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Dernière mise à jour : janvier 2008 |
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Reprise théologique7 (2008 / 1) : 5 - 9.
Cette reprise théologique ne saurait prétendre récapituler l’apport des onze conférences que nous avons écoutées. Il s’agira plutôt de remarques articulées autour de trois thèmes, qui se sont dégagés dans le contexte de la Réforme et de la Contre-Réforme ; on sait que les historiens d’aujourd’hui soutiennent qu’il ne faut pas oublier, du côté catholique, un mouvement de réforme qui a précédé et accompagné l’effort de contre-réforme. La Parole, l’Écriture, la prédicationIl importe d’entendre d’abord un passage de l’épître aux Romains, dont le commentaire a conduit Luther à la découverte fondamentale de la justification par la foi. Paul vient d’évoquer la justice qui vient de la foi : « Que dit-elle donc ? Tout près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur (Dt 30, 14). Cette parole, c’est la parole de la foi que nous proclamons. Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. En effet, croire dans ton cœur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut. Car l’Écriture dit : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu (Ex 28, 16). Ainsi, il n’y a pas de différence entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé (Jl 2, 32). Or, comment l’invoqueraient-ils, sans avoir cru en lui ? Et comment croiraient-ils en lui, sans l’avoir entendu ? Et comment l’entendraient-ils, si personne ne le proclame ? Et comment le proclamer, sans être envoyé ? Aussi est-il écrit : Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles ! (Es 52, 7). Mais tous n’ont pas obéi à l’Évangile. Esaïe dit en effet : Qui a cru à notre prédication ? (Es 53, 1). Ainsi la foi vient de la prédication et la prédication, c’est l’annonce de la parole du Christ. » (Rm 10, 8-17). L’importance de la prédication a été relevée, et cela, bien avant la Réforme, puisque le 4e concile du Latran (1215) demande déjà des hommes capables de prêcher. Dès 1518, Luther publie ses sermons, persuadé qu’un temps nouveau commence avec l’ouverture de l’Évangile au peuple. Remarquons, en traversant les siècles, qu’à la suite de l’aggiornamento du concile de Vatican II, l’Église catholique enrichit considérablement la liturgie de l’écoute de la Parole de Dieu consignée dans l’Écriture ; elle prescrit, dans la célébration même, l’homélie qui doit être un « commentaire familier » de la Parole de Dieu qu’on vient d’entendre, par différence avec le sermon qui peut traiter un thème sans rapport immédiat avec les lectures liturgiques de l’Écriture. Si, comme le dit Paul, la prédication suscite la foi, il est nécessaire d’expliciter et d’approfondir cette foi qui naît de l’annonce de la parole du Christ, appelée « kérygme » : d’où l’importance de la « catéchèse » comme enseignement de la foi pour faire des disciples. Il n’est pas étonnant que le premier catéchisme soit celui de Luther, en 1527, qui expose la doctrine réformée. Plusieurs décennies après, il sera imité par le jésuite Canisius dont le catéchisme catholique se répand. L’élaboration de ces catéchismes tient compte des différents âges, de l’enfance à l’adolescence. Le concile de Trente lui-même prévoit la composition d’un catéchisme à l’usage des curés, pour les aider dans leur ministère pastoral de prédication et de catéchèse. La mise en valeur de l’Écriture implique qu’elle soit comprise des fidèles. Aussi Luther publie-t-il la première traduction de la Bible en allemand. Par mesure de contre-réforme, l’Église catholique reste attachée à la Vulgate, traduction latine faite par saint Jérôme. À une époque où les humanistes ont le souci d’établir des éditions critiques des textes originaux, des discussions s’élèvent entre savants protestants, qui se réfèrent au texte hébreu de la Bible, et savants catholiques, qui admettent la version grecque des Septante. Le concile de Trente intervient pour fixer la liste des livres canoniques et deutérocanoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament. Signalons qu’au XIXe siècle, en plein essor de travaux d’exégètes et d’historiens des religions, le 1er concile du Vatican reprend officiellement la liste établie par le concile de Trente. Le ministère de la prédication et de la catéchèsePour les Réformateurs, le ministère de la Parole est fondamental puisque l’annonce de l’Évangile suscite la foi qui justifie le pécheur par grâce ; les deux sacrements du baptême et de la Cène sont des signes qui manifestent cette foi et cette grâce. Par réaction, l’Église catholique, au concile de Trente, réaffirme l’importance des sept sacrements, signes efficaces de la grâce qu’ils communiquent au croyant, dont la foi est suscitée et entretenue par la prédication. S’il y a bien, entre catholiques et protestants, une différence d’accent dans l’importance relative accordée aux tâches du ministre, il faut noter aussi une convergence remarquable pour mettre en valeur la figure du pasteur que doit être tout ministre. Le titre de pasteur, on le sait, est caractéristique du ministre protestant au service de sa communauté. Lorsqu’il définit la charge épiscopale, le concile de Trente insiste sur la fonction du pasteur qui réside dans son diocèse pour veiller sur son troupeau en visitant