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Dernière mise à jour : janvier 2008 |
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La question de l’Uniatisme7 (2008 / 1) : 65 - 72.
Les travaux du comité mixte catholique-orthodoxe en France à la lumière de la Déclaration de Balamand (1993)Il peut sembler judicieux qu’à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de l’Œuvre d’Orient une séance soit consacrée à cette question délicate et essentielle du dialogue œcuménique entre catholiques et orthodoxes. Derrière le vocable de « chrétiens orientaux », il existe des communautés ecclésiales non seulement riches de leurs traditions particulières mais affaiblies par de vieilles divisions. C’est de l’issue du dialogue œcuménique que peut dépendre leur unité, leur solidarité, et finalement la présence chrétienne non seulement en Orient mais dans toute la société mondialisée du 21e siècle. 1. Présentation du travail du Comité mixte catholique-orthodoxe en FranceNous venons de fêter récemment le 40e anniversaire du rapprochement entre les Églises catholique et orthodoxe, notamment de l’événement prodigieux que constitua en décembre 1965 la levée des excommunications réciproques de 1054. Le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras Ier ont lancé un dialogue fructueux dans une réciprocité qui les amena à parler de leurs deux Églises comme de deux « sœurs. » Ce « dialogue de la charité » entre les deux poumons de la chrétienté fut bientôt élargi, à partir de 1980, à un « dialogue de la vérité », dialogue théologique dont était chargée une Commission mixte internationale, comprenant du côté orthodoxe des délégués des différentes Églises autocéphales. Parallèlement, s’instauraient dans plusieurs pays, comme en France et aux États-Unis, des Comités mixtes de dialogue catholique-orthodoxe. Après une première phase fructueuse du dialogue international (de 1980 à 1988), la fin de l’empire soviétique, il y a près de 15 ans, et la liberté retrouvée pour les Églises chrétiennes d’Europe centrale et orientale, ont fait ressurgir des affrontements entre les orthodoxes et les gréco-catholiques ou uniates : En Roumanie, en Slovaquie et en Ukraine occidentale, ces communautés uniates, injustement persécutées après la 2e Guerre mondiale par les États communistes, spoliées de leur identité, estimaient légitime la restitution de tous leurs biens et de leurs églises ; elles attendaient en vain de la part des évêques du patriarcat de Moscou une demande de pardon pour leur intégration forcée dans l’Église orthodoxe par le pouvoir soviétique ; beaucoup d’évêques et de prêtres uniates avaient été emprisonnés, voire martyrisés. De leur côté, les fidèles orthodoxes avaient parfois pris l’habitude, depuis deux ou trois générations, comme en Roumanie, d’églises dont ils étaient soudain privés. Devant les tensions renaissantes, les orthodoxes de la Commission de dialogue internationale ont demandé de mettre à l’ordre du jour dans le débat théologique lui-même la question de l’uniatisme, ce qui a été accepté. C’est alors qu’est venu l’accord historique de Balamand. Dans cette université orthodoxe du nord du Liban, la Commission internationale a réussi, en juin 1993, à s’accorder sur la rédaction d’une déclaration commune intitulée « L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion. » Dans ce document remarquable, les trois grandes décisions sont :
L’essentiel du message de Balamand se trouve dans ces trois volets qui, il faut bien le souligner, sont indissociables. Le cœur de l’accord n’est pas négatif, contrairement aux apparences : c’est le 2e point, la reconnaissance mutuelle comme Églises sœurs qui interdit une démarche comme l’uniatisme : « À cause de la manière dont catholiques et orthodoxes se considèrent à nouveau dans leur rapport au mystère de l’Église et se redécouvrent comme Églises sœurs, cette forme d’apostolat missionnaire décrite ci-dessus et qui a été appelée ‘uniatisme’ ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos deux Églises. » (n° 12) Chercher à attirer à toute force les fidèles de l’autre Église revient implicitement à nier l’ecclésialité de celle-ci. Le Comité mixte de dialogue catholique-orthodoxe en France, qui avait toujours suivi avec grande attention les travaux de la commission internationale, salua avec enthousiasme l’accord de Balamand, et décida d’approfondir la question de l’uniatisme du double point de vue historique et ecclésiologique, en faisant appel à des spécialistes et à des théologiens de différentes Églises. Non seulement il demanda la collaboration de plusieurs chrétiens uniates (le P. Gabriel Hachem, du patriarcat grec-catholique d’Antioche, et le P. Dimitri Salachas, de l’exarchat grec-catholique d’Athènes), mais toutes nos réunions de travail furent ouvertes à Mgr Michel Hrynchyshyn, l’exarque apostolique des ukrainiens de rite byzantin en France, qui les honora de sa présence. Le livre que voici est le résultat de nos travaux. 