Dernière mise à jour : 16 septembre 2002

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La grâce du diaconat. Questions actuelles autour du diaconat latin, BORRAS Alphonse et POTTIER Bernard

Ed. Lessius, Bruxelles, 1998, 214 p.
Recension de Jean-Marie Swerry

La première caractéristique de cet ouvrage est d’être issu d’une fructueuse collaboration entre un canoniste et un théologien. Cet apport réciproque se manifeste dans l’entrecroisement de deux styles, facilement repérable au fil de l’ouvrage, mais qui ne nuit pas a l’unité d’une mise en perspective du « diaconat nouveau », ainsi que les auteurs aiment l’appeler, trente ans après le rétablissement du diaconat « en tant que degré propre et permanent du sacrement de l’ordre » (LG n° 29).

La recherche des auteurs s’inscrit délibérément dans le courant de pensée qui considère le diaconat permanent comme un lieu privilégié d’un renouveau de la théologie des ministères, à la suite du concile Vatican II (un autre pôle étant constitué par la reconnaissance de la sacramentalité de l’épiscopat et de la réflexion théologique connexe). Rétablissant le diaconat permanent pour répondre a une préoccupation pastorale, Vatican II n’en honore pas moins une requête du concile de Trente demeurée lettre morte (sess. 23, De sacra ordinatione, ch. 2, DS 1765) en même temps qu’il traduit concrètement une vérité doctrinale dans la vie institutionnelle de l’Église : « le ministère ecclésial, institué par Dieu, est exercé dans la diversité des ordres par ceux que, déjà depuis l’Antiquité, on appelle évêques, prêtres et diacