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Dernière mise à jour : 12 janvier 2007 |
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Une parole pour un cinquantenaireRevisiter les tâches d’un institut de liturgie
Éminence,
1 Introduction : Une parole pour un cinquantenaireAu terme de ce colloque, [1] la tâche qui m’incombe en tant qu’actuel directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie, aurait pu être pensée comme une sorte de synthèse de nos rencontres, mais cela m’est apparu à la fois prématuré et surtout au-dessus de mes forces. En préparant le colloque et en situant cette intervention en fin de parcours, il m’a semblé plus opportun d’essayer d’accueillir ce que ces 50 ans d’histoire ont fait de l’ISL. Le titre donné à l’exposé : « Une parole pour un cinquantenaire » manifeste clairement le propos. Il s’agira d’une réflexion sur la responsabilité propre d’un institut de liturgie à l’égard de la vie de l’Église alors que nous approchons du cinquantenaire de la convocation du Concile Vatican II et que nous faisons mémoire également du Congrès d’Assise de septembre 1956. Je vous l’offre spécialement, Éminence, ayant été particulièrement touché par les paroles fortes d’encouragement que vous avez adressées à l’Institut lors de votre intervention de jeudi dernier. En d’autres termes, en posant un acte de célébration universitaire, il s’agit de désigner la tradition intellectuelle qui guide la vie de l’Institut : car sans s’appuyer sur cette lame de fond, nous risquerions d’être ballottés par les événements et les évolutions des sensibilités, voire, ce qu’à Dieu ne plaise, par des formes d’attrait pour des modes, en risquant ainsi de se voir « exposés à tous vents de doctrine. » Or la relation étroite entre la foi et la liturgie, si fortement soulignée jadis par saint Pie X dans son Catéchisme, et à sa suite par tout le Mouvement Liturgique du XXe siècle, interdit de séparer la considération des pratiques liturgiques, celles du passé et celles d’aujourd’hui, la réflexion théologique et enfin la formation en ce domaine. Un tel projet invite à la modestie : il s’agit simplement d’apporter une pierre à un édifice que d’autres ont construit - et notamment nos fondateurs, Dom Bernard Botte et à sa suite le P. Pierre-Marie Gy. Et cette pierre ajoutée à l’édifice est destinée à faire vivre l’héritage et à le transmettre à notre tour. L’usage de la première personne du pluriel n’est pas ici dicté par un souci de convenance, mais il entend signifier qu’un institut est un corps composé d’enseignants et d’étudiants, qu’il vit à l’intérieur et plus encore en symbiose avec une faculté de théologie et que par conséquent cette parole tente de traduire une aventure collective. Or parce que la liturgie est « sommet et source de la vie de l’Église » (SC 10), sa pratique et son enseignement ne peuvent sans risques pour la vie du peuple chrétien devenir un lieu de remises en question ou un objet de débats mal engagés. Si le monde contemporain croit, parfois avec une certaine naïveté, faire de l’inédit, le liturgiste sait que la nouveauté en ce domaine sort d’une longue familiarité avec le passé. C’est là que le n. 23 de Sacrosanctum Concilium en posant les exigences de la réforme qui allait être faite, demeure un repère très éclairant pour toute recherche et une sorte de programme pour un institut de liturgie : « Afin, dit le Concile, que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la plus récente restauration liturgique (on faisait allusion à la réforme de la semaine sainte en 55-56) et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » [2] 1.1 Revisiter les tâches d’un institut de liturgieLe sous-titre de notre exposé « revisiter les tâches d’un institut de liturgie » désigne donc le projet concret de cette communication : tenter de définir ce que réclame l’heure où nous sommes. Si ce colloque a été placé sous le titre « entre recherche et pastorale », c’est bien parce qu’une conviction de fond l’anime : la liturgie est toujours neuve, non évidemment parce qu’on prétendrait la reconstruire continuellement, mais parce qu’elle s’enracine dans la Parole, qu’elle procède du grand geste divin de l’Alliance que Dieu propose à l’humanité. Dès lors, parce que cette Parole rencontre les hommes dans des situations toujours nouvelles, la liturgie est sans cesse renouvelée non tant dans ses formes que dans le mystère nuptial qu’elle instaure entre Dieu et son peuple. La dialectique de l’ancien et du nouveau y joue par conséquent un jeu spécifique : la nouveauté est celle que l’Esprit suscite dans la rencontre entre un rite et une assemblée convoquée pour la louange, le sacrifice et l’intercession. Ce qui vaut de la liturgie elle-même vaut aussi, à sa manière, pour l’enseignement de la liturgie. Ici il convient de rappeler l’homélie du P. Gy lors du congrès de la Societas Liturgica de Paris en septembre 1981 parce que dans ce texte lumineux, le P. Gy faisait le lien entre la célébration de la liturgie qui est première et son enseignement qui revêt un caractère spécifique en raison même de la nature propre de son objet : « Le liturgiste, soulignait le P. Gy, est d’abord un liturge, c’est-à-dire quelqu’un qui croit et qui célèbre au milieu de l’Ecclesia, in medio Ecclesiae, et son étude est comme intérieure à son activité célébrante, intérieure à la célébration de l’Église dans laquelle il est engagé. La liturgie comme savoir chrétien, c’est la célébration réfléchissant sur son propre sens. » [3] Ce disant, le P. Gy posait la relation entre la vocation universelle de liturge, qui est le propre de tout fidèle ayant reçu les sacrements de l’initiation chrétienne, et la vocation particulière du liturgiste et a fortiori celle d’un institut, qui consiste à être dans l’Église et pour l’Église, au service de la réflexion sur cet agir qui l’édifie comme Église du Christ. 