2. Présentation du livreL’ouvrage du Comité mixte tente, à travers ses 21 contributions, de relire les pages d’une histoire douloureuse et complexe et d’examiner les origines de l’uniatisme, en mettant en évidence sa genèse, son développement diversifié au Proche-Orient et en Europe centrale et orientale, et sa théorisation tardive. S’inscrivant dans l’esprit de la déclaration de Balamand, il s’efforce également de montrer les points forts de celle-ci autant que ses limites, et de souligner l’espoir que ce message peut susciter en donnant un nouvel élan au dialogue entre les deux Églises. Introduit par le professeur Olivier Clément, l’ouvrage se subdivise en trois grandes parties :
I. La première partie propose un panorama historique du développement diversifié de l’uniatisme depuis les origines médiévales jusqu’au 20e siècle. Déjà au temps des croisades, à l’apogée de la chrétienté occidentale, lors de l’établissement d’États latins au Proche-Orient puis du dépècement de l’Empire byzantin, comme le montre mon étude, on observe ce qu’on peut appeler un pré-uniatisme, les occidentaux favorisant, dans les villes chrétiennes orientales conquises, l’établissement de hiérarchies épiscopales parallèles avec asservissement, plus ou moins poussé, des hiérarchies locales. C’est le concile d’union de Florence (1439), qui, quoique refusé par l’Orient, va fournir ensuite une base ecclésiologique aux futurs uniatismes, comme le montre une étude du père Gabriel Hachem. Le premier acte de l’uniatisme en milieu byzantin est posé avec l’essor de la Contre-Réforme. Des unions sont conclues sous l’égide de l’épiscopat ruthène des territoires polonais (Brest-Litovsk, 1596), puis des territoires hongrois (Uzhorod, 1646). On lira ici les deux études sur l’union de Brest des pères Cyrille Argenti, orthodoxe, et Bernard Dupuy, dominicain, qui se révèlent assez complémentaires. Le second type d’uniatisme, abordé par un universitaire orthodoxe français, le P. Jean Roberti, est celui qui prend forme en Transylvanie autour de 1700. La région était peuplée d’une majorité de paysans orthodoxes, intégrés dans le royaume de Hongrie. Ici encore, l’initiative ne vient pas de Rome. L’empereur de Vienne amène l’épiscopat orthodoxe à se rattacher à Rome pour équilibrer la force des Hongrois, surtout protestants. Le troisième grand acte a lieu au 18e siècle, dans l’Empire ottoman, lorsque la papauté lance auprès des chrétiens orientaux une vaste campagne de prosélytisme, dont l’un des effets sera le triste synode orthodoxe de Constantinople (1755) qui, par mesure de rétorsion, décrète le caractère invalide des baptêmes catholiques et protestants, décision sans précédent dans l’histoire byzantine, même si on avait connu de nombreux cas de rebaptisations réciproques entre grecs et latins. Comme le montre l’étude du théologien orthodoxe Tarek Mitri, l’uniatisme se développe dans ce contexte en prenant appui sur l’Église maronite, en communion avec Rome depuis les Croisades, sur la protection diplomatique française, et sur l’activité de religieux latins : franciscains, capucins, dominicains et jésuites. Cultivés et dévoués, les missionnaires semblaient aider d’une manière désintéressée les chrétiens locaux, mais, lors d’une élection au trône patriarcal d’Antioche, ils favorisent le candidat formé par eux et acquis à Rome. Ainsi est officialisée une hiérarchie melkite catholique (1724), sans compter les unions à venir dans les Églises orientales « préchalcédoniennes. » L’uniatisme fut ensuite théorisé à Rome au 19e siècle. Les études de Sotirios Varnalidis (Thessalonique) et de Dimitri Salachas soulignent un paradoxe. C’est lorsqu’il eut été pleinement théorisé par Rome que l’uniatisme perdit sa dynamique. Les nouveaux États nationaux, qui se formaient dans les Balkans avec le déclin de l’Empire ottoman, organisaient en effet leurs orthodoxes en « autocéphalies » qu’ils protégeaient. Les essais de formation d’exarchats grecs-catholiques à Constantinople et, plus tard, à Athènes ou en Bulgarie, restèrent infimes et stériles, mais eurent un impact symbolique très négatif auprès des orthodoxes. Par ailleurs, l’Empire russe, qui avait annexé la Pologne, liquidait par la force, aux confins de la Biélorussie et de l’Ukraine, plusieurs diocèses uniates, ce qui montre le climat belliqueux qui régnait entre les Églises, comme entre deux camps irréconciliables. II. La seconde partie de