Dernière mise à jour : avril 2008

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Faculté de Théologie de l'Institut Catholique de Paris

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Le processus de reconnaissance civile des cursus de théologie au Brésil

  Antonio Manzatto
Professeur de théologie à l’Université de Sao Paulo (Brésil)

7 (2008/2) : 231-234.

La théologie a sa place dans l’Université au Brésil, puisqu’elle est au cœur du dispositif de l’enseignement supérieur catholique. Toutefois, ce n’est que tout récemment qu’elle a acquis une reconnaissance publique et un plein statut de discipline académique, alors que cette reconnaissance est ancienne dans certains pays d’Europe ou d’ailleurs.

Depuis 1999, le gouvernement brésilien reconnaît les cursus académiques de théologie, à tous niveaux, depuis la licence jusqu’au master et au doctorat. La législation prévoit que l’État, qui est laïc, édicte des normes quant aux aspects formels des enseignements et non pas quant à leur contenu, celui-ci restant sous la responsabilité des confessions religieuses de tutelle.

Cette reconnaissance civile n’est pas sans signification. Il s’agit d’une parole publique qui énonce l’intérêt de la société pour les disciplines théologiques, d’une part en tant qu’elles appartiennent légitimement à l’univers des savoirs aux côtés des sciences et des arts, d’autre part en raison de leur portée pour l’organisation même de la vie en société.

Il s’agit là d’une parole qui vient non pas du monde ecclésiastique ou de la théologie elle-même, mais de la société pluraliste et laïque. Cette parole appelle une réponse de la part des institutions qui organisent la recherche et l’enseignement en théologie. Cela concerne au premier chef les universités catholiques qui, en différentes disciplines, sont réputées pour la très grande qualité de leur recherche scientifique et de leur enseignement. Cela suppose que les institutions catholiques acceptent de rendre public le contenu de leurs cours de théologie et de les ouvrir à tous ceux qui pourraient être intéressés.

À cet égard, quelques défis méritent d’être relevés :

Le premier concerne l’Église :

Les évêques et les enseignants pourraient soumettre les cours de théologie à l’évaluation publique et les ouvrir à des publics plus larges, de telle sorte que le métier de théologien se professionnalise progressivement. Au moins dans nos régions, les évêques se sont parfois montrés très réticents à l’égard de ces procédures d’officialisation, ayant toujours préféré résoudre la question de la formation théologique de manière “domestique”, en faisant de la théologie, en quelque sorte, une affaire de formation au ministère presbytéral. Or, les laïcs, hommes et femmes, ont droit à une formation théologique de qualité. C’est dans cette ligne que vont certaines affirmations d’Aparecida, dernier document du CELAM.

Un autre défi concerne l’Université.

Accepter que la théologie soit membre à part entière du concert des savoirs scientifiques n’est pas monnaie courante dans le contexte universitaire et scientifique. La théologie est plutôt regardée comme un “dérivé de postulats confessionnels” ou comme une simple croyance. Or, la reconnaissance publique dont il est question procède de la société elle-même, qui affirme la valeur et l’intérêt du discours théologique, en le considérant comme une instance qui renvoie à la signification de l’humain. Les milieux scientifiques doivent prendre acte de l’ampleur de la production théologique mondiale, de sa consistance et de son importance dans l’univers de la culture, surtout en Occident, et de là reconnaître à leur juste valeur la recherche et les enseignements de théologie dans les universités catholiques, dont la mission est précisément de les promouvoir.

Le troisième défi concerne le travail professionnel du théologien, sa recherche et son enseignement.

C’est un défi pour la théologie elle-même et pour ceux qui y travaillent. Le discours théologique ne saurait être hermétique, il ne s’adresse pas aux seuls initiés. Il doit s’efforcer d’être signifiant pour l’humanité entière, en parlant de ce que veut dire être humain dans le monde. Par conséquent, surtout dans les milieux universitaires, il ne peut se résumer à une simple apologie de la religion ou, pire encore, à une simple catéchèse. Pour le théologien, il s’agit d’un véritable défi, qui l’oblige à prendre au sérieux sa responsabilité scientifique, son travail et son discours. Les affirmations théologiques doivent être mûries et l’on ne saurait défendre n’importe quel point de vue idéologiquement engagé. La théologie s’élabore avec rigueur, intelligence et qualité, eu égard à ses exigences épistémologiques et rationnelles. Il faut éviter à tout prix une théologie qui resterait apologétique ou fondamentaliste. Réciproquement, le souci du dialogue ne doit pas conduire à diluer l’identité de la théologie.

En devenant un professionnel, le théologien s’engage dans un parcours académique qui l’oblige à dépasser une mentalité trop dépendante des intérêts propres à l’institution ecclésiastique. La théologie est un service de la foi chrétienne. En ce sens, elle entretient un rapport étroit avec l’ensemble de la communauté croyante. Mais, puisqu’elle énonce une parole sur la signification de l’humain, elle entretient aussi un rapport étroit avec l’ensemble de la société.

Certaines positions très laïcisées tiennent que la théologie devrait restreindre son public aux seuls initiés et aux seules personnes intéressées par les choses de la foi. Curieusement, ces positions rejoignent un certain fondamentalisme “spiritualiste” qui estime que la théologie n’a rien à voir avec les questions socio-politiques, puisque son objet est d’ordre purement “spirituel”. Ces deux discours s’accordent à refuser à la théologie une place dans l’espace public. Ce point de vue est malheureusement dépassé, puisqu’il ignore les évolutions récentes du discours théologique.

C’est la société qui, par la reconnaissance civile des cursus de théologie, affirme le droit de celle-ci à la parole. Les théologiens ne peuvent donc pas se limiter à faire de la catéchèse ou se cantonner dans un discours de sacristie. Il leur faut aller vers le débat public. Si cela exige des efforts de l’Église et des théologiens, ce n’est pas moins vrai des universités, notamment des universités catholiques qui doivent promouvoir les cursus de théologie et les soumettre à la reconnaissance officielle et civile.



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