte n&#233;otestamentaire quelconque. Ainsi donc, il n'y a pas de preuves textuelles pour une relation personnelle ou historique entre les Ess&#233;niens et J&#233;sus ou le christianisme de la premi&#232;re heure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, il est possible que J&#233;sus ait rencontr&#233; des Ess&#233;niens, et aussi que ceux qui l'ont suivi d&#232;s le d&#233;but soient entr&#233;s en contact avec certains membres de cette faction, surtout &#224; J&#233;rusalem. Mais &#233;tant donn&#233; que les Ess&#233;niens ou les membres de la communaut&#233; qumr&#226;nienne &#233;taient tenus de dissimuler &#171; les secrets de la connaissance [&lt;a href='#nb3-18' class='spip_note' rel='footnote' title='1QS 4, 5-6 ; cf. 10, 24-25 ; Fl. JOS&#200;PHE, Guerre des Juifs 2, (...)' id='nh3-18'&gt;18&lt;/a&gt;] &#187;, et que l'instructeur devait non pas &#171; d&#233;battre avec les hommes de l'ab&#238;me &#187;, mais &#171; cacher le conseil de la loi au milieu des hommes de l'injustice [&lt;a href='#nb3-19' class='spip_note' rel='footnote' title='1QS 9, 16-17.' id='nh3-19'&gt;19&lt;/a&gt;] &#187;, nous ne pouvons gu&#232;re supposer que les vues particuli&#232;res de ce groupe &#233;taient discut&#233;es publiquement. Le compte rendu de Flavius Jos&#232;phe au sujet des Ess&#233;niens montre comment quelqu'un de l'ext&#233;rieur pouvait percevoir les particularit&#233;s de ce mouvement, tout en ignorant leurs motivations id&#233;ologiques et scripturaires propres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les apories invitent &#224; une approche qui n'est pas fond&#233;e sur la sp&#233;culation mais sur la comparaison sobre des preuves textuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En contraste avec le d&#233;bat ant&#233;rieur, le changement le plus important dans la recherche a &#233;t&#233; provoqu&#233; par la publication des fragments de la Cave 4. Ces fragments offrent une grande vari&#233;t&#233; de textes parabibliques, sapientiaux, liturgiques, halachiques ou relatifs aux calendriers. Comme r&#233;sultat, la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n appara&#238;t d&#233;sormais comme un ensemble &#224; multiples facettes, beaucoup plus diversifi&#233; que ce qui semblait auparavant. Plus encore, l'ordre du jour en la mati&#232;re est pass&#233; des sujets plus sp&#233;cifiquement chr&#233;tiens &#224; tous les th&#232;mes li&#233;s aux genres litt&#233;raires, &#224; l'interpr&#233;tation biblique et surtout aux questions halachiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La juste appr&#233;ciation de cette diversit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la biblioth&#232;que a conduit &#224; une distinction largement accept&#233;e entre les documents &#171; sectaires &#187; et les documents &#171; non sectaires &#187;. Il faut admettre &#224; pr&#233;sent que la majorit&#233; des documents pr&#233;serv&#233;s &#224; Qumr&#226;n &#233;taient originellement compos&#233;s non pas par les membres du groupe qumr&#226;nien, le &lt;i&gt;Yahad&lt;/i&gt;, mais au sein d'autres groupes juifs. Ces documents ont &#233;t&#233; seulement copi&#233;s, ou simplement rassembl&#233;s et &#233;tudi&#233;s, par les membres de la communaut&#233;. C'est pourquoi ils ne sont pas n&#233;cessairement significatifs pour conna&#238;tre les opinions du groupe, mais montrent plut&#244;t la grande vari&#233;t&#233; de positions tenues au sein d'autres groupes juifs du III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; au I&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant J.-C. Il est probable que tous les documents en aram&#233;en, la plupart des textes sapientiaux, la majorit&#233; de textes parabibliques, les pseud&#233;pigraphes inconnus auparavant, et m&#234;me un passage aussi c&#233;l&#232;bre que celui de la &#171; Doctrine des deux Esprits &#187; (1QS 3, 13 - 4, 26), appartiennent au tr&#233;sor litt&#233;raire que la communaut&#233; de Qumr&#226;n a h&#233;rit&#233; d'autres cercles juifs, ou des groupes pr&#233;curseurs du &lt;i&gt;Yahad&lt;/i&gt;. Ainsi, l'importance des manuscrits de la mer Morte pour l'ex&#233;g&#232;se biblique n'est pas bas&#233;e seulement sur les textes &#171; sectaires &#187; de la communaut&#233; de Qumr&#226;n, mais plus encore sur les textes &#171; non sectaires &#187;. Ces documents d&#233;montrent que le juda&#239;sme de cette &#233;poque &#233;tait beaucoup plus multiforme et vari&#233; que ce que les savants avaient imagin&#233; auparavant. Nous pouvons dresser &#224; pr&#233;sent un tableau bien plus d&#233;taill&#233; des groupes religieux dans le juda&#239;sme d'antan. Cela nous aide aussi &#224; replacer le christianisme &#233;mergent dans son contexte juif. Plus encore, J&#233;sus et le christianisme primitif peuvent &#234;tre situ&#233;s non seulement par contraste avec une esp&#232;ce de juda&#239;sme &#171; normatif &#187;, mais au sein d'une vaste matrice de traditions jud&#233;o-palestiniennes. De nombreux termes n&#233;otestamentaires, qui &#233;taient per&#231;us comme influenc&#233;s par des id&#233;es non juives &#8211; hell&#233;nistiques, syncr&#233;tiques ou gnostiques &#8211;, peuvent &#234;tre expliqu&#233;s maintenant &#224; partir de la multitude de traditions juives manifestes dans la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le type de questions &#224; poser a &#233;galement chang&#233;. Tandis que les savants ant&#233;rieurs avaient simplement cherch&#233; des parall&#232;les et souvent tir&#233; des conclusions pr&#233;matur&#233;es au sujet de la pr&#233;tendue influence de la communaut&#233; de Qumr&#226;n ou des Ess&#233;niens sur le christianisme primitif, les questions doivent &#234;tre &#224; pr&#233;sent formul&#233;es avec une distinction plus fine :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Qu'est-ce qu'un parall&#232;le ? Est-ce un terme isol&#233; ou une notion sp&#233;cifique ? Est-ce une phrase, une id&#233;e, une structure ou un genre litt&#233;raire ? Est-ce un trait caract&#233;ristique de la vie de la communaut&#233; au-del&#224; du texte ?
Et quel est le &#171; degr&#233; &#187; dans un parall&#232;le, quel est le niveau d'une similitude ? Y a-t-il une correspondance verbale tr&#232;s proche, voire identique, ou y a-t-il une analogie assez l&#226;che ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. En ce qui concerne la distinction entre les documents &#171; sectaires &#187; et &#171; non sectaires &#187;, la question doit &#234;tre affin&#233;e davantage : est-ce que le parall&#232;le qumr&#226;nien pr&#233;sum&#233; est un trait particulier de documents &#171; sectaires &#187; (ou ess&#233;niens), ou advient-il aussi dans d'autres documents &#171; non sectaires &#187; et probablement ant&#233;rieurs ? Y a-t-il des diff&#233;rences ou indices de d&#233;veloppement &#224; l'int&#233;rieur de la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n ? C'est seulement &#224; partir d'une telle enqu&#234;te, plus pr&#233;cise, que nous pouvons consid&#233;rer les liens ou les influences textuels.
&#192; cet &#233;gard, les documents &#171; non sectaires &#187;, c'est-&#224;-dire des textes parabibliques ou sapientiaux, offrent plus de liens directs avec le Nouveau Testament que les textes &#171; sectaires &#187; ou des textes internes au groupe, qui &#233;taient d'ailleurs probablement inaccessibles aux non-membres. Dans plusieurs cas, il est plus appropri&#233; d'interpr&#233;ter les parall&#232;les qumr&#226;niens comme une partie de la matrice jud&#233;o-palestinienne partag&#233;e entre Qumr&#226;n et les textes du Nouveau Testament plut&#244;t que de les envisager comme une preuve de l'influence qumr&#226;nienne ou ess&#233;nienne sur le christianisme primitif ou les auteurs du Nouveau Testament.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Pour d&#233;velopper une vue ad&#233;quate de l'histoire des religions, il est &#233;galement important de garder &#224; l'esprit que la recherche de parall&#232;les qumr&#226;niens ne doit pas conduire, par exemple, &#224; une vision de Paul ou de la tradition synoptique &#224; sens unique. Ce n'est pas tout qui, dans les textes du Nouveau Testament, pourrait s'expliquer &#224; partir de la matrice du juda&#239;sme palestinien. Nous devons &#233;galement prendre en compte l'impact du juda&#239;sme hell&#233;nistique, et ceci non seulement dans la diaspora, mais aussi en Palestine, et, &#224; une moindre &#233;chelle, l'impact du monde pa&#239;en. Lorsqu'on consid&#232;re les &#171; parall&#233;lismes &#187; de Qumr&#226;n, on doit &#234;tre pr&#234;t &#224; se demander si d'autres parall&#232;les avec d'autres traditions ne pourraient pas &#233;ventuellement apporter une meilleure explication aux phrases et aux id&#233;es du Nouveau Testament.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le J&#233;sus &#171; historique &#187; et un regard nouveau sur le messianisme et la christologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation est bien plus complexe &#224; l'&#233;gard du J&#233;sus historique et de la christologie primitive. Ici, la qu&#234;te des similitudes interf&#232;re avec les difficult&#233;s m&#233;thodologiques consistant &#224; isoler les traditions les plus anciennes, ou m&#234;me &#224; reconstruire les paroles authentiques de J&#233;sus. Malgr&#233; cela, les textes de Qumr&#226;n peuvent v&#233;ritablement illuminer de nombreux th&#232;mes de la recherche dans la tradition de J&#233;sus, des sujets, textes, genres, etc. [&lt;a href='#nb3-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir C. E. EVANS, &#171; Jesus in the Dead Sea Scrolls &#187;, dans : The Dead Sea (...)' id='nh3-20'&gt;20&lt;/a&gt;] Les preuves abondent en faveur de l'opinion selon laquelle les paroles et les actes de J&#233;sus sont solidement ancr&#233;s dans les d&#233;bats et dans la langue de la tradition jud&#233;o-palestinienne. Ces donn&#233;es apportent &#233;galement les &#233;l&#233;ments d'un arri&#232;re-plan plus vaste pour expliquer la christologie &#233;mergente &#224; partir de la vari&#233;t&#233; des id&#233;es messianiques juives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le contexte pr&#233;sent, je ne peux que survoler de fa&#231;on rapide et s&#233;lective quelques sujets parmi les plus importants. Il faut redire d'embl&#233;e que toutes les th&#233;ories du pass&#233; qui liaient J&#233;sus aux Ess&#233;niens, ou qui supposaient qu'il avait d&#233;velopp&#233; ses vues universalistes dans de tels milieux juifs &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187; (par contraste avec une &#171; orthodoxie &#187; juive), ou qui supputaient que J&#233;sus avait &#233;t&#233; instruit en tant que gu&#233;risseur par les Ess&#233;niens (cf. Philon, &lt;i&gt;Therapeutae&lt;/i&gt;), ou qu'il avait m&#234;me surv&#233;cu &#224; la crucifixion gr&#226;ce &#224; leur th&#233;rapie pour commencer une deuxi&#232;me vie, &#8211; toutes ces th&#233;ories doivent &#234;tre &#233;cart&#233;es. Ces id&#233;es peuvent toutes servir &#224; l'&#233;criture de romans, mais elles ne font pas partie de la recherche s&#233;rieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t apr&#232;s les premi&#232;res d&#233;couvertes, et tr&#232;s fr&#233;quemment depuis, J&#233;sus a &#233;t&#233; compar&#233; au Ma&#238;tre de justice [&lt;a href='#nb3-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir d&#233;j&#224; DUPONT-SOMMER, Aper&#231;us pr&#233;liminaires. Pour la p&#233;riode initiale de la (...)' id='nh3-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Cependant, les diff&#233;rences entre les deux personnalit&#233;s, leurs situations et leurs intentions respectives, sont bien plus grandes que les similitudes. Cela semble assez &#233;vident lorsque l'on consid&#232;re la Torah ou les questions relatives &#224; la puret&#233;. Alors que le Ma&#238;tre de justice pr&#244;ne une pratique de la Torah aiguillonn&#233;e par une puret&#233; radicalement conservatrice, les intentions de J&#233;sus se focalisent non pas sur la Torah, mais sur le &#171; Royaume de Dieu &#187;. Malgr&#233; une radicalisation &#233;thique de la Loi qu'il formule &#224; certains &#233;gards (cf. Mt 5, 28 - 9, 34), J&#233;sus ne juxtapose pas simplement une &lt;i&gt;halakha&lt;/i&gt; personnelle &#224; d'autres vues qui lui sont contemporaines, mais questionne plus fondamentalement les relations entre Dieu et les hommes. Il le fait notamment &#224; partir des arguments li&#233;s &#224; la Cr&#233;ation (par exemple au sujet du Sabbat en Mc 2, 27, du divorce en Mt 19, 8, etc.), ou en vertu de sa propre autorit&#233; (&#171; Je vous le dis &#187;). Ainsi, bien que les antith&#232;ses de Mt 5, 21-48 puissent &#234;tre formellement compar&#233;es aux phrases de 4QMMT B 55, 65, 73 (&#171; mais nous disons&#8230; &#187;), l'autorit&#233; revendiqu&#233;e par J&#233;sus diff&#232;re quant &#224; sa nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans certains cas, J&#233;sus adopte une position plut&#244;t lib&#233;rale &#224; l'&#233;gard de la puret&#233; rituelle (voir Mc 7, 15, &#224; propos de la nourriture) quand il transgresse d&#233;lib&#233;r&#233;ment certaines fronti&#232;res, notamment lorsqu'il mange avec les collecteurs d'imp&#244;t ou les p&#233;cheurs (Mc 2, 15-17 ; Lc 5, 29-30, etc.). Tout ceci est en contraste marqu&#233; avec la pratique rigide des r&#232;gles de puret&#233; lors des repas communautaires en 1QS 6, 16-20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contraste le plus fort se situe dans l'attitude de J&#233;sus &#224; l'&#233;gard des boiteux, aveugles, estropi&#233;s ou l&#233;preux, alors que &lt;i&gt;ya&#7717;ad&lt;/i&gt; (1QSa 2, 3-11 ; cf. Lv 21, 16-24) avait exclu de la communaut&#233; tous ceux qui avaient un d&#233;faut corporel, et le Rouleau du Temple, dans une section particuli&#232;re (11QTemp 46), avait class&#233; les l&#233;preux parmi les parias. Lorsque J&#233;sus invite ces personnes &#224; partager sa table (Lc 14, 12-14, 21), il semble presque pr&#233;senter un programme en tout point oppos&#233; [&lt;a href='#nb3-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. H.-W. KUHN, &#171; Jesus &#187;, dans : L H. SCHIFFMAN et J. C. VANDERKAM (&#233;d.), (...)' id='nh3-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. On pourrait m&#234;me se demander si la phrase &#171; Aime ton prochain et d&#233;teste ton ennemi &#187; (Mt 5, 43), absente telle quelle de la Bible h&#233;bra&#239;que, ne se rapporterait pas &#224; des vues exprim&#233;es en 1QS 1, 9-10 ou dans la liturgie communautaire en 1QS 1, 16 - 2, 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; l'opinion couramment r&#233;pandue au sujet de la notion du &#171; Royaume de Dieu &#187; qui serait pauvrement attest&#233;e dans le juda&#239;sme de l'&#233;poque, les manuscrits de Qumr&#226;n fournissent un nouveau type d'utilisation du terme &#171; r&#232;gne &#187; (&lt;i&gt;malkut&lt;/i&gt;), surtout dans les &lt;i&gt;Cantiques du Sacrifice du Sabbat&lt;/i&gt;. L&#224;, ce terme d&#233;signe un royaume c&#233;leste [&lt;a href='#nb3-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. A. M. SCHWEMER, &#171; Gott als K&#246;nig und seine K&#246;nigsherrschaft in den (...)' id='nh3-23'&gt;23&lt;/a&gt;], mais bien des indices dans les manuscrits montrent que le royaume c&#233;leste de Dieu et le royaume destin&#233; &#224; Isra&#235;l et/ou &#224; son Messie &#171; se confondent d'une certaine mani&#232;re [&lt;a href='#nb3-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi EVANS, &#171; Jesus in the Dead Sea Scrolls &#187;, p. 583.' id='nh3-24'&gt;24&lt;/a&gt;] &#187;. D'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on pourrait dire que la proclamation du Royaume de Dieu par J&#233;sus se trouve bien dans son terroir en Palestine juive [&lt;a href='#nb3-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 584.' id='nh3-25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Plus encore, son id&#233;e d'un royaume encore &#224; esp&#233;rer et pour la venue duquel il faut interc&#233;der (Lc 11, 2) mais qui est en m&#234;me temps d&#233;j&#224; pr&#233;sent (Lc 11, 20) dans les exorcismes et les gu&#233;risons trouve son parall&#232;le marquant dans la conscience ess&#233;nienne de la communion avec les anges, et la conviction que le salut, ainsi que la &#171; nouvelle cr&#233;ation &#187; (1QH&lt;sup&gt;a&lt;/sup&gt; 9, 21), sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans la communaut&#233;, m&#234;me s'ils sont encore &#224; esp&#233;rer dans leur dimension cosmique [&lt;a href='#nb3-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir d&#233;j&#224; H.