Dernière mise à jour : 28 septembre 2004

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Faculté de Théologie de l'Institut Catholique de Paris

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Le texte de Hasselt. Une étape méconnue de l’histoire du De Matrimonio (schéma XIII)

  Mathijs Lamberigts
K.U. leuven Centrum Conciliestudie Vaticanum II
Site web : Page sur cet auteur (en néerlandais)

  Leo Declerck
K.U. Leuven Centrum Consiliestudie Vaticanum II
Site web : Page de Leo Declerk (en néerlandais)

Le texte de Mathijs Lamberigts et de Leo Declerck (histoire de l’Église) illustre magistralement ce qu’une investigation rigoureuse des archives personnelles apporte à la compréhension de ce qui s’est joué, théologiquement parlant, durant les intersessions, puisqu’on suit avec eux, pas à pas, le devenir du texte de Hasselt. On découvre la genèse de certains accents majeurs de Vatican II sur le mariage : sa sacramentalité, l’intersubjectivité de la conjugalité, la responsabilité d’éducation et pas seulement de procréation, l’appel à la conscience morale des époux, notamment pour le respect de la vie. Mais on voit aussi que la rédaction minutieuse du texte latin a facilité la discussion finale, contrairement aux résistances suscitées par d’autres textes rédigés en français, sans compter que le recours à une terminologie classique a rendu ces thèmes novateurs plus acceptables à certains Pères. On peut se demander aujourd’hui si l’insistance de la rédaction ultime sur le caractère institutionnel du mariage, qui rompt assurément l’unité du texte de Hasselt, n’apporte pas néanmoins de précieux éléments théologiques pour une époque qui est contrainte de réfléchir aux enjeux sociaux de la vie familiale.

Le texte de Hasselt. Une étape méconnue de l’histoire du De Matrimonio (schéma XIII) [1]

1. Introduction

Au cours de cet article, nous voudrions nous concentrer sur un épisode peu connu, ou du moins peu étudié, de la troisième intersession du Concile Vatican II. Concrètement, notre récit traitera surtout de la révision de la partie De Matrimonio (n° 21 du schéma XIII, concernant l’Église dans le monde d’aujourd’hui, tel qu’abordée durant la troisième session conciliaire), par un petit groupe de théologiens belges et néerlandais, sous la direction de Mgr Heuschen, à cette époque évêque auxiliaire de Liège [2]. Mgr Heuschen était alors responsable de la partie néerlandophone de son diocèse, à savoir le Limbourg, qui, après le Concile, deviendra un diocèse autonome. Il résidait à Hasselt, chef-lieu de la province du Limbourg, d’où le titre de notre présentation : le texte de Hasselt. [3]

Le groupe mentionné faisait partie de la sous-commission De Matrimonio, qui - comme son titre l’indique déjà - était chargée d’une révision du texte proposé, en tenant compte des remarques orales et écrites des pères conciliaires. Pour autant que nous avons pu le vérifier, il y a peu de publications substantielles relatives aux activités de cette sous-commission à Hasselt. Signalons à titre d’exemple que son président, Mgr Dearden, archevêque de Detroit, n’a pas participé aux réunions à Hasselt. Le tome IV de l’Histoire du concile Vatican II d’Alberigo, n’y fait d’ailleurs aucune allusion. [4] Et même un ouvrage aussi monumental que celui de G. Turbanti [5] ne prête aucune attention à cette période de l’histoire conciliaire. Il faut évidemment reconnaître qu’à l’époque de la rédaction de ces ouvrages certaines archives n’étaient pas encore disponibles ou inventoriées. Dans ce contexte, nous pensons notamment aux archives de Mgr Heuschen ou à celles du professeur de théologie morale de Louvain, Victor Heylen. [6] D’autre part, nous devons reconnaître que nous avons trouvé beaucoup d’informations dans des archives qui, à l’époque de la publication de Turbanti, étaient déjà inventoriées, comme par exemple celles d’Edward Schillebeeckx. [7]

2. Les antécédents [8]

Le 29 octobre 1964, l’archevêque de Detroit, Mgr Dearden, présentait, au nom de la Commissio mixta, l’article 21 du schéma XIII. Cet article traitait de la dignité du mariage et de la famille [9]

D’après l’archevêque, cet article ne cherchait pas à être exhaustif, mais il insistait plutôt sur les deux points suivants : l’importance de l’amour conjugal et la mission de procréation qui, d’après le document, découle logiquement de l’amour conjugal susmentionné. Le texte demeurait plutôt vague quant au nombre d’enfants et de l’usage des moyens pour parvenir à un nombre « raisonnable ». Parce que Paul VI avait confié la question de la régulation des naissances à une commission pontificale, le texte déclarait de façon plutôt générale que le nombre d’enfants relevait de la responsabilité parentale, sans spécifier les modalités pour la réaliser. Le texte passait donc la « pilule contraceptive » sous silence. Finalement, Mgr Dearden concluait sa présentation par une invitation à un débat.

Pendant ce débat, les thèmes suivants étaient explicitement abordés : l’enseignement de l’Église en matière de mariage, avec une attention toute particulière pour les fins du mariage et l’(inévitable) contrôle des naissances. Au moment où les points de vue traditionnels et progressistes concernant la procréation entraient en débat [10], la « réservation papale » relative à la pilule contraceptive tendait à rendre ce débat - au moins sur ce point-ci - dépourvu de substance.

Il n’est pas inopportun de signaler que le texte présenté était le résultat du travail d’une sous-commission de la Commissio mixta (composée de membres de la Commission doctrinale et de la Commission de l’apostolat des laïcs), ce qui avait comme conséquence que de personnalités conservatrices telles que les cardinaux Ottaviani et Browne étaient en quelque sorte « co-responsables » du résultat final. Aussi est-il intéressant de remarquer qu’Ottaviani se distanciait publiquement du texte - et faisait même remarquer que lui-même était l’onzième enfant d’une famille de douze -, tandis que Browne insistait sur le fait que la fin primaire du mariage était la procréation et l’éducation des enfants. Et que la double fin secondaire était le soutien mutuel des époux et le remède contre la concupiscence. D’autres interventions conservatrices insistaient sur l’importance des valeurs familiales traditionnelles et demandaient de la considération pour les parents de familles nombreuses qui faisaient de grands sacrifices pour l’éducation de leurs enfants. D’autres encore mettaient en garde contre une conception trop libre de l’amour et du divorce, souvent présentée par les media comme la plus grande expression de la liberté humaine. D’autres thèmes furent passés en revue : l’éducation des enfants, les fiançailles, l’avortement, les enfants illégitimes et leurs droits, car d’après les intervenants ceux-ci n’avaient pas été repris dans le texte. On estima en outre qu’en raison d’une insistance exagérée sur la prospérité matérielle, on avait trop facilement tendance à accentuer l’importance du contrôle des naissances. Enfin, le cardinal Ruffini estimait le schéma au-dessous du niveau exigé pour un exposé sur la vraie nature du mariage chrétien comme sacrement.

Les défenseurs d’une ligne de conduite plus progressiste se firent entendre différemment. C’est ainsi que, par exemple, on fit remarquer que les directives de l’Église ne suffisaient plus dans le monde d’aujourd’hui parce qu’elles n’apportaient pas de réponse à la détresse morale des fidèles. Ces derniers étaient d’avis que le sujet de l’amour conjugal avait besoin d’un contenu beaucoup plus positif. Une personnalité telle que le cardinal Léger de Montréal, estimait que le texte devait en premier lieu insister sur l’amour conjugal en tant que fin primaire du mariage. Le cardinal Léon-Joseph Suenens, de Malines-Bruxelles, demandait avec insistance d’entamer une réflexion sur le mariage et le contrôle des naissances de manière plus biblique et plus cohérente. Il se demandait si on avait suffisamment pris en compte tous les aspects de l’enseignement de l’Église en matière de mariage. Il souhaitait aussi une ample consultation des moralistes, des hommes de sciences, des universitaires et des personnes mariées. Une coopération plus étroite avec la commission pontificale pour le contrôle des naissances [11] était nécessaire. À la requête expresse de Paul VI, Suenens précisera sa position quelques jours plus tard : il n’avait pas plaidé pour un changement mais bien pour une investigation sérieuse. [12] D’autres interventions attiraient l’attention sur le fait que, dans des régions souffrant déjà d’une immense pauvreté, la doctrine officielle de l’Église incitait à un accroissement de la population et qu’ainsi on offrait un avenir sans perspective aux enfants qui y naissent. Il n’était pas rare d’entendre demander qu’on laisse la parole à des laïcs spécialisés en cette matière, et qui plus est, à des époux. Ils seraient des experts plus compétents en cette matière que des évêques ou des prêtres. On attira aussi l’attention sur le fait que les directives de l’Église pourraient devenir un obstacle pour une conception saine du mariage et de la sexualité. Notamment le cardinal Alfrink d’Utrecht se demandait si on pouvait encore continuer à maintenir la continence complète ou périodique comme la seule pratique chrétienne en matière de régulation des naissances. Au nom de 145 pères conciliaires, l’évêque auxiliaire de Mainz, Mgr Reuss, manifestait son adhésion à l’article concernant l’amour conjugal à condition d’insister plus fortement sur la nature unique de la sexualité humaine et sur la responsabilité primordiale des parents de déterminer eux-mêmes le nombre d’enfants désirés. [13]

À la fin de la troisième session, le Concile se trouvait dans une situation de crise. Dans ce contexte, pensons au refus du Tribunal administratif de laisser voter sur le schéma De libertate religiosa, aux dix-neuf modifications - imposées par le pape - qui venaient d’être distribuées concernant le décret sur l’œcuménisme et surtout à la Nota explicativa praevia (qui avait pour but de définir plus clairement la conception de collégialité dans Lumen Gentium), une note tellement claire ( ?) qu’aujourd’hui encore elle est sujette à discussion. Il n’est donc pas étonnant que la semaine du 14-21 novembre 1964 soit entrée dans l’histoire comme la « semaine noire ». [14]

Lors d’une réunion à Sainte-Marthe, les évêques et les periti exprimaient leur désappointement vis-à-vis de la situation dans laquelle se trouvait le schéma XIII. Depuis que le cardinal Heenan avait attaqué durement le père B. Häring durant son intervention du 22 octobre 1964, ce dernier se sentait abandonné. Par ailleurs, il appert qu’au sein de la commission mixte il ne tenait pas beaucoup compte des remarques d’autrui. [15] Puisqu’il semblait que Häring avait perdu son énergie initiale, on partit à la recherche d’un nouveau « maître d’œuvre ». [16] Mgr Philips, dont le rôle dans la rédaction de Lumen Gentium était suffisamment connu et apprécié [17] , fut contacté, mais refusa pour des raisons de santé [18] . Ainsi on aboutit finalement à Pierre Haubtmann [19] (Institut Catholique de Paris), qui deviendrait le secrétaire de rédaction de la constitution pastorale Gaudium et Spes, et a accompli un travail notable en rédigeant la première partie du schéma XIII durant l’intersession. Toutefois, dans sa recherche de collaborateurs pour la deuxième partie, le chanoine Haubtmann aboutit à son tour chez le professeur Delhaye [20], pour ce qui concerne la rédaction du chapitre sur le mariage. Par ailleurs, pour pouvoir situer les choses dans une perspective plus correcte, par l’intermédiaire du secrétaire de la Commission de l’apostolat des laïcs et co-secrétaire de la commission mixte pour le schéma XIII, A. Glorieux, Haubtmann reçut l’ensemble des interventions des pères concernant la partie du De Matrimonio présentée en octobre 1964.

La sous-commission De Matrimonio était tenue de travailler dans le cadre tracé par la sous-commission centrale. Cela signifiait qu’elle devrait se baser sur les conclusions du document de Zürich (février 1964). Aussi ne pouvait-elle pas passer outre le texte existant, tel qu’il fut accepté comme base de la discussion et des remarques des pères conciliaires. Il était également évident que, lors de la rédaction du schéma XIII, il fallait reprendre, pour les projeter « ad extra », les grandes orientations contenues dans les autres schémas conciliaires [21], approfondissement du mystère de l’Église, œcuménisme, liberté religieuse, apostolat des laïcs, attention aux religions non-chrétiennes. Le protagoniste pour l’ensemble de la rédaction du schéma XIII fut donc Haubtmann, assisté par le jésuite allemand Hirschmann, Moeller, [22] Tucci (directeur de La Civiltà Cattolica) avec la collaboration de Häring et Philips. Il est clair qu’on attribuait un certain « poids » à ce dernier : « Pour assurer l’unité de l’ensemble, le chanoine Pierre Haubtmann, aidé de l’équipe rédactionelle, devra suivre le texte jusqu’à sa dernière étape, en étroite relation avec Mgr Philips. » [23]

Voici le planning des travaux qui fut présenté : du 1er au 6 février les sous-commissions se réuniraient à Ariccia avec la présence indispensable des évêques-membres des sous-commissions respectives, des évêques-membres de la sous-commission centrale élargie, des experts invités par le secrétariat. Il était convenu que, sur base des discussions à venir, on avait l’intention de pouvoir présenter en mars un nouveau texte à la commission de coordination, avec la requête de l’envoyer aux pères conciliaires. En ce qui concerne le planning rédactionnel, on fit plutôt preuve d’un optimisme forcé, car on attendait les réactions des pères pour le samedi 15 mai. [24]

3. Les activités à Hasselt

Mgr Dearden, archevêque de Detroit, fut nommé président de la sous-commission mixte De Matrimonio, mais il est probable qu’il ait demandé à Heuschen de présider à sa place un groupe de travail, qui avait à préparer un texte pour la réunion à Ariccia ; remplacement qui fut accepté par Rome. [25]. À cause de la « surcharge de travail » du secrétariat de la Commission théologique, la documentation nécessaire ne put être envoyée qu’au cours de la seconde moitié de décembre. Heuschen demandait à Mgr Guano un nouveau délai, mais celui-ci le lui refusa, ce qui obligeait Heuschen à son tour - malgré le retard - d’entamer une nouvelle rédaction du De Matrimonio. [26] Contrairement à d’autres évêques, Heuschen voulait être impliqué de très près dans les activités des théologiens. [27] À cet effet, il rassemblait à Hasselt les personnes suivantes : le professeur Delhaye, le professeur Heylen, Mgr Prignon, [28] ainsi que les pères Schillebeeckx et Bertulf Van Leeuwen, un franciscain néerlandais. [29]

Dès le début des travaux, on ne savait pas très bien quelle attitude adopter : fallait-il retravailler l’article 21 du schéma, tel qu’il avait été présenté pendant la troisième session conciliaire, ou devait-on également reconsidérer l’Adnexum ajouté relatif à la question du mariage ? [30] Finalement on opta, en se basant sur l’argumentation du professeur Delhaye (qui s’inspirait des remarques des pères faites pendant la troisième session), pour le texte tel qu’il figurait à l’article 21 du schéma XIII. Delhaye, ayant étudié les remarques des pères, constata en effet que le texte en soi, n’avait pas été rejeté pendant la troisième session, et de plus, il constata que les interventions des pères - et surtout les remarques écrites - semblaient exprimer des évaluations plutôt positives du texte relatif au De Matrimonio. [31] D’après lui, même la stricte tendance conservatrice semblait amorcer un revirement. Ainsi Delhaye écrivait dans les conclusions de son analyse : « D’autre part, un glissement considérable à gauche se manifeste. Mgr Carli reste irréductible, mais les conservateurs (y compris Mgr Franić) mollissent. » [32]

D’ailleurs, il estima que, si on écrivait un texte entièrement nouveau, comme on l’avait fait pour le document sur la liberté religieuse, on courrait le risque de voir rejeter le texte. En outre, la quatrième session était la dernière et si on souhaitait encore faire ratifier un texte avant la fin de cette session, il n’y aurait plus beaucoup de temps disponible. Le rapport de Delhaye ne laissait aucun doute sur la nécessité d’un texte sur le mariage : il y avait les problèmes contemporains (par exemple les problèmes démographiques) ; une discussion de cette matière n’impliquait pas qu’on manque d’égard vis-à-vis de la doctrine énoncée par les papes Pie XI et Pie XII. Et Pie XII avait expressément parlé des limites d’une politique nataliste et de la « liceitas » de l’amour physique ; un meilleur fondement biblique se faisait également sentir, en tenant compte d’autres péricopes que celle de Gen. 1, 28, qui ne représentait qu’un seul passage biblique qui accentuait (trop) la notion de procréation ; ensuite on éprouvait le besoin d’affirmer que si personne ne favorisait l’hédonisme, on ne pouvait pas non plus demander un héroïsme quotidien qui rendrait la vie conjugale plus difficile que la vie de ceux qui professent les conseils évangéliques. En d’autres termes, on souhaitait une intégration plus équilibrée de la sexualité dans l’amour conjugal. Cf. Les Animadversiones in textum propositum de Delhaye (Fonds Heuschen, n° 286).]]

Lors du débat à Hasselt le groupe récrivait de façon substantielle le numéro 21. Ceci fut le travail du professeur Heylen. Dans une lettre que Heylen adresse à Delhaye, il s’avère que Heylen avait recopié le texte présenté lors de la troisième session conciliaire, et qu’il avait mis entre parenthèses « les ajoutes [sic], qui me semblent réclamées [sic] par différents Pères ». [33] Pour ses additions, Heylen semble s’être inspiré fortement de l’analyse susmentionnée de Delhaye. [34] Pour ce qui concerne l’introduction du texte, nous obtenons les résultats suivants par rapport au texte tel qu’il fut présenté au cours de la troisième session : adjonction de la stipulation que les mariages légitimes constituent la base de la société ; que les époux chrétiens bénéficient de l’assistance du Christ par ses dons de grâce sacramentels, et que le concile souhaite accorder une attention particulière au soin pastoral des fidèles, dans le respect de la doctrine constante et éternelle de l’Église au sujet de la valeur et de la sainteté du mariage. [35]

Au n° 1 - sur la nature du mariage - on a ajouté que Dieu, en son dessein d’amour a doté la communion conjugale de biens divers et de fins diverses, qui ont tous une très grande importance pour la continuation du genre humain, pour le bonheur terrestre et le salut éternel de chacun des membres mêmes de la famille, pour la stabilité et la paix, pour le développement et la prospérité de toute la société humaine. C’est pourquoi l’institution matrimoniale et l’amour généreux et conscient des conjoints s’achèvent dans la procréation qui en constitue comme le sommet ; mais cette tâche sacrée est elle-même ordonnée à l’éducation des enfants. Par leur alliance d’amour, les mariés deviennent un seul corps. Et c’est exactement par cette union intime d’âme, de corps et d’activités, qu’ils s’entraident et prennent conscience de leur vraie unité conjugale. Aussi ajouta-t-on que cet amour aux multiples aspects, issu de la source divine de la charité, est béni par le Christ « ad modum unionis suae cum Ecclesia ». Afin d’accentuer encore mieux le caractère sacramentel on fit référence à un texte de Pie XI. [36]

On ajouta un passage à la partie sur l’amour (point 2) pour insister sur le fait que l’amour vrai (don suprême de Dieu par lequel les chrétiens sont appelés enfants de Dieu en grâce et force) donne aux actes humains une dignité particulière. Ensuite on définit que les fidèles doivent s’efforcer de garder et de nourrir leur amour saint et, que, fidèles à la loi divine, ils doivent s’abstenir de toute forme de procréation illégitime et du fléau du divorce, qui trahissent la fidélité conjugale. Il faut veiller que les jeunes, après de chastes fiançailles, puissent se marier à un âge approprié. On attend des parents et de leurs accompagnateurs qu’ils apportent aide et conseil aux jeunes pour qu’ils puissent se marier sans contrainte et choisir librement leur partenaire.

Pour ce qui concerne le point 3 relatif à la fécondité, on ajouta l’importance d’être conscient que l’égale dignité humaine de l’homme et de la femme, telle qu’elle est reconnue dans un amour mutuel et accompli, manifeste encore avec plus d’éclat la stabilité que le Seigneur a voulue dans l’union matrimoniale. On compléta la fin de ce passage en louant les parents de familles nombreuses qui, confiants en la divine Providence, éclairés par un dessein prudent, prennent l’éducation de leurs enfants à cœur avec un saint amour et une âme généreuse.

Les modifications les plus frappantes ont été faites au point 4 (Deus Dominus vitae). Ici on a ajouté que les hommes ont reçu de Dieu le devoir et la tâche de protéger et de maintenir la vie. C’est pourquoi il faut rejeter le crime horrible qu’est l’avortement, qui prive un innocent de la vie, sans que sa perte soit justifiée par un ordre supérieur de vie. Les époux sont appelés ministres de la vie et coopérateurs de Dieu. Et en remplissant cette tâche, ils prennent soin d’observer les lois de la vie conjugale. Ils scruteront avec soin la volonté de Dieu au sujet de la vie, éclairés par la révélation et la lumière du magistère, mais qui se manifeste aussi dans la nature et dans l’harmonie de ses dons qu’Il a créés. Ceux qui sont versés dans les sciences humaines, peuvent offrir une contribution à cette découverte de la volonté de Dieu.

La procréation et les actes spécifiques de la vie conjugale « secundum genuinum ordinem humanum » méritent le plus grand respect. Les époux s’efforceront d’assumer la délectation de l’œuvre conjugale en amour et bonheur mutuels, de telle sorte qu’ils puissent croître sans cesse à la fois dans la tempérance chrétienne et dans la charité. L’homme, fait à l’image de Dieu, doit honorer et sauvegarder la vie pour que tous puissent grandir constamment en bonté. En ceci, ils suivent la parole de Dieu ainsi que le conseil et la doctrine de l’Église.

Il convient de remarquer que le latin du texte Heylen (mais aussi celui du schéma XIII) est parfois très difficile à comprendre. Le professeur Delhaye avait travaillé souvent avec des mots-clés, ce qui ne facilitait pas la tâche de Heylen. Notons aussi que Mgr Heuschen et Mgr Philips, des fins connaisseurs de la langue latine, ajoutaient de nombreuses remarques grammaticales et orthographiques au texte de Heylen (ainsi qu’au texte courant du schéma XIII). [37] À maintes reprises Heuschen notait dans la marge : Latinitas !, fructus ?, expressio inaccurata, Quid hoc significat ?, expressio complicata, constructio complicatissima. Parfois Heuschen remaniait des phrases entières, parce qu’elles lui semblaient incompréhensibles. Finalement ils étaient d’avis que le texte contenait trop de répétitions. [38]

À partir du 11 janvier 1965 on commençait le projet de texte à Hasselt. Même si on ne trouve pas de compte rendu de cette réunion, il est difficile d’imaginer qu’on ait fait autre chose que des corrections grammaticales. Pratiquement toutes les propositions du projet Heylen/Delhaye furent incorporées dans ce texte. [39] Autrement dit, dans l’introduction on a repris l’idée du mariage légitime comme fondement de la société, complétée il est vrai par une suggestion d’Heylen relative au caractère sacramental du mariage [40] et une référence explicite au lien conjugal entre le Christ et son Église. En outre, on stipulait plus explicitement que chacun devait poursuivre sa propre vocation spécifique. [41] À la fin de l’introduction, on reprend l’idée que l’Église, dans le respect de la tradition, est soucieuse de la vie conjugale et familiale par sa pastorale. [42] Au premier point (de la nature du mariage) on précise que Dieu dans son dessein d’amour avait enrichi le mariage de différents buts et dons. On maintient aussi les idées relatives à l’unité des époux et le soutien mutuel. On y intègre aussi l’idée que la procréation est, de droit autant que sur base d’un amour généreux et conscient, le but et le point culminant du mariage ; de même qu’on acceptait l’idée de l’unité physique et spirituelle et du soutien mutuel. La comparaison de l’alliance du Christ avec l’Église fut formulée avec plus de précision, mais avec le maintien de la référence à l’amour multiforme offert par Dieu. La partie qui traite du don de l’Esprit et des fruits du sacrement de mariage, décrits comme impulsions vers l’aspiration à la perfection, fut formulée plus nettement. Quant au second point, tout fut repris (au niveau du contenu, quoique forcément adapté en ce qui concerne la grammaire et le vocabulaire), sauf la proposition quelque peu obscure : « qui actus qua tales caritati conformes sunt et spiritu humano atque christiano moderandi. »

Pour ce qui concerne le point 3, on reprit une fois de plus tous les ajouts de Delhaye / Heylen, ne fût-ce avec les inévitables modifications grammaticales et lexicographiques. L’ordre du texte fut sérieusement remanié. C’est ainsi que le passage où on faisait l’éloge des parents fut déplacé vers l’avant, tandis que celui de l’égalité entre l’homme et la femme, en le mettant après l’indissolubilité du mariage, - même s’il n’y a pas de descendance, le mariage garde son caractère indissoluble - fut fortement accentué. À Hasselt, on accepta finalement la conception que les mariés puissent déterminer eux-mêmes le nombre de leurs enfants en tenant compte des dons que Dieu leur a départis et de la norme de l’amour véritable. En outre, on nota aussi que les mariés qui se décident à fonder un foyer doivent se laisser guider par la conscience de valeurs supérieures (conscientia superioribus bonis informata) et ne peuvent faire intervenir que des actes licites.

Les amendements au point 4 furent tous acceptés quant au contenu, mais au niveau du style ils furent abrégés et formulés plus clairement.

Le 13 janvier Philips envoya encore quelques modifications au texte. Dans une note d’accompagnement, il exprima sa satisfaction concernant le fait que le latin avait été revu de façon favorable. Ses observations concernaient « surtout la syntaxe et visaient une plus grande clarté ». C’est aussi Philips qui suggéra l’idée de travailler avec des sous-titres, idée qui serait suivie à Ariccia, sauf pour le point 3 (De amore conjugali) avec d’autres sous-titres, plus éloquents il est vrai. Quoi qu’il en soit, sur le plan du contenu, il accepta le texte de tout cœur. [43] Finalement, on intégra dans le document encore quelques remarques de Charue, envoyées le 20 janvier. [44]

Au texte fut également ajouté un Textus relationis provisorius (de 10 pages), constituant un profond remaniement des Animadversiones in textum propositum de Delhaye. [45] Mgr Charue avait, dans sa lettre du 20 janvier, lui aussi fait quelques remarques sur cette relatio. [46] Dans l’introduction du Textus, on précisa qu’il s’agissait seulement d’une relatio provisoire, parce qu’il avait été impossible d’insérer toutes les références précises aux observations des pères et de justifier suffisamment toutes les modifications apportées. Ensuite on expliqua la méthode de travail en mentionnant aussi pourquoi l’article 21 fut pris comme texte de base. Puis on expliqua en détail les modifications apportées. Les nouveaux apports furent motivés, la plupart avec références explicites aux vœux des pères conciliaires. Notamment pour ceux qui traitaient de l’amour conjugal, on était fort soucieux de se référer aux interventions des pères conciliaires. Aussi pour la partie concernant la fécondité la motivation était plutôt élaborée, d’autant plus que lors de la troisième session la question du nombre d’enfants avait fait l’objet de discussions. Entre le vœu de mettre au monde autant d’enfants que possible et l’usage des contraceptifs, on expliqua en s’appuyant sur des interventions des pères et sur des documents de Pie XII les raisons d’opter pour un moyen terme, qui laissait suffisamment d’espace ouvert à la conscience des parents - conscience qui doit être guidée par des lois objectives - et qui refusait en même temps l’usage de moyens illicites pour le contrôle des naissances et qui, enfin, attirait l’attention sur les mérites des parents de familles nombreuses.

Il est, en tout cas, évident que le texte de Hasselt insistait beaucoup plus fortement sur l’importance de l’amour conjugal, que ce n’était le cas durant la troisième session du concile (la structure du document était maintenue quant à la forme, par contre le contenu avait augmenté de 70%), et qu’il faisait un plaidoyer en même temps pour deux voies en ce qui concerne le point sensible du nombre d’enfants : une reconnaissance de la conscience formée des mariés et le respect pour la doctrine de l’Église.

C’est ainsi que le travail préparatoire du groupe de Hasselt prit fin. Mgr Charue au moins fut ravi du travail fait : « Je vous félicite vivement de ce beau travail que vous avez accompli sur le sujet combien délicat du mariage et de la famille. Vraiment, j’admire comment vous avez pu trouver la voie sage, au milieu des écueils qui semblaient faire obstacle à une mise à point. » [47]

4. Réunion à Ariccia

Heuschen pourra affirmer à juste titre dans ses lettres aux sœurs Verjans et à sa propre sœur que le texte De Matrimonio sera approuvé sans délai. La sous-commission De Matrimonio paraissait être la seule à avoir rédigé un projet de texte. [48] Lors de la réunion à Ariccia ce sujet, qui fut accueilli de façon très positive, fut l’objet de discussions les 1er et 2 février. [49] Là on exprima le vœu d’insérer dans l’introduction une brève analyse et description du mariage à l’époque actuelle, surtout dans une ère de changements sociaux. Les laïcs présents à Ariccia [50] demandaient de ne pas parler seulement du passé et du présent, mais aussi de l’avenir. Pour le reste, il y eu peu de changements. Ainsi Mgr Colombo put donner son approbation totale au texte - ce qui n’est pas sans importance, puisque il était de notoriété publique que Colombo était le conseiller théologique de Paul VI. Et même le P. Häring dont le texte fut refusé put retrouver ses idées dans la rédaction du document. [51]

Le résultat immédiat des propositions fut que dans l’introduction on accentua le fait que les chrétiens se réjouissent de tout ce qui permet au genre humain de progresser dans le respect et la considération pour la vie. Une meilleure connaissance scientifique de la sexualité humaine conduit à une plus grande responsabilité. Les changements sociaux créaient aussi de nouveaux défis pour les familles. Dans ce contexte, on pensait notamment au rôle particulier de la femme, l’égale de l’homme (cette conception était déjà présente dans le texte de Hasselt, mais fut encore plus accentuée maintenant), qui tient sa propre place dans la famille et dans la société. De plus, on attirait l’attention sur les nouvelles méthodes éducatives, qui respectent mieux le caractère personnel des enfants. En vertu de cela on faisait valoir que ces changements avaient provoqué une plus grande incertitude, ainsi qu’une certaine crise des consciences. Dans cet ordre d’idées, on attira l’attention sur les influences négatives des différents moyens de communication, « quibus plures vita sexuali improbe abutuntur ». De plus, on fit remarquer que les normes relatives à la vie et à un amour humain véritable étaient parfois menacées par certaines lois civiles : « Ita homines ad hedonismum et egoismum impelluntur ».