1.2 La logique d’un colloqueIl est possible à ce propos de faire le lien entre ces perspectives et la logique qui a présidé à la préparation de ce colloque : parce que les manières de faire sont révélatrices des convictions les plus profondes, je crois utile de souligner les accents de notre démarche. C’est bien pour traduire l’idée du lien entre un institut de liturgie et le service ecclésial que la parole est revenue en premier lieu à la hiérarchie de l’Église. Et c’est avec la même logique, en pensant l’acte théologique comme acte second et en même temps comme instance décisive de discernement, que le vendredi matin fut consacré à dessiner certains axes de la recherche, et le vendredi après-midi, à présenter dans le cadre d’un travail collectif, une large série de chantiers pastoraux éclairés par la recherche fondamentale en science liturgique. Et ce matin, en revenant à ce que peut être la formation liturgique aujourd’hui, il s’agit bien de chercher les conditions pour que la formation théologique et pastorale soit vraiment un service de l’Église de ce temps, avec la complexité croissante des situations que celle-ci doit affronter en une période de mondialisation accélérée. Le caractère international et œcuménique des intervenants à ce colloque, un aspect qui renvoie à la dimension internationale du public étudiant de l’ISL, avait pour visée de manifester cette complexité qui invite à chercher comment la liturgie honore les diversités et en même temps appelle et construit l’unité. Au-delà de ce rappel de la logique de ce colloque et qui justifie le titre de cette communication, je voudrais maintenant présenter certains aspects de la vocation d’un institut de liturgie au début du 21e siècle. Pour cela, je procéderai en trois temps. En premier lieu, je voudrais relire devant vous un texte fondateur de l’ISL, un document non daté, écrit par Dom Botte et qui se trouve déposé aux archives de l’Institut Catholique de Paris. Ce texte a été écrit à l’occasion des discussions menées en septembre - octobre 1959 avec le Cardinal Pizzardo alors préfet de la Congrégation des séminaires et Universités, en vue de la reconnaissance académique de l’Institut par les autorités romaines. Il exprime donc l’intuition initiale parvenue à son stade de maturation après déjà un premier temps d’expérimentation. Il commence par un paragraphe que je cite d’emblée parce qu’il montre à l’évidence la continuité entre ce texte fondateur et le projet du colloque : « L’Institut Supérieur de Liturgie de Paris, fondé en 1956, écrit Dom Botte, est entré dans sa quatrième année d’existence et va achever ainsi son deuxième cycle de cours. Je rappelle qu’il a été créé grâce à l’initiative du Centre de Pastorale Liturgique de Paris et de l’Abbaye du Mont César, sous le Patronage de Son Excellence Monseigneur Martin, Archevêque de Rouen et Président de la Commission de Pastorale et de Liturgie de l’Episcopat français. Il a été agréé par l’Institut Catholique de Paris et annexé à la Faculté de Théologie. » [4] Cette relecture d’un texte fondateur conduira dans un deuxième temps à essayer de dégager quelques repères quant à la formation en liturgie alors que nous sommes, à certains égards au moins, bien loin de l’époque des fondateurs. Enfin, reprenant une homélie du Saint Père Benoît XVI prononcée début octobre devant la Commission théologique internationale (CTI), je voudrais en mode conclusif, exprimer ce qui est à mes yeux, l’âme du service de l’Église à travers les études liturgiques, l’âme aussi d’une pastorale qui vise la promotion de ce que Dom Lambert Beauduin a désigné avec bonheur comme la « piété de l’Église. » [5] Les études et la pastorale en liturgie ne peuvent qu’être polarisées par le souci de la vie spirituelle du peuple de Dieu, une tâche dont l’horizon est profondément théologal puisqu’il s’agit de conduire à la glorification du Dieu trinitaire révélé en Jésus Christ et manifesté dans le mystère pascal. 2 Relire un texte fondateurLe texte de Dom Botte présente l’Institut dans le cadre du dossier remis à la Congrégation des séminaires et des universités en vue de sa reconnaissance académique. Cependant dans ce document à caractère programmatique, Dom Botte ne se limite pas à manifester une structure d’enseignement mais il en exprime aussi la visée profonde. Dans ses mémoires, Dom Botte s’est expliqué sur le contexte institutionnel délicat dans lequel il se trouvait à ce moment-là, et que l’on peut qualifier de crise. [6] Pour asseoir solidement le nouvel institut qui se trouve encore dans la période fragile des commencements, le fondateur de l’ISL a le souci de se démarquer du Centre de Pastorale Liturgique fondé en 1943 dans le sillage du mouvement liturgique. Cette volonté de creuser la distance le conduit à souligner, de manière un peu forcée à nos yeux, l’opposition entre recherche et pastorale : « L’Institut, dit-il, a pour objet la liturgie et non la pastorale. Ce n’est pas arbitrairement que nous avons évité le titre de « pastorale liturgique » qui n’aurait pas répondu à notre but (…) Il serait donc tout à fait faux de se figurer l’Institut comme une sorte de laboratoire où l’on fabrique des solutions pour la pastorale liturgique. Ce serait sortir de notre domaine de compétence. (…) Nous entendons nous en tenir à notre domaine : l’étude scientifique de la liturgie. » L’affaire semble donc entendue : le scientifique, parfois quelque peu ombrageux, qui préside à la fondation de l’ISL entend bien marquer les responsabilités propres de chacun. Mais si l’on est attentif au texte, on s’aperçoit que ces formules tranchantes qui semblent trahir une sorte de disjonction entre recherche et pastorale, cachent en réalité un grand souci d’articulation entre les deux domaines, et cela précisément dans la perspective du service de l’Église. Ceci apparaît de manière lumineuse dans un passage très significatif : « Cela n’implique aucune désaffection vis-à-vis de la pastorale, et nous espérons pouvoir servir indirectement ceux qui travaillent dans ce domaine. Mais il faut que chacun soit à sa place, et on ne doit pas mettre la charrue devant les bœufs. (…) Nous espérons que nos élèves (…), pourront aider efficacement leurs évêques selon les directives du Saint-Siège, dans le domaine de la pastorale. Mais notre devise est : formation d’abord ! » Derrière ces affirmations se tiennent plusieurs présupposés qu’il convient de mettre à jour si l’on veut entrer dans cet héritage sans jugement ni récupération fallacieuse de quelques slogans. C’est lorsque Dom Botte présente ce que doit être un formateur en liturgie qu’il manifeste au mieux le cadre épistémologique de la recherche en liturgie telle qu’il la conçoit : « Qu’attend-on d’un professeur de liturgie ? Qu’il soit capable avant tout d’expliquer le sens des textes et des rites. Pour expliquer, il faut d’abord comprendre par soi-même le sens littéral des textes (…) Il doit pour cela connaître les sources liturgiques et, au besoin, en faire la critique. Il ne peut se contenter de faire des considérations pieuses à propos des textes liturgiques ou à côté d’eux. Il doit faire découvrir à son auditoire les richesses qui s’y trouvent, et ce n’est possible que par un contact personnel assidu avec les sources. Il doit aussi donner le sens des rites et des institutions. » Pour Dom Botte, l’étude de la liturgie est donc d’abord et avant tout une étude des sources et l’enseignement doit viser une solide formation méthodologique en vue d’un accès direct à ces sources. L’enjeu est de taille à ses yeux et il le situe précisément à l’articulation de la recherche théologique et de l’action pastorale. Ce philologue de formation qui attachait tant d’importance à l’étude des textes, savait qu’en matière de liturgie, nous nous trouvons sur le terrain des pratiques. Aujourd’hui, grâce à l’immense travail réalisé par les anthropologues du culte chrétien et notamment Jean-Yves Hameline, grâce aussi, même si c’est encore à ses débuts, mais des débuts pleins de promesses, à la mise en place d’une structure de collaboration entre plusieurs organismes de la faculté qui s’intéressent aux pratiques chrétiennes, nous sommes plus sensibles au fait qu’une pratique est toujours globale. Il est difficile de traiter de liturgie sans tomber dans des discours réducteurs, qui par exemple, isolent les textes de leur contexte rituel ou encore qui séparent les dimensions théologique et anthropologique. En tant que pratique totale, la liturgie requiert une approche multiple dans le but de manifester que le mystère qui l’habite rejoint l’homme dans toutes ses dimensions. En maître et pédagogue, Dom Botte soulignait que la formation doit rendre l’étudiant capable d’étudier par lui-même les problèmes qui lui sont soumis, car « les solutions des problèmes pratiques sont toujours soumises à des contingences de temps et de lieu » et par conséquent, il n’y a pas de solutions « passe partout. » En définitive, l’étude de la tradition et la formation à une intelligence des textes et des rites, deux réalités fondamentales aux yeux de Dom Botte, sont au service de la capacité des liturgistes formés à faire face à la diversité et à la complexité des réalités pastorales. C’est pourquoi la recherche doit conduire à mettre à jour les structures et les dynamismes de la pratique liturgique pour que cet ajustement permanent puisse reposer sur des bases solides. De cette réflexion, nous pouvons retenir une conséquence toujours actuelle. C’est à la mise en œuvre avec intelligence et fidélité des livres liturgiques que vise une formation liturgique. Et cette intelligence prend sa source dans une connaissance approfondie de ce que l’on peut appeler l’épaisseur de la tradition mais aussi la largeur de l’anthropologie des rites. Cette tâche, à laquelle doit se consacrer également l’action pastorale, est permanente comme le soulignait Jean-Paul II dans la lettre pour le 25e anniversaire de Sacrosanctum Concilium. [7] Il s’agit donc de permettre à nos contemporains, en tenant compte des repères culturels qui sont les leurs, de découvrir la richesse des institutions liturgiques dont nous avons héritées de la tradition à travers l’œuvre de Vatican II. C’est donc à la mise en place des fondements théologiques que doit se consacrer le travail des liturgistes, en ne quittant jamais le double horizon de la tradition de l’Église et des conditions actuelles de la société contemporaine dans laquelle s’exerce la mission de l’Église. Il en va de la catholicité de l’Église puisque c’est en rencontrant des peuples et des cultures différentes que jaillit sans cesse la nouveauté toujours actualisée de la Tradition et de la foi apostolique. Et c’est au nom de ce que l’on désignera plus tard à partir de la notion d’« inculturation », une notion qui requiert encore et toujours, un grand effort d’élaboration et de discernement, pour ne pas devenir un slogan, que Dom Botte justifie son refus des solutions « passe partout » : les « problèmes, dit-il, sont autres dans les missions, autres en Europe ou en Amérique » et « rien ne serait plus dangereux que d’appliquer à un pays des solutions qui sont bonnes pour un autre. » Il me semble évident cinquante ans après, que les options de Dom Botte témoignent d’une grande ampleur de vue et correspondent à une vision anticipatrice des besoins de formation. Mais parce que la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce début du 3e millénaire a été profondément transformée, ce projet requiert une actualisation afin de tenir compte de ces évolutions. C’est ce qui nous mobilisera dans la deuxième partie de cet exposé. 