-W. KUHN, Enderwartung und gegenw&#228;rtiges Heil, Studien zur Umwelt (...)' id='nh3-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. Cependant, bien que la structure g&#233;n&#233;rale du &#171; d&#233;j&#224; &#8211; pas encore &#187; soit comparable, la compr&#233;hension d&#233;taill&#233;e est diff&#233;rente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, d'apr&#232;s des indices r&#233;cents, l'existence d'une direction au sein de la tradition de sagesse jud&#233;o-palestinienne, laquelle fusionne profond&#233;ment avec les id&#233;es apocalyptiques et dualistiques dans des textes tels que l'&lt;i&gt;Instruction&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Livre des Myst&#232;res&lt;/i&gt;, d&#233;montre que la construction d'un J&#233;sus purement sapientiel et non apocalyptique ne peut pas &#234;tre &#233;tablie dans le contexte du juda&#239;sme de son &#233;poque et devrait plut&#244;t &#234;tre &#233;vit&#233;e : elle appara&#238;t davantage comme le produit de la fantaisie ex&#233;g&#233;tique contemporaine [&lt;a href='#nb3-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir J. J. COLLINS, &#171; The Eschatologizing of Wisdom in the Dead Sea Scrolls (...)' id='nh3-27'&gt;27&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres parall&#232;les donnent des aper&#231;us de l'histoire des genres litt&#233;raires. On citera des s&#233;ries de b&#233;atitudes sapientielles en 4Q525 : elles offrent un parall&#232;le important avec la r&#233;orientation sapientielle des b&#233;atitudes originelles de J&#233;sus en Mt 5, 3-10 [&lt;a href='#nb3-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. H. LICHTENBERGER, &#171; Makarismen in den Qumrantexten und im Neuen (...)' id='nh3-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. Le document 4Q500 montre que la parabole de la vigne en Is 5, 1-7 &#233;tait d&#233;j&#224; reli&#233;e &#224; J&#233;rusalem et au Temple, de sorte que l'agencement de la parabole de Mc 12, 1-11 n'est pas n&#233;cessairement un d&#233;veloppement tardif de la communaut&#233; hell&#233;nistique [&lt;a href='#nb3-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. G. J. BROOKE, &#171; 4Q500 1 and the Use of Scripture in the Parable of the (...)' id='nh3-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Ce constat remet en question le dogme &#171; historico-critique &#187; selon lequel, d'une part, les paraboles de J&#233;sus ne pouvaient pas avoir de r&#233;sonances all&#233;goriques, et d'autre part, toutes les allusions scripturaires seraient des additions secondaires. Pour ne mentionner qu'un dernier exemple, signalons que le &lt;i&gt;Rouleau du Temple&lt;/i&gt; fournit d'inestimables renseignements au sujet de la pratique de la crucifixion dans le juda&#239;sme du Second Temple (voir aussi 4QpNah 3-4 i 6-9). La crucifixion y est notamment appel&#233;e &#171; la pendaison (&lt;i&gt;tlh&lt;/i&gt;) sur un arbre &#187; (11Q19 46, 6-9) ; elle est ensuite mise en rapport avec Dt 21, 22-3 ; enfin, la mal&#233;diction y est mentionn&#233;e (cf. Ga 3, 13), de m&#234;me que la demande d'ensevelir le corps du crucifi&#233; &#171; le m&#234;me jour &#187; (11Q19 64, 11-13 ; cf. Mc 15, 43).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le document non sectaire 4Q521 est un texte souvent d&#233;battu. Il mentionne le &#171; Messie &#187; (ou des Messies ?) (4Q521 2 ii 1) et &#233;num&#232;re (en 4Q521 2 ii 6-13) les &#339;uvres qui seront accomplies par Dieu lui-m&#234;me pendant l'&#232;re messianique, y compris la r&#233;surrection des morts. La liste combine des proph&#233;ties du livre d'Isa&#239;e (26, 35 et 61) et se rapproche beaucoup de la liste des &#339;uvres de J&#233;sus en Mt 11, 5 (par. Lc 7, 22). Il n'est pas certain que les &#339;uvres attendues en 4Q521 doivent &#234;tre r&#233;alis&#233;es par un agent messianique. Mais contrairement &#224; l'arri&#232;re-plan des interpr&#233;tations scripturaires telles qu'attest&#233;es ici, il est assez concevable que les &#339;uvres de J&#233;sus aient pu &#234;tre per&#231;ues comme des &#339;uvres du temps messianique. Ses exorcismes et ses gu&#233;risons de boiteux et d'aveugles, associ&#233;s au message du Royaume de Dieu et de sa gr&#226;ce, auraient pu inciter le peuple &#224; percevoir J&#233;sus comme une figure messianique. 4Q521 apporte ainsi une clef importante quant au cadre dans lequel les &#339;uvres de J&#233;sus ont pu &#234;tre interpr&#233;t&#233;es [&lt;a href='#nb3-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. M. BECKER, &#171; Die &#171; messianische Apokalypse &#187; 4Q521 und der (...)' id='nh3-30'&gt;30&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, la vari&#233;t&#233; des concepts et des id&#233;es messianiques dans la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n est une d&#233;couverte frappante, surtout apr&#232;s la publication de nombreux textes parabibliques. &#192; c&#244;t&#233; de textes sans aucune figure messianique, nous pouvons y trouver des concepts avec un agent messianique royal, proph&#233;tique ou sacerdotal [&lt;a href='#nb3-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. J. J. COLLINS, The Scepter and the Star : The Messiahs of the Dead Sea (...)' id='nh3-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Parfois, ces aspects se confondent et m&#234;me se combinent (voir par exemple le c&#233;l&#232;bre concept des deux &#171; Messies &#187;, sacerdotal et politique, en CD 19, 33 - 20, 1). En opposition avec le consensus ant&#233;rieur des savants, il est maintenant clair que le juda&#239;sme de l'&#233;poque ne comportait pas d'image &#171; dogmatique &#187; unifi&#233;e du Messie, pr&#233;sent&#233; comme une figure davidique et politique. On est plut&#244;t en pr&#233;sence d'une vari&#233;t&#233; de conceptions eschatologiques. Au sein d'un tel contexte, il &#233;tait donc possible d'assigner des esp&#233;rances &#171; messianiques &#187; &#224; J&#233;sus, m&#234;me s'il n'&#233;tait pas de descendance davidique et m&#234;me s'il n'avait pas agi comme un lib&#233;rateur politique. Il y a m&#234;me des textes dans lesquels la figure messianique est associ&#233;e au monde c&#233;leste, par exemple le Micha&#235;l-Melchitzedek de 11QMelch ou de 4Q491, fragment o&#249; l'ascendance d'un &#234;tre humain est d&#233;crite [&lt;a href='#nb3-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir l'interpr&#233;tation de M. SMITH, &#171; Two Ascended to Heaven &#8211; Jesus and the (...)' id='nh3-32'&gt;32&lt;/a&gt;]. Et m&#234;me si l'identit&#233; de l'&#233;nigmatique &#171; fils de Dieu &#187; en 4Q246 fait l'objet d'&#226;pres discussions, et si une r&#233;f&#233;rence n&#233;gative du terme (en relation avec Antiochus IV &#201;piphane) est &#233;galement d&#233;fendue [&lt;a href='#nb3-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir la discussion dans ZIMMERMANN, Messianische Texte aus Qumran, p. (...)' id='nh3-33'&gt;33&lt;/a&gt;], le texte pr&#233;sente un parall&#232;le saisissant avec Lc 1, 32-35. Dans tous les cas, l'utilisation de l'expression d&#233;montre que le titre christologique &#171; Fils de Dieu &#187; peut tr&#232;s bien s'expliquer &#224; partir du juda&#239;sme palestinien, et n'est en aucune fa&#231;on le signe d'une christologie qui devrait s'enraciner dans un &#171; Sitz im Leben &#187; hell&#233;nistique, non juif [&lt;a href='#nb3-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir d&#233;j&#224; M. HENGEL, J&#233;sus, fils de Dieu, Paris, 1977 ; voir r&#233;cemment A. Y. (...)' id='nh3-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. C'est pourquoi il ne serait pas exag&#233;r&#233; de d&#233;clarer, &#224; la lumi&#232;re des manuscrits de la mer Morte, que la question des origines de la christologie devrait &#234;tre discut&#233;e &#224; nouveau. De nombreux points de vue exprim&#233;s pr&#233;c&#233;demment au sujet de la distance ou de l'incompatibilit&#233; entre le juda&#239;sme et la christologie (en particulier la christologie &#171; haute &#187;) doivent &#234;tre revisit&#233;s. Les textes de Qumr&#226;n montrent que m&#234;me les &#233;tapes les plus tardives de cette christologie ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es dans un cadre de pens&#233;e largement juif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. L'&#201;vangile de Jean et son langage dualiste : pas d'influence qumr&#226;nienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis la p&#233;riode initiale de la recherche qumr&#226;nienne, les savants ont suppos&#233; que le terreau originel du langage johannique pouvait &#234;tre trouv&#233; &#224; Qumr&#226;n. Cela concerne en particulier la doctrine dualiste des deux Esprits 1QS 3, 13 - 4, 26, que l'on a pens&#233; &#234;tre l'expression de l'id&#233;ologie fondamentale des Ess&#233;niens [&lt;a href='#nb3-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi particuli&#232;rement J. H. CHARLESWORTH, &#171; A Critical Comparison of the (...)' id='nh3-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. Les sp&#233;cialistes ont sp&#233;cul&#233; plus encore, en imaginant que l'&#233;vang&#233;liste &#233;tait non seulement un ancien disciple de Jean le Baptiseur (cf. Jn 1, 35-39), influenc&#233; par cons&#233;quent par les Ess&#233;niens, mais qu'il &#233;tait lui-m&#234;me un ancien membre de la secte ess&#233;nienne [&lt;a href='#nb3-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. J. H. CHARLESWORTH, &#171; The Dead Sea Scrolls and the Gospel according to (...)' id='nh3-36'&gt;36&lt;/a&gt;], ou encore que l'&#201;vangile avait &#233;t&#233; &#233;crit pour enseigner les Ess&#233;niens [&lt;a href='#nb3-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi d&#233;j&#224; K. SCHUBERT, Die Gemeinde vom Toten Meer, M&#252;nchen 1958, p. (...)' id='nh3-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Ces sp&#233;culations ont toutefois fait l'objet d'une critique s&#233;v&#232;re dans la recherche r&#233;cente [&lt;a href='#nb3-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. R. J. BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel : Is there a Connection ? (...)' id='nh3-38'&gt;38&lt;/a&gt;]. Un rapide regard sur les probl&#232;mes m&#233;thodologiques est requis ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que les d&#233;couvertes &#224; Qumr&#226;n ont op&#233;r&#233; &#171; un d&#233;placement dans les &#233;tudes johanniques, en direction d'une reconnaissance du caract&#232;re &#233;minemment juif de la th&#233;ologie johannique [&lt;a href='#nb3-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel : Is there a Connection ? &#187;, (...)' id='nh3-39'&gt;39&lt;/a&gt;]. &#187; Et &#224; premi&#232;re vue, le nombre de termes johanniques qui trouvent leur &#233;quivalent &#224; Qumr&#226;n est impressionnant. Y sont inclus les termes qui d&#233;notent l'Esprit-Paraclet, tels que &#171; Esprit de V&#233;rit&#233; &#187; et &#171; Saint-Esprit &#187;, et plus particuli&#232;rement les expressions &#224; structure dualiste, &#171; Fils de Lumi&#232;re &#187;, &#171; Lumi&#232;re de Vie &#187;, &#171; marcher dans les t&#233;n&#232;bres &#187; ou &#171; marcher dans la v&#233;rit&#233; &#187;, &#171; rendre t&#233;moignage &#224; la v&#233;rit&#233; &#187;, &#171; faire la v&#233;rit&#233; &#187;, &#171; les &#339;uvres de Dieu &#187; &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; &#171; les &#339;uvres mauvaises &#187;, la notion de la col&#232;re de Dieu, &#171; plein de gr&#226;ce &#187; et &#171; la vie &#233;ternelle &#187;. Comme beaucoup de termes et de phrases mentionn&#233;s se trouvent dans ce qu'on a appel&#233; &lt;i&gt;Le Trait&#233; des deux Esprits&lt;/i&gt; en 1QS, ce passage a souvent &#233;t&#233; pris comme point de d&#233;part pour l'&#233;valuation du dualisme qumr&#226;nien et de son influence sur le quatri&#232;me &#201;vangile [&lt;a href='#nb3-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi d&#233;j&#224; R. E. BROWN en 1955, &#171; The Qumran Scrolls and the Johannine Gospel (...)' id='nh3-40'&gt;40&lt;/a&gt;]. Mais lorsqu'on les analyse attentivement, selon une s&#233;rie de questions affin&#233;es (comme propos&#233; ci-dessus), les parall&#232;les de Qumr&#226;n ne peuvent pas prouver l'existence particuli&#232;re d'un arri&#232;re-plan qumr&#226;nien ou ess&#233;nien pour Jean. Certains de ces parall&#232;les sont simplement des id&#233;es g&#233;n&#233;rales commun&#233;ment partag&#233;es. D'autres refl&#232;tent des similarit&#233;s qui s'expliquent plut&#244;t par des analogies sociologiques. Les relations textuelles ou historiques ne peuvent &#234;tre confirm&#233;es que par des parall&#232;les linguistiques ou terminologiques pr&#233;cis, propres aux textes sectaires de Qumr&#226;n et &#224; Jean.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux que relever ici quelques constats significatifs. Le terme &#171; fils de lumi&#232;re &#187; (Jn 12, 36) est sans &#233;quivalent dans la Bible h&#233;bra&#239;que, mais fr&#233;quent dans les textes de Qumr&#226;n en tant qu'auto-d&#233;signation de la communaut&#233; (1QS 1, 9 ; 2, 16 ; 3, 13, 24, 25 ; 1QM 1, 1, 3, 9, 11, 13, etc.). En revanche, lorsque nous constatons que ce terme se trouve &#233;galement chez Paul (1 Th 5, 5) ainsi que dans la tradition synoptique (Lc 16, 8 ; cf. Ep 5, 8), et que dans les deux cas il est &#233;galement oppos&#233; &#224; la notion de t&#233;n&#232;bres, l'id&#233;e d'une influence qumr&#226;nienne directe sur Jean perd de sa consistance. De plus, il faut relever que la phrase en aram&#233;en est d&#233;j&#224; utilis&#233;e dans des &#233;crits non sectaires tels que &lt;i&gt;La Vision d'Amram&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3-41' class='spip_note' rel='footnote' title='4Q548 1-2 ii 10-1, 15-6 ; cf. &#171; fils de v&#233;rit&#233; &#187; / &#171; fils de mensonge &#187; en 4Q548 (...)' id='nh3-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. Nous pouvons donc conclure que le terme ne prend pas sa source dans le &lt;i&gt;ya&#7717;ad&lt;/i&gt;, mais dans quelque cercle sacerdotal ant&#233;rieur, et qu'il a pu &#234;tre transmis en dehors de la communaut&#233; qumr&#226;nienne. D&#233;cid&#233;ment, l'unique occurrence de l'expression &#171; fils de lumi&#232;re &#187; dans Jean n'est aucunement une preuve de l'influence qumr&#226;nienne sur Jean. Un argument comparable peut &#234;tre ajout&#233; &#224; propos de la phrase &#171; esprit de v&#233;rit&#233; &#187; (Jn 14, 17 ; 15, 26 ; 16, 13 ; cf. 1 Jn 4, 6). Il y a non seulement une diff&#233;rence remarquable dans l'usage de cette phrase entre &lt;i&gt;La Doctrine des deux Esprits&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3-42' class='spip_note' rel='footnote' title='1QS 3, 18-9 ; 4, 21 et 23 ; cf. 4Q177 12-13 i 5 et en aram&#233;en 4Q542 1 i (...)' id='nh3-42'&gt;42&lt;/a&gt;] et le quatri&#232;me &#201;vangile, mais le terme se trouve &#233;galement dans le &lt;i&gt;Testament de Judah&lt;/i&gt; (20, 1-5 ; cf. 1 Jn 4, 6) et &#8211; ind&#233;pendamment de Jean &#8211; dans le &lt;i&gt;Pasteur d'Hermas&lt;/i&gt; (Mand. 3, 4). Ainsi, m&#234;me le terme particulier employ&#233; pour