Que se passait-t-il pour les autres points ? Au point 3, on stipulait plus explicitement que les chrétiens devaient éviter au maximum l’adultère et le divorce : il appartient aux chrétiens mariés d’aspirer à la force de l’amour, à la grandeur d’âme et à l’esprit de sacrifice. À l’exception d’une remarque au point 5 disant que dès la conception, la vie doit être entourée d’un soin maternel et que l’avortement, qui prive injustement un innocent de la vie, ainsi que l’infanticide sont des crimes abominables, on ne changea que quelques éléments de phraséologie.

Les propositions de changement furent introduites le 3 février à Rome, par les évêques Heuschen et van Dodewaard, et les théologiens Heylen, van Leeuwen et Schillebeeckx. [52] Le texte amendé fut approuvé à l’unanimité le 4 février. On ajouta encore dans l’introduction que les parents doivent veiller à éduquer leurs enfants à vivre dans la tempérance et la chasteté. Au point 2, désormais intitulé De sacra indole matrimonii et familiae, on faisait référence à la responsabilité des enfants vis-à-vis de leurs parents, notamment dans l’adversité et dans leurs vieux jours. Lors d’une réunion plénière qui se déroula le 6 février, les rapports des différentes sous-commissions furent présentés. Le P. Schillebeeckx présenta le rapport concernant les activités de la sous-commission De Matrimonio. [53] Alors, le texte définitif [54] serait discuté le 8 février dans la sous-commission centrale, où, comme nous le verrons bientôt, les choses seraient traitées rapidement. Là où les autres sous-commissions avaient encore un bon bout de chemin à parcourir, le texte sur le mariage put être approuvé rapidement. [55]

5. Réunion de la sous-commission centrale élargie (Rome, 8 au 13 février)

Lors de la réunion de la sous-commission mixte centrale, tenue à Rome, Victor Heylen [56] présenta le texte De Matrimonio. Celui-ci fut bien accueilli : « On ne fut pas peu surpris et heureux de voir l’accueil fait à ce texte. Il fut accepté sans grandes modifications. » [57] On fit remarquer toutefois que dans l’introduction on devrait signaler un certain nombre de problèmes importants concernant le mariage. On pensait par exemple au problème démographique, à la position de la femme travaillant à l’extérieur, au problème de la bigamie et de la polygamie. On attirait aussi l’attention sur le fait qu’il faudrait accentuer l’amour conjugal dans des cultures qui ont une autre conception de la vie conjugale. [58] On tint compte de ces remarques en mentionnant explicitement que la dignité du mariage n’était pas respectée dans un certain nombre de régions, et en faisant allusion notamment à l’existence de la polygamie. L’observation déjà faite à Ariccia sur l’hédonisme et l’égoïsme fut accentuée. En outre on mentionnait plus clairement que des fatalités sociales et économiques mettaient la vie de famille sous pression, sans oublier de parler de la question de la croissance démographique. [59] La sous-commission centrale déplaçait quelques amendements demandés à Ariccia, notamment ceux qui avaient trait à la recherche scientifique (qui se trouvaient maintenant au point 5 - Deus Dominus vitae - avec l’addition explicite de théologiens et philosophes) et à l’éducation. La remarque relative à l’incertitude et à la crise des consciences fut éliminée, probablement parce qu’on estimait qu’elle était suffisamment abordée dans le point relatif aux conditions de vie modifiées. Au point 2 (De sacra indole matrimonii et familiae) on supprima la référence à Casti Connubii, mais pour le reste il ne s’agissait que de modifications stylistiques. Au point 3 (De amore coniugali) on ajouta surtout que divers mouvements, notamment des associations familiales, prennent soin des jeunes mariés pour les former et les soutenir. Quant au point 4 (De matrimonii foecunditate) il n’y eut pas de changements substantiels.

En réalité, il ne semblait y avoir qu’un seul point de discussion, à savoir s’il fallait ajouter des conclusions pratiques et pastorales ou non, alors qu’on n’avait pas encore de nouvelles de la part de la commission pontificale. C’était en effet la raison pour laquelle le texte restait vague au sujet de choses concrètes comme la question de savoir ce qui était autorisé ou non en matière de contrôle des naissances. On pensa même adresser une note au pape afin de lui suggérer une collaboration plus étroite avec la commission pontificale. On rédigea un projet de note, qui, en fin de compte, ne fut jamais envoyé. [60]

À la fin de la réunion, Heylen, qui avait présenté le texte, écrivit avec une joie tout à fait justifiée dans une lettre au cardinal Suenens « que le texte proposé a été accepté par la sous-commission ad hoc et par la sous-commission mixte ». [61] Dans sa lettre au cardinal, le professeur Heylen insistait sur le fait qu’on avait su développer « l’idée de « conjugalité » basée sur l’intersubjectivité », et cela « dans une terminologie relativement classique », projet dans lequel le critère fondamental « devient la dignité des personnes et de leurs actes, évitant le critère trop biologique ». [62] Début mars le texte serait relu une nouvelle fois par Mgr Philips. Toutefois, à ce moment-là, le texte était déjà intégré dans l’ensemble du schéma, à savoir sous les numéros 51-55.

La Relatio pour le De Matrimonio était écrite par Heylen, qui, dans son introduction, souligna que les diverses sous-commissions avaient travaillé sur base du texte conciliaire, en tenant compte des remarques, faites par les pères conciliaires. [63]Le rapport mentionnaitqu’on avait préparé un texte pastoral pour tous les hommes (etiam a non catholicis, immo a non christianis accipi, aut saltem intelligi possit). Puis les lignes les plus importantes du texte étaient mentionnées : signes des temps concernant le mariage et la famille (n° 51) ; la famille comme institution naturelle (avec ses biens et fins) et sacramentelle, l’importance de l’éducation religieuse, la famille comme source de joie et de sainteté pour les époux, leurs enfants et moteur pour le progrès de la société civile et l’accroissement de l’Église (n° 52) ; le vrai amour conjugal deviendra amor amicitiae, capable de réaliser la plénitude humaine, et est béni par la grâce et l’amour de Dieu. De cet amour conjugal une vraie fidélité, l’honnêteté et l’indissolubilité du mariage sont déduites ; Heylen souligna l’importance de l’éducation des jeunes en cette matière (n° 53) ; responsabilité des parents (l’importance de leur conscience ; non aux media inhonesta prohibita), reconnaissance que les mariages sans enfants non de defectu accusentur, égalité d’hommes et femmes, éloge des familles nombreuses (n° 54) ; respect pour la vie et motivation pourquoi on a évité une approche trop casuistique, la vie conjugale remplissant la volonté de Dieu et la loi divine, témoignage de l’amour du Christ (n° 55).

Entre temps, il était devenu apparent que tout le monde n’avait pas fait preuve du même zèle que les membres du Bénélux, et qu’il restait tant de travail à faire pour le schéma XIII, qu’une nouvelle version de celui-ci ne pourrait être prête avant le 29 mars 1965, [64] et ne pourrait être mise à la disposition des membres de la commission mixte que peu de temps avant leur réunion à Rome. [65]

6. La réunion plénière de la commission mixte (Rome, 29 mars - 6 avril)

Lors de cette réunion, l’ensemble du texte d’Ariccia-Rome pour le schéma XIII fut discuté. [66] Mgr Philips fit office de relator. Après quelques hésitations, on adopta la procédure suivante pour les travaux de la commission. Le père Häring lisait le passage à traiter, puis les évêques formulaient leurs remarques ; Philips présenta une réponse globale aux remarques faites et suggérait une solution. Dans sa tâche, Philips fut assisté à chaque fois par les rédacteurs des sous-commissions respectives ; dans notre cas donc par le professeur Heylen. [67] Le débat sur le mariage se déroula le samedi 3 avril (maintenant sous les numéros 59 et suivants). [68] Selon le témoignage de Mgr Charue, surtout la discussion sur l’amour conjugal fut très houleuse : « Discussions incroyables sur l’amour dans le mariage ». [69] Il était frappant de constater que certains pères, de par leurs réactions, donnaient l’impression de ne pas avoir lu le texte. Charue intervint alors en proposant de ne commencer le débat qu’après la lecture de l’ensemble du document. [70] Cette proposition fut acceptée et permit au débat de sortir de l’impasse, aussi parce que la majorité des participants adoptait une attitude positive vis-à-vis du projet de texte. D’ailleurs, en comparant le texte d’Ariccia/Rome [71] avec celui qui sera finalement envoyé à la Commission de coordination, [72] on ne trouvera que cinq amendements substantiels, tous proposés par Mgr Philips qui les avait formulés sur base de ses notes manuscrites prises durant le débat, et acceptés par les membres présents. [73] Dans les autres cas, il s’agit seulement de modifications linguistiques. En d’autres termes, même après cette réunion, le texte de Hasselt est maintenu pour plus de 70 %.