3 Former en liturgie au temps de la mondialisation et de la crise de la transmissionBeaucoup de formateurs aujourd’hui et pas seulement en liturgie s’interrogent sur leur responsabilité et sur la tâche à laquelle ils sont appelés. La lettre au Catholiques de France de 1996 a mis en lumière l’arrière-fond qui préside à cette perplexité et qu’elle désigne sous le thème de la « crise généralisée de la transmission. » [8] La liturgie qui est à la fois une pratique et un art, se transmettant si j’ose dire corporellement par l’usage et la répétition, est bien sûr touchée de plein fouet par cette crise de la transmission. La formation en liturgie doit donc trouver de nouveaux repères pour faire face à un monde qui n’est plus celui du milieu du XXe siècle. Dès lors, l’heure est à la recherche d’une sagesse de la formation dans un temps de mutations rapides. C’est souvent sur des questions très concrètes que se manifestent avec le plus d’intensité les défis de l’acte de formation dans ce temps de crise de la transmission. Je cite quelques exemples de questions soulevées récemment lors d’une rencontre de formateurs : « Comment trouver la place de son corps dans la célébration ? Comment prier sans imposer sa sensibilité ? Comment développer des capacités d’adaptation aux publics divers ? » La crise de la transmission nous empêche de nous contenter de vouloir expliquer les textes et les rites. La question est désormais celle de notre capacité à initier à la liturgie et plus encore d’initier par la liturgie, je veux dire ici entrer dans le mystère de la foi de l’Église, par le chemin de la vie liturgique. Plus encore, Dom Botte réfléchissait encore dans le contexte de stabilité rituelle qui a marqué l’Église Catholique depuis le Concile de Trente, même s’il ne faut jamais sous-estimer les multiples transformations qui eurent lieu, notamment en France, durant la période moderne, transformations dont le combat de Dom Guéranger pour le retour des églises de France à la liturgie romaine ne fut pas le moindre des moteurs. [9] Pour reprendre la formule du professeur Douglas Martis qui a fait sa thèse sur le fondateur de l’ISL, [10] sa méthode « d’exégèse liturgique » correspondait bien à une époque où à l’instar d’un exégète comme le P. Lagrange que Dom Botte donne comme modèle, le liturgiste devait déployer le sens des textes et les rites. Ce paradigme explicatif hérité d’un Concile de Trente qui demandait aux pasteurs d’expliquer la liturgie aux fidèles et dont l’Explication de la messe de Bossuet est un des exemples les plus remarquables, [11] n’est pas suffisant pour faire face aux nouvelles requêtes que la crise de la transmission dans un temps de mondialisation rapide impose à la formation liturgique. La responsabilité actuelle des formateurs se trouve dans la nécessité de rendre accessible à nos contemporains, non seulement les textes et les rites, ce qui n’est déjà pas simple, mais l’expérience de la liturgie elle-même. Et cela pour répondre à une double requête qui traverse nos sociétés au moins en Occident, celle de fournir des chemins d’identité et d’expérience à la fois humainement crédibles et spirituellement fécondes. La tâche du formateur en liturgie est donc de nos jours beaucoup plus complexe et cela d’autant plus que la vie liturgique est prise en tension entre des mouvements contradictoires tendant les uns aux particularismes et les autres à l’uniformisation. Je ne pense pas que nous ayons trouvé les moyens pour parvenir à avancer sur ces chemins difficiles, mais le fait d’identifier les questions est une première étape importante. 3.1 La liturgie comme expérience et proposition de la foi dans un monde éclatéParce que la liturgie suscite les expériences croyantes qui font l’Église, elle est le lieu où se conjuguent, dans un même mouvement, la dimension personnelle de la confession de foi qui fait dire « je crois », et la dimension collective qui fait vivre un corps animé par l’Esprit et tourné avec le Fils vers le Père en disant : « Notre Père… Donne-nous… » À un monde éclaté et traversé par tant de questions et de contradictions, elle propose donc une identité relationnelle qui édifie les personnes et les communautés en inscrivant dans une tradition. En effet, on ne fabrique pas la liturgie, mais on y « entre », c’est-à-dire qu’elle se reçoit comme un agir qui porte une précédence. Mais en accueillant cet agir qui s’origine jusque dans l’Ancien Testament et même dans le fonds des religions de l’humanité, il redevient contemporain et se trouve projeté dans le monde qui est le nôtre. L’inculturation de la liturgie ne peut se jouer de l’extérieur par la recherche fébrile d’éléments de la culture moderne que l’on pourrait intégrer dans les vieilles outres de la tradition. Elle se joue de l’intérieur comme une genèse sans cesse renouvelée. Ainsi la liturgie est-elle toujours neuve car elle est le lieu d’une rencontre entre la précédence du rite et la disponibilité de celui qui accepte de se laisser façonner par lui. Ceci n’est pas nouveau et c’est ainsi que la tradition liturgique s’est forgée peu à peu dans son irréductible pluralité. La rencontre entre le donné de la foi et les diverses cultures a forgé des rites. La présence de l’archimandrite Job Getcha, ce matin, est là pour nous rappeler qu’en liturgie, il y aura toujours pluralité de rites et d’expressions. L’étude de la liturgie