le Saint-Esprit ne peut &#234;tre expliqu&#233; &#224; partir de l'usage qumr&#226;nien [&lt;a href='#nb3-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. AUNE, &#171; Dualism in the Fourth Gospel &#187;, p. 297-300.' id='nh3-43'&gt;43&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#234;me d&#233;monstration vaut pour d'autres termes ou phrases. &#171; Faire la v&#233;rit&#233; &#187; par exemple se trouve d&#233;j&#224; en Is 26, 10 LXX, Tobit 4, 6 et 13, 6, et le T. Benj. 10, 3. &#171; Marcher dans la v&#233;rit&#233; &#187; peut &#234;tre &#233;galement compar&#233; &#224; la LXX de 4 R&#232;gnes 20, 3. &#171; Marcher dans la lumi&#232;re / dans les t&#233;n&#232;bres &#187; poss&#232;de des parall&#232;les dans la LXX ou le Texte massor&#233;tique. &#171; Lumi&#232;re de vie &#187; n'advient pas seulement &#224; Qumr&#226;n, mais dans la Bible d'abord (Ps 56, 14, etc.). &#171; Vie &#233;ternelle &#187; est fondamentalement issu de Dn 12, 3 et peut &#234;tre trouv&#233; dans de nombreux textes juifs ou chr&#233;tiens primitifs, de sorte que le parall&#232;le avec 1QS 4, 7 n'indique aucun lien de parent&#233; particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, l'argument le plus massif en faveur de l'influence qumr&#226;nienne sur Jean n'a pas &#233;t&#233; tir&#233; de parall&#232;les particuliers, mais d'une similitude structurelle plus g&#233;n&#233;rale entre le dualisme dans les textes qumr&#226;niens d'une part (1QS 3, 13 - 4, 26) et Jean de l'autre, surtout en opposition avec le dualisme de type gnostique utilis&#233; par l'&#233;cole bultmanienne pour expliquer le langage johannique. En effet, par contraste avec le dualisme gnostique de type ontologique, le constat d'un dualisme &#233;thique et eschatologique dans les sources juives avait &#233;t&#233; si impressionnant que les sp&#233;cialistes ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; abandonner le paradigme gnostique dans les &#233;tudes johanniques, et &#224; rechercher une explication intra-juive au langage johannique. Mais dans ces comparaisons anciennes, on peinait encore &#224; reconna&#238;tre la vari&#233;t&#233; des &#171; dualismes &#187; au sein des manuscrits de la mer Morte (voir par exemple les diff&#233;rences entre 1QS 3, 13 - 4, 26 et 1QM). On ignorait &#233;galement que seul un nombre limit&#233; de documents qumr&#226;niens partageait le concept dualiste. La distinction entre textes sectaires et textes non sectaires n'&#233;tait pas encore &#233;tablie non plus, et les savants ne pouvaient pas encore imaginer que m&#234;me un texte comme &lt;i&gt;La Doctrine des deux Esprits&lt;/i&gt; pouvait &#234;tre une composition pr&#233;-sectaire [&lt;a href='#nb3-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. A. LANGE, Weisheit und Pr&#228;destination. Weisheitliche Urordnung und (...)' id='nh3-44'&gt;44&lt;/a&gt;] incluse ult&#233;rieurement dans le manuscrit collectif de 1QS (alors que ce texte est absent d'autres manuscrits S de la Cave 4) et que ce texte ne pouvait pas &#234;tre vu comme une forme ordinaire du dualisme sectaire qumr&#226;nien. Le chef ang&#233;lique appel&#233; &#171; Esprit de M&#233;chancet&#233; &#187; (1QS 3, 19) est appel&#233; par ailleurs &#171; B&#233;lial &#187;, et l'id&#233;e de &#171; deux Esprits &#187; n'est adopt&#233;e nulle part ailleurs dans les manuscrits, mais appara&#238;t encore et seulement dans le texte grec de &lt;i&gt;T. Jud&lt;/i&gt; 20, 1-2. De surcro&#238;t, l'id&#233;e d'un combat de deux esprits ou celle de tiraillements dans le c&#339;ur humain, m&#234;me pieux, &#233;tait difficilement satisfaisante pour ceux qui tenaient &#224; une division bien nette entres les fils de lumi&#232;re et les fils de t&#233;n&#232;bres. Le dualisme sectaire &#224; Qumr&#226;n est par cons&#233;quent loin d'&#234;tre identique au dualisme assez singulier de &lt;i&gt;La Doctrine des deux Esprits&lt;/i&gt;. Le premier type serait plut&#244;t un dualisme purement cosmique, domin&#233; par des figures ang&#233;liques qui s'opposent, et caract&#233;ris&#233; par une division strictement pr&#233;destin&#233;e de l'humanit&#233; entre ceux qui sont &#224; l'int&#233;rieur et ceux qui sont &#224; l'ext&#233;rieur de la communaut&#233;. Un tel mod&#232;le peut &#234;tre trouv&#233; en CD 2, 2-13, dans la liturgie de 1QS 1, 16 - 3, 13, ou encore dans les mal&#233;dictions de 4QBerakhot ou dans le &lt;i&gt;Rouleau de Guerre&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir en particulier J. FREY, &#171; Different Patterns of Dualistic Thought in (...)' id='nh3-45'&gt;45&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous cherchons donc une influence du dualisme ess&#233;nien sectaire sur les premiers auteurs chr&#233;tiens, nous devrions avoir &#224; l'esprit plut&#244;t ce type de dualisme cosmique, avec B&#233;lial comme chef des forces mal&#233;fiques. Si un auteur chr&#233;tien primitif &#233;tait influenc&#233; par l'ess&#233;nisme contemporain, il aurait probablement adopt&#233; la structure et le langage de ce mode de pens&#233;e dualiste (cf. 2 Cor 6, 15), et non pas le langage d'une doctrine que les Ess&#233;niens eux-m&#234;mes n'avaient adopt&#233;e que partiellement et avec des modifications consid&#233;rables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, le &#171; dualisme &#187; johannique, ou plus pr&#233;cis&#233;ment les &#233;l&#233;ments dualistes dans Jean (les appellations de figures eschatologiques oppos&#233;es, lumi&#232;re/t&#233;n&#232;bres, v&#233;rit&#233;/mensonge, vie/mort, haut/bas), ne forment pas d'unit&#233; en soi. Chaque &#233;l&#233;ment pourrait &#234;tre expliqu&#233; &#224; partir d'arri&#232;re-plans diff&#233;rents. Dans Jean, ces &#233;l&#233;ments sont utilis&#233;s dans une intention rh&#233;torique particuli&#232;re, et dans une perspective fortement christologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les termes &#171; dualistiques &#187; ne refl&#232;tent pas seulement un &#171; Sitz im Leben &#187; religieux traditionnel, ou un code langagier fixe qu'un auteur aurait pu apprendre ou adopter d'ailleurs. C'est pourquoi les mod&#232;les communs d'explication &#233;tablis &#224; une p&#233;riode ancienne de la recherche qumr&#226;nienne n&#233;cessitent une r&#233;vision profonde. Le contraste entre la lumi&#232;re et les t&#233;n&#232;bres qui constitue le trait commun le plus &#233;vident entre Jean et certains textes de Qumr&#226;n pourrait avoir &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; &#224; partir de sources vari&#233;es. Bauckham [&lt;a href='#nb3-46' class='spip_note' rel='footnote' title='BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel &#187; ; voir aussi &#171; The Qumran Community (...)' id='nh3-46'&gt;46&lt;/a&gt;] indique &#224; ce propos la tradition ex&#233;g&#233;tique juive du r&#233;cit de la Cr&#233;ation, l'utilisation de la m&#233;taphore de la lumi&#232;re pour la Torah et certains passages messianiques dans le livre d'Isa&#239;e (Is 9, 1-2 ; 42, 6-7 ; 49, 6 ; 60, 1-3). Aune [&lt;a href='#nb3-47' class='spip_note' rel='footnote' title='AUNE, &#171; Dualism in the Fourth Gospel and the Dead Sea Scrolls &#187;, p. (...)' id='nh3-47'&gt;47&lt;/a&gt;] verse au dossier le langage de la conversation juive dans lequel le transfert &#171; des t&#233;n&#232;bres &#224; la lumi&#232;re &#187; est d&#233;crit (&lt;i&gt;Jos. Asen&lt;/i&gt;. 8, 9, cf. 15, 12), et qui a &#233;galement &#233;t&#233; adopt&#233; par la mission chr&#233;tienne primitive (Ac 26, 18 ; Col 1, 12-3 ; Ep 5, 8 ; 1 P 2, 9 ; et, de fa&#231;on par&#233;n&#233;tique, 1 Th 5, 4-8 ; Rm 13, 12-14).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il n'est pas besoin de conjecturer une influence directe ou m&#234;me indirecte de Qumr&#226;n pour expliquer l'utilisation de la terminologie lumi&#232;re/t&#233;n&#232;bres. L'opinion selon laquelle le dualisme johannique serait influenc&#233; dans son entier ou en partie par les manuscrits de la mer Morte doit &#234;tre abandonn&#233;e. Il n'y a d'appuis concluants ni dans les parall&#232;les textuels additionn&#233;s, ni dans la structure particuli&#232;re du langage dualiste dans chaque corpus. Les d&#233;couvertes de Qumr&#226;n ont permis de red&#233;couvrir le caract&#232;re juif des traditions derri&#232;re le quatri&#232;me &#201;vangile. Mais il y a un grand nombre de parall&#232;les juifs en provenance d'autres contextes litt&#233;raires. Certains d'entre eux offrent des analogies plus proches encore des termes et des phrases johanniques, voire m&#234;me de la structure et de la fonction de son langage dualiste. L'auteur johannique et son &#233;cole semblent &#234;tre assez &#233;clectiques, adoptant et d&#233;veloppant dans leurs &#339;uvres des motifs et des phrases qui proviennent de contextes vari&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Perspectives finales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pu pr&#233;senter que deux champs de recherche. Il est temps cependant d'en tirer quelques conclusions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel est le r&#233;sultat des soixante ann&#233;es de comparaison entre Qumr&#226;n et le Nouveau Testament ? Une simple collection de &#171; parall&#232;les &#187; ne peut pas suffire, puisque les &#171; parall&#232;les &#187; doivent &#234;tre expliqu&#233;s &#224; partir d'un contexte historique &#233;tendu. Mais les manuscrits de la mer Morte ont plus que de simples parall&#232;les &#224; nous offrir. Ils apportent une profusion d'informations au sujet de l'univers du juda&#239;sme du Second Temple dans lequel le mouvement de J&#233;sus a d&#233;but&#233; et qui est refl&#233;t&#233;, au moins en partie, par certains textes du Nouveau Testament.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Une remarque n&#233;gative doit &#234;tre mentionn&#233;e d'abord. Toutes les sp&#233;culations &#224; propos des liens personnels entre les Ess&#233;niens et le christianisme primitif sont inutiles et ne peuvent gu&#232;re &#234;tre d&#233;montr&#233;es avec un degr&#233; de certitude suffisant. Ni Jean le Baptiseur, ni J&#233;sus, ni Paul, ni l'auteur du quatri&#232;me &#201;vangile, ni aucun autre auteur n&#233;otestamentaire ne peuvent &#234;tre raisonnablement mis en rapport avec les textes &#171; sectaires &#187; ; ils ne peuvent pas &#234;tre vus non plus comme &#233;tant influenc&#233;s par la communaut&#233; de Qumr&#226;n ou par les Ess&#233;niens. Cela a pour cons&#233;quence de changer le sujet du d&#233;bat : ce n'est plus la relation entre les Ess&#233;niens et le christianisme primitif qui est d&#233;sormais en jeu, mais plus pr&#233;cis&#233;ment les liens entre le langage et la th&#233;ologie dans les premiers &#233;crits chr&#233;tiens et le juda&#239;sme dans son ensemble, avec ses traditions et ses groupes vari&#233;s et multiples, qui leur &#233;tait contemporain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. La valeur des manuscrits ne r&#233;side pas tant dans le fait qu'ils repr&#233;sentent la biblioth&#232;que d'un groupe juif en particulier, mais plut&#244;t en ce qu'ils nous mettent en pr&#233;sence d'une large s&#233;lection de production litt&#233;raire du juda&#239;sme du Second Temple, couvrant les trois si&#232;cles avant le tournant de l'&#232;re. Malgr&#233; le caract&#232;re fragmentaire de la plupart des manuscrits, il serait totalement impossible d'acqu&#233;rir une vue ad&#233;quate de la pens&#233;e et de l'activit&#233; litt&#233;raire dans le juda&#239;sme palestinien sans leurs apports.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Pour les &#233;tudes n&#233;otestamentaires, la contribution des manuscrits est d'une importance capitale. Citons, parmi les domaines concern&#233;s, le d&#233;veloppement des textes, la collection et la &#171; canonisation &#187; des &#201;critures, le d&#233;veloppement, les techniques et les formes de l'interpr&#233;tation biblique, les th&#232;mes relatifs &#224; la &lt;i&gt;halacha&lt;/i&gt;, la puret&#233;, les calendriers et les f&#234;tes, le d&#233;veloppement des formes et des genres litt&#233;raires, l'origine et les d&#233;veloppements de la pens&#233;e apocalyptique et sapientielle juive, la vari&#233;t&#233; et la pluralit&#233; des id&#233;es concernant les figures eschatologiques ou messianiques, les id&#233;es concernant le jugement dernier, la vie apr&#232;s la mort, les anges et les d&#233;mons, etc. Sans l'information fournie par ces textes, il serait inenvisageable d'avoir une vue suffisante de l'un quelconque de ces domaines. Plus qu'un simple terreau fertile en &#171; parall&#233;lismes &#187;, les manuscrits de Qumr&#226;n constituent le corpus de textes le plus important et le plus fascinant en provenance du monde qu'a &#233;t&#233; celui du Nouveau Testament.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Le d&#233;bat autour de Qumr&#226;n a eu pour effet de conduire la communaut&#233; des savants &#224; la reconnaissance assez vaste du caract&#232;re &#233;minemment juif des textes du Nouveau Testament, m&#234;me si l'on y trouve une distance et une pol&#233;mique vis-&#224;-vis d'autres groupes juifs. Comme cons&#233;quence, les textes du Nouveau Testament peuvent &#234;tre lus &#224; pr&#233;sent comme faisant partie de la litt&#233;rature juive de la p&#233;riode du Second Temple et au-del&#224;. La s&#233;paration des voies qui a conduit &#224; une opposition de deux religions distinctes n'est pas encore consomm&#233;e &#224; la fin du premier si&#232;cle apr&#232;s J.-C.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. Le fait de lire les textes n&#233;otestamentaires dans leur contexte historique juif requiert un &#233;largissement de perspective qui inclurait non seulement les manuscrits de Qumr&#226;n, mais, &#224; l'&#233;vidence, la LXX et toute la litt&#233;rature intertestamentaire (partiellement transmise en traductions). En outre, nous devons consid&#233;rer les textes en provenance de la diaspora juive, Flavius Jos&#232;phe et Philon d'Alexandrie, et dans la mesure du possible, &#233;galement les premiers textes de la litt&#233;rature rabbinique. Il ne faudrait pas n&#233;gliger non plus le domaine non juif des textes et des genres issus du monde hell&#233;nistique et romain. C'est &#224; partir d'un spectre aussi vaste qu'il serait raisonnable d'envisager l'arri&#232;re-plan de telle ou telle phrase du Nouveau Testament et des concepts qui la sous-tendent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. Un simple &#171; ramassage &#187; de parall&#232;les (que l'on pourrait qualifier de &#171; parall&#233;lomanie &#187;) est inutile et trompeur. En fait, chaque parall&#232;le m&#233;rite une interpr&#233;tation pr&#233;cautionneuse qui prend en compte son propre contexte original, les voies de transmission possibles, le degr&#233; des analogies et des diff&#233;rences, leurs raisons d'&#234;tre possibles, et &#233;galement les explications alternatives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. Pour l'interpr&#233;tation &#224; proprement parler, les consid&#233;rations herm&#233;neutiques semblent indispensables. Quelles seraient les cons&#233;quences (ou les avantages possibles) si l'on d&#233;montrait qu'une id&#233;e &#233;tait originellement juive (ou, au contraire, hell&#233;nistique ou pa&#239;enne) ? Cela impliquerait-il qu'elle en serait plus purement &#171; biblique &#187; et aurait donc plus de valeur ? Mais alors, que faire si le juda&#239;sme du Second Temple lui-m&#234;me (et aussi les textes de Qumr&#226;n) avait d&#233;j&#224; adopt&#233; des id&#233;es babyloniennes, perses ou hell&#233;nistiques ? Et que cela signifierait-il si, par exemple, certains aspects de l'enseignement de J&#233;sus pouvaient remonter &#224; une figure de pr&#233;curseur tel que le Ma&#238;tre de justice ? Cela mettrait-il en danger l'&#171; originalit&#233; &#187; de l'enseignement chr&#233;tien ?
