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Dernière mise à jour : avril 2008 |
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Quelques livres récents sur la Septante
Valérie Duval-Poujol
7 (2008/2) : 235-239.
HUGO Philippe, Les deux visages d’Élie. Texte massorétique et Septante dans l’histoire la plus ancienne du texte de 1 Rois 17-18, Orbis Biblicus et Orientalis 217, Academic Press Fribourg/ Vandenhoeck & Ruprecht Göttingen, 2006, 389 pages. Depuis les découvertes de Qumran qui mirent en évidence la diversité des traditions textuelles bibliques dans les siècles précédant notre ère, les recherches sur l’histoire du texte biblique et notamment sur la place de la Bible grecque (LXX) ont connu un regain de vitalité… et de complexité. Dans cet important ouvrage (400 pages exposant les résultats de la thèse soutenue par l’auteur en 2005) Philippe Hugo, chercheur auprès du Département d’Études bibliques à Fribourg, propose une contribution au débat en portant ses recherches sur 1 Rois 17-18. Un premier chapitre conséquent présente les principaux travaux, hypothèses et apports de la recherche depuis la fin du 19e siècle jusqu’à nos jours sur la LXX comme témoin de l’Ancien Testament, spécialement dans les livres des Rois. Il aborde et évalue avec clarté et synthèse la question de la diversité de la bible grecque, de son évolution, l’histoire de son emploi en critique textuelle ainsi que des critères méthodologiques pour une comparaison entre la LXX et le texte massorétique ™. Ensuite l’auteur se consacre à l’étude comparative du TM et de la LXX pour le cycle d’Élie en 1 Rois 17-18 et quelques textes affiliés. Grâce à une étude synoptique des textes, de leur structure narrative propre – (à noter qu’une telle analyse de la logique narrative d’un texte de la LXX pour lui-même est encore rare dans les recherches actuelles) – et des intentions théologiques, l’auteur identifie des stratégies narratives et des orientations théologiques différentes dans le TM et la LXX. Il essaie de démontrer que même si l’histoire racontée en hébreu et en grec est substantiellement identique, la mise en récit (le discours narratif) n’est pas la même dans le TM et la LXX et qu’elle révèle deux visages d’Élie : d’un côté Élie le thaumaturge et de l’autre Élie l’intercesseur. Il en conclut que la Vorlage de la LXX du corpus étudié représente une édition littéraire plus ancienne que le proto-massorétique (ancêtre du TM), et que le TM témoigne d’un projet éditorial cohérent de réécriture de la Vorlage de la LXX. D’où le paradoxe, ironise-t-il, d’avoir “ l’original ” du texte biblique des Rois… en grec ! Une bibliographie très fournie et un index des noms et des textes bibliques cités complètent cet ouvrage qui mérite discussion, tant sur sa méthode que sur ses conclusions. (Revenir à la liste des ouvrages recensés) FERNANDEZ-MARCOS Natalio, The LXX in Context. Introduction to the Greek versions of the Bible, Brill, Leiden/Boston/Cologne, 2000, 394 pages. Au cours des dernières décennies, les travaux dans le domaine de la Septante ont été nombreux et variés, celle-ci étant de plus en plus étudiée comme œuvre littéraire en elle-même. Depuis la parution en 1988 de La Bible grecque des Septante par les spécialistes français de la Sorbonne à l’initiative de La Bible d’Alexandrie (légèrement mise à jour pour une deuxième édition en 1994), il manquait un nouveau manuel rendant compte de l’avancée des recherches, des enjeux et des lieux de débats : c’est l’objet de cet ouvrage anglais (traduction de l’espagnol), La LXX en contexte : introduction aux versions grecques de la Bible. Aidé d’un bel esprit de synthèse, Fernandez-Marcos fait le choix de préserver une taille abordable pour chaque sujet traité (même là où il aurait pu écrire dix volumes, comme à propos de son domaine de prédilection, la recension antiochienne), tout en permettant au lecteur d’aller plus loin grâce aux nombreuses notes et renvois bibliographiques conséquents, incluant même des ouvrages en français. Dans cette édition révisée, l’auteur, comme le titre de l’ouvrage l’indique, met l’accent sur le fait qu’il n’y a pas une Septante mais des Septantes, puisque dès la première traduction en grecque de la Bible hébraïque jusqu’à la Renaissance (avec le Pentateuque de Constantinople de 1547), la LXX est