en notre temps ne peut se passer d’un engagement œcuménique décisif. Mais la diversité des pratiques est plus difficile à réguler lorsque la circulation immédiate de l’information tend à l’unification des modes de vie. Grâce à internet, on accède aujourd’hui directement à des propositions liturgiques émanant de communautés autrichiennes ou québécoises mais aussi à la troisième édition de la Présentation Générale du Missel Romain qui entrera en vigueur en France lorsque la traduction en aura été approuvée par la Congrégation pour le Culte divin. [12] Il est impossible aujourd’hui, même pour des équipes de spécialistes, de maîtriser une masse énorme de documentation à laquelle des millions de personnes accèdent d’un simple clic sur un ordinateur, sans avoir toujours les repères nécessaires pour en vérifier la provenance et la qualité. Ainsi, grâce à certains portails ou à des moteurs de recherches, l’internaute peut aussi bien lire les homélies d’un curé ou d’un pasteur protestant, le compte-rendu d’une réunion d’équipe liturgique ou les orientations en pastorale sacramentelle proposées par un évêque diocésain. Ce régime de communication généralisée où toutes les questions peuvent être abordées et débattues pose de réels problèmes à la régulation des croyances et suscite des questions majeures quand on considère les pratiques. En effet si une conception réductrice de la tolérance conduit à accepter que « chacun pense ce qu’il veut », quand il s’agit de pratiques liturgiques communautaires ou même de pratiques rituelles individuelles mais publiques, il est impossible, si l’on veut assurer la possibilité d’un vivre ensemble, d’esquiver la question d’une instance de régulation. C’est là que se joue l’importance pour une formation en liturgie du rapport ecclésiologie et liturgie, ce qui passe aussi par une prise au sérieux du droit canonique. Au regard de vingt siècles d’histoire, il s’agit là d’une situation tout à fait nouvelle pour la liturgie dont nous n’avons pas encore eu le temps de prendre la mesure. Pendant des siècles, les usages liturgiques se sont transmis comme une tradition vivante à l’intérieur d’un espace géographique. La liturgie était celle d’un lieu ou d’une Église particulière et cela même si, à certains moments, il y eut des processus d’unification, qui, par exemple sous Charlemagne, ont été dictés par des motifs qui étaient inséparablement politiques et religieux. Dans l’Église Catholique Romaine, cette diversité des usages avait certes été progressivement réduite par un mouvement d’uniformisation qui a son apogée au tournant entre le XIXe et le XXe siècle, un mouvement que le n. 37 de la Constitution sur la liturgie sur le respect de l’Église pour les qualités des divers peuples semble reconsidérer dans le cadre d’une nouvelle vision de la mission universelle de l’Église : « L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique : bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe ; tout ce qui, dans leurs mœurs, n’est pas indissolublement solidaire de superstitions et d’erreurs, elle l’apprécie avec bienveillance et, si elle peut, elle en assure la parfaite conservation ; qui plus est, elle l’admet parfois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela s’harmonise avec les principes d’un véritable et authentique esprit liturgique. » Au nom de cette « adaptation » à la diversité des assemblées, des régions et des peuples, [13] le Concile a ouvert la porte à une nouvelle manière de vivre unité et diversité. Il laissait aux églises particulières et aux communautés chrétiennes des possibilités pour manifester les potentialités des cultures et des groupes. Il en est résulté un certain éclatement qui trouve parfois difficilement le chemin de l’harmonie. Mais ce processus a certainement favorisé une conscience plus vive de la catholicité, et que façonnent, surtout chez les plus jeunes, la participation aux grands rassemblements ou encore la découverte au cours de leurs voyages, de la vie liturgique dans d’autres continents (on peut penser ici aux assemblées africaines si joyeuses et vivantes.) Mais cette diversité retrouvée des usages liturgiques qui peut être vécue sans difficulté lorsque l’on est profondément enraciné dans une terre ou une tradition, devient plus difficile à vivre lorsque la fragilisation des identités renforcée par le régime de la communication généralisée semble mettre en question la vérité des usages particuliers ou le bien-fondé des traditions particulières. Parce que les symboles religieux sont désormais disponibles sur l’agora mondiale, la liturgie redevient un enjeu majeur pour l’Église. C’est ce que Vatican II avait pressenti en soulignant au début de la Constitution sur la liturgie, la dimension épiphanique du culte, [14] un aspect particulièrement mis en évidence par les grandes célébrations liturgiques. Face à ces tensions que l’on ne peut ni vouloir ignorer, ni résoudre par une politique autoritaire ou volontariste, c’est une prise en compte de l’ensemble de la tradition qui devrait conduire à s’éloigner de deux excès antinomiques :