Ce genre de questions ne peut qu'&#234;tre mentionn&#233; ici, mais elles m&#233;ritent notre consid&#233;ration. Comme l'a d&#233;montr&#233; la th&#233;orie de l'historiographie moderne, toute reconstruction de l'histoire et des &#171; origines &#187; signifie en m&#234;me temps une tentative pour d&#233;finir sa propre identit&#233; sociale ou individuelle. C'est pourquoi les chercheurs devraient &#234;tre conscients des programmes et des implications &#171; id&#233;ologiques &#187; qui sont parfois &#171; derri&#232;re &#187; les th&#233;ories historiques ou litt&#233;raires et, plus encore, derri&#232;re les d&#233;bats publics autour de Qumr&#226;n.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. Les manuscrits sont un cas de test pour la m&#233;thode de recherche en histoire des religions. Eu &#233;gard &#224; la fascination qui a souvent stimul&#233; des opinions partiales et un sensationnalisme clinquant, la pr&#233;cision et la pr&#233;caution philologiques sont absolument indispensables ici. Les savants doivent &#233;viter de combler les lacunes de telle sorte que les textes finissent par correspondre &#224; leurs propres th&#233;ories. &#192; cause de l'&#233;tat fragmentaire de pr&#233;servation, de nombreux aspects ne peuvent plus &#234;tre &#233;lucid&#233;s. Il est en particulier impossible de trouver la preuve d'une influence directe sur J&#233;sus, Paul, Jean, ou sur tout auteur du Nouveau Testament. Et plut&#244;t que d'expliquer l'origine de certains motifs ou de certaines id&#233;es, la biblioth&#232;que de Qumr&#226;n peut nous aider &#224; &#233;clairer le contexte plus large et le profil particulier de ceux-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais consid&#233;r&#233;s avec une telle circonspection herm&#233;neutique et avec une comp&#233;tence philologique du plus haut niveau, les textes de Qumr&#226;n offrent une profusion encore sous-estim&#233;e d'informations qui aident &#224; comprendre l'arri&#232;re-plan et le message de nombreux textes du Nouveau Testament et des id&#233;es du premier christianisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; En particulier, prolixe mais fortement contest&#233;, R. EISENMAN : &lt;i&gt;Maccabees, Zadokites, Christians and Qumran : A New Hypothesis of Qumran Origins&lt;/i&gt;, Studia Post-Biblica 34, Leiden, 1983 ; &lt;i&gt;James the Just in the Habakkuk Pesher&lt;/i&gt;, Leiden, 1986 ; &lt;i&gt;James the Brother of Jesus. Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt;, New York, 1996. Des positions similaires, l&#233;g&#232;rement diff&#233;rentes, ont aussi &#233;t&#233; d&#233;fendues, un peu diff&#233;remment, par B. THIERING : &lt;i&gt;Redating the Teacher of Righteousness&lt;/i&gt;, Sydney, 1979 ; &lt;i&gt;Jesus and the Riddle of the Dead Sea Scrolls : Unlocking the Secrets of His Life Story&lt;/i&gt;, San Francisco, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi J. O'CALLAGHAN : &#171; &#191; Papiros neotestamentarios en la cueva 7 de Qumr&#226;n ? &#187;, &lt;i&gt;Biblica&lt;/i&gt; 53 (1972), p. 91-100 ; &lt;i&gt;Los papiros griegos de la cueva 7 de Qumr&#226;n&lt;/i&gt;, Madrid, 1974 ; &lt;i&gt;Los primeros testimonios del Nuevo Testamento : Papirolog&#237;a neotestamentaria&lt;/i&gt;, C&#243;radoba, 1995. Aussi C.-P. THIEDE : &#171; 7Q &#8211; Eine R&#252;ckkehr zu den neutestamentlichen Papyrusfragmenten in der siebten H&#246;hle von Qumran &#187;, &lt;i&gt;Biblica&lt;/i&gt; 65 (1994), p. 538-559 ; &lt;i&gt;The Earliest Gospel Manuscript ? The Qumran Papyrus 7Q5 and Its Significance for New Testament Studies&lt;/i&gt;, London, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; D&#233;j&#224; K. ALAND, &#171; Neue neutestamentliche Papyri III : (1) Die Papyri aus H&#246;hle 7 von Qumran und ihre Zuschreibung zum Neuen Testament durch J. O'Callaghan &#187;, &lt;i&gt;New Testament Studies&lt;/i&gt;, 20 (1974), p. 358-376 ; M. BAILLET, &#171; Les manuscrits de la grotte 7 de Qumr&#226;n et le Nouveau Testament &#187;, &lt;i&gt;Biblica&lt;/i&gt; 53 (1972), p. 508-516, et 54 (1973), p. 340-350 ; en r&#233;ponse &#224; Thiede, M.-&#201; BOISMARD, &#171; &#192; propos de 7Q5 et Mc 6, 52-53 &#187;, &lt;i&gt;Revue biblique&lt;/i&gt; 102 (1995), p. 585-588 ; R. H. GUNDRY, &#171; No NU in Line 2 of 7Q5 : A final Disidentification of 7Q5 with Mark 6 : 52-53 &#187;, &lt;i&gt;Journal of Biblical Literature&lt;/i&gt; 119 (1999), p. 698-707 ; S. ENSTE, &lt;i&gt;Kein Markustext in Qumran. Eine Untersuchung der These : Qumran-Fragment 7Q5 = Mk 6, 52-53&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Novum Testamentum et Orbis Antiquus&lt;/i&gt; 45, Fribourg (Suisse), 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; B. PIXNER, &#171; An Essene Quarter on Mount Zion ? &#187;, &lt;i&gt;Studia Hierosolymitana I : Studi archeologici in onore di P. Bellarmino Bagatti&lt;/i&gt;, SBF Collectio major 22, Jerusalem, 1976, p. 245-285 ; &#171; The History of the &#171; Essene Gate &#187; Area &#187;, &lt;i&gt;Zeitschrift des Deutschen Pal&#228;stina-Vereins&lt;/i&gt; 105 (1989), p. 96-104 ; &#171; Church of the Apostles Found on Mt. Zion &#187;, &lt;i&gt;Biblical Archaeological Review&lt;/i&gt; 16/3 (1990), p. 16-35 et 60 ; R. RIESNER, &#171; Jesus, the Primitive Community, and the Essene Quarter of Jerusalem &#187;, dans : J. H. CHARLESWORTH (&#233;d.), &lt;i&gt;Jesus and the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt;, New York, 1992, p. 198-234 ; &#171; Das Jerusalemer Essenerviertel und die Urgemeinde. Josephus, Bellum Judaicum V 145 ; 11QMiqdash 46, 13-16 ; Apostelgeschichte 1-6 und die Arch&#228;ologie &#187;, &lt;i&gt;Aufstieg und Niedergang der R&#246;mischen Welt&lt;/i&gt; s&#233;rie 2, vol. 26.2, Berlin et New York, 1995, p. 1775-1992 ; &lt;i&gt;Essener und Urgemeinde in Jerusalem&lt;/i&gt;, Biblische Arch&#228;ologie und Zeitgeschichte 6, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;d., Giessen, 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-5' id='nb3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Pour une critique r&#233;cente, voir M. K&#220;CHLER, &#171; Jerusalem &#187;, &lt;i&gt;Orte und Landschaften der Bibel&lt;/i&gt;, vol. 4, 2, G&#246;ttingen, 2007, p. 648-651.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-6' id='nb3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Le premier &#224; avoir avanc&#233; cette id&#233;e &#233;tait l'&#233;rudit Johann Georg Wachter : &lt;i&gt;De primordiis Christianae religionis libri duo, quorum prior agit de Essaeis Christianorum inchoatoribus, alter de Christianis, Essaeorum posteris&lt;/i&gt; (manuscrit de 1713) ; voir l'&#233;dition r&#233;cente : J. G. WACHTER, &lt;i&gt;De primordiis Christianae religionis. Elucidarius cabalisticus&lt;/i&gt; (&#233;d. W. Schr&#246;der), Freidenker der europ&#228;sichen Aufkl&#228;rung 1,2 ; Stuttgart-Bad Cannstatt, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-7' id='nb3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir A. SCHWEITZER, &lt;i&gt;Geschichte der Leben-Jesu-Forschung&lt;/i&gt;, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;d., T&#252;bingen, 1913 &#8211; &#224; propos des romans sur les romans de l'&#233;poque du rationalisme de Karl Friedrich Bahrdt et Karl Heinrich Venturini sur la vie de J&#233;sus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-8' id='nb3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. S. WAGNER, &lt;i&gt;Die Essener in der wissenschaftlichen Diskussion : vom Ausgang des 18. bis zum Beginn des 20. Jahrhunderts&lt;/i&gt;, Beihefte zur Zeitschrift f&#252;r die Alttestamentliche Wissenschaft 79, Berlin, 1960.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-9' id='nb3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &#171; Le christianisme est un ess&#233;nisme qui a largement r&#233;ussi &#187; (A. DUPONT-SOMMER, &lt;i&gt;Aper&#231;us pr&#233;liminaires&lt;/i&gt; [s. Anm. 8], 121 ; vgl. E. RENAN, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &#233;d. d&#233;finitive [Hrsg. H. Psichari], Bd. 6, Paris, 1953, 1301).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-10' id='nb3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; A. DUPONT-SOMMER, &lt;i&gt;Aper&#231;us pr&#233;liminaires sur les manuscrits de la mer Morte&lt;/i&gt;, &#171; L'Orient ancien illustr&#233; &#187; 4, Paris, 1950 (p. 121-122 : &#171; La &#171; Nouvelle Alliance &#187; juive et la &#171; Nouvelle Alliance &#187; chr&#233;tienne &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-11' id='nb3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; E. WILSON, &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls 1947-1969&lt;/i&gt;, New York, 1969, p. 85-86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-12' id='nb3-12' class='spip_note' title='Notes 3-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi M. BAIGENT et R. LEIGH, &lt;i&gt;La Bible confisqu&#233;e : enqu&#234;te sur le d&#233;tournement des manuscrits de la mer Morte&lt;/i&gt;, Paris, 1992 (= &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls Deception&lt;/i&gt;, New York, 1991) ; D. BROWN, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Paris, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-13' id='nb3-13' class='spip_note' title='Notes 3-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. G. JEREMIAS, &lt;i&gt;Der Lehrer der Gerechtigkeit&lt;/i&gt;, Studien zur Umwelt des Neuen Testaments 2, G&#246;ttingen, 1963, p. 285 ; J. ZIMMERMANN, &lt;i&gt;Messianische Texte aus Qumran&lt;/i&gt;, Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; s&#233;rie, 104, T&#252;bingen, 1998, p. 455-458.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-14' id='nb3-14' class='spip_note' title='Notes 3-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Sur 4Q285 5, voir J. J. COLLINS, &#171; Jesus, Messianism and the Dead Sea Scrolls &#187;, dans : &lt;i&gt;Qumran Messianism&lt;/i&gt; (&#233;d. J. H. Charlesworth, H. Lichtenberger et G. S. Oegema), T&#252;bingen, 1998, p. 105-106.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-15' id='nb3-15' class='spip_note' title='Notes 3-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; M. O. WISE, &lt;i&gt;The First Messiah : Investigating the Messiah Before Jesus&lt;/i&gt;, San Francisco, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-16' id='nb3-16' class='spip_note' title='Notes 3-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; I. KNOHL, &lt;i&gt;The Messiah before Jesus : The Suffering Servant of the Dead Sea Scroll&lt;/i&gt;, Berkeley, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-17' id='nb3-17' class='spip_note' title='Notes 3-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir la critique de J. J. COLLINS, &#171; A Messiah Before Jesus ? &#187;, dans : &lt;i&gt;Christian Beginnings and the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt; (&#233;d. J. J. Collins et C. A. Evans), Grand Rapids, 2006, p. 15-35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-18' id='nb3-18' class='spip_note' title='Notes 3-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; 1QS 4, 5-6 ; cf. 10, 24-25 ; Fl. JOS&#200;PHE, &lt;i&gt;Guerre des Juifs&lt;/i&gt; 2, 141.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-19' id='nb3-19' class='spip_note' title='Notes 3-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; 1QS 9, 16-17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-20' id='nb3-20' class='spip_note' title='Notes 3-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir C. E. EVANS, &#171; Jesus in the Dead Sea Scrolls &#187;, dans : &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls After Fifty Years&lt;/i&gt; (&#233;d. P. W. Flint et J. C. VanderKam), vol. 2, Leiden, 1999, p. 573-598.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-21' id='nb3-21' class='spip_note' title='Notes 3-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir d&#233;j&#224; DUPONT-SOMMER, &lt;i&gt;Aper&#231;us pr&#233;liminaires&lt;/i&gt;. Pour la p&#233;riode initiale de la discussion, voir aussi H. BRAUN, &lt;i&gt;Qumran und das Neue Testament&lt;/i&gt;, T&#252;bingen, 1966, vol. 1, p. 54-74, et G. JEREMIAS, &lt;i&gt;Der Lehrer der Gerechtigkeit&lt;/i&gt;, Studien zur Umwelt des Neuen Testaments 2, G&#246;ttingen, 1963.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-22' id='nb3-22' class='spip_note' title='Notes 3-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. H.-W. KUHN, &#171; Jesus &#187;, dans : L H. SCHIFFMAN et J. C. VANDERKAM (&#233;d.), &lt;i&gt;Encyclopedia of the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt;, vol. 1, Oxford, 2000, p. 404-408 (405) : &#171; An opposing agenda &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-23' id='nb3-23' class='spip_note' title='Notes 3-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. A. M. SCHWEMER, &#171; Gott als K&#246;nig und seine K&#246;nigsherrschaft in den Sabbatliedern aus Qumran &#187;, dans : M. HENGEL et A. M. SCHWEMER (&#233;d.), &lt;i&gt;K&#246;nigsherrschaft Gottes und himmlischer Kult im Judentum, Urchristentum und in der hellenistischen Welt&lt;/i&gt;, Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament 55, T&#252;bingen, 1991, p. 45-118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-24' id='nb3-24' class='spip_note' title='Notes 3-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi EVANS, &#171; Jesus in the Dead Sea Scrolls &#187;, p. 583.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-25' id='nb3-25' class='spip_note' title='Notes 3-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p. 584.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-26' id='nb3-26' class='spip_note' title='Notes 3-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir d&#233;j&#224; H.-W. KUHN, &lt;i&gt;Enderwartung und gegenw&#228;rtiges Heil&lt;/i&gt;, Studien zur Umwelt des Neuen Testaments 4, G&#246;ttingen, 1966 ; aussi KUHN, &#171; Jesus &#187;, p. 405-406 ; aussi B. FRENNESSON, &lt;i&gt;&#171; In a Common Rejoicing &#187; : Liturgical Communion with Angels in Qumran&lt;/i&gt;, Studia Semitica Upsaliensia 14, Uppsala, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-27' id='nb3-27' class='spip_note' title='Notes 3-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir J. J. COLLINS, &#171; The Eschatologizing of Wisdom in the Dead Sea Scrolls &#187;, dans : J. J. COLLINS, G. E. STERLING et R. A. CLEMENTS (&#233;d.), &lt;i&gt;Sapiential Perspectives : Wisdom Literature in Light of the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt;, Studies on the texts of the desert of Judah 51, Leiden, 2004, p. 49-61 ; et d&#233;j&#224; J. J. COLLINS, &#171; Wisdom, Apocalypticism and Generic Compatibility &#187;, dans : &lt;i&gt;Seers, Sibyls and Sages in Hellenistic-Roman Judaism&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Journal for the Study of Judaims Supplements&lt;/i&gt; 54, Leiden, 1997, p. 385-404 ; sur J&#233;sus, voir aussi D. MARGUERAT, &#171; J&#233;sus le sage et J&#233;sus le proph&#232;te &#187;, dans : D. MARGUERAT, E. NORELLI et J.-M. POFFET (&#233;d.), &lt;i&gt;J&#233;sus de Nazareth : Nouvelles approches d'une &#233;nigme&lt;/i&gt;, Labor et Fides, coll. &#171; Le Monde de la Bible &#187; n&#176; 38, Gen&#232;ve, 2003, p. 293-317.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-28' id='nb3-28' class='spip_note' title='Notes 3-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. H. LICHTENBERGER, &#171; Makarismen in den Qumrantexten und im Neuen Testament &#187;, dans : A. LANGE, H. LICHTENBERGER et Ch. HEMPEL (&#233;d.), &lt;i&gt;Wisdom and Apocalypticism in the Dead Sea Scrolls and in the Biblical Tradition&lt;/i&gt;, Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium 159, Louvain, 2003, p. 195-211 ; et G. J. BROOKE, &#171; The Wisdom of Matthew's Beatitudes &#187;, dans : &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls and the New Testament&lt;/i&gt;, Minneapolis, 2005, p. 217-234.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-29' id='nb3-29' class='spip_note' title='Notes 3-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. G. J. BROOKE, &#171; 4Q500 1 and the Use of Scripture in the Parable of the Vineyard &#187;, dans : &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls and the New Testament&lt;/i&gt;, Minneapolis, 2005, p. 235-260.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-30' id='nb3-30' class='spip_note' title='Notes 3-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. M. BECKER, &#171; Die &#171; messianische Apokalypse &#187; 4Q521 und der Interpretationsrahmen der Taten Jesu &#187;, dans : J. FREY et M. BECKER (&#233;d.), &lt;i&gt;Apokalyptik und Qumran&lt;/i&gt;, Einblicke 10, Paderborn, 2007, p. 237-303. Sur l'importance des textes non sectaires pour l'interpr&#233;tation de J&#233;sus, voir maintenant G. J. BROOKE, &#171; The Pre-Sectarian Jesus &#187;, dans : F. GARC&#205;A MART&#205;NEZ (&#233;d.), &lt;i&gt;Echoes from the caves : Qumran and the New Testament&lt;/i&gt;, Studies on the texts of the desert of Judah 85, Leiden, 2009, p. 33-48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-31' id='nb3-31' class='spip_note' title='Notes 3-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. J. J. COLLINS, &lt;i&gt;The Scepter and the Star : The Messiahs of the Dead Sea Scrolls and Other Ancient Literature&lt;/i&gt;, New York, 1995, et J. ZIMMERMANN, &lt;i&gt;Messianische Texte aus Qumran&lt;/i&gt;, Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; s&#233;rie, 104, T&#252;bingen, 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-32' id='nb3-32' class='spip_note' title='Notes 3-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir l'interpr&#233;tation de M. SMITH, &#171; Two Ascended to Heaven &#8211; Jesus and the Author of 4Q491 &#187;, dans : J. H. CHARLESWORTH (&#233;d.), &lt;i&gt;Jesus and the Dead Sea Scrolls&lt;/i&gt;, New York, 1992, p. 290-301, et C. E. EVANS, &#171; Jesus in the Dead Sea Scrolls &#187;, p. 591-592.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-33' id='nb3-33' class='spip_note' title='Notes 3-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir la discussion dans ZIMMERMANN, &lt;i&gt;Messianische Texte aus Qumran&lt;/i&gt;, p. 153-170.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-34' id='nb3-34' class='spip_note' title='Notes 3-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir d&#233;j&#224; M. HENGEL, &lt;i&gt;J&#233;sus, fils de Dieu&lt;/i&gt;, Paris, 1977 ; voir r&#233;cemment A. Y. COLLINS et J. J. COLLINS, &lt;i&gt;King and Messiah as Son of God. Divine, Human, and Angelic Messianic Figures in Biblical and Related Literature&lt;/i&gt;, Grand Rapids, 2008, p. 69-72.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-35' id='nb3-35' class='spip_note' title='Notes 3-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi particuli&#232;rement J. H. CHARLESWORTH, &#171; A Critical Comparison of the Dualism in 1QS 3, 13 - 4, 26 and the &#8220;Dualism&#8221; Contained in the Gospel of John &#187;, &lt;i&gt;New Testament Studies&lt;/i&gt; 15 (1968/49), p. 389-418.