corrigée, révisée, recensée. Son choix de commencer par un chapitre replaçant le grec biblique dans l’histoire plus générale du grec mérite d’être salué et révèle combien la façon d’approcher la LXX a nettement évolué ces dernières années. Outre les sujets classiques concernant la LXX qu’il aborde avec efficacité (l’origine de la LXX, les réviseurs juifs, les recensions chrétiennes, les citations par les Pères…) ses chapitres sur le lien LXX/Targum ou encore sur les versions juives en grec médiéval et grec moderne rappellent des données encore souvent négligées ; son chapitre, même bref, sur la « religion » de la LXX est, semble-t-il, une première dans un manuel de présentation de la LXX. Il conclut par un glossaire de termes techniques facilitant la lecture de l’ouvrage pour les non-initiés. On regrettera peut-être l’absence d’une conclusion et peut-être aussi le choix d’indiquer une bibliographie spécialisée en fin de chaque chapitre au lieu de présenter l’ensemble en fin d’ouvrage, même si un index des auteurs cités vient apporter un certain réconfort. Et si certains points importants ne semblent pas avoir été abordés (par ex. les problèmes spécifiques à chaque livre biblique, leur datation, leur technique de traduction…) c’est que, selon l’auteur, ils seraient déjà bien assez développés par d’autres… Le résultat de cette sélection ne manque en tout cas pas d’intérêt et permet des développements plutôt absents par ailleurs. (Revenir à la liste des ouvrages recensés) HARL Marguerite, La langue de Japhet. Quinze études sur la Septante et le grec des chrétiens, Cerf, Paris, 1992, 290 pages. Ce volume réunit une série d’études de la célèbre patrologue de la Sorbonne, Marguerite Harl, publiées en divers revues et recueils au cours de plus de trente ans d’enseignement et de recherche. Le titre s’inspire d’une tradition rabbinique interprétant la bénédiction sur Japhet, ancêtre des Grecs, à qui on prophétise qu’il ira habiter dans les tentes de Sem, comme le fait que les livres sacrés seront traduits en grec ; ce titre indique la volonté de l’auteur de comprendre en quoi la « langue de Japhet », le grec, a « habité les tentes de Sem », c’est-à-dire comment les traducteurs de la Septante (LXX) ont reçu et transmis la Bible hébraïque. À travers la grande diversité de thèmes abordés (comme la ligature d’Isaac, l’« arche » de Noé, le cantique de Moïse, les psaumes 37 et 118, le terme μοναχός dans l’Évangile selon Thomas, le terme σκοπός dans la littérature chrétienne…) le lecteur retrouve dans ces pages les centres d’intérêts et les convictions de celle qui fut à l’origine de l’entreprise de traduction de la LXX en français, La Bible d’Alexandrie. Au fil des quinze articles, Marguerite Harl réaffirme son attachement à considérer la LXX comme œuvre littéraire au sens plein du terme, dont elle apprécie et veut faire apprécier la langue et l’intelligence des traducteurs ainsi que des lecteurs, surtout les Pères grecs. Par l’étude de plusieurs cas spécifiques, elle s’attache à mieux faire connaître cette œuvre grecque, « témoin du judaïsme hellénistique, source biblique du christianisme ancien. » Elle conclut d’une part sur la pluralité textuelle au sein même du témoignage de la LXX et l’acceptation avec sérénité par les Pères de cette diversité, et d’autre part, sur le polymorphisme textuel de la Bible et le statut d’une traduction de la Bible comme la LXX pour la foi chrétienne. Malgré le manque d’harmonisation de la police et de la taille des caractères entre les divers articles et l’absence de bibliographie finale ou de mise à jour de celle-ci dans les articles, le lecteur appréciera l’index de mots grecs étudiés et celui des références bibliques ainsi que la diversité des thèmes abordés (texte biblique, patristique, apocryphe, recension critique de tel lexique, présentation générale sur la LXX…). Mais au-delà de l’apport de telle étude spécifique, parfois technique, c’est l’aisance avec laquelle l’auteur cite, compare et analyse les divers corpus grecs (que ce soit l’ensemble du corpus biblique, même néotestamentaire mais aussi les données patristiques et l’ensemble de la littérature hellénistique juive ou chrétienne) qui impressionne et donne envie de les (re)découvrir. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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