En réalité la liturgie pourrait rappeler que le particulier et l’universel ne sont opposés que si l’on en fait des catégories abstraites. Car comme pratique, la liturgie est une action qui nous fait accéder à l’universalité en nous inscrivant précisément dans la plus forte particularité. Il n’y a jamais deux assemblées ni deux messes identiques, et pourtant en célébrant l’eucharistie, nous avons accès à ce qui est le plus universel, le cœur de la foi chrétienne, ce qui unit le peuple de Dieu dans l’espace et dans le temps, à savoir l’action de grâces de l’Église qui offre sans cesse au Père le sacrifice du Christ offert une fois pour toutes sur la croix. Or on sait depuis Irénée que ce sacrifice rejoint le désir humain le plus universel : « Ce n’est pas qu’il (Dieu) ait besoin de notre sacrifice, mais celui qui offre est lui-même glorifié en ce qu’il offre. » [15] 3.2 Trois modèles pour comprendre l’acte de formationÀ la lumière de cette désignation du présent, et afin d’essayer de mettre un peu d’ordre dans la réflexion, je voudrais proposer une typologie comprenant trois grandes attitudes possibles en matière de formation. Cette typologie entend éclairer le champ de l’acte de formation dans le temps dont je viens d’essayer de mettre en lumière certaines caractéristiques. 1) La première attitude consiste en une forme d’apologétique de la réforme de Vatican II qui tendrait à en manifester la pertinence et la nécessité, ce qui conduit parfois à une critique des pratiques antérieures. Le risque d’une telle posture est que la fréquente confusion entre liturgie vécue et liturgie prescrite, rend suspecte la valorisation des institutions liturgiques héritées de la réforme au nom des défaillances constatées dans leur mise en œuvre. On le sait trop bien, l’expérience vient protester contre une vision idéalisée des bénéfices de la réforme : des pratiques liturgiques qui se réclament de Vatican II ne sont pas forcément conformes à ce qu’est la liturgie réformée. Cette attitude de promotion de la réforme fut pour une part, et de manière bien compréhensible, celle des grands acteurs de la réforme liturgique, notamment Mgr Martimort, Mgr Jounel ou encore le P. Gy. [16] Leur attachement à une œuvre dont ils savaient mieux que nous, qu’elle était improbable quelques années auparavant, n’était pas seulement dicté par la volonté de défendre une cause. Ils ont voulu servir l’Église et ils ont vu que le travail réalisé non sans les obscurs cheminements des débats entre humains, n’était pas leur œuvre, mais aussi celle de l’Esprit Saint agissant dans l’Église. Par respect pour la mémoire de ces serviteurs de l’Église, pour le travail qu’ils ont effectué avec tant de science et de dévouement, il faut rappeler que la réforme liturgique fut une œuvre d’Église et qu’elle a été voulue et contrôlée par le magistère notamment Paul VI mais aussi Jean Paul II et avant déjà par Pie XII. 2) La deuxième attitude consiste à promouvoir une critique de la réforme et parfois à défendre l’idée d’une « réforme de la réforme. » [17] Ce type de position se revendique parfois des écrits du Cardinal Ratzinger devenu depuis le Saint Père Benoît XVI. [18] Elles prennent souvent appui sur les erreurs ou défaillances des acteurs liturgiques en faisant parfois une utilisation large et peut-être excessive de la notion d’abus Il me paraît essentiel de rappeler que la liturgie est un art spirituel, un lieu où la grâce se fait miséricorde pour nos défauts, et donc une pratique dans laquelle nous sommes tous et toujours des débutants, qui doivent se tenir à distance d’une quête de performance. Sur ce point, le travail historique est décisif. Il s’agit de faire non seulement une histoire des institutions liturgiques et de leurs évolutions, mais surtout une histoire des pratiques comme l’a fait par exemple le Professeur R. Taft lors du colloque du 40e anniversaire de l’ISL. [19] En effet, c’est l’histoire des pratiques qui manifeste combien la liturgie fut à chaque époque une tâche difficile, un combat sans cesse à reprendre et dans lequel les failles de nos réalisations peuvent être, si elles ne sont pas la marque du laisser-aller, l’ouverture à la grâce qui seule fait de nous des liturges qui plaisent à Dieu parce qu’ils se tournent vers Lui en répétant sans cesse « Dieu viens à mon aide… » 3) C’est vers une troisième attitude que j’essaie de m’orienter : elle consiste à prendre appui sur le Concile Vatican II et la réforme liturgique en les considérant comme un acte de Tradition, c’est-à-dire un acte de plus haut degré magistériel, qui ayant considéré à nouveaux frais le trésor bimillénaire de l’histoire de la liturgie, a voulu tirer de ce trésor, comme le scribe de l’Evangile, du neuf et de l’ancien, c’est-à-dire les vivres dont l’Église contemporaine avait besoin. Dès lors, nous pouvons nous considérer comme des héritiers de l’œuvre de Vatican II, reconnaissant dans ce Concile l’œuvre de l’Esprit Saint agissant dans l’Église. [20] Vatican II fut à ce titre un exercice de discernement ecclésial pratique : parler de discernement signifie qu’il y a eu débat - et l’existence du débat ne signifie pas que la réforme a été mal conduite mais au contraire qu’on a permis le débat pour faire la vérité. Le travail de la réforme a rendu concrètes les demandes faites sous le mode d’orientations et de principes que les pères conciliaires ont exprimées dans Sacrosanctum Concilium. La réforme liturgique fut donc à l’instar de celle qu’avait faite saint Pie V en son temps, une manière de faire un tri dans l’héritage. Ce tri qui s’est exprimé par des options, nous devons le tenir comme une norme de la formation, non seulement parce que c’est devenu la loi objective de l’Église à travers les livres liturgiques en usage, mais parce que ce travail réclame notre obéissance à l’Esprit Saint qui travaille au cœur de l’Église. Mais ce discernement théologique et pastoral qui a guidé l’œuvre de Vatican II sera d’autant mieux reçu et intégré par les nouvelles générations que la formation liturgique permettra de faire à nouveau le chemin qui a conduit à ces décisions. Ceci souligne l’importance de replonger aujourd’hui dans la préparation de Vatican II. Se situer ainsi ne signifie pas adopter une posture apologétique car le discernement effectué à une époque doit être ajusté lorsque les temps changent. En ouvrant à nouveau le champ des possibles, la réforme de Vatican II comme celles qui l’ont précédée, a montré qu’à chaque époque de son histoire, l’Église aura à faire ce travail pour que la liturgie rencontre vraiment les hommes au cours des temps. On ne doit pas oublier cependant qu’en matière de liturgie, on joue sur ce que les historiens appellent la « longue durée » et comme aimait le répéter le P. Gy, les changements de Vatican II ne porteront leurs fruits que lorsque plusieurs générations auront vécu de la liturgie renouvelée. 