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-36' id='nb3-36' class='spip_note' title='Notes 3-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. J. H. CHARLESWORTH, &#171; The Dead Sea Scrolls and the Gospel according to John &#187;, dans : R. A. CULPEPPER et C. C. BLACK (&#233;d.), &lt;i&gt;Exploring the Gospel of John&lt;/i&gt;, Louisville, 1996, p. 65-97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-37' id='nb3-37' class='spip_note' title='Notes 3-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi d&#233;j&#224; K. SCHUBERT, &lt;i&gt;Die Gemeinde vom Toten Meer&lt;/i&gt;, M&#252;nchen 1958, p. 131.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-38' id='nb3-38' class='spip_note' title='Notes 3-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. R. J. BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel : Is there a Connection ? &#187;, dans : S. E. PORTER et C. A. EVANS (&#233;d.), &lt;i&gt;The Scrolls and The Scriptures&lt;/i&gt;, Sheffield, 1997, p. 267-279 ; D. E. AUNE, &#171; Dualism in the Fourth Gospel and the Dead Sea Scrolls : A Reassessment of the Problem &#187;, dans : D. E. AUNE, T. SELAND et J. H. ULRICHSEN (&#233;d.), &lt;i&gt;Neotestamentica et Philonica&lt;/i&gt;, Festschrift for Peder Borgen, Novum Testamentum Supplements 106, Leiden, 2003, p. 281-303 ; et J. FREY, &#171; Recent Perspectives on Johannine Dualism and its Background &#187;, dans : R. A. CLEMENTS et D. R. SCHWARTZ (&#233;d.), &lt;i&gt;Text, Thought, and Practice in Qumran and Early Christianity&lt;/i&gt;, Leiden, 2009, p. 127-157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-39' id='nb3-39' class='spip_note' title='Notes 3-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel : Is there a Connection ? &#187;, p. 279.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-40' id='nb3-40' class='spip_note' title='Notes 3-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Ainsi d&#233;j&#224; R. E. BROWN en 1955, &#171; The Qumran Scrolls and the Johannine Gospel and Epistles &#187;, &lt;i&gt;Catholic Biblical Quarterly&lt;/i&gt; 17 (1955), p. 403-419 et 559-574 ; et ensuite CHARLESWORTH, &#171; A Critical Comparison &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-41' id='nb3-41' class='spip_note' title='Notes 3-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; 4Q548 1-2 ii 10-1, 15-6 ; cf. &#171; fils de v&#233;rit&#233; &#187; / &#171; fils de mensonge &#187; en 4Q548 1-2 ii 8-9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-42' id='nb3-42' class='spip_note' title='Notes 3-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; 1QS 3, 18-9 ; 4, 21 et 23 ; cf. 4Q177 12-13 i 5 et en aram&#233;en 4Q542 1 i 10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-43' id='nb3-43' class='spip_note' title='Notes 3-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. AUNE, &#171; Dualism in the Fourth Gospel &#187;, p. 297-300.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-44' id='nb3-44' class='spip_note' title='Notes 3-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. A. LANGE, &lt;i&gt;Weisheit und Pr&#228;destination. Weisheitliche Urordnung und Pr&#228;destination in den Textfunden von Qumran&lt;/i&gt;, Studies on the texts of the desert of Judah 18, Leiden, 1995, p. 126-128 ; et J. FREY, &#171; Different Patterns of Dualistic Thought in the Qumran Library &#187;, dans : M. BERNSTEIN, F. GARC&#205;A MART&#205;NEZ et J. KAMPEN (&#233;d.), &lt;i&gt;Legal Texts and Legal Issues&lt;/i&gt;, Studies on the texts of the desert of Judah 23, Leiden, 1997, p. 275-335 (295-300).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-45' id='nb3-45' class='spip_note' title='Notes 3-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir en particulier J. FREY, &#171; Different Patterns of Dualistic Thought in the Qumran Library &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-46' id='nb3-46' class='spip_note' title='Notes 3-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; BAUCKHAM, &#171; Qumran and the Fourth Gospel &#187; ; voir aussi &#171; The Qumran Community and the Gospel of John &#187;, dans : L. H. SCHIFFMAN, E. TOV et J. C. VANDERKAM (&#233;d.), &lt;i&gt;The Dead Sea Scrolls. Fifty Years After Their Discovery&lt;/i&gt;, Jerusalem, 2000, p. 105-115 (112-113).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-47' id='nb3-47' class='spip_note' title='Notes 3-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; AUNE, &#171; Dualism in the Fourth Gospel and the Dead Sea Scrolls &#187;, p. 289-291.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les pratiques autour de la mort : enjeux oecum&#233;niques</title>
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		<dc:subject>th&#233;ologie pratique</dc:subject>
		<dc:subject>mort</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Colloque oecum&#233;nique organis&#233; par l'ISEO&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Ev&#233;nement&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le colloque &#171; Les pratiques autour de la mort : enjeux &#339;cum&#233;niques &#187;, organis&#233; par l'Institut sup&#233;rieur d'&#233;tudes &#339;cum&#233;niques (ISEO) du Theologicum, s'est tenu du 26 au 28 janvier 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toute pratique des diverses &#201;glises chr&#233;tiennes est n&#233;cessairement en r&#233;sonance avec la foi et a des implications &#233;thiques et dogmatiques. En retour, l'enseignement de ces &#201;glises induit ou renouvelle les pratiques des chr&#233;tiens. Cette constante tension entre ce qui est cru et la pri&#232;re ou les dispositions que l'on a &#224; prier, est celle que les th&#233;ologiens distinguent entre la &lt;i&gt;lex credendi&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;lex orandi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce colloque a &#233;t&#233; pour les participants l'occasion de poser la question du t&#233;moignage que les chr&#233;tiens, dans une perspective &#339;cum&#233;nique, ont ensemble &#224; rendre face &#224; la mort, c'est-&#224;-dire aussi dans l'esp&#233;rance commune de la r&#233;surrection.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intervenants :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jacques-No&#235;l P&#201;R&#200;S, directeur de l'ISEO.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Philippe BORDEYNE, doyen du Theologicum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Patrick BAUDRY, Universit&#233; Bordeaux 3 : &lt;i&gt;Questions d'anthropologie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean RUELLAN, directeur des relations publiques des Pompes fun&#232;bres g&#233;n&#233;rales : &lt;i&gt;Le parcours des fun&#233;railles : les nouvelles demandes des familles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne-Marie REIJNEN, Facult&#233; de th&#233;ologie protestante, Bruxelles ; Theologicum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Isaia GAZZOLA, Theologicum ; Job GETCHA, Theologicum ; Rapha&#235;l PICON, doyen de la Facult&#233; de th&#233;ologie protestante, Paris : &lt;i&gt;Pratiques liturgiques : une &#233;tude comparative.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Table ronde sur les questions pastorales :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;ul class='spip'&gt;&lt;li&gt; Christophe DELAIGUE, pr&#234;tre du dioc&#232;se de Grenoble ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dominique HERNANDEZ, pasteur de l'&#201;glise r&#233;form&#233;e de France ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Nicolas CERNOKRAK, doyen de l'Institut de th&#233;ologie orthodoxe Saint-Serge, Paris.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;Franck LEMA&#206;TRE o.p., directeur du Service national pour l'unit&#233; des chr&#233;tiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Histoire des fun&#233;railles &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean ROBERTI, Universit&#233; Rennes 2 : &lt;i&gt;La tradition orthodoxe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Isabelle LECOINTE, Theologicum : &lt;i&gt;La tradition catholique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marianne CARBONNIER-BURKARD, Facult&#233; de th&#233;ologie protestante, Paris : &lt;i&gt;La tradition r&#233;form&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bruno GAUDELET, pasteur de l'&#201;glise r&#233;form&#233;e de France : &lt;i&gt;Les discours sur la mort.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elaine LABOUREL, pr&#234;tre de l'&#201;glise d'Angleterre, ISEO, Theologicum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Flemming FLEINERT-JENSEN, pasteur de l'&#201;glise du Danemark ; Gilles BERCEVILLE o.p., Theologicum : &lt;i&gt;Prier les morts, pour les morts, sur les morts&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thomas R&#214;MER, Coll&#232;ge de France, Paris ; ELCOA, Theologicum : &lt;i&gt;Comment g&#233;rer la mort ? Les r&#233;ponses de la Bible h&#233;bra&#239;que&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yves-Marie BLANCHARD, Theologicum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric CHAVEL, pasteur de l'&#201;glise &#233;vang&#233;lique luth&#233;rienne de France ; Bernard KLASEN, Theologicum ; Serge SOLLOGOUB, pr&#234;tre de l'&#201;glise orthodoxe : &lt;i&gt;La pr&#233;dication du service fun&#232;bre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Samuel CHEVALIER-MILHAU, pasteur de la f&#233;d&#233;ration des &#201;glises &#233;vang&#233;liques baptistes, aum&#244;nier aux Arm&#233;es : &lt;i&gt;Une pastorale de la mort violente&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Synth&#232;se finale : Laurent VILLEMIN, Theologicum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Messe &#224; Saint-Joseph-des-Carmes, pr&#233;sid&#233;e par M&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;gr&lt;/sup&gt; Maurice GARD&#200;S, archev&#234;que d'Auch, pr&#233;sident du Conseil pour l'unit&#233; des chr&#233;tiens et les relations avec le juda&#239;sme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Bible au carrefour des langues : traduction et tradition</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blanchard*Yves-Marie</dc:creator>



		<description>C'est une banalit&#233; que de le dire, la Bible est le best-seller de la litt&#233;rature universelle, autrement dit le livre le plus souvent &#233;dit&#233; dans toutes les langues de la terre, donc du m&#234;me coup le livre le plus traduit au monde. Bien plus, l'entreprise de traduction de la Bible constitue pour beaucoup de peuples un moment essentiel dans la promotion de leur propre langue, ainsi dot&#233;e d'une grammaire, d'un lexique, voire d'un alphabet adapt&#233; &#224; la transcription de sonorit&#233;s originales. Ce processus (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;La traduction : un acte de th&#233;ologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une banalit&#233; que de le dire, la Bible est le best-seller de la litt&#233;rature universelle, autrement dit le livre le plus souvent &#233;dit&#233; dans toutes les langues de la terre, donc du m&#234;me coup le livre le plus traduit au monde. Bien plus, l'entreprise de traduction de la Bible constitue pour beaucoup de peuples un moment essentiel dans la promotion de leur propre langue, ainsi dot&#233;e d'une grammaire, d'un lexique, voire d'un alphabet adapt&#233; &#224; la transcription de sonorit&#233;s originales. Ce processus s'est r&#233;alis&#233; &#224; plusieurs reprises d&#232;s l'Antiquit&#233;, &#224; commencer par la Bible arm&#233;nienne, vecteur premier de la langue d'un peuple fier d'avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re nation chr&#233;tienne de l'histoire. Le processus s'est maintes fois r&#233;p&#233;t&#233; au cours des si&#232;cles : &#233;voquons, &#224; titre d'exemple, le r&#244;le du missionnaire Alexandre de Rhodes dans la conception d'une &#233;criture latine adapt&#233;e &#224; la langue vietnamienne, ou bien encore les travaux du P&#232;re de Foucauld sur la langue des Touaregs, sans oublier beaucoup d'autres entreprises du m&#234;me ordre jusqu'&#224; nos jours, tout particuli&#232;rement pour les multiples langues du continent africain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi la diffusion de la Bible est-elle au c&#339;ur d'un immense chantier de traduction, d'ailleurs en pleine coh&#233;rence avec le texte programmatique de la mission chr&#233;tienne, &#224; savoir le r&#233;cit lucanien de la Pentec&#244;te, dans lequel il est sp&#233;cifi&#233; que les auditeurs du premier message chr&#233;tien entendent les ap&#244;tres chacun dans sa propre langue. N'est-ce pas la description m&#234;me de ce qu'on appelle aujourd'hui la traduction simultan&#233;e, quoi qu'il en soit de la m&#233;diation mise en &#339;uvre : cabines de traduction &#224; la fa&#231;on moderne, ou bien intervention directe de l'Esprit Saint selon le r&#233;cit des Actes ? Il est donc ind&#233;niable que la Bible chr&#233;tienne entretient des rapports &#233;troits avec le processus de traduction, mais est-ce seulement l'effet de sa diffusion universelle, en aval du texte lui-m&#234;me ? Ou bien, plus profond&#233;ment et de fa&#231;on quasi structurelle, le processus ne serait-il pas d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre au sein du livre lui-m&#234;me, de par sa composition et naturellement en lien avec l'histoire de sa r&#233;daction ? Telle est la question que nous proposons d'&#233;lucider quelque peu ce matin, sous un titre sans doute plus all&#233;chant que ne le sera l'expos&#233; lui-m&#234;me : &#171; La Bible au carrefour des langues : traduction et tradition &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re id&#233;e qui vienne &#224; l'esprit est naturellement la coexistence des deux versions linguistiques de ce que nous appelons l'Ancien Testament, c'est-&#224;-dire le corpus d'&#201;critures juives retenues par les chr&#233;tiens au point de constituer le premier volet de leur propre livre, la Bible, attestant l'&#233;v&#233;nement de salut advenu en J&#233;sus Christ selon le principe herm&#233;neutique de l'accomplissement, d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233; par Paul en 1 Co 15,3-4 : Christ mort pour nos p&#233;ch&#233;s &#171; selon les &#201;critures &#187; ; Christ ressuscit&#233; le troisi&#232;me jour &#171; selon les &#201;critures &#187;. Il n'est d'ailleurs pas s&#251;r que les chr&#233;tiens de l'Antiquit&#233; aient port&#233; le m&#234;me regard que nous sur le bilinguisme de l'Ancien Testament : pour eux, le texte grec n'&#233;tait pas une traduction d&#233;riv&#233;e de l'original h&#233;bra&#239;que, mais bien plut&#244;t le texte de r&#233;f&#233;rence dans sa version authentique et non frelat&#233;e &#8211; je pense l&#224; aux discussions de saint Justin avec le rabbin Tryphon &#8211;, seule apte &#224; exprimer la pl&#233;nitude du myst&#232;re r&#233;v&#233;l&#233; en J&#233;sus Christ. De fait, durant toute l'&#233;poque patristique &#8211; &#224; l'exception de saint J&#233;r&#244;me &#8211;, la Bible chr&#233;tienne fut re&#231;ue et pratiqu&#233;e dans la langue grecque commune &#224; l'Ancien et au Nouveau Testament, facilitant la lecture crois&#233;e des deux Testaments selon le principe de l'accomplissement illustr&#233; par le recours &#224; la m&#233;thode typologique. L'initiative de saint J&#233;r&#244;me, revenant &#224; l'original h&#233;bra&#239;que sans toutefois remettre en cause l'ordre sp&#233;cifiquement chr&#233;tien de l'Ancien Testament grec, nous a remis en pr&#233;sence d'un bilinguisme constitutif des &#201;critures d'Isra&#235;l, d&#233;j&#224; dans leur histoire ancienne en des temps o&#249; l'abondante diaspora juive lisait en grec la Loi et les Proph&#232;tes, &#224; plus forte raison au travers de leur r&#233;interpr&#233;tation chr&#233;tienne sous la forme d'un Ancien Testament latin (la Vulgate) traduit directement sur le texte h&#233;breu mais &#233;dit&#233; selon les principes d'organisation du livre grec. Plus donc qu'un avatar historique, on peut voir dans cette dualit&#233; linguistique, tant de la Torah du juda&#239;sme ancien que du premier volet de la Bible chr&#233;tienne, la figure textuelle d'une identit&#233; religieuse de part et d'autre marqu&#233;e par le principe du passage &#224; l'autre, autrement dit l'effort d'inculturation constitutif de tout processus de traduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est d&#232;s lors pas surprenant que l'&#201;vangile lui-m&#234;me soit le fruit d'un acte de traduction, affectant les paroles de J&#233;sus qui, pour avoir &#233;t&#233; initialement prononc&#233;es en aram&#233;en, n'en sont pas moins transmises et re&#231;ues en langue grecque. D&#232;s lors, il ne servirait &#224; rien de se lancer &#224; la recherche du texte aram&#233;en primitif : celui-ci n'a probablement jamais exist&#233;, sinon au niveau de fragments interm&#233;diaires qui, de toutes fa&#231;ons, n'ont rien de commun avec les &#339;uvres litt&#233;raires transmises sous le nom d'&#201;vangiles. C'est justement le passage d'un enseignement oral diffus&#233; en aram&#233;en &#224; des textes compos&#233;s en grec qui assure au message de J&#233;sus sa port&#233;e universelle, la langue grecque n'&#233;tant d'ailleurs en elle-m&#234;me que l'idiome universel du moment, donc le texte de base le plus accessible aux traducteurs issus des autres langues de l'&#233;poque : syriaque, latin, copte, arm&#233;nien, g&#233;orgien, &#233;thiopien, vieux germain, slavon, irlandais, arabe&#8230; Ainsi, le passage au grec &#8211; sans lequel, r&#233;p&#233;tons-le, la figure de J&#233;sus serait rest&#233;e locale, donc peu signifiante &#8211; n'est en lui-m&#234;me que la condition du passage &#224; toutes les langues disponibles, non seulement &#224; l'&#233;poque du premier christianisme, mais tout au long de l'histoire jusqu'&#224; aujourd'hui. De ce fait m&#234;me, le christianisme acquiert une personnalit&#233; originale, intrins&#232;quement missionnaire, en tout cas fort diff&#233;rente de l'Islam, ins&#233;parable de la langue arabe, voire du juda&#239;sme moderne, lui-m&#234;me attach&#233; &#224; l'exclusivit&#233; de la langue h&#233;bra&#239;que et d&#233;tach&#233; de son propre versant grec, pourtant si f&#233;cond dans l'Antiquit&#233; (outre la Septante, pensons &#224; Philon d'Alexandrie, &#224; Flavius Jos&#232;phe et &#224; tous les &#233;crivains juifs alexandrins). Rappelons en passant que, parall&#232;lement aux versions grecques de la Torah, d'ailleurs plurielles (outre le texte dit de la Septante, on conna&#238;t les traductions d'Aquila, de Symmaque et de Th&#233;odotion), le juda&#239;sme ancien avait &#233;galement produit les targums, libres traductions des &#201;critures en langue aram&#233;enne. L&#224; encore, cette ouverture translinguistique n'aura pas d'avenir, les Talmuds de Babylone et Tib&#233;riade &#233;tant eux-m&#234;mes &#233;crits en h&#233;breu, consacrant ainsi l'exclusivit&#233; de la langue h&#233;bra&#239;que, sans doute par effet de diff&#233;renciation d'avec l'attachement des chr&#233;tiens &#224; la langue de communication par excellence, le grec commun pratiqu&#233; d'un bout &#224; l'autre de l'Empire universel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, le grec biblique fa&#231;onn&#233; par les traducteurs de la Septante et repris par les &#233;crivains du Nouveau Testament &#8211; avec pour ces derniers des degr&#233;s divers d'assimilation de la syntaxe et du lexique grecs &#8211; est lui-m&#234;me d&#233;j&#224; une langue m&#233;tiss&#233;e, fruit de la rencontre entre l'h&#233;breu initial et le grec d'adoption. Certes, il n'y a pas lieu de consid&#233;rer le grec biblique comme une langue distincte du grec commun pratiqu&#233; dans l'Empire romain. Si parfois l'arri&#232;re-plan h&#233;bra&#239;que demeure visible &#8211; ce qui n'a rien d'&#233;tonnant dans un contexte de traduction &#8211;, bien souvent les s&#233;mitismes que certains se plaisent &#224; relever appartiennent aussi bien &#224; la langue grecque la plus traditionnelle, au point de figurer &#233;galement chez Hom&#232;re. En revanche, la nouveaut&#233; radicale des contenus &#8211; l'exp&#233;rience religieuse jud&#233;o-chr&#233;tienne n'a pas grand-chose de commun avec le fonds religieux gr&#233;co-romain &#8211; impose au lexique grec de sensibles modifications.