Les quatre premières modifications vraiment substantielles concernaient le numéro 61 (De sacra matrimonii et familiae indole). Après la première phrase de ce paragraphe, où on définit que le mariage a été fondé par le Créateur et qu’il s’agissait d’une alliance basée sur un consentement personnel irrévocable, on ajoutait qu’une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi de l’acte humain, par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des personnes, ce lien sacré échappe à la seule décision des conjoints. Puis, un peu plus loin dans ce texte, on ajoutait que l’amour conjugal ne peut exister en dehors d’une union légitime (legitima unio). L’institution du mariage doit être animée par cet amour conjugal, généreux et conscient et est ordonné à la procréation et l’éducation des enfants qui, tel un sommet, en constituent l’achèvement et le couronnement. Après le passage où l’amour conjugal est comparé à l’alliance entre le Christ et l’Église (avec référence à Éph. 5,25), on ajoute que cet amour conjugal, orienté et anobli par l’ascèse chrétienne (nobilitatur), est assumé dans l’amour divin, qui suscite aussi la virginité ; parce qu’il est enrichi par la vertu rédemptrice du Christ et de l’action salvifique de l’Église, il peut efficacement conduire à Dieu. Après la partie où on affirme que grâce aux parents eux-mêmes les enfants, bien plus tous ceux qui vivent dans le cercle familial, trouveront plus facilement le chemin du salut et de la sainteté, on ajouta encore que les époux, grandis par leur rôle de père et de mère, accompliront avec conscience leur devoir d’éducateurs. Et ils ne permettront pas que l’on méprise les tâches de la mère au foyer, mais ils les auront en grande estime : les enfants, spécialement les plus jeunes, ont besoin de la tendresse de leur mère. Un autre amendement fut introduit dans le numéro 62 (De amore coniugali). L’ordre social exige que l’on mette tout en œuvre pour que chaque être humain ait l’avantage de naître dans une famille vraiment unie (familia vere unita), dans laquelle il sera élevé et formé ; de cette façon, les enfants, parvenus à l’âge adulte seront en mesure de suivre leur vocation, même spirituelle, en engageant pleinement leur responsabilité et de choisir leur état de vie. Si un jour ils se marient, ils pourront fonder une famille dans des conditions morales, sociales et économiques favorables. [74]

Nonobstant la commotion du premier jour de discussion, le texte fut approuvé [75] pratiquement à l’unanimité le lendemain. [76] Le 8 avril 1965, Heylen pouvait informer le cardinal Suenens du fait que « la session de la commission mixte s’est bien terminée. (…) Le texte concernant le mariage et la famille a été bien reçu. Le seul point pénible fut une longue discussion sur l’amour … ». [77] C’est pour ces raisons qu’on avait ajouté un certain nombre d’amendements présentés ci-dessus afin de mieux faire valoir le caractère institutionnel du mariage, d’accentuer le rôle éducatif spécifique de la mère, et enfin « de mettre en relief l’amour divin dans la virginité et dans l’ascèse chrétienne ». [78] Finalement, Philips avait joué un rôle important dans le déroulement rapide de la discussion. [79]

Entre le 8 avril et la fin du mois d’avril 1965 le texte reçut « sa dernière toilette ». [80] Entre le 8 et le 10 mai on vérifia encore une dernière fois le texte latin. Il est clair que pour la partie De Matrimonio, les latinistes n’avaient plus grand-chose à faire. Une simple vérification montre que les changements stylistiques étaient vraiment minimes.

La Commission de coordination se réunirait les 11 et 12 mai à Rome. Au fond, l’agenda n’était pas trop chargé, et sur base des sources disponibles, on a l’impression qu’elle s’est seulement réunie le 11 mai. Pendant cette réunion, on semble n’avoir eu à discuter que le schéma sur les missions et le schéma XIII. Le cardinal Suenens, qui devait présenter la Relatio du schéma XIII, avait constamment été mis au courant du travail par les membres de la sous-commission durant les mois précédents. Au moins pour le De Matrimonio il y a une abondance de matériaux disponibles, qui indique que les compatriotes de Suenens le tenaient bien au courant sur une matière qui lui tenait énormément à cœur. [81] Pour la préparation des discussions à Rome, Suenens recevait les renseignements nécessaires de Philips et Haubtmann. [82] Philips proposait dans sa lettre à Suenens que les modérateurs plaident la possibilité de pouvoir corriger les textes pendant la quatrième session, mais de ne plus y insérer d’ajouts. Dans ce contexte, Philips faisait remarquer qu’on se plaignait d’une part des textes trop longs, mais qu’en même temps, on voulait toujours insérer de nouvelles idées dans des textes existants. Toutefois, il se montrait satisfait parce que le texte présenté semblait plus court que le texte (avec Adnexa), tel qu’il fut distribué pendant la troisième session aux pères (30.000 mots contre 38.000 dans la phase précédente). [83] Philips expliquait de façon détaillée la raison pour laquelle le comité de rédaction avait une préférence pour le titre Constitutio Pastoralis. En utilisant ce terme, on pouvait tout aussi bien faire honneur au caractère doctrinal du schéma, qu’en démontrer le caractère pastoral.

Suenens fit ce qu’on attendait de lui. Ce n’était d’ailleurs pas une tâche aussi difficile. Le schéma en tant que tel fut déjà approuvé par le Concile lors de la troisième session. Par conséquent, la Commission de coordination ne pouvait plus empêcher le travail des différentes sous-commissions. [84] Dans son rapport, Suenens traita les points suivants : le titre Constitution pastorale, la longueur et la relative nouveauté du texte, la structure du schéma, les travaux préparatoires, le public auquel le texte est adressé, le style du texte et son actualité. [85] Suenens devait surtout défendre la proposition de présenter le schéma XIII comme une constitution pastorale, proposition qui fut d’ailleurs soutenue par la majorité de la commission, mais à laquelle Cicognani, Morcillo et Felici s’opposaient. Selon le rapport de Suenens, le schéma XIII traite directement « de re pastorali », mais sans donner de directives. De plus, parce que le schéma avait des intentions pastorales, « non indiget discussione tam rigorosa uniuscujusque verbi ut solet fieri in re dogmatica. » [86] Suivant la suggestion de Philips, Suenens demandait explicitement de donner aux modérateurs le droit « indicere ut [patres] se abstineant a proponendis addendis nimis extensis », donc, seulement des corrections. Suenens soulignait aussi que le nouveau texte avait vraiment respecté les nombreuses suggestions, faites par les pères. [87] Il soulignait que le texte était approuvé avec unanimité (sauf une exception). [88] Finalement, il mentionnait le caractère biblique du texte et son actualité. [89], p. 4. Apparemment Paul VI se montrait content du nouveau texte, car le 28 mai le pape autorisait l’envoi du texte aux pères. En même temps, on commençait la traduction du texte dans des langues modernes, tels que l’anglais, l’espagnol et l’italien. En effet, le texte officiel latin était, pour une large partie, basé sur le texte français. [90]

7. Conclusion

Nous avons fait une modeste tentative pour retracer l’itinéraire peu connu et certainement peu étudié d’une partie du schéma XIII. Toutefois, il s’agissait ici de l’histoire d’un sujet important : le mariage et la famille. De plus, il s’agissait d’un sujet où, apparemment pour certains protagonistes, l’amour conjugal était quelque chose de nouveau, tandis que d’autres plaidaient pour ou contre les familles nombreuses. Les uns se montraient favorables à l’usage des contraceptifs tandis que d’autres dénonçaient dans cette opinion toutes sortes de tentations du diable. L’encyclique de 1968, Humanae vitae, fera comprendre tout le poids de ce sujet.

Le thème que nous venons de traiter éclaire aussi la façon de travailler des participants au Concile, tant Belges que Néerlandais (qu’ils y participent officiellement ou officieusement). Le groupe de travail de Hasselt autour du De Matrimonio a joué le jeu conciliaire d’une manière correcte : on gardait la structure du texte, tel qu’il fut approuvé en principe durant la troisième session. Mais en même temps, on tenait compte des observations des pères, qui ont été examinées avec le sérieux requis et qui ont été intégrées dans le nouveau projet de texte. De même on constate comment ce groupe était mis sous pression par le timing rigoureux imposé par les organes directeurs du concile.

Pour ce qui concerne la valeur exacte du texte de Hasselt, on peut avancer maintes considérations dans une période postconciliaire. Il est un fait certain que des théologiens importants de cette époque y ont collaboré (Cf. Schillebeeckx, Delhaye), que le projet de Hasselt tint bon jusqu’au début de la quatrième session conciliaire, et que le père Häring y ait retrouvé ses propres idées, dans une meilleure formulation et mieux justifiées. Le but de cette présentation était surtout de démontrer que les périodes les plus complexes du point de vue scientifique mais en même temps les plus intéressantes du Concile Vatican II sont celles des intersessions. Ces périodes, rarement populaires à cause de la « dispersion » des dossiers et des participants, sont souvent difficiles à examiner et à comprendre. Cependant c’est surtout alors que le véritable travail conciliaire a eu lieu. Jusqu’à présent, on ne sait pas encore grand-chose sur ces intersessions. Beaucoup de travail nous attend encore !


[1] Pour l’histoire de ce chapitre, voir la thèse de doctorat (non publiée), présentée à la K.U. Leuven sous la direction du prof. V. Heylen, de G. Poier, Il Matrimonio e la Famiglia nel Capitolo I° - Parte II della Costituzione pastorale « Gaudium et Spes », 1970 (pour le texte de Hasselt, voir p. 241-249).

[2] Cf. la note de K. Schelkens, In memoriam Joseph-Marie Heusschen (1915-2002), dans ETL 78 (2002) 567-569.

[3] Sur le rôle des Belges au sein du Concile, voir e. a. L. Declerck, Le rôle joué par les évêques et periti belges au Concile Vatican II. Deux exemples, dans ETL 76 (2000) 445-464. ID., De rol van de Squadra Belga op Vaticanum II, dans Collationes, 32, 2002, 341-372 (avec amples références bibliographiques).

[4] Voir R. Burigana - G. Turbanti, La dernière intersession, dans G. Alberigo - E. Fouilloux (éd.), Histoire du concile Vatican II (1959-1965). T. IV : L’Église en tant que communion. La troisième session et la troisième intersession (Septembre 1964-septembre 1965), Paris - Louvain, 2003, p. 555-745.

[5] G. Turbanti, Un concilio per il mondo moderno. La redazione della costituzione « Gaudium et spes » del Vaticano II (Testi e ricerche di scienze religiose. Nuova serie, 24), Bologna, 2000, 829 p. À la p. 527, note 123, Turbanti croit à tort que le Textus relationis provisorius date de mars 1965, tandis que ce texte a été rédigé avant le 20.1.1965.

[6] Au sujet de sa contribution au concile, voir surtout J. Grootaers, De spanningen rond het huwelijkshoofdstuk van “Gaudium et spes” en het aandeel van prof. V. Heylen in het redactiewerk daarvan, in Ethische vragen voor onze tijd. Hulde aan Mgr Victor Heylen, Anvers - Amsterdam, 1977, p. 155-177.