4 L’âme de la formation en liturgieLe formateur en liturgie doit être un formateur qui rappelle par son existence et surtout par sa manière d’être (plus encore que par son enseignement) que la liturgie est un art qui se déploie dans la grâce et qui s’exerce dans la fragilité, qu’elle l’a toujours été et que c’est ce qui fait son caractère le plus précieux. En ce domaine, on est dans l’ordre du « savoir être » et non du « savoir » y compris du « savoir faire » (même s’il y a une part de savoir faire en la matière.) Et le « savoir être » de l’enseignant de liturgie est plus important que son savoir en liturgie. Former en liturgie, c’est témoigner de l’humilité dans laquelle nous place l’action liturgique. « Nous ne savons pas prier comme il faut » … Nous ne « saurons » jamais célébrer. Dans un monde de la technologie, former au discernement théologique et pastoral est par conséquent une tâche primordiale et indispensable : la liturgie séparée de la réflexion théologique se transforme vite en technique qui peut devenir néfaste dans la mesure où elle n’est pas accompagnée d’un véritable respect des personnes et des communautés. Il y a ici une sagesse spirituelle qui préfère la charité et s’éloigne de l’exercice d’une volonté de puissance sur les personnes et les groupes. La vie liturgique et la science liturgique impliquent une réelle « démaîtrise » : pour dire notre confiance à Dieu, il convient d’accepter de se confier à l’acte lui-même en tant qu’il est prescrit par l’Église. Il s’agit aussi d’accepter que nos savoirs ne soient que des préalables car le don de Dieu dans la liturgie s’adresse aussi bien aux pauvres et aux petits (enfants, handicapés mentaux etc.) qu’aux liturgistes ! Liturgie, contemplation et silence C’est au Saint Père, Benoît XVI que je voudrais emprunter cette ultime réflexion. Dans une homélie adressée le 6 octobre dernier aux membres de la Commission théologique internationale, le Pape évoquait la belle figure de saint Bruno qui était fêté ce jour-là, en soulignant que la mission du fondateur des Chartreux « fut de silence et de contemplation… qui lui servirent à trouver une profonde union avec Dieu dans la dispersion de la vie quotidienne. » Ces propos de circonstances constituaient cependant, aux yeux de Benoît XVI, une sorte de définition de la vocation du théologien. Car c’est en s’appuyant sur cette figure monastique singulière, que Benoît XVI précise que la mission du théologien est « aujourd’hui comme hier, dans le bruit de la société et l’inflation des propos, de rendre présent les paroles essentielles. » Dès lors, la vocation d’un lieu de formation théologique, et plus encore celle d’un institut de liturgie, consiste à rendre possible cette présence des « paroles essentielles. » Dans la crise actuelle de la transmission, l’étude de la liturgie en lien étroit avec la pratique de la liturgie, renvoie à un approfondissement de la foi et de la vie spirituelle. L’itinéraire de cet approfondissement passe pas trois étapes décisives que notre exposé a permis d’identifier : l’initiation, la construction d’identités en relation et la recherche de moyens de régulation qui allient le respect des institutions liturgiques et des impulsions du magistère et en même temps le discernement responsable des acteurs sur le terrain. Il nous faut aller plus loin dans la question de savoir ce que la liturgie nous dit du mystère de Dieu, par quelles médiations elle fait accéder à la révélation, et de quelle écoute de la Parole de Dieu, elle est le lieu. De ce point de vue, la tâche de la science liturgique rejoint celle que doit accomplir la théologie systématique dans un destin commun que les circonstances et les conditions actuelles rendent de plus en plus urgente. Le Saint Père ajoutait en effet que cette tâche doit passer « par une purification de nos paroles, de celles du monde, et par le silence qui nous est nécessaire et qui devient contemplation, qui nous fait entrer dans le silence de Dieu pour arriver à la source même de la Parole rédemptrice. » Il y a dans ces propos quelque chose de fondamental pour les liturgistes, une attitude profonde que le Pape décrit ainsi : « Notre mode de penser et de parler devrait tendre à donner un espace d’écoute dans le monde à ce que Dieu dit. Nous sommes ainsi invités à renoncer à nos propres paroles, à nous engager dans la voie de la purification afin que nos propos ne soient que des instruments par lesquels Dieu parle, lui qui n’est en fait pas l’objet mais le sujet de la théologie. ». [21] Puissent ces paroles nous guider pour le travail des années à venir afin que nous devenions les serviteurs de la paix que Dieu accorde aux hommes de bonne volonté qui célèbrent son nom par toute leur vie. Éminence, je voudrais ajouter un dernier mot : au nom des enseignants et étudiants de l’Institut Supérieur de Liturgie, au nom de tous les participants de ce colloque, je voudrais vous dire notre profonde reconnaissance pour votre visite, vos paroles d’encouragements dans lesquelles nous reconnaissons le gage de votre sollicitude paternelle. Je voudrais vous faire une demande : veuillez transmettre de notre part au Saint Père l’assurance de