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenons un seul exemple, capital pour une juste interpr&#233;tation du quatri&#232;me &#201;vangile. Le mot &#171; gloire &#187; (&lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;) appartient &#224; la famille du verbe &lt;i&gt;doke&#244;&lt;/i&gt; qui signifie &#171; para&#238;tre &#187; ; il d&#233;signe donc l'apparence, avec une connotation n&#233;gative, mise en valeur dans le d&#233;bat opposant Socrate et Platon aux sophistes de leur temps. Ces derniers sont alors accus&#233;s de pr&#233;f&#233;rer la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'opinion illusoire, &#224; la v&#233;rit&#233; profonde (&lt;i&gt;al&#232;theia&lt;/i&gt;). Selon une conception toute m&#233;taphysique du vrai, l'apparence sensible est discr&#233;dit&#233;e au profit d'une v&#233;rit&#233; cach&#233;e, cens&#233;e plus spirituelle, plus id&#233;ale, donc plus v&#233;ridique. L'usage biblique du mot &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est aux antipodes de cette repr&#233;sentation : la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; &#233;voque l'&#234;tre m&#234;me de Dieu, le &lt;i&gt;Kabod&lt;/i&gt; s&#233;mitique, en tant qu'il se donne &#224; voir et se rend perceptible &#224; l'homme, ne serait-ce que de fa&#231;on fugitive et indirecte comme il advient dans les th&#233;ophanies &#224; Mo&#239;se et &#224; &#201;lie. L'usage johannique du mot &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; s'inscrit dans la continuit&#233; des Septante, mais infl&#233;chit le terme dans le cadre d'un discours chr&#233;tien soulignant la pleine &#233;galit&#233; d'&#234;tre entre le P&#232;re et le Fils. D&#232;s lors, la gloire n'est plus l'apanage de Dieu seul ; elle convient aussi &#224; J&#233;sus le Fils incarn&#233;. Et si le mot conserve sa valeur dynamique, d&#233;signant l'&#234;tre divin en tant qu'il se manifeste et s'expose aux regards, il trouve d&#233;sormais sa place &#224; l'intersection du P&#232;re et du Fils, c'est-&#224;-dire au lieu m&#234;me de leur mutuelle relation. D'o&#249; l'importance du verbe &#171; glorifier &#187; (&lt;i&gt;doxaz&#244;&lt;/i&gt;), encore plus apte &#224; exprimer le don r&#233;ciproque que le P&#232;re et le Fils ne cessent d'&#233;changer, &#224; travers une relation d'amour infini qui leur donne de se r&#233;v&#233;ler l'un &#224; l'autre et l'un par l'autre au b&#233;n&#233;fice des disciples. Tel est l'accent propre &#224; la th&#233;ologie johannique, exprim&#233;e tout particuli&#232;rement dans la longue section des discours testamentaires ins&#233;r&#233;s entre le r&#233;cit du dernier repas et le d&#233;but de la Passion. Or, une telle vision fulgurante est en quelque sorte traduite dans une langue grecque m&#233;tiss&#233;e, &#224; travers la rencontre d'un vocable grec tout &#224; fait usuel et d'un contenu th&#233;ologique in&#233;dit, tant au niveau de la confession monoth&#233;iste d'Isra&#235;l qu'&#224; celui de la foi trinitaire esquiss&#233;e dans le quatri&#232;me &#201;vangile. Notons au passage que cette subversion s&#233;mantique n'est pas plus &#233;vidente pour un lecteur de langue grecque que ne l'est aujourd'hui le recours au mot &#171; gloire &#187; afin de d&#233;signer tout le contraire de la valeur courante du mot &#171; gloire &#187;. Aussi, &#224; plusieurs reprises, le J&#233;sus du quatri&#232;me &#201;vangile doit-il souligner la nouveaut&#233; s&#233;mantique, pr&#233;cisant qu'il ne s'agit en rien de la gloire autosuffisante que les hommes tirent de leur propre fonds et s'octroient g&#233;n&#233;reusement, &#224; eux-m&#234;mes ou bien &#224; leurs semblables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la mixit&#233; s&#233;mantique affectant de nombreux mots, emprunt&#233;s &#224; la langue grecque classique mais red&#233;finis du point de vue du sens, le Nouveau Testament conserve de multiples traces du processus de traduction, constitutif du passage de l'&#201;vangile aram&#233;en proclam&#233; par J&#233;sus lui-m&#234;me aux &#201;vangiles litt&#233;raires int&#233;gralement compos&#233;s en langue grecque. Ainsi, d&#232;s le chapitre 1, l'&#201;vangile selon saint Jean op&#232;re la traduction en langue grecque de deux termes aram&#233;ens de premi&#232;re importance pour la d&#233;signation de J&#233;sus dans le r&#233;cit &#233;vang&#233;lique. Il s'agit des mots &#171; Rabbi &#187; (1,38) et &#171; Messie &#187; (1,40) accompagn&#233;s de leurs &#233;quivalents grecs : &lt;i&gt;didaskalos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Christos&lt;/i&gt;. Contrairement aux traductions fran&#231;aises qui en appellent &#224; la synonymie sans pr&#233;ciser qu'il s'agit d'un changement de langues (exemple : &#171; Rabbi &#8211; ce qui signifie Ma&#238;tre &#187;, ou bien encore : &#171; le Messie &#8211; ce qui signifie le Christ &#187;), le texte grec recourt au verbe &lt;i&gt;met-hermeneu&#244;&lt;/i&gt;, rappelant qu'il s'agit bel et bien d'une traduction : &#171; Rabbi &#8211; ce qui se traduit Ma&#238;tre &#187; ; &#171; le Messie &#8211; ce qui se traduit le Christ &#187;. Peu apr&#232;s (1,42), l'attribution &#224; Simon d'un surnom fonctionnel respecte &#224; nouveau les deux &#233;tats linguistiques : d'abord l'aram&#233;en &#171; C&#233;phas &#187;, puis son &#233;quivalent grec &#171; Pierre &#187;, assorti de la formule &#171; ce qui se traduit &#187;, en appelant &#224; nouveau au verbe &lt;i&gt;hermeneu&#244;&lt;/i&gt;. En pareille circonstance, les trois &#201;vangiles synoptiques se contenteront de la forme grecque &#171; Pierre &#187;, sans faire mention de l'original aram&#233;en &#171; C&#233;phas &#187; (Mt 10,2 ; Mc 3,16 ; Lc 6,14). Les &#233;quivalences &#233;tant ainsi mises en place d&#232;s le d&#233;but de l'&#201;vangile, il n'est plus besoin d'y revenir : les termes grecs sont d&#233;sormais de r&#232;gle (mais on trouve encore &#171; Rabbi &#187;, dans la bouche de Nathana&#235;l, en 1,49), sans justification suppl&#233;mentaire mais non sans ambigu&#239;t&#233; quand il s'agit de transcrire en langue moderne, par exemple en fran&#231;ais. Ainsi, il peut para&#238;tre &#233;trange au lecteur moderne d'entendre la Samaritaine ou les adversaires de J&#233;sus s'interroger pour savoir s'il est le Christ. En effet, tandis qu'en grec il n'existe qu'un seul mot &#171; Christ &#187;, traduction de l'aram&#233;en &#171; Messie &#187;, le fran&#231;ais dispose des deux mots : le mot d'origine aram&#233;enne, convenant &#224; la notion juive de Messie, seule disponible aux interlocuteurs de J&#233;sus ; le mot d'origine grec, satur&#233; d'interpr&#233;tation chr&#233;tienne et en ce sens parfaitement invraisemblable dans la bouche des personnages du r&#233;cit &#233;vang&#233;lique. Doit-on traduire litt&#233;ralement &#171; Christ &#187;, quitte &#224; introduire un anachronisme ? Ou bien oser s'&#233;loigner de la lettre et traduire par &#171; Messie &#187;, au risque de perdre les r&#233;sonances th&#233;ologiques voulues par le narrateur et parfaitement accessibles au lecteur chr&#233;tien ? Pour ma part, je choisirais sans doute la version grecque &#171; Christ &#187;, par fid&#233;lit&#233; &#224; la nature m&#234;me du texte &#233;vang&#233;lique, con&#231;u pour livrer aux Grecs, c'est-&#224;-dire au monde, le message vivant du proph&#232;te galil&#233;en, reconnu et annonc&#233; comme Sauveur universel. La perspective t&#233;l&#233;ologique, accord&#233;e au processus de communication vis&#233; par l'&#233;criture, me para&#238;t plus fid&#232;le que le point de vue g&#233;n&#233;tique, soucieux de rejoindre au plus pr&#232;s l'&#233;v&#233;nement premier, autrement dit le r&#233;f&#233;rent historique, lequel est de toutes fa&#231;ons irr&#233;m&#233;diablement perdu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois le code mis en place, le bilinguisme &#233;vang&#233;lique ne pose plus de probl&#232;me. Ainsi Nicod&#232;me peut fort bien saluer J&#233;sus du titre de &#171; Rabbi &#187;, tout en affirmant reconna&#238;tre en lui un &#171; Ma&#238;tre &#187; (litt. : un didascale) venu de Dieu (Jn 3,1). De m&#234;me, la piscine proche de la Porte probatique (terminologie grecque, signifiant &#171; la Porte des Brebis &#187;) est affubl&#233;e du nom h&#233;breu (en r&#233;alit&#233; aram&#233;en) de &lt;i&gt;Bethzatha&lt;/i&gt;. &#192; l'inverse, l'ap&#244;tre Thomas est flanqu&#233; de son surnom grec de &#171; Didyme &#187; (11,16 ; 20,24 ; 21,2) qu'un lecteur de langue grecque d&#233;chiffrera facilement comme &#171; Jumeau &#187;. Quant &#224; la piscine de &lt;i&gt;Silo&#235;&lt;/i&gt;, elle fait elle-m&#234;me l'objet d'une traduction &#8211; &#171; ce qui se traduit : Envoy&#233; &#187; (verbe &lt;i&gt;hermeneu&#244;&lt;/i&gt;) &#8211; sugg&#233;rant une ouverture symbolique en relation avec la personne m&#234;me de J&#233;sus le Fils envoy&#233; du P&#232;re. On voit que la pluralit&#233; linguistique peut avoir des effets proprement th&#233;ologiques. Plus &#233;tonnante est la r&#233;troversion du grec vers l'aram&#233;en, op&#233;r&#233;e &#224; deux reprises au cours du r&#233;cit johannique de la Passion. En effet, en Jn 19,13 on lit : &#171; un lieu dit &lt;i&gt;Lithostrotos&lt;/i&gt; [fran&#231;ais : &#171; Dallage &#187;], en h&#233;breu &lt;i&gt;Gabbatha&lt;/i&gt; &#187; ; de m&#234;me en Jn 19,17 : &#171; le lieu dit du Cr&#226;ne, ce qui se dit en h&#233;breu &lt;i&gt;Golgotha&lt;/i&gt; &#187;. Que peuvent bien signifier ces deux retours en arri&#232;re, en quelque sorte en amont de l'&#233;criture grecque de l'&#201;vangile ? N'est-ce pas une fa&#231;on de marquer les limites du processus de traduction, tourn&#233; vers le destinataire aussi largement que possible, mais menac&#233; de perdre contact avec la source du message, &#224; savoir l'&#233;v&#233;nement unique v&#233;cu un jour du temps en un lieu pr&#233;cis, en quelque sorte raccroch&#233; &#224; travers l'usage du toponyme local, exprim&#233; dans la langue du pays ? Il s'agit bien l&#224; d'un effet de r&#233;el, d'autant plus important qu'il convient de rappeler la r&#233;alit&#233; concr&#232;te de la Croix, &#224; l'inverse de tout doc&#233;tisme, dont on sait par ailleurs qu'il fut une tentation pour certains courants du mouvement johannique. Le caract&#232;re proprement johannique d'une telle r&#233;troversion, &#224; l'oppos&#233; du mouvement normal de traduction (ou version), est confirm&#233; par le fait que les Synoptiques pratiquent normalement le mouvement inverse. Matthieu 27,33 et Marc 15,22 parlent d'un lieu dit &lt;i&gt;Golgotha&lt;/i&gt; et traduisent aussit&#244;t &#171; Lieu du Cr&#226;ne &#187;. Quant &#224; Luc 23,33, il fait l'impasse sur le toponyme aram&#233;en, &#233;crivant simplement : &#171; le lieu d&#233;nomm&#233; Cr&#226;ne &#187;, ce qui ne saurait nous surprendre de la part du plus hell&#233;nique des quatre &#233;vang&#233;listes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin &#8211; et toujours dans le quatri&#232;me &#201;vangile &#8211;, il convient naturellement de signaler la confirmation solennelle du ph&#233;nom&#232;ne plurilinguistique, sous la signature officielle de Pilate, repr&#233;sentant qualifi&#233; de l'Empire universel. On aura reconnu le fameux &#233;criteau de la croix (Jn 19,20), r&#233;dig&#233; &#171; en h&#233;breu, romain et grec &#187;, c'est-&#224;-dire : aram&#233;en, latin et grec. Ainsi, d&#232;s le stade embryonnaire de l'&#233;criteau d&#233;signant &#171; J&#233;sus le Naz&#244;r&#233;en roi des Juifs &#187;, la destination de l'&#233;criture &#233;vang&#233;lique rev&#234;t un caract&#232;re universel, impliquant un processus de traduction, non seulement de l'aram&#233;en r&#233;gional au grec commun (la fameuse &lt;i&gt;koin&#232;&lt;/i&gt;), mais &#224; travers le grec en direction de tout autre idiome, &#224; commencer par la langue officielle de l'Empire, le latin. La Croix de J&#233;sus est bien au point de d&#233;part d'un ample mouvement de traduction, aussi large que le nombre des langues humaines connues ou pratiqu&#233;es : loin d'&#234;tre un simple al&#233;a de l'histoire chr&#233;tienne, ce processus de traduction infinie est de la nature m&#234;me du christianisme. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il soit inscrit dans la lettre m&#234;me des &#201;critures. On peut m&#234;me dire que les auteurs du quatri&#232;me &#201;vangile sont conscients du ph&#233;nom&#232;ne, principalement le dernier r&#233;dacteur ou &#233;diteur qui ach&#232;ve le chapitre 21 sur la perspective d'une diffusion du livre, aussi large que la terre habit&#233;e : &#171; Il y encore beaucoup d'autre choses que J&#233;sus a faites : si on les &#233;crit une &#224; une [c'est-&#224;-dire : chaque fois qu'on les &#233;crira (mode &#233;ventuel)] je pense que le monde entier ne pourra contenir les livres ainsi &#233;crits &#187; (21,25). Un tel processus d'&#233;criture ou plut&#244;t de r&#233;&#233;criture, incluant l'hom&#233;lie et le commentaire, suppose tout un travail de traduction, sans quoi la transmission &#224; l'&#233;chelle du monde serait bien entendu impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant de quitter le quatri&#232;me &#201;vangile, jetons un dernier coup d'&#339;il &#224; la grande sc&#232;ne de rencontre du Ressuscit&#233; et de Marie de Magdala, aupr&#232;s du tombeau vide, au matin de P&#226;ques (Jn 20,11-18). Le sommet du processus de reconnaissance co&#239;ncide avec le moment o&#249; Marie-Madeleine, se retournant une deuxi&#232;me fois, s'&#233;crie : &#171; &lt;i&gt;Rabbouni&lt;/i&gt; &#187; (v. 16). Nous ne sommes pas surpris que le narrateur fournisse imm&#233;diatement la traduction grecque : &#171; ce qui se dit : Ma&#238;tre [grec : &lt;i&gt;didaskalos&lt;/i&gt;] &#187;. Mais on peut aussi consid&#233;rer l'interpellation adress&#233;e par le Seigneur. Les manuscrits h&#233;sitent &#8211; durant toute la p&#233;ricope &#8211; entre la forme grecque &#171; &lt;i&gt;Maria&lt;/i&gt; &#187; et la forme aram&#233;enne &#171; &lt;i&gt;Mariam&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;dition de Nestl&#233;-Aland choisit &#8211; avec sagesse, selon nous &#8211; la forme grecque dans le r&#233;cit, sous la plume du narrateur, et la forme aram&#233;enne dans le dialogue, donc dans la bouche du Seigneur, appelant en retour le titre &#171; &lt;i&gt;Rabbouni&lt;/i&gt; &#187; prononc&#233; par Marie. Ainsi, comme les r&#233;troversions aram&#233;ennes des lieux de la Passion, &lt;i&gt;Gabbatha&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Golgotha&lt;/i&gt;, le surgissement inattendu de l'aram&#233;en accentue l'effet de r&#233;el et veut sans doute dissiper l'impression de merveilleux qui pourrait laisser douter de la r&#233;alit&#233; historique d'une telle rencontre. On le voit, le jeu des langues est rarement gratuit : il ne s'agit nullement d'&#233;rudition, mais cela participe d'une strat&#233;gie narrative soucieuse de marquer &#224; la fois le caract&#232;re extraordinaire d'une telle exp&#233;rience et son statut de pleine r&#233;alit&#233;. Marie de Magdala et J&#233;sus ressuscit&#233; ne s'entretiennent pas dans une autre langue que celle de leur commune existence historique : les r&#233;cits d'apparition pascale ne sont pas des mythes ; m&#234;me s'ils transcendent l'histoire et comportent une dimension universelle, ils s'inscrivent dans l'histoire, dont ils assument la contingence, &#224; commencer par celle de la langue. Le jeu des langues est bien un fait proprement th&#233;ologique : non seulement il fait partie de la nature formelle des livres du Nouveau Testament, mais il sert l'expression du message &#233;vang&#233;lique, comme cela appara&#238;t tout particuli&#232;rement dans ce dernier exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, si maintenant nous consid&#233;rons les Synoptiques, il appara&#238;t que le ph&#233;nom&#232;ne de traduction dans les deux sens (normalement de l'aram&#233;en au grec, mais aussi l'inverse, sous forme de r&#233;troversion du grec &#224; l'aram&#233;en) est moins explicite. Chez Matthieu, on trouve seulement les noms &lt;i&gt;Emmanuel&lt;/i&gt; &#8211; repris du texte h&#233;breu d'Isa&#239;e (Mt 1,23) &#8211; et &lt;i&gt;Golgotha&lt;/i&gt; (Mt 27,33), accompagn&#233;s de leur traduction grecque : &#171; Dieu avec nous &#187; et &#171; Lieu du Cr&#226;ne &#187;, ainsi que la translitt&#233;ration du texte h&#233;breu constituant le dernier cri de J&#233;sus (Ps 22,2), suivi de sa traduction grecque : &#171; Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonn&#233; ? &#187; (Mt 27,46). Chez Marc, les termes aram&#233;ens suivis de leur &#233;quivalent grec sont un peu plus nombreux. On trouve ainsi le surnom des fils de Z&#233;b&#233;d&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Boanerg&#232;s&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire Fils du Tonnerre &#187; (Mc 3,17), et le nom de l'aveugle de J&#233;richo : &#171; &lt;i&gt;Bartim&#233;e&lt;/i&gt;, le fils de Tim&#233;e &#187; (Mc 10,46). Surtout, la pri&#232;re de J&#233;sus au P&#232;re (Mc 14,36) conserve la