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Dernière mise à jour : 4 octobre 2005 |
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Présentation des écrits de Moltmann
Moltmann a beaucoup écrit. Dieter Ising [1] dans son livre bibliographique recensait déjà, en 1987, 528 monographies et articles. Moltmann lui-même distingue dans son œuvre deux types d’ouvrages :
Relevons cependant que dans « Mon itinéraire théologique » (MIT, 431-37), Moltmann, analysant son parcours théologique, donne une présentation tripartite de son œuvre :
Ces expériences marquantes lui ont, d’abord, procuré une meilleure connaissance d’autres courants de pensée et traditions spirituelles, tout particulièrement de la pensée juive au contact notamment de Pinchas Lapide, Franz Rosenzweig et Gerschom Sholem, et de la pensée orthodoxe au contact notamment du théologien roumain Dumitru Staniloae. D’autre part, ces expériences diverses l’ont amené à réaliser que toute réflexion théologique est forcément située et partielle : en tant qu’homme blanc vivant en Occident, il ne peut pas se mettre totalement dans la peau d’un noir oppressé, ni dans celle d’une femme, ni dans celle d’un habitant pauvre du tiers-monde. Ses « contributions systématiques à la théologie » seront largement marquées par ces différentes expériences. À titre d’exemple, citons quelques-uns de ces écrits significatifs appartenant à ce deuxième groupe [3] : Religion, Revolution and the Future (1969) ; Conversion à l’avenir, (1974 ; éd. originale : 1970) ; Le Seigneur de la danse, Essai sur la joie d’être libre (1972 ; éd. originale : 1971) ; en collaboration avec Pinchas Lapide, Jüdischer Monotheismus - Christliche Trinitätslehre. Ein Gespräch, Kaiser Traktate 39, München, (1979). Sur une période d’une trentaine d’années (de 1964 à 1995), Moltmann a écrit huit ouvrages de théologie systématique qui se répartissent en deux ensembles distincts :
Il est important de bien percevoir la nature particulière de cette démarche et la complémentarité existant entre ces trois livres. Plusieurs théologiens ont reproché à Moltmann le caractère unilatéral, exclusif, partiel des propos tenus dans ces ouvrages ; (ainsi à titre d’exemple, dans Théologie de l’espérance, il lui est reproché de verser dans un optimisme qui oublie un peu trop les « crucifiés » de l’histoire, ou dans Le Dieu crucifié de développer une théologie de la croix plus « binitaire » que trinitaire). Lui a été aussi (et peut-être surtout) reproché d’avoir effectué un virage à 180 degrés entre Théologie de l’espérance et Le Dieu crucifié. Moltmann, tout à fait averti de ces reproches, a apporté la réponse suivante :
Richard Bauckham estime qu’au travers de cette trilogie « Moltmann développe une vision théologique cohérente en trois perspectives complémentaires. Ceci constitue maintenant le fondement sur lequel il peut construire au travers d’études plus détaillées des grandes doctrines », [9] (ce qui est l’objet de sa deuxième série). Ce propos est juste dans la mesure où les grandes orientations théologiques de Moltmann sont établies ; elles connaîtront cependant certaines évolutions non négligeables, comme nous le montrerons. Bauckham estime donc que c’est entre L’Église dans la force de l’Esprit et Trinité et Royaume de Dieu que « se situe la seule rupture (break) naturelle dans le développement théologique de Moltmann ». [10] Ce qui ne l’empêche pas de percevoir aussi la continuité entre ces deux ensembles. Blaser, qui va dans le même sens, écrit : « s’il est vrai que Trinité et Royaume de Dieu ouvre une nouvelle période dans le travail de notre théologien… (ce livre) le premier de la série clôt aussi une période de quinze ans de réflexion trinitaire : il en constitue le fruit mûr. » [11] C’est probablement encore pour ses trois premiers livres que Moltmann est le mieux connu.