[7] Les documents conciliaires du père Schillebeeckx se trouvent à Louvain (Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II, Bibliothèque de la Faculté de Théologie, K.U.Leuven), et à Nimègue (KDC). Grâce aux bonnes relations entre ces deux instituts on trouvera à Louvain une photocopie des pièces dont l’original se trouve à Nimègue et vice-versa. Seuls les documents conservés à Nimègue sont déjà inventoriés de façon très rudimentaire pour ce qui concerne la partie conciliaire. Sur la personnalité de Schillebeeckx, voir maintenant E. Borgman, Edward Schillebeeckx. Een theoloog in zijn geschiedenis. 1. Een katholieke cultuurtheologie (1914-1965), Baarn, 1999.

[8] Pour ce qui concerne le débat sur le mariage durant la troisième session, voir N. Tanner, « Ecclesia ad extra », dans Alberigo - Fouilloux (éd.), Histoire. T. IV : L’Église en tant que communion, p. 374-381.

[9] Cf. AS III/6, p. 50s.

[10] L. Declerck, Le rôle joué par les évêques et periti belges au concile Vatican II, p. 459-461.

[11] L’intervention du cardinal Suenens provoqua un choc parmi des personnalités conservatrices telles que Ruffini ; voir par exemple sa lettre à Cicognani, dans F.M. Stabile, Il cardinale Ruffini e il Vaticano II. Le lettere di un intransigente, dans Cristianesimo nella storia 11 (1990), p. 137-138. Surtout la demande d’un élargissement de la commission (c’est-à-dire par des non-italiens) semble avoir fait mauvaise impression ; cf. La lettre de Heuschen du 8 novembre 1964 aux sœurs Verjans (Fonds Heuschen, n° 552). La retractatio de Suenens fut probablement faite à la requête du conseiller théologique du pape, Carlo Colombo, qui a suggéré au pape d’exiger une mise au point de la part du cardinal Suenens (cf. lettre du 3.11.1964 de C. Colombo au pape, F. Colombo LG-C3-17, 765). Cette demande fut ensuite communiquée à Suenens par le cardinal Agaganian, le 4 novembre 1964 ; cf. L. Declerck - W. Verschooten (éd.), Inventaire des papiers conciliaires de Monseigneur Gérard Philips, secrétaire adjoint de la Commission doctrinale. Avec une introduction par J. Grootaers (Instrumenta Theologica, 24), Louvain, 2001, n° 1921.

[12] Pour la requête du pape, voir L. Declerck - E. Louchez (éd.), Inventaire des Papiers conciliaires du cardinal L.-J. Suenens (Cahiers de la Revue théologique de Louvain, 31), Louvain-la-Neuve, 1998, n° 2245. La publication de cet inventaire est le résultat d’une initiative commune du Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II de la Faculté de théologie de Louvain, et du Centre Lumen Gentium de la Faculté de théologie de Louvain-la-Neuve.

[13] Des évêques africains demandèrent d’insérer explicitement dans le texte que la liberté personnelle dans la célébration du mariage soit garantie. Ils abordèrent aussi le problème de la polygamie comme attentat à la dignité de la femme et comme étant contraire à la conception chrétienne du mariage.

[14] Voir L.A.G. Tagle, La « semaine noire » de Vatican II (14-21 novembre 1964), dans Alberigo - Fouilloux (éd.) Histoire. T. IV : L’Église en tant que communion. La troisième session et la troisième intersession (Septembre 1964-septembre 1965), Paris-Louvain, 2003, p. 473-553.

[15] J. Grootaers - J. Jans (éd.), La régulation des naissances à Vatican II. Une semaine de crise (ANL, 43), Louvain - Paris - Sterling (US), 2002, p. 307 : Appendice 1. Extraits d’une conversation avec Mgr Ph. Delhaye (Namur, 23 octobre 1976). Grootaers s’appuie ici sur son Diarium, Cahier n° 124, entretien du 23 octobre 1976.

[16] R. Burigana - G. Turbanti, La dernière intersession, p. 635s. démontrent bien que Häring, malgré sa « dégradation », continuait à collaborer de façon constructive au schéma XIII.

[17] Pour ce qui concerne le rôle de Philips dans le concile, voir l’article de synthèse de J. Grootaers, Gérard Philips à Vatican II. Une silhouette exceptionnelle, in Declerck - Verschooten (éd.), Inventaire des papiers conciliaires de monseigneur Gérard Philips, p. xxiii-xxxviii.

[18] Voir Ibidem : « On s’adressa à Philips, mais celui-ci refusa pour des raisons de santé. » L’histoire racontée par Delhaye semble être confirmé par Y. Congar, Mon Journal du Concile, présenté et annoté par Éric Mahieu, T. II, Paris, 2002, p. 148, le 21 septembre 1964 : « Je vois Mgr Guano qui me dit penser à doubler le P. Häring par Mgr Philips comme rédacteur du schéma XIII et comme secrétaire de la Commission. » Que les travaux de cette sous-commission centrale ne progressaient guère, fut confirmé par O. Semmelroth, Tagebuch, Tl. II, 17 november 1964 : « Da ist doch nun ein umstündlicher Apparat, der unter Leitung von Bischof Guano - der mehr ein Mystiker als ein führender Mann ist - und P. Häring unmöglich zum Arbeiten kommt. Man verlor sehr viel Zeit für ziemlich überflüssige Ergänzungen. Es wird sehr schwierig sein, das 13. Schema mit diesen Leuten zu einer guten Gestakt kommen zu lassen. » Cf. aussi Congar, Mon Journal du Concile, T. II, p. 271-272 (le 16 novembre) : « Comme presque toutes les réunions de cette commission mixte, elle a été vide, sans grand contenu. » Même complainte le 17 novembre (Cf. p. 277 : « On tourne autour, on perd du temps. Rien n’est prêt, rien ne se décide. Tout le monde sort très insatisfait. »

[19] Cf. Ph. Bordeyne, Pierre Haubtmann au Concile Vatican II. Un historien et un théologien de l’inquiétude contemporaine, dans ETL 77 (2001) 356-383. Il paraît que Mgr Guano avait choisi Haubtmann, sur instigation de Tucci ; cf. Burigana - Turbanti, La dernière intersession, p. 634.

[20] Cf. J. Famerée - L. Hulsbosch (éd.), Concile Vatican II et Église contemporaine. 3. Inventaire du Fonds Ph. Delhaye (Cahiers de la Revue théologique de Louvain, 25), Louvain-la-Neuve, 1993 ; É. Gaziaux, Morale de la foi et morale autonome. Confrontation entre Ph. Delhaye et J. Fuchs (BETL, 119), Leuven, 1995 (extrêmement intéressant pour la compréhension des idées de Delhaye pendant la période conciliaire.)

[21] Cf. Schéma XIII. Compte rendu de la réunion plénière de la sous-commission centrale du mardi 17 novembre et des réunions restreintes des 19 et 20 novembre 1964, p. 1 (Fonds Heuschen, Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II, Bibliotheek van de Faculteit Godgeleerdheid, K. U. Leuven ; n° 252). Voir aussi Burigana - Turbanti, La dernière intersession, p. 637, où on mentionne une réunion du comité de rédaction le 5 décembre 1964, qui fixe un nouveau calendrier après que Felici avait marqué son désaccord. Cf. F. Haubtmann, n° 1468, Schéma XIII. Voyage à Rome, 3-10 déc. 1964.

[22] À tort le texte de ce compte-rendu écrit Moehler. Cf. aussi Cl. Soetens (éd.), Concile Vatican II et Église contemporaine. 1. Inventaire des Fonds Ch. Moeller, G. Thils et Fr. Houtart (Cahiers de la Revue théologique de Louvain, 21), Louvain-la-Neuve, 1989.

[23] Cf. Schéma XIII. Compte rendu de la réunion plénière de la sous-commission centrale du mardi 17 novembre et des réunions restreintes des 19 et 20 novembre 1964, p. 4 (Fonds Heuschen, n° 252).

[24] Cf. Schéma XIII. Compte rendu de la réunion plénière de la sous-commission centrale du mardi 17 novembre et des réunions restreintes des 19 et 20 novembre 1964, p. 4 (Fonds Heuschen, n° 252). En réalité, le pape ne fit approuver pour diffusion le nouveau schéma XIII que le 28 mai 1965.

[25] Lettre de A. Glorieux à Heuschen, 21 décembre 1964 (Fonds Heuschen, n° 267)

[26] Lettre de A. Glorieux à Heuschen, 21 décembre 1964 (Fonds Heuschen, n° 267).

[27] Cf. sa critique substantielle relative à l’Adnexum de Matrimonio et Familia. En complément du schéma XIII on distribua une série d’Adnexa aux pères le 30 septembre, non pas dans l’intention de les discuter mais bien de réunir les remarques ou annotations des pères qui devaient être envoyées au secrétariat ; cf. AS III, 5, p. 147 ; au sujet de l’Adnexum sur le mariage, voir AS III, 5, p. 158-168 ; pour le commentaire approfondi d’Heuschen, cf. Animadversiones in « De Matrimonio et Familia » (Fonds Heuschen, n° 265) ; dans ce contexte, voir aussi la lettre de Ph. Delhaye à Heuschen, 9 décembre 1964 : « Tenant compte des conseils que vous avez bien voulu me donner lundi - et dont je vous remercie beaucoup car la plupart du temps, les experts sont laissés à eux-mêmes … » (Fonds Heuschen, n° 260).

[28] Voir maintenant L. Declerck - A. Haquin (éd.) Mgr Albert Prignon. Journal conciliaire de la ive session (Cahiers de la Revue théologique de Louvain, 35), Louvain-la-Neuve, 2003 (avec une excellente introduction par Cl. Troisfontaines).