l’ouvrage, intitulée « Développements et vicissitudes des Églises unies à l’époque moderne », est consacrée surtout à voir l’évolution contrastée du statut des Églises uniates au sein de la communion catholique. On verra, à travers les études de Mgr Croce (archiviste à l’Archivio Segreto Vaticano) et du professeur Étienne Fouilloux, quelle fut l’évolution progressive qui amena Rome de l’unionisme vers l’œcuménisme. Les Églises uniates elles-mêmes ont joué un rôle dans cette avancée : au contact d’un christianisme catholique qui ne devait à Rome ni son existence, ni sa liturgie, ni son droit, des cercles influents de l’Église latine ont pris conscience des exigences d’une véritable catholicité, non réductible à la latinité. Cette attitude préparait les réformes de Vatican II, où les grecs-catholiques melkites ont tenu une place remarquée. Aujourd’hui, après Vatican II et la fin des persécutions soviétiques, comme le montre bien le père Hervé Legrand dans son étude, les Églises unies d’Europe de l’Est renaissent, mais avec le statut ambigu de minorités au sein de la communion catholique, comme en témoigne leur nouveau Code de droit canon promulgué en 1990. Pour ce qui concerne la réception du document de Balamand, les études de M. Benoît Bourgine et de Mgr Michel Hrynchyshyn montrent que ce texte n’a été que partiellement accepté par les catholiques et par les orthodoxes, et souvent dans l’ambiguïté. III. La troisième et dernière partie du livre, intitulée « Dans le sillage de Balamand se redécouvrir comme Églises sœurs », recueille plusieurs études sur le message ecclésiologique et spirituel du document de Balamand et sur les difficultés de réception qu’il suscite aujourd’hui. Nous avons repris notamment une étude ancienne du père Jean Meyendorff sur les « Implications ecclésiologiques du Tomos Agapis », dont l’actualité est surprenante, et qui souligne que la théologie des Églises sœurs est la seule base possible pour le dialogue entre les Églises catholique et orthodoxe. Nous soulignons aussi les difficultés qui existent actuellement du côté orthodoxe pour accepter officiellement le message de Balamand sur les Églises sœurs : tensions encore trop palpables aujourd’hui entre catholiques et orthodoxes en Europe de l’Est, lien intrinsèque établi entre sororalité et une communion eucharistique, manque de consensus entre Églises orthodoxes autocéphales sur la question d’une reconnaissance officielle de l’ecclésialité de l’Église catholique. Du côté catholique, on le sait, un débat interne existe depuis plusieurs années sur la juste interprétation, inclusive ou exclusive, du « subsistit in » et du « in quibus et ex quibus » de la constitution « Lumen gentium », 8 et 23 de Vatican II, notamment avec la sortie du texte Dominus Iesus (2000). « L’Église catholique inscrit-elle réellement dans sa pratique l’ecclésiologie de communion ? » C’est la question qu’a posée courageusement le père Hervé Legrand dans son étude. L’ouvrage s’achève enfin par une conclusion substantielle du Comité mixte catholique-orthodoxe en France : « Éléments pour une éthique du dialogue catholique – orthodoxe. » Ce chapitre conclusif propose quelques pistes pour faire avancer le dialogue œcuménique entre les Églises. Le dialogue interecclésial ne progressera que si nous nous soumettons ensemble à une véritable éthique, une éthique dont les principes suivants découlent de l’Évangile.
En conclusion, nous voyons que le comité mixte de dialogue catholique-orthodoxe en France a réussi à travailler de nombreuses années au plan scientifique et théologique, dans un climat à la fois serein et fraternel, sur une question extrêmement délicate toujours au cœur des tensions entres nos Églises. Que dire alors de l’uniatisme aujourd’hui ? Dans l’esprit de Balamand, il me semble que, si l’uniatisme comme démarche est désormais voué à l’échec dans la perspective ouverte voici quarante ans par le dialogue de vérité et de charité entre chrétiens d’Orient et d’Occident, les Églises uniates, elles, ont un avenir devant elles, celui de participer en première ligne à ce dialogue, sans se mettre au premier plan comme l’intermédiaire obligé, mais sans non plus être reléguées dans l’ombre. Elles peuvent, elles devraient contribuer à retisser un climat de confiance et de bienveillance entre nos Églises meurtries par l’Histoire. Ainsi nos Églises seraient-elles plus fortes pour affronter ensemble les défis, nombreux, du 3e millénaire. [1] Comité mixte catholique-orthodoxe en France, La primauté romaine dans la communion des Églises, coll. « Documents des Églises », Cerf, 1991. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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