les paroisses ; saint Charles Borromée, archevêque de Milan, devient le type de l’évêque accomplissant sa charge pastorale. La formation de ces pasteurs est, par conséquent, au centre des préoccupations des Églises protestantes comme de l’Église catholique. Ne serait-ce que dans la France du XVIIe siècle, on voit se multiplier les instituts de formation et les séminaires, non pas pour accueillir des adolescents comme l’avait prévu le concile de Trente, mais pour former les prêtres dans les domaines spirituel et théologique. Quels que soient les modèles adoptés – académies, collèges, séminaires –, protestants et catholiques attendent que leurs ministres soient des pasteurs qui se distinguent par la pureté de la doctrine et la sainteté de la vie. Dans la France, très majoritairement catholique, l’Église est affrontée à l’ignorance du peuple et à la déficience du clergé. Aussi, un saint Vincent de Paul et ses imitateurs prennent-ils l’initiative des « missions intérieures » qui, dans les villes et les campagnes, s’efforcent d’enseigner la foi et de réformer les mœurs par une pédagogie adaptée, mise en œuvre par les « missionnaires. » Encore que subsiste un climat de controverses, dont Bossuet est un exemple célèbre, il s’agit moins de convertir les protestants que de christianiser les catholiques. La foi et l’anthropologie de la foiAlors qu’une culture « iconophile » se développe à la fin du Moyen-Âge, les protestants mettent l’accent sur l’écoute de la Parole et sur la lecture méditée de l’Écriture. Si Luther admet qu’il y a un bon usage des images, par exemple pour illustrer la Bible, Calvin refuse toute image dans les temples car elles conduisent à l’idolâtrie. Dans les milieux protestants apparaît dès lors une culture « iconoclaste » qui veut purifier la foi et lutter contre l’idolâtrie romaine. Quant à la musique, Luther apprécie en elle un don de Dieu, alors que Calvin rejette les instruments et les chantres pour laisser place à la seule voix de l’assemblée qui doit être attentive à la Parole. Par réaction, les catholiques déploient de belles cérémonies, valorisent l’ornementation des églises, car la vue est aussi importante que l’ouïe dans la pédagogie de la foi. Il importe donc d’évangéliser l’homme tout entier, son affectivité, son imagination, son intelligence, sa volonté. Des recherches sur la musique d’Église, au XVIIe siècle, sont fort intéressantes, car il s’agit de mettre en valeur le texte, pour qu’il reste compréhensible, et de favoriser la prière en évitant les tentations de la musique profane. Le souci et la compétence des jésuites pour la formation de la jeunesse les conduit à lutter contre les thèses protestantes de la prédestination, en affirmant la liberté de l’homme dans sa réponse à la grâce de la foi. Toute une pédagogie de l’image, de la discussion, de la certitude de la foi, de l’enthousiasme, est mise en œuvre par le théâtre qui permet aux acteurs de s’approprier ce qu’ils déclament, et ainsi de parvenir à être responsables de leur vie chrétienne. Si nous en venons à notre époque contemporaine, nous constatons, du premier concile du Vatican (1869-1870) au deuxième (1962-1965), le passage d’une conception intellectualiste de la foi à une conception personnaliste. Citons l’Acte de foi que l’on récitait : « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, car vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper. » Ce n’est pas faux, évidemment ! Mais c’est retenir surtout l’aspect intellectuel de la vertu surnaturelle de foi. Voici maintenant ce qu’enseigne le 2e concile du Vatican dans la constitution dogmatique sur la révélation (Dei Verbum, n° 5) ; il n’omet pas les affirmations du 1er concile, mais les intègre dans une vision plus compréhensive de l’homme, dans une conception existentielle de la foi comme « remise de soi à Dieu » : « À Dieu qui révèle il faut rendre ‘l’obéissance de la foi’ (Rm 16 , 26), par laquelle l’homme se remet tout entier librement à Dieu, donnant ‘à Dieu qui révèle pleine soumission de l’intelligence et de la volonté’ (Vatican I, constitution dogmatique Dei filius, ch. 3), et adhérant volontairement à la Révélation qu’il nous a faite. » Dans notre Église de France, il n’y a pas si longtemps, nous avons connu bien des débats sur la foi comme adhésion à un corps de vérités et sur la foi comme vie et engagement de la personne. Le dernier Concile peut donc aider à surmonter de telles oppositions. De même, des discussions parfois vives opposaient deux conceptions du ministère sacerdotal, selon l’expression alors utilisée : le prêtre est-il d’abord l’homme de l’Eucharistie ou l’homme de la Parole ? Le concile de Vatican II a synthétisé sa doctrine, aussi bien pour l’ensemble du peuple de Dieu que pour ses ministres, en usant d’une trilogie qui se réfère au Christ, prophète, prêtre et roi : le prêtre exerce une triple fonction, prophétique, sacerdotale, royale. Il faut sans doute bien interpréter ces expressions, mais observer que le fondement christologique de cette triple fonction est souligné par la Réforme protestante. Sans nier les différences qui demeurent sur ces sujets, le concile de Vatican II a heureusement mis un terme à une époque de confrontations polémiques. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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