[29] En ce qui concerne les noms des participants, voir la lettre de Delhaye à Guano, janvier 1965 (Fonds Delhaye, n° 924) : « … un petit groupe de travail s’est réuni à Hasselt auprès du prélat (Heuschen). M. Heylen, les PP. Schillebeeck (sic !) et Leeuwen (sic !), et moi-même … ». Les mêmes noms dans une note manuscrite de Schillebeeckx sur un document, qu’il avait préparé pour la réunion d’Hasselt : Huwelijk en gezin. In verband met « schema 13  », p.1 (Document récemment retrouvé ; voir Fonds Schillebeeckx, Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II, documents non inventoriés). Dans ses Concilie-herinneringen Heuschen (Fonds Heuschen, n° 384) mentionne encore la présence du père Piet Smulders (dans une addition manuscrite), mais on n’a trouvé aucune trace relative à sa présence dans les archives consultées et on peut conclure que cette addition est une erreur. E. Schillebeeckx, dominicain belge, professeur de théologie dogmatique à l’Université catholique de Nimègue était consulteur de l’épiscopat néerlandais et venait de publier un livre Het Huwelijk. Aardse Werkelijkheid en Heilsmysterie, Bilthoven, 1963. Bertulf (Peter) van Leeuwen o.f.m. était professeur d’ecclésiologie (et avait publié sur le problème des mariages mixtes), consulteur des évêques indonésiens (ancienne colonie des Pays-Bas) et peritus conciliaire. Ph. Delhaye était professeur de théologie morale (Lille, Montréal, Louvain) et peritus conciliaire. A. Prignon, ancien professeur de théologie dogmatique au Grand Séminaire de Liège, était recteur du collège belge à Rome et peritus conciliaire. V. Heylen était professeur de théologie morale à l’Université catholique de Louvain.

[30] Cf. dans ce contexte les hésitations de Heylen exprimées dans sa lettre à Heuschen, le 24 décembre 1964 (Fonds Heuschen, n° 273). C’est surtout à l’initiative de Heuschen (probablement avec le soutien de Philips) qu’on a repris la structure générale de l’article 21, mais alors complétée de façon substantielle ; cf. la lettre de Delhaye à Houtart (Fonds Delhaye, n° 920). En tout cas, à Hasselt on n’a guère tenu compte de l’Adnexum.

[31] Cf. les Animadversiones in textum propositum de Delhaye (Fonds Heuschen, n° 286).

[32] Lettre de Delhaye à Heuschen, 21 décembre 1964 (Fonds Heuschen, n° 263). Dans le rapport joint à la lettre, p. 1, on lit la formulation suivante : « Patres pertinentes ad opinionem severiorem fiunt rariores et aliqui eorum mitiorem opinionem exponunt … Ex altera parte opiniones latiores numerosiores et audaciores fiunt ita ut aliqui Patrum admittent legitimitatem mediorum chimicorum vel physicorum anticonceptualium. » (Fonds Heuschen, n° 264).

[33] Lettre d’Heylen à Heuschen, 3 janvier 1965, voir Famerée - Hulsbosch (éd.), Inventaire du Fonds Ph. Delhaye, n° 917. Selon cet inventaire, la lettre fut envoyée à Delhaye, mais aussi bien l’appellatif « Excellence », à l’époque où Delhaye n’était pas encore prélat, que l’addition : « Le nombre d’exemplaires sert à faciliter les corrections et la rédaction ultérieure », [ces éléments] nous font supposer que ce texte a été envoyé à Heuschen en copies multiples, pour la réunion à Hasselt. Pour le texte même, voir Fonds Delhaye, n° 918 ; cf. Fonds Schillebeeckx, n° 338.

[34] S’appuyant sur une comparaison du texte de Heylen d’une part et sur les Animadversiones in textum propositum de Delhaye d’autre part, on a l’impression que Heylen a largement tenu compte des remarques de Delhaye ; d’ailleurs, dès le 10 janvier, Delhaye était en voyage au Canada, et donc absent à Hasselt. Du document de Delhaye on prit par exemple : l’idée d’un contrat de mariage, l’introduction du concept de sacramentum ; la citation de l’encyclique Casti Connubii ; l’importance de la préparation au mariage ; la responsabilité des parents, etc. (Fonds Heuschen, n° 286). Il est vrai que les Animadversiones in textum propositum constitueront la base du Textus Relationis provisorius, mais Heuschen a tellement retravaillé les Animadversiones que, du moins pour la forme, nous sommes en présence d’un texte entièrement neuf ; cf. le texte rédigé par Heuschen (Fonds Heuschen, n° 293).

[35] Pour le texte de Heylen, Dignitas matrimonii et familiae, 6 p., voir Fonds Heuschen, n° 277 ; Fonds Delhaye, n° 918.

[36] A.A.S., 22, 1930, 583.

[37] On n’a pu comprendre régulièrement le texte initial de Heylen qu’en s’appuyant sur les corrections de Mgr Heuschen. Souvent Heylen réussissait à mettre des sujets au pluriel à côté de verbes au singulier.

[38] Cf. l’exemplaire du texte de Heylen, avec des remarques de Philips et remanié par Heuschen (Fonds Heuschen, n° 282).

[39] L’emprunt d’idées ne signifie pas forcément une reprise du texte. Chaque pensée fut traduite en un latin grammaticalement correct et donc compréhensible.

[40] Cette idée était aussi soulignée par le père Schillebeeckx dans son texte, mentionné dans la note 29.

[41] Cf. Textus emendatus n. 21 prout a Commissione laboris proponitur (Fonds Heuschen, n° 283, où se trouve également une traduction française de ce texte, Fonds Heuschen, n° 285).

[42] À titre d’exemple : dans le texte de Heylen on lit : « Sacra Synodus constantem perennemque Ecclesiae doctrinam insequens de valore ac sanctitate ordinis familiaris, illis peculiariter se attentam praebet, quibus pastorali cura ducendae sunt animae ». Dans le latin élégant de Heuschen ce passage devient : « Sacra Synodus, perenni Ecclesiae doctrinae de natura, valore ac sanctitate ordinis familiaris inhaerens, peculiari modo operam dare intendit iis omnibus, quae ad pastoralem matrimonii familiaeque curam pertinent. »

[43] Cf. la lettre de Philips à Heuschen, 13 janvier 1965 (Fonds Heuschen, n° 281).

[44] Cf. Fonds Philips n° 2208 ; corrections manuscrites fondées sur des observations de Charue (Fonds Heuschen, n° 295). Lettre de Charue, 20 janvier 1965.

[45] Pour les deux textes, voir Fonds Heuschen, n°s 293 et 286.

[46] Lettre de Charue, 20 janvier 1965 (Fonds Heuschen, n° 295).

[47] Lettre de Charue, 20 janvier 1965 (Fonds Heuschen, n° 295).

[48] Cf. dans ce contexte la réaction de Mgr Charue, dans L. Declerck - Cl. Soetens (éd.) Carnets conciliaires de l’évêque de Namur A.-M. Charue (Cahiers de la Revue théologique de Louvain, 32), Louvain-la-Neuve, 2000, p. 228 : « Le P. Möhler n’a préparé aucun texte. C’est encore nous qui avons le plus apporté. Quelle chance d’avoir Dondeyne : il va sympathiser très fort avec le P. Tucci et à eux deux, ils nous sauveront. » Le texte De Matrimonio, en raison de sa préparation approfondie, ne rencontra plus de difficultés majeures. Vu l’importance particulière qui était donnée à cette époque au mariage, à la sexualité et aux moyens de contraception et compte tenu des activités importantes de la commission pontificale compétente en ces matières, la façon dont cet épisode est traité dans l’Histoire du Concile Vatican II pourrait être qualifiée de relativement superficielle. Voir Burigana - Turbanti, La dernière intersession, p. 640.

[49] Lettre de Heuschen aux sœurs Verjans, 1er février 1965 (Fonds Heuschen, n° 556) ; Lettre de Heuschen à sa sœur, 1er février 1965 (Fonds Heuschen, n° 459) ; cf. aussi la Subcommissionis de Matrimonio et familiae sessionum in Ariccia relatio (Fonds Schillebeeckx, dossier 338a).

[50] Dans la Subcommissionis de Matrimonio et familiae sessionum in Ariccia relatio (Fonds Schillebeeckx, dossier 338a) on retrouve les noms suivants : Mme. Maria Pilar Bellosillo ; prof. B. Colombo ; prof. Ch. De Koninck et Mr. L. Baas.

[51] J. M. Heuschen, Concilieherinneringen, p. 19 (Fonds Heuschen, n° 384).

[52] Lettre de Heuschen aux sœurs Verjans, 3 février 1965 (Fonds Heuschen, n° 557) ; Lettre de Heuschen à sa sœur, 1 février 1965 (Fonds Heuschen, n° 459). Pour ce qui concerne les noms, voir Schillebeeckx, Brevis relatio de laboribus Subcommissionis « De matrimonio et familia » apud « Casa Divino Maestro », le 6 février 1965 (Fonds Schillebeeckx, dossier 338a), p. 2. Pour le texte, élaboré à Rome par Heuschen, Schillebeeckx et Heylen, dactylographié par Heuschen et soumis à la sous-commission à Ariccia le 4.2.1965, cf. Fonds Heylen, n° 14, Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II (Bibliothèque de la Faculté de théologie, K.U. Leuven).

[53] Ce n’est pas à tort que Congar, Mon Journal du Concile, T. II, p. 318-319 observe (en capitales) : « groupe très Belgo-Néerlandais ».

[54] Cf. Fonds Philips, n° 2225.

[55] Lettre de Heuschen aux sœurs Verjans, 4 février 1965 (Fonds Heuschen, n° 558).

[56] Mgr Heuschen était retourné en Belgique avec le professeur Dondeyne à la veille de cette réunion ; Charue, Carnets conciliaires, p. 230. Concernant la discussion, voir Congar, Mon Journal du Concile, T. II, p. 321 : « Texte intéressant en ce qu’il ne sépare pas mariage et amour. Mais texte de ton assez dogmatique et qui n’aborde pas la question de la régulation des naissances, puisque le Pape se l’est réservée. Ainsi le texte reste manchot. »

[57] Charue, Carnets conciliaires, p. 231.

[58] Cf. Relatio de sessione subcommissionis mixtae die 8 Februarii ante meridiem habita in Vaticano : De dignitate matrimonii et familia fovenda (Fonds Prignon, Addenda, n° 2071).