Précisons que Moltmann a modifié son projet initial annoncé dans la préface de Dieu dans la création ; en effet, il comptait consacrer son quatrième volume de ses Contributions systématiques à la théologie à l’eschatologie. Il a donc inséré sa réflexion pneumatologique (EDV) entre la christologie (3e volume) et l’eschatologie (5e volume). Notons enfin que le théologien allemand a fait part de son projet de consacrer un sixième ouvrage aux « Fondements et méthodes de la théologie chrétienne » (DCr,11 et GDG,239). Ce deuxième ensemble d’écrits vise un autre objectif que le premier et adopte une autre démarche, comme le souligne Moltmann lui-même : « Ce que je voudrais par contre présenter maintenant, c’est une série de Contributions systématiques à la théologie, qui se distinguent de bien des façons des livres cités (ses trois livres précédents) : il s’agit de traiter maintenant en une certaine suite systématique des liens entre d’importants concepts et doctrines de la théologie chrétienne. En parlant de Contributions à la théologie nous voulons souligner que notre but n’est pas d’élaborer un système, ni une dogmatique. » (TRD, 7) Récemment, Moltmann a « confessé » une autre motivation sous-tendant cette nouvelle série d’écrits : « Je désirais surmonter mon unilatéralité et me concentrer sur des problèmes fondamentaux de la théologie. Je ne voulais plus être si controversé. » [12] Au moyen de ces écrits, Moltmann a donc pour objectif de mener une réflexion approfondie sur des thèmes théologiques fondamentaux. Ainsi, au fil de ces cinq ouvrages, il se penche successivement sur les problématiques essentielles suivantes : la doctrine de Dieu, la doctrine de la création, la christologie, la pneumatologie et l’eschatologie. Mais, comme il prend soin de le préciser à plusieurs reprises (cf. notamment sa préface à Trinité et Royaume de Dieu et In der Geschichte des drei einigen Gottes, p. 238), il n’a aucunement l’intention d’élaborer un « système total » (Totalsystem), ni une « dogmatique de la doctrine pure et universelle ». Moltmann, en effet, avoue sa réticence envers tout « système théologique » qui, de par sa nature même, « prétend à la totalité, à l’organisation parfaite et à la compétence universelle » (TRD,7). De tels systèmes, selon lui, ne prêtent pas au dialogue ni n’invitent ses lecteurs à une attitude critique et responsable. Son projet est au contraire d’apporter sa contribution personnelle à la réflexion théologique menée par l’ensemble de la communauté œcuménique. Par ce mot « contributions », Moltmann veut donc signifier l’état d’esprit de sa démarche : penser la théologie dans le cadre d’un « dialogue théologique intense » (TRD,8) aussi bien avec les théologiens des siècles passés qu’avec ceux du présent, avec ceux d’Orient comme avec ceux d’Occident, en dépassant les frontières confessionnelles (catholiques, protestants, orthodoxes) et en renonçant - autant qu’il lui est possible - aux orientations « euro-centrique », « andro-centrique » (TRD,8) et politiquement marquée de la théologie européenne. Comme nous l’avons déjà souligné, Moltmann est particulièrement conscient de la subjectivité et de la partialité de toute réflexion humaine, liées à la personnalité et au contexte de son auteur. [1] Dieter Ising, ibid.Pour les publications ultérieures, cf. Richard Bauckham, op. cit., p. 251-262. [2] Les préfaces de ses écrits de théologie systématique, en ne tenant compte que de ces écrits de théologie systématique, soulignent bien cette séparation entre ces deux catégories distinctes de livres. [3] Pour une liste quasi-exhaustive, cf. Dieter ISING, op. cit. qui cite par ordre chronologique et Richard Bauckham, op. cit., p. 251-262. [4] Les dates indiquées entre parenthèses correspondent à l’édition originale allemande. Nous renvoyons à notre bibliographie générale pour les références complètes ainsi que pour l’indication des éditions françaises. [5] Dans « Mon itinéraire théologique » (p. 431), Moltmann relève que certains ont qualifié de « trilogie » l’ensemble de ces trois écrits et dit ne rien avoir contre une telle perception. Et Moltmann de poursuivre : « Si on les considère ensemble, on constate que manifestement j’ai été conduit de Pâques et de l’espérance au vendredi saint et à la souffrance, et ensuite vers Pentecôte et l’Esprit. » (Ibid.) [6] Dans « Mon itinéraire théologique », Moltmann parle de « die ganze Theologie in einem Brennpunkt » (p. 224), qu’on peut traduire ainsi : la théologie dans son entier vue à travers un seul foyer, ou encore comme le fait Joseph Hoffmann dans la traduction française de cet article : l’ensemble de la théologie à partir d’un point focal (p. 421). [7] Notamment son article « Moltmann’s Eschatology of the Cross », Scottish Journal of Theology 30, 1977/4, p. 301-311. [8] Cf. Jürgen MOLTMANN, « Antwort auf die Kritik an “Der gekreuzigte Gott” », in Diskussion über Jürgen Moltmanns Buch « Der gekreuzigte Gott », p. 165-90 ; Jürgen MOLTMANN, in BAUCKHAM Richard, Moltmann : Messianic Theology in the Making, p. VII-X (préface) ; Jürgen MOLTMANN, GDG, p. 225-233. Pour les critiques : cf. notamment J. MOLTMANN, W.D. MARSCH, M. MASSARD et alii, Théologie de l’espérance, t. II, Débats, et Michael WELKER (éd.), « Der gekreuzigte Gott ». [9] Moltmann : Messianic Theology in the Making, p. 2. [10] Ibid. [11] La théologie au XXe siècle, p. 191. [12] How I Have Changed (1997), p. 20. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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