notre dévouement et de notre affection filiale. Veuillez lui dire que nous voulons être « dans l’Église et pour l’Église » comme je l’ai écrit dans le livret liturgique et comme la présence de nombreux évêques l’a manifesté. Et je dois dire encore que beaucoup d’évêques de France, de Belgique et de Suisse m’ont écrit pour me dire leur communion et leurs encouragements et pour dire combien ils auraient aimé être là. Pour ne citer que deux noms, je voudrais nommer au moins le Cardinal Danneels, archevêque de Malines Bruxelles retenu par un grand rassemblement et Mgr René Marie Ehuzu qui devait prendre la parole jeudi dernier mais que des problèmes de santé ont empêché de se joindre à nous. Nous prions tous pour qu’il se rétablisse en vue du service de l’Église d’Abomey au Bénin. C’est parce que nous avons estime et affection pour nos évêques, et spécialement pour Mgr Le Gall et Mgr Gueneley ici présents, que nous voulons travailler dans la fidélité et l’obéissance au magistère, en vue d’aider l’Église à vivre de la liturgie. [1] Allocution de clôture du Colloque. [2] CONCILE VATICAN II, Constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, du 4 décembre 2003, sur site internet du Vatican, http://www.vatican.va. [3] P.-M. GY, La Liturgie dans l’histoire, Paris, Cerf/Saint-Paul, coll. « Liturgie », 1990, p. 322 ; homélie prononcée à l’occasion du 25e anniversaire de l’ISL. [4] Archives ICP, fonds ISL. [5] Dom L. BEAUDUIN, La piété de l’Église. Principes et faits, Louvain-Maredsous, Abbaye du Mont César - Abbaye de Maredsous, 1914 ; réédité sous le titre La Piété Liturgique. Principes et faits, Louvain, Mont César, 1922. [6] B. BOTTE, Le mouvement liturgique. Témoignages et souvenirs, Paris, Desclée, 1973 (2e éd. 1983), p. 126 sv. [7] JEAN-PAUL II, Lettre apostolique pour le 25e anniversaire de « Sacrosanctum Concilium », sur la sainte liturgie du 14 mai 1989, dans CENTRE NATIONAL DE PASTORALE LITURGIQUE, Renouveau liturgique, documents fondateurs, Paris, Cerf, coll. « Liturgie », 2003. [8] LES ÉVÊQUES DE FRANCE, Proposer la foi dans la société actuelle, Lettre aux Catholiques de France, rapport rédigé par Mgr C. DAGENS et adopté par l’assemblée plénière des évêques, Préface par Mgr L.-M. BILLÉ, Président de la Conférence, Paris, Cerf, coll. « Documents d’Église », 1997. [9] La question du chant ecclésiastique a également beaucoup influencé ces évolutions comme l’a montré récemment X. BISARO, dans Une nation de fidèles, L’Église et la liturgie parisienne au XVIIIe siècle, Turnhout, Brepols, coll. « Epitome musical », 2006. [10] D. MARTIS, « L’exégèse liturgique. La méthode de Bernard Botte », LMD 232, 2002, 109-147. [11] Cf. G. DROUIN, De l’assistance à la messe à la participation active, Fécondité d’une relecture de Bossuet, Mémoire de licence canonique de théologie, Institut Supérieur de Liturgie, juin 2006. [12] Institutio Generalis Missalis Romani, Tertia typica, 20 avril 2000, traduction provisoire sur site http://cnpl.cef.fr. [13] Cf. SC 38 : « Pourvu que soit sauvegardée l’unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions, même lorsqu’on révisera les livres liturgiques ; et il sera bon d’avoir ce principe devant les yeux pour aménager la structure des rites et établir les rubriques. » [14] Cf. SC 2 : « …la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption », contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. » [15] IRÉNÉE DE LYON, Adversus Haereses, IV,18,1, éd. A. ROUSSEAU, Paris, Cerf, 1984, (éd. fr. en un volume), p. 461. [16] Ceci conduisit le P. Gy à une interpellation forte du Cardinal Ratzinger (qui a demandé un droit de réponse) à la suite de la publication de l’Esprit de la liturgie : P.-M. GY, « L’esprit de la liturgie du Cardinal Ratzinger est-il fidèle au Concile, ou en réaction contre ? », LMD 229, 2002, p. 171-178 ; cf. la réponse du Cardinal Ratzinger dans LMD 230, p. 113-120. [17] Cf. en ce sens par exemple A. NICHOLS, op, Liturgie et modernité, Genève, Ad Solem, 1998, qui propose une critique brillante du mouvement liturgique et de la réforme de Vatican II. [18] Cf. le colloque de Fontgombault de 2001 avec la conférence du Cardinal Ratzinger : « La théologie de la liturgie » ou l’article de l’abbé Q. SAUVONNET sur site salve-regina.com. intitulé « La pensée de Benoît XVI sur la crise liturgique actuelle. » : « S’inspirant de Romano Guardini, pionnier du mouvement liturgique, le cardinal Ratzinger rappelait dans son livre Un Chant nouveau pour le Seigneur les trois dimensions ontologiques dans lesquelles se déploie la liturgie : le cosmos, l’histoire et le mystère. Si le cardinal a formulé des réserves sérieuses sur la réforme liturgique, c’est que ces aspects en sont absents. La nouvelle liturgie, en effet : a) n’est pas cosmique, étant limitée au groupe. b) Elle n’a pas d’histoire, puisqu’elle affirme son émancipation par rapport à toute donnée extrinsèque et à tout héritage. c) Elle ne connaît pas le mystère, tout s’y expliquant et devant être expliqué. » [19] R. TAFT, « L’apport des liturgies d’Orient à l’intelligence du culte chrétien », dans P. DE CLERCK, éd., La liturgie lieu théologique, (Institut Supérieur de Liturgie), Paris, Beauchesne, coll. Sciences théologiques et religieuses, 1999, p. 97-122. [20] Les analyses des courants traditionalistes qui contestent le Concile et les papes qui l’ont conduit, notamment Jean XXIII et Paul VI sont, à notre avis, irrecevables au nom même des principes qu’ils entendent défendre. [21] Texte publié par le bulletin du Vatican Information Service, VIS du 06.10.2006, XVIº année, n. 168, document diffusé par internet. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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