forme aram&#233;enne &#171; &lt;i&gt;Abba&lt;/i&gt;, P&#232;re &#187;, &#233;galement retenue par Paul, mais alors plac&#233;e dans la bouche des chr&#233;tiens eux-m&#234;mes (Ga 4,6) sous l'impulsion de l'Esprit (Ro 8,15). Dans ce cas, la fid&#233;lit&#233; au texte aram&#233;en, aussit&#244;t doubl&#233; de la version grecque, s'explique sans doute par le cadre liturgique, n&#233;cessairement conservateur, comme l'atteste la survie de termes s&#233;mitiques tels &lt;i&gt;Amen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;All&#233;luia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Hosanna&lt;/i&gt;, fr&#233;quemment repris dans le Nouveau Testament, voire l'hapax aram&#233;en &lt;i&gt;Maranatha&lt;/i&gt;, retenu par Paul (1 Co 16,22) et habituellement interpr&#233;t&#233; &#224; la lumi&#232;re d'Ap 22,20 : &#171; Amen, viens Seigneur J&#233;sus &#187;. Enfin, toujours chez Marc, figurent deux formules de gu&#233;rison, exprim&#233;es en aram&#233;en : &#171; &lt;i&gt;Talitha qum&lt;/i&gt; &#187; (Mc 5,41) et &#171; &lt;i&gt;Epphata&lt;/i&gt; &#187; (Mc 7,34), suivies des traductions en grec : &#171; Jeune fille, l&#232;ve-toi &#187; et &#171; Ouvre-toi &#187;. La raison d'&#234;tre de ces deux translitt&#233;rations &#224; partir de l'aram&#233;en nous &#233;chappe. On peut cependant constater que, du point de vue d'un lecteur de langue grecque, l'insertion de ces formules &#233;trang&#232;res risque d'induire une dimension quelque peu magique dans l'activit&#233; th&#233;rapeutique de J&#233;sus. Heureusement, la traduction quasi simultan&#233;e redonne aux paroles de J&#233;sus un sens clair, accessible au lecteur soucieux de comprendre la d&#233;marche de J&#233;sus. Notons encore &#8211; mais c'est pratiquement la m&#234;me chose que chez Matthieu &#8211; la double d&#233;nomination du site de la crucifixion (&lt;i&gt;Golgotha&lt;/i&gt;, Lieu du Cr&#226;ne : Mc 15,22) et la citation du Psaume 22,2 en h&#233;breu (Mc 15,34), avec cependant quelques diff&#233;rences de vocalisation par rapport au texte rapport&#233; par Matthieu. Enfin, rappelons-le, il n'y a chez Luc aucun effet de jeu entre les deux langues successivement porteuses de la tradition &#233;vang&#233;lique. Cela n'induit d'ailleurs aucune r&#233;ticence &#224; l'&#233;gard de l'Ancien Testament : bien au contraire, Luc met un point d'honneur &#224; &#233;crire un grec non seulement de bonne qualit&#233; litt&#233;raire, mais &#233;galement &#233;maill&#233; de traits linguistiques issus de la Septante, comme s'il voulait souligner la continuit&#233; entre les deux Alliances. En revanche, il semble que pour lui la langue grecque suffise amplement &#224; rendre compte de l'&#201;vangile &#224; l'attention d'un monde m&#233;diterran&#233;en largement hell&#233;nis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Naturellement, un tel exercice de traduction faisait partie du quotidien des missionnaires chr&#233;tiens en un monde o&#249;, malgr&#233; la supr&#233;matie de la langue grecque, subsistaient de nombreux idiomes, comme le sugg&#232;re le r&#233;cit du jour de Pentec&#244;te. Or, en ce jour de fondation de l'&#201;glise dans sa dimension universelle, il semble qu'il n'y ait eu aucun probl&#232;me de traduction : l'Esprit Saint avait pourvu aux besoins d'une communaut&#233; d&#233;sormais cosmopolite ! Et la foule de s'&#233;merveiller : &#171; Ne sont-ils pas tous des Galil&#233;ens, ceux qui nous parlent ? Comment se fait-il que nous les entendions, chacun dans sa propre langue de naissance ? &#187; (Ac 2,7-8). En revanche, il arrivera &#224; Paul et Barnab&#233; d'&#234;tre victimes d'un quiproquo quelque peu cocasse, faute de traducteur susceptible d'avertir les ap&#244;tres de la teneur des propos tenus en dialecte lycaonien. On aura reconnu la m&#233;prise survenue &#224; Lystres, o&#249; les deux ap&#244;tres furent confondus avec Zeus et Herm&#232;s (Ac 14,11-18). En d'autres passages, le narrateur souligne les effets obtenus selon que l'orateur, en l'occurrence Paul, s'exprime en langue h&#233;bra&#239;que en pr&#233;sence du peuple juif, ou bien en grec &#224; l'adresse des militaires romains, tout particuli&#232;rement dans les &#233;pisodes cons&#233;cutifs au retour de Paul &#224; J&#233;rusalem avant son emprisonnement (Ac 21,37-40 ; 22,2). Plus significatif encore nous para&#238;t &#234;tre le souci de Paul d'arracher les langues &#224; leur enfermement, afin que nul dans la communaut&#233; ne soit emp&#234;ch&#233; de comprendre la parole d'un fr&#232;re (1 Co 14,1-25). Qu'il s'agisse de langues inconnues, voire inarticul&#233;es selon le ph&#233;nom&#232;ne bien connu de la glossolalie, ou bien &#8211; ce qui n'est pas exclu &#8211; &#224; supposer que Paul d&#233;signe les langues locales dans lesquelles chacun tient &#224; exprimer sa pri&#232;re ou &#224; &#233;noncer sa proph&#233;tie, le probl&#232;me est que la communaut&#233; cosmopolite de Corinthe ne peut faire l'&#233;conomie d'une langue commune, si l'on veut que tous profitent des charismes de chacun. Pour Paul, l'essentiel est d'&#233;viter une cacophonie de paroles incompr&#233;hensibles, ce que, en bon Grec qu'il est, il tiendrait pour un retour &#224; la &#171; barbarie &#187; : &#171; Si je ne saisis pas la signification d'un mot, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera pour moi un barbare &#187; (1 Co 14,11). Le pire, aux yeux de Paul, serait qu'une telle profusion de langues soit un moyen de divertir les pa&#239;ens, au lieu d'instruire efficacement les fr&#232;res, ce qui, selon lui, constitue le but premier des paroles exprim&#233;es dans la communaut&#233; (14,5.6.9.16.18.22). D&#232;s lors, le minist&#232;re de l'interpr&#232;te ou herm&#233;neute est de la plus haute importance pour la bonne tenue des assembl&#233;es communautaires : &#171; &#192; tel autre est donn&#233;e la diversit&#233; des langues, &#224; tel autre l'interpr&#233;tation (ou traduction) des langues &#187; (1 Co 12,10). De fait, Paul mentionne parmi les charismes la pratique des langues (12,28 ; 12,30), ainsi que l'art de leur interpr&#233;tation (12,30). Il va jusqu'&#224; presser celui qui parle les langues de bien vouloir prier pour acqu&#233;rir du m&#234;me coup la capacit&#233; de traduire ou interpr&#233;ter (14,13).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On le voit, pour Paul, la question de la traduction est au c&#339;ur de la vie eccl&#233;siale &#224; Corinthe. Quoi qu'on pense d'&#233;ventuels ph&#233;nom&#232;nes de glossolalie, il y a d&#233;j&#224; sur place une telle diversit&#233; de langues vivantes qu'une stricte discipline communautaire s'impose si l'on veut &#233;viter la confusion, dommageable &#224; tous points de vue. Paul a un tel souci de l'&#233;dification de la communaut&#233; qu'il ne supporterait pas qu'elle perd&#238;t son temps &#224; entendre des propos inintelligibles : toute expression en langue rare ou particuli&#232;re doit &#234;tre suivie de sa traduction dans la langue de communication connue de tous. Non seulement c'est la seule fa&#231;on de rendre service &#224; la communaut&#233;, mais c'est aussi le meilleur moyen d'int&#233;resser les pa&#239;ens de passage en leur donnant un premier acc&#232;s au message chr&#233;tien (1 Co 14,24-25). Ainsi, l'activit&#233; missionnaire et le soin de la communaut&#233; exigent semblablement une pratique syst&#233;matique de la traduction &#224; l'attention de tous. Le t&#233;moignage de Paul, exprim&#233; avec une grande vigueur, est dot&#233; d'une ind&#233;niable valeur historique. Il confirme dans les faits ce que nous avions pressenti dans l'&#233;paisseur m&#234;me du texte biblique, &#224; savoir qu'il n'y a pas de christianisme sans traduction. Cette donn&#233;e sous-tend le caract&#232;re plurilinguistique des &#233;crits bibliques, &#224; commencer par le Nouveau Testament, lui-m&#234;me ins&#233;parable d'un mouvement missionnaire, qui e&#251;t &#233;t&#233; irr&#233;alisable sans la pratique constante de la traduction, donc le recours &#224; des interpr&#232;tes comp&#233;tents, indispensables &#224; la vie communautaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le moment est venu de conclure, en rappelant que la Bible n'est pas seulement un lot d'archives historiques relatives aux origines chr&#233;tiennes, elles-m&#234;mes n&#233;es de la conjonction d'une m&#233;moire v&#233;t&#233;rotestamentaire juive et d'une confession de foi in&#233;dite, ancr&#233;e dans le myst&#232;re pascal de J&#233;sus Christ. De par leur fonction canonique, les &#201;critures assument une fonction normative, inspiratrice et r&#233;gulatrice, sur l'ensemble de l'existence chr&#233;tienne, tout particuli&#232;rement sur ce qui constitue le c&#339;ur de son identit&#233; propre. Il ne sera donc pas excessif de dire que, s'il y a tradition chr&#233;tienne, c'est-&#224;-dire vivante transmission d'un donn&#233; &#224; la fois th&#233;orique et pratique par la m&#233;diation d'une communaut&#233; de partage et de m&#233;moire, ce sera toujours dans une logique de passage, traversant les fronti&#232;res linguistiques et culturelles, bref une d&#233;marche d'inculturation, pour reprendre une terminologie d'aujourd'hui. Ou bien encore, s'il est clair que l'interpr&#232;te (en grec l'herm&#233;neute) joue un r&#244;le de premier plan, aussi bien dans la vie des communaut&#233;s apostoliques que dans la gen&#232;se des &#201;critures, cela n'est pas sans rapport avec la d&#233;finition du fait chr&#233;tien en termes d'herm&#233;neutique, avec ce que cela suppose de capacit&#233; de traduction, d'interpr&#233;tation, d'actualisation, &#224; l'&#233;gard d'une tradition qui n'est d&#233;j&#224; l&#224; que pour &#234;tre offerte &#224; frais nouveaux, dans un vivant dialogue avec l'interlocuteur lui-m&#234;me in&#233;dit. En ce sens, notre regard sur la Bible &#171; au carrefour des langues &#187; n'est pas, nous semble-t-il, d&#233;nu&#233; de pertinence quant &#224; la d&#233;finition m&#234;me du christianisme, dans son rapport au monde et la gestion de sa propre diversit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un acte de th&#233;ologie dans la langue de l'autre </title>
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		<description>Comment comprendre cette formule ? Est-ce une curieuse devinette linguistique ? Car, &#233;tant donn&#233; qu'une langue n'appartient &#224; personne si ce n'est &#224; ses locuteurs, s'il m'arrive &#224; moi, un Anglais, de prendre la parole en fran&#231;ais, alors cette langue ne devient-elle pas ma langue &#233;galement ? Ou bien, cette formule (&#171; un acte de th&#233;ologie dans la langue de l'autre &#187;) n'exprime-t-elle pas plut&#244;t une simple impossibilit&#233; philosophique ? De quel droit, en effet, le th&#233;ologien pr&#233;tend-il acc&#233;der &#224; un mode de (...)

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&lt;a href="http://www.catho-theo.net/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;La traduction : un acte de th&#233;ologie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment comprendre cette formule ? Est-ce une curieuse devinette linguistique ? Car, &#233;tant donn&#233; qu'une langue n'appartient &#224; personne si ce n'est &#224; ses locuteurs, s'il m'arrive &#224; moi, un Anglais, de prendre la parole en fran&#231;ais, alors cette langue ne devient-elle pas &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; langue &#233;galement ? Ou bien, cette formule (&#171; un acte de th&#233;ologie dans la langue de l'autre &#187;) n'exprime-t-elle pas plut&#244;t une simple impossibilit&#233; philosophique ? De quel droit, en effet, le th&#233;ologien pr&#233;tend-il acc&#233;der &#224; un mode de discours tellement imm&#233;diat, tellement direct, qu'il y aurait convergence parfaite entre parole donn&#233;e et parole re&#231;ue, alors que cette imm&#233;diatet&#233; ou convergence ne se rencontre dans aucune autre forme de communication humaine ? Faire un acte de th&#233;ologie dans la langue de l'autre, n'est-ce pas finalement tendre &#224; une h&#233;g&#233;monie linguistique &#8211; voire &#224; une assimilation totale (&lt;i&gt;Gleichschaltung&lt;/i&gt;) &#8211; dont le th&#233;ologien ferait bien de se garder &#224; tout prix ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or il se pourrait, au contraire, qu'&#171; un acte de th&#233;ologie dans la langue de l'autre &#187; repr&#233;sente de mani&#232;re tout &#224; fait l&#233;gitime l'esp&#233;rance eschatologique de l'&#201;glise &#8211; &#224; la fois la modalit&#233; et l'objet de son discours : l'esp&#233;rance d'une parfaite justice dans la rencontre dialogale des interlocuteurs, que seule une r&#233;f&#233;rence d&#233;terminante &#224; Dieu peut garantir. Et en convoquant autour de cette table des personnes qui s'efforcent de faire de la th&#233;ologie dans une langue &#233;trang&#232;re, il semblerait que les organisateurs aient eu l'intuition que cette pratique particuli&#232;re devait &#234;tre r&#233;v&#233;latrice, en quelque sorte, du dialogue, de l'&#233;change eschatologique qu'on vient d'&#233;voquer. Mais comment ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je propose de bien pr&#233;ciser &#224; quel moment cette exp&#233;rience prend un aspect non seulement linguistique, mais proprement &lt;i&gt;th&#233;ologique&lt;/i&gt;. Bien que la traduction de la th&#233;ologie d'une langue vers une autre puisse exciter toutes sortes d'&#233;bullitions, tant dans la langue destinataire que, &#224; l'occasion, dans la langue d'origine, de sorte qu'on parlera &#224; juste titre de &#171; l'enrichissement &#187; d'une langue par son contact avec une autre, et de son habilitation &#224; repr&#233;senter de nouvelles significations, on reste l&#224; sur le plan linguistique &#8211; m&#234;me si le lexique ainsi &#233;largi est celui de la th&#233;ologie. Il est vrai que l'enrichissement ou l'adaptation d'une langue est d'une importance capitale dans la pr&#233;paration d'un discours th&#233;ologique, et que le choix fait par un traducteur de textes peut avoir des implications majeures pour la th&#233;ologie. Cependant, ce qui est porteur de sens th&#233;ologique ici c'est la rencontre m&#234;me des langues, plut&#244;t que l'&#233;largissement interne d'un syst&#232;me linguistique qui pourrait en r&#233;sulter, dans la mesure o&#249; cette rencontre est la figure ou l'anticipation du dialogue eschatologique esp&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vais t&#226;cher d'illustrer cette th&#232;se &#224; l'aide d'un exemple tir&#233; d'un cours qu'il m'est arriv&#233; de donner l'ann&#233;e derni&#232;re sur la doctrine de la cr&#233;ation dans la &lt;i&gt;Dogmatique&lt;/i&gt; de Karl Barth. On verra comment, en un lieu pr&#233;cis de l'exposition de Barth, la traduction fran&#231;aise est r&#233;duite &#224; une &lt;i&gt;contradictio in adjecto&lt;/i&gt; qui fr&#244;le l'absurde, alors que l'allemand para&#238;t respecter une logique rigoureuse. Cependant, ce n'est pas seulement le texte original qui jettera une lumi&#232;re sur le non-sens de la traduction, mais la traduction probl&#233;matique elle-m&#234;me qui d&#233;voilera une aporie cach&#233;e dans l'original.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son effort pour &#233;viter un d&#233;couplage catastrophique entre cr&#233;ation et salut, et en tenant compte du caract&#232;re historique de celui-ci, Barth insiste sur la n&#233;cessit&#233; d'affirmer que l'&#339;uvre de la cr&#233;ation est elle-m&#234;me une histoire : c'est-&#224;-dire qu'elle est non seulement cr&#233;ation &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; temps, mais cr&#233;ation &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le temps (&lt;i&gt;Dogmatique&lt;/i&gt; III/1, 74). C'est l'&#233;v&#233;nement historique d'un passage du non-&#234;tre &#224; l'&#234;tre. Cette th&#232;se devient fondatrice pour Barth lorsqu'il d&#233;finit le non-&#234;tre non seulement comme contrepartie conceptuelle de l'&#234;tre (le rien, ce qui n'est pas) mais comme ce que Dieu, tout en cr&#233;ant, exclut et abolit de la cr&#233;ation (le n&#233;ant &#8211; &lt;i&gt;das Nichtige&lt;/i&gt; &#8211; ce qui &lt;i&gt;s'oppose&lt;/i&gt; &#224; l'&#234;tre). Qu'il soit intelligible ou non d'attribuer une puissance active &#224; une essence ontologiquement n&#233;gative ne nous concerne pas ici. (Barth le fait pour pouvoir &#233;laborer, dans la suite, une d&#233;finition du mal.) Ce qu'il faut retenir, c'est la d&#233;signation de la cr&#233;ation comme histoire, qui permet &#224; Barth de d&#233;crire l'acte cr&#233;ateur comme une histoire de la s&#233;paration entre le cr&#233;&#233; et le non-cr&#233;&#233;, entre l'&#234;tre et le non-&#234;tre (ou le n&#233;ant). En pr&#233;cisant cela, Barth a recours &#224; la distinction que l'on peut faire en allemand entre &lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Historie&lt;/i&gt; : la cr&#233;ation est certes une &#171; histoire &#187; (&lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt;), affirme-t-il, mais elle n'est pas pour autant &#171; &lt;i&gt;historisch&lt;/i&gt; &#187; (c'est-&#224;-dire un &#233;v&#233;nement auquel l'historien aurait acc&#232;s). Cela, non seulement parce qu'il manque &#224; cet &#233;pisode des t&#233;moins oculaires, mais plus fondamentalement en raison du caract&#232;re tout &#224; fait unique d'une telle histoire de la cr&#233;ation. Car &#224; la diff&#233;rence des autres &#233;v&#233;nements historiques, celui-ci ne consiste pas en la transformation d'un &#233;tant, d'une chose qui existerait d&#233;j&#224; &#224; l'int&#233;rieur de l'univers, mais elle est la suscitation de l'&#234;tre &#224; partir de rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le traducteur fran&#231;ais para&#238;t d&#233;muni devant cette conceptualisation de Barth &#8211; qui a pourtant l'avantage ind&#233;niable d'affirmer l'aspect &#233;v&#233;nementiel de la cr&#233;ation, sans c&#233;der &#224; un fondamentalisme historicisant. Mais tandis que l'allemand peut recourir sans contradiction au concept d'une &#171; &lt;i&gt;unhistorische&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt; &#187;, une &lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt; qui n'est pas une &lt;i&gt;Historie&lt;/i&gt;, le fran&#231;ais, qui ne conna&#238;t qu'un seul terme, est r&#233;duit &#224; formuler le paradoxe (ou l'apparente contradiction) d'une &#171; histoire non-historique &#187;, une histoire qui n'est pas une histoire (&lt;i&gt;Dogmatique&lt;/i&gt; III/1, p. 82).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'en est-il de cette traduction ? Faut-il regretter &#224; ce point les insuffisances de la langue fran&#231;aise, qui ne semble pas avoir b&#233;n&#233;fici&#233; des approfondissements du concept d'histoire fournis par la philosophie allemande aux XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles ? Faut-il par contraste c&#233;l&#233;brer la nuance apport&#233;e ici par le g&#233;nie allemand ? Peut-&#234;tre. Mais il se peut &#233;galement que la maladresse, l'inad&#233;quation m&#234;me de la traduction servent &#224; mettre au jour la teneur apor&#233;tique d'une conception historique de la cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, tandis que l'allemand de Barth (avec ses deux cat&#233;gories quasi ind&#233;pendantes) la dissimule. En effet, l'apparente richesse conceptuelle de la distinction entre &lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Historie&lt;/i&gt; risque d'introduire une dichotomie au sein de l'histoire, que le monisme linguistique du fran&#231;ais n'autorise pas. Or, en exilant la cr&#233;ation du domaine de l'&lt;i&gt;Historie&lt;/i&gt;, pour la cantonner au seul plan de la &lt;i&gt;Geschichte&lt;/i&gt;, Karl Barth ne s'est-il pas lui-m&#234;me emp&#234;ch&#233; d'atteindre son but : penser la cr&#233;ation comme histoire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pertinence th&#233;ologique de cet exemple repose sur le fait que le texte allemand aurait pu aboutir &#224; l'invention d'une nouvelle cat&#233;gorisation en fran&#231;ais, pour traduire les deux termes de Barth. En revanche, un tel enrichissement du fran&#231;ais aurait voil&#233; les probl&#232;mes conceptuels dans l'original, que sa traduction a mis en lumi&#232;re. On se trouve alors devant le ph&#233;nom&#232;ne suivant : le langage th&#233;ologique a &#233;t&#233; amplifi&#233; non pas par une transformation immanente &#224; une langue ou &#224; l'autre, mais gr&#226;ce &#224; un va-et-vient, dialectique et irr&#233;solu, &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; les langues. C'est cette mise en ab&#238;me mutuelle et continu&#233;e, appel&#233;e par l'essentielle indicibilit&#233; de la r&#233;v&#233;lation, qui, pour moi, pr&#233;figure ce qui sera (on peut bien l'esp&#233;rer) &#171; un acte de th&#233;ologie &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la langue de l'autre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le ph&#233;nom&#232;ne de traduction pendant la p&#233;riode de l'&#233;vang&#233;lisation missionnaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samekomba* Yves</dc:creator>