[59] Cf. Fonds Moeller, n° 1294.

[60] Fonds Heylen, n° 15 : (Nota de solvenda quaestione posita circa actus licitos vel illicitos in regulanda foecunditate humana.)

[61] Lettre du prof. Heylen au cardinal Suenens, 12 février 1965 (voir Declerck - Louchez (éd.), Inventaire des papiers conciliaires du cardinal L.-J. Suenens, n° 2446).

[62] Ibidem.

[63] En tout cas, la machine à écrire est celle de Heylen ; pour le rapport, qui porte comme titre Relatio capitis I Partis III. De dignitate matrimonii et familiae fovenda, voir, par exemple, Fonds Haubtmann, n° 1578. La date du 25 mars est ajoutée par Haubtmann. C’est intéressant à voir que cette Relatio n’a pas subi des changements majeurs pendant la réunion plénière de la commission mixte et qu’elle est quasi intégralement reprise dans le schéma XIII, comme il a été envoyé aux pères début juin (Haubtmann ne recevra cette relatio que le 24 juin 1965 ; Fonds Haubtmann, n° 1682). Voir, Constitutio pastoralis De Ecclesia inmundo huius temporis,p.100-102.

[64] Lettre de A. Glorieux et S. Tromp aux membres de la commission mixte, 18 janvier 1965 (Fonds Heuschen, n° 256).

[65] Finalement, on envoya le 27 mars 1965 le texte (sauf la conclusion générale, les notes, les relations et l’index) aux membres de la commission mixte pour le schéma XIII (voir, par exemple, Fonds Haubtmann, n° 1624).

[66] Mgr Guano avait fortement insisté pour abréger la troisième partie ; Philips proposa à Haubtmann de supprimer plusieurs parties du chapitre De cultura et celui concernant l’économie. Tout cela résulterait dans une diminution de quatre pages ; cf. Lettre de Philips à Haubtmann, 15 mars 1965 (Fonds Haubtmann, n°1577).

[67] Selon les notes de Haubtmann, cette procédure était introduite le 31 mars (Fonds Haubtmann, n° 1627, p. 8). Voir aussi, Grootaers, De eindtekst van Schema XIII, dans De Maand 9 (1966) 36-49, p. 42.

[68] Pour les détails de la discussion, voir Fonds Haubtmann, n° 1627 : Liasse de feuilles donnant le compte rendu, jour par jour, des séances de la commission plénière mixte du 29 mars au 6 avril 1965, p. 45-55. Dans ses Carnets conciliaires, p. 247, Charue situe ce débat le 2 et le 3 avril. Mais aussi bien Congar (Mon Journal du Concile, T. II, p. 357 sv.), de Lubac (Mémento sur le concile, p. 596 sv.) et Tromp (Relatio Secretarii de laboribus Commissionis de Doctrina Fidei et Morum, 22 Nov. 1964 - Iuli 1965, p. 33, cf. F. Philips, p. 6 ) affirment que le débat sur le De Matrimonio a lieu uniquement le samedi 3 avril.

[69] Charue, Carnets conciliaires, p. 247. Les notes de Haubtmann donnent de beaux exemples : « Insister sur le consensus plus que sur l’amour » (Ottaviani) ; « On insinue que l’amour est l’essence du mariage. C’est autre chose que la doctrine traditionnelle » (Spanedda ; il ne donna pas l’impression d’avoir lu le texte, comme le montrent bien les réactions de van Dodewaard et de Dearden). L’ intervention de Charue était très sèche et sévère : « Ont-ils (les opposants) lu le texte ? Il faut tout lire avant de s’opposer. » ; voir Fonds Haubtmann, n° 1627, p. 48.

[70] Une confirmation de l’intervention et de la proposition de Charue figure dans Congar, Mon Journal du Concile, T. II, p. 359.

[71] Cf., par exemple, Fonds Philips, n° 2261.

[72] Cf., par exemple, Fonds Philips, n° 2465.

[73] Ceci apparaît clairement en comparant les documents du Fonds Philips n° 2362 et n° 2363. Même pour les changements de détails, on peut identifier - avec nom et prénom - l’auteur de telle ou telle modification linguistique.

[74] Cf. Schéma de la Constitution pastorale, L’Église dans le monde de ce temps, TPV, 25.6.1965, p. 53-59, Fonds Philips, n° 2487.

[75] Dans une lettre au cardinal Suenens Mgr Philips fait rapport que lors du vote, il n’y a eu qu’une seule voix contre l’ensemble du schéma XIII, de même que pour le De Matrimonio ; cf. Fonds Philips n° 2469.

[76] Charue, Carnets conciliaires, p. 247-248.

[77] Lettre du prof. Heylen au cardinal Suenens, 8 avril 1965 (Fonds Suenens, n° 2461).

[78] Ibidem.

[79] « Monseigneur Philips qui a défendu le texte avec beaucoup d’autorité … » ; Lettre du prof. Heylen au cardinal Suenens, 8 avril 1965 (Fonds Suenens, n° 2461) ; Congar, Mon Journal du Concile, T. II, p. 359 : « Philips doit répondre à tout. C’est un travail terrible qui lui est imposé là. ». Voir aussi son jugement positif (il est vrai non sans quelques traces de jalousie) du travail réalisé par les Belges, précisément à propos du débat concernant le mariage (p. 360). Le père Congar rapporte aussi l’agacement du père de Lubac au sujet de la place que les Belges prennent dans le travail. De Lubac lui-même note dans son Mémento sur le concile, p. 598 : « En sortant, je constate mon accord avec le P. Gagnebet et quelques autres pour craindre que le schéma n’ouvre les portes aux abus. Le P. Martelet n’a pas caché là-dessus son sentiment au groupe belge, qui est un peu trop sûr de lui, et qui ne semble nullement enclin à suivre l’avis des évêques. Il y a là un entêtement et un essai d’accaparement regrettable. Mgr Philips, Belge lui-même, et désireux de voir le travail aboutir dans les délais convenables, se montre lui-même réticent dès qu’il s’agit de changer ou d’introduire quelque chose d’un peu substantiel. » ; cf. aussi Burigana - Turbanti, La dernière intersession, p. 643 : « Le grand metteur en scène de cette session fut Philips qui, comme en d’autres circonstances, sut mener la discussion avec habileté de telle manière que les diverses oppositions ne purent s’exprimer de manière globale sur le texte, seul risque sérieux qui aurait mis le schéma en péril. »

[80] Dans ce contexte, on doit souligner les contacts entre Haubtmann et la Belgique : Haubtmann venait deux fois en Belgique les 21-23 avril 1965 à Louvain « pour revoir la IIa Pars, et s’entendre sur les questions non arrêtées, en fonction des modi de la commission plénière mixte », et le 29 avril à Bruxelles et Louvain (pour discuter, entre autres, le schéma XIII et pour apporter à Suenens le chapitre IV) ; voir Haubtmann, Historique (mai 65) (entretien avec Mgr Garrone), 2 mai 1965 (Fonds Haubtmann, n° 1635), p. 2. Le Journal de Philips, Cahier XII, p. 40-41, montre que Philips a joué également un rôle de protagoniste pour le schéma XIII, notamment lorsqu’il s’agissait de défendre le texte dans la commission mixte plénière : « En fait, c’était moi qui ai mené la discussion du schéma XIII. Dans des circonstances curieuses. C’est un texte des Français, mais ceux-ci étaient convaincus de ne pas pouvoir le faire accepter par la commission sans faire appel à moi. » En outre, on ne peut pas oublier que Philips a fait un travail énorme en traduisant le texte français en latin et en harmonisant les Relationes ; voir, par exemple, ses lettres à Haubtmann, 8, 11 et 13 mai 1965 (Fonds Haubtmann, n°s 1779, 1780, 1781).

[81] Il s’agit d’ailleurs d’un sujet auquel Philips lui-même était fort intéressé. Une comparaison de deux textes du Fonds Philips, à savoir le n° 2473 (Relatio. Pars II. Caput II. De dignitate matrimonii et familiae fovenda) et le n° 2481 (Pars II, p. 21-52, la Relatio de toute la partie II et de la conclusion), nous montre qu’au moins pour cette partie, Philips fut le rédacteur final. En outre, il ne faut pas négliger le fait qu’en novembre 1964, on avait marqué son accord pour que la rédaction du texte se fasse en concertation étroite avec Philips.

[82] Lettre de Philips à Suenens, 3 mai 1965 (Fonds Philips, n° 2469). Parmi les papiers de Philips on retrouve, sous le n° 2468, un texte d’une page où Haubtmann donne lui aussi des consignes au cardinal. Toutefois, en comparaison avec le texte de Philips, celui de Haubtmann est plutôt bref ; pour le même texte, voir aussi Fonds Haubtmann, n° 1628.

[83] Philips aurait pu réduire le texte à environ 24.000 mots, mais la commission mixte avait eu tant d’idées pour l’ensemble du schéma XIII, que le texte devenait une fois de plus très élaboré (cf. Fonds Philips, n° 2469). Le même souci chez Haubtmann, qui donne une longue explication sur la longueur du texte ; voir Fonds Haubtmann, n° 1628.

[84] Ceci explique pourquoi on ne trouve aucun changement substantiel en comparant les documents du Fonds Philips, n°s 2465 et 2482 (le second étant le texte envoyé aux pères après l’approbation du pape).

[85] Suenens, Relatio de schemate decimo tertio, 11 mai 1965 (Fonds Haubtmann, n° 1629).

[86] Suenens, Relatio de schemate decimo tertio, 11 mai 1965 (Fonds Haubtmann, n° 1629), p. 1.

[87] Ibid., p. 1-2.

[88] Ibid., p. 3.

[89] Ibid

[90] Voir la lettre de Haubtmann à R. M. Goldie, Paris, 18 juin 1965 (Fonds Haubtmann, n° 1800) : « La traduction doit se faire en lisant le texte officiel - le latin - à la lumière du texte français, qui est le texte de référence. (…) Vous avez dû recevoir, comme tous les traducteurs ou « superviseurs » le texte français du schéma. Le texte latin (schéma ou photocopie) vous sera envoyé dès que possible. »


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