		<description>Les d&#233;couvertes de l'exp&#233;rience de la traduction [1] : La rencontre de l'Afrique avec le christianisme Le probl&#232;me de la traduction est li&#233; &#224; la rencontre de l'Afrique avec le christianisme. C'est une lapalissade de rappeler que le christianisme qu'une grande partie de l'Afrique d&#233;couvre aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles lui arrive charg&#233; d'une longue tradition d'&#233;laboration th&#233;ologique &#224; travers laquelle les penseurs ont voulu exprimer le donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233;. Nous ne pouvons pas non plus oublier toute l'influence des (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;couvertes de l'exp&#233;rience de la traduction&lt;/strong&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est important de noter que j'appartiens personnellement &#224; cette jeune (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;La rencontre de l'Afrique avec le christianisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la traduction est li&#233; &#224; la rencontre de l'Afrique avec le christianisme. C'est une lapalissade de rappeler que le christianisme qu'une grande partie de l'Afrique d&#233;couvre aux XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles lui arrive charg&#233; d'une longue tradition d'&#233;laboration th&#233;ologique &#224; travers laquelle les penseurs ont voulu exprimer le donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233;. Nous ne pouvons pas non plus oublier toute l'influence des courants philosophiques de la tradition gr&#233;co-latine dans cette &#339;uvre d'&#233;laboration : emprunt et r&#233;orientation du sens de certains concepts issus originellement du langage philosophique et pa&#239;en de la Rome ou de la Gr&#232;ce antiques. L'on comprend ais&#233;ment la n&#233;cessit&#233; et la difficult&#233; d'exprimer toute cette richesse conceptuelle et th&#233;ologique, glan&#233;e au long de l'histoire, dans des cat&#233;gories de langues et de cultures africaines au moment de l'&#233;vang&#233;lisation missionnaire. C'est ainsi que le travail de traduction va se faire soit par la reprise pure et simple de mots existant dans le langage de la culture ambiante, soit par l'introduction de certains concepts latins, grecs, allemands ou anglais pour mieux exprimer la nouveaut&#233; du christianisme, soit encore par une r&#233;orientation du sens originel de certains concepts auxquels on attribue une nouvelle charge s&#233;mantique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La recherche des &#233;quivalences linguistiques et conceptuelles dans la langue du milieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans beaucoup de cas, le souci des missionnaires a &#233;t&#233; d'exprimer la foi chr&#233;tienne dans le g&#233;nie linguistique de chaque peuple. Il y a eu un v&#233;ritable travail d'&#233;laboration th&#233;ologique par la recherche des &#233;quivalences, pour exprimer la r&#233;alit&#233; chr&#233;tienne en empruntant au langage et &#224; la vision du monde du peuple &#224; &#233;vang&#233;liser. Dans le cas du Sud-Cameroun, on note ce souci chez le P&#232;re pallottin allemand Hermann Nekes (1875-1945). Chez les Beti du Cameroun, le terme &lt;i&gt;avenan&lt;/i&gt; (changement) traduit la transsubstantiation ; &lt;i&gt;nduan&lt;/i&gt; (plong&#233;), le bapt&#234;me. Parfois il y a une &#233;volution d'une premi&#232;re traduction vers une nouvelle consid&#233;r&#233;e comme plus ad&#233;quate &#224; la r&#233;alit&#233; qu'on veut exprimer. C'est le travail du courant de l'inculturation. Ainsi, on est parti de la premi&#232;re traduction du sacrement de la confirmation (&lt;i&gt;firmus&lt;/i&gt;) pour aboutir &#224; l'expression &#171; &lt;i&gt;sakrament ngul&lt;/i&gt; &#187; (sacrement de la force).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, il faut noter que cette &#339;uvre d'int&#233;gration de la langue beti dans le christianisme va rencontrer bien des r&#233;sistances chez les nouveaux chr&#233;tiens &#171; &#233;volu&#233;s &#187; beti, qui y voient une profanation du caract&#232;re sacr&#233; du christianisme. M&#234;me les cat&#233;chistes qui collaborent avec le P&#232;re Hermann Nekes dans l'&#339;uvre de traduction (vers 1910-1916) font preuve d'une prudence paralysante. Ils sont souvent frein&#233;s par un trop grand souci de respectabilit&#233; et de l'&#233;volution. Ils h&#233;sitent ainsi &#224; puiser dans la culture ou l'ancienne religion beti les &#233;quivalents du vocabulaire religieux chr&#233;tien [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Philippe LABURTHE-TOLRA, Vers la Lumi&#232;re ? ou le D&#233;sir d'Ariel : &#192; propos (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;] &#8211; peut-&#234;tre veulent-ils garder une certaine distance d'&#233;tranget&#233; n&#233;cessaire &#224; la rencontre du divin. Ne sont-ils pas d&#233;j&#224; habit&#233;s par cette tradition du secret et du langage cod&#233; en usage dans la religion traditionnelle beti ? Toujours est-il qu'ils sont indign&#233;s par la proposition du P&#232;re Nekes de r&#233;cup&#233;rer quelques mots et expressions culturelles et cultuelles des Beti pour les introduire dans le christianisme [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 242.' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. C'est le cas par exemple du mot &#171; &lt;i&gt;nkug&lt;/i&gt; &#187; qui d&#233;signe le g&#233;nie (esprit) dans la religion beti. Hermann Nekes veut en faire la traduction du concept chr&#233;tien &#171; &lt;i&gt;ange&lt;/i&gt; &#187;. Les cat&#233;chistes lui pr&#233;f&#233;reront le concept germanis&#233; &#171; &lt;i&gt;engeles&lt;/i&gt; &#187;. &#192; travers ce refus et bien d'autres du m&#234;me genre, on d&#233;c&#232;le une volont&#233; de la jeune g&#233;n&#233;ration gagn&#233;e au christianisme de se distinguer de la vieille accroch&#233;e aux traditions ancestrales, et de para&#238;tre plus &#171; &#233;volu&#233;es &#187;. Mais au-del&#224; de ce complexe, il nous semble qu'il y a au fond une volont&#233; d'&#233;viter tout syncr&#233;tisme et toute m&#233;prise dans la signification profonde des choses, et qui seraient v&#233;hicul&#233;s par le vocabulaire amalgam&#233; d'expressions religieuses diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine de la liturgie [&lt;a href='#nb4-4' class='spip_note' rel='footnote' title='L'introduction des chants en langues locales et des instruments (...)' id='nh4-4'&gt;4&lt;/a&gt;], il y a eu une premi&#232;re &#233;tape qui a consist&#233; &#224; traduire les cantiques allemands ou fran&#231;ais en langue locale. Mais le grand risque ici est qu'on pourrait aboutir &#224; des contresens inimaginables, dans une langue &#224; tons comme l'&#233;wondo. L'exemple patent est cette phrase d'un cantique traduit de l'allemand : &#171; Tu es bon et mis&#233;ricordieux&#8230; &#187; Parce qu'on a voulu garder la tonalit&#233; allemande originelle, on aboutit &#224; une prononciation &#171; &lt;i&gt;one mben, otoa fe ngol&lt;/i&gt; &#187;, qui veut dire : &#171; Tu es le gourdin et tu es l'anguille &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'introduction de concepts nouveaux emprunt&#233;s d'une autre langue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; la difficult&#233; de trouver des &#233;quivalences dans les langues africaines, les missionnaires n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; emprunter des concepts en usage dans la tradition chr&#233;tienne pour les introduire directement dans le langage courant des peuples &#224; &#233;vang&#233;liser. C'est ainsi que beaucoup de mots se retrouvent dans les langues africaines : &lt;i&gt;sakrament&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kommeneyon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;mes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;engeles&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;especies&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;gratsia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;armozen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;waine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;trinitas&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;person&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hablas&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;firmus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hostia&lt;/i&gt;&#8230; Ces expressions sont tellement int&#233;gr&#233;es dans le langage courant qu'on a souvent tendance &#224; perdre de vue leur &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La transformation s&#233;mantique de concepts jadis utilis&#233;s dans la langue locale &#8211; pour d&#233;signer Dieu : &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ntondobe&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans bien des cas, la transformation s&#233;mantique s'est faite sans grande difficult&#233;. C'est le cas par exemple des vocables servant &#224; d&#233;signer Dieu. On remarque g&#233;n&#233;ralement que le missionnaire n'invente pas le concept fondamental pour d&#233;signer l'&#202;tre supr&#234;me : il le trouve dans le milieu ambiant. Son travail sera de donner un contenu chr&#233;tien &#224; une r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; connue. C'est le cas des mots &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ntondobe&lt;/i&gt; chez les Beti du Cameroun [&lt;a href='#nb4-5' class='spip_note' rel='footnote' title='D'o&#249; l'une des premi&#232;res questions du cat&#233;chisme : &#171; Qui est Dieu ? &#187; R&#233;ponse : (...)' id='nh4-5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le concept &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt; r&#233;sulte d'un questionnement de l'homme vis-&#224;-vis de l'univers. Il s'interroge : &lt;i&gt;Za&lt;/i&gt; (= &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; ?) + &lt;i&gt;Mba&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;m&lt;/i&gt; est un pr&#233;fixe de formation du substantif + &lt;i&gt;ba&lt;/i&gt;, le suffixe qui signifie &#171; cr&#233;er, forger &#187;). En &#233;wondo, le sens profond d'un mot r&#233;side dans son pr&#233;fixe ou radical. Ainsi, &lt;i&gt;ba&lt;/i&gt; signifie &#171; planter, fa&#231;onner, cr&#233;er &#187;. Donc &#171; &lt;i&gt;Za mba&lt;/i&gt; &#187; veut dire mot &#224; mot &#171; qui cr&#233;ateur ? [&lt;a href='#nb4-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Il faut remarquer que le terme &#171; Zamba &#187; subit un changement de signification (...)' id='nh4-6'&gt;6&lt;/a&gt;] &#187;. Pierre Mvi&#233;na propose par ailleurs une autre fa&#231;on de d&#233;composer ce mot &#171; &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Za ambaa&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; &#171; qui a toujours exist&#233; ? &#187;. Ici, &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt; d&#233;signe &#171; celui qui a toujours &#233;t&#233; ce qu'il est et le restera toujours &#187; [&lt;a href='#nb4-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pierre MVI&#201;NA, Univers culturel et religieux du peuple beti, Yaound&#233;, (...)' id='nh4-7'&gt;7&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il en est de m&#234;me du mot &lt;i&gt;Ntondo-&#214;be&lt;/i&gt; (le Dieu-Providence), form&#233; par le pr&#233;fixe &lt;i&gt;N&lt;/i&gt; et le verbe &lt;i&gt;tondo&lt;/i&gt; qui veut dire &#171; &#233;tayer, soutenir &#187;. &lt;i&gt;Ntondo&lt;/i&gt; veut dire &#171; celui qui soutient &#187; (ce mot ne s'applique qu'&#224; Dieu). D'o&#249; &lt;i&gt;Ntondo-&#214;be&lt;/i&gt; signifie : &#171; Dieu-Tuteur de l'&#339;uvre &#233;l&#233;gante sortie de ses mains &#187; [&lt;a href='#nb4-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 83.' id='nh4-8'&gt;8&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conclusion : la traduction pendant la p&#233;riode missionnaire appara&#238;t comme une &#339;uvre qui am&#232;ne le missionnaire &#224; s'interroger sur l'ad&#233;quation de certains concepts &#224; la r&#233;alit&#233; de la culture ambiante. L'int&#233;gration presque facile des concepts pour d&#233;signer l'&#202;tre premier (&lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ntondobe&lt;/i&gt;) tranche avec la r&#233;ticence qu'on observe par rapport &#224; d'autres concepts (&lt;i&gt;nkug&lt;/i&gt;). Cela montre non seulement que tous les mots n'ont pas la m&#234;me plasticit&#233;, mais aussi que la traduction est le r&#233;sultat d'un consensus entre plusieurs acteurs. Il faut tenir compte des diff&#233;rences de r&#233;f&#233;rences symboliques entre les cultures. L'&#339;uvre de traduction n'est pas un diktat du traducteur. Elle implique une dimension de r&#233;ception et d'int&#233;gration de la traduction par le peuple. Il y a l&#224; un vaste champ de recherche pour tous ceux qui voudraient s'aventurer dans cet univers culturel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Il est important de noter que j'appartiens personnellement &#224; cette jeune g&#233;n&#233;ration d'Africains qui apprennent le fran&#231;ais ou l'anglais en m&#234;me temps que leur langue maternelle. Par cons&#233;quent, le choc de la traduction ne r&#233;sonne pas de la m&#234;me mani&#232;re que pour la g&#233;n&#233;ration de ceux qui ont connu les premi&#232;res traductions et la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer de nouveaux concepts dans leur langage ordinaire. J'essaierai donc de me situer dans l'un ou l'autre cas. Mon t&#233;moignage na&#238;t surtout au creuset de l'histoire missionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-2' id='nb4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. Philippe LABURTHE-TOLRA, &lt;i&gt;Vers la Lumi&#232;re ? ou le D&#233;sir d'Ariel : &#192; propos des Beti du Cameroun, Sociologie de la conversion&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 1999, p. 240.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-3' id='nb4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 242.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-4' id='nb4-4' class='spip_note' title='Notes 4-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; L'introduction des chants en langues locales et des instruments traditionnels est frein&#233;e par la volont&#233; des chr&#233;tiens beti de se d&#233;marquer de la culture locale et de para&#238;tre &#171; plus &#233;volu&#233;s &#187;. Ils sont visc&#233;ralement attach&#233;s au chant gr&#233;gorien. Et au sein de la communaut&#233; chr&#233;tienne d'une station missionnaire, faire partie de la &lt;i&gt;schola cantorum&lt;/i&gt; est une marque de prestige social. Ils tol&#232;rent tout au plus la transcription des cantiques allemands en &#233;wondo, tout en gardant la tonalit&#233; originelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-5' id='nb4-5' class='spip_note' title='Notes 4-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; D'o&#249; l'une des premi&#232;res questions du cat&#233;chisme : &#171; Qui est Dieu ? &#187; R&#233;ponse : &#171; Dieu est un pur esprit, infiniment parfait, cr&#233;ateur de tout&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-6' id='nb4-6' class='spip_note' title='Notes 4-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Il faut remarquer que le terme &#171; &lt;i&gt;Zamba&lt;/i&gt; &#187; subit un changement de signification dans le christianisme. Dans la tradition, si ce terme d&#233;signe le cr&#233;ateur, le fabricant du monde, en revanche il ne d&#233;signe pas le Seigneur dont tout d&#233;pend et que les humains adorent, avec tous les attributs que le christianisme lui donne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-7' id='nb4-7' class='spip_note' title='Notes 4-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Cf. Pierre MVI&#201;NA, &lt;i&gt;Univers culturel et religieux du peuple beti&lt;/i&gt;, Yaound&#233;, Saint-Paul, 1970, p. 73. On remarque que cette nouvelle interpr&#233;tation trahit l'arri&#232;re-fond biblique avec lequel Pierre Mvi&#233;na lit l'univers religieux beti ! Il y a manifestement, dans cette traduction, une influence de la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne du buisson ardent !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-8' id='nb4-8' class='spip_note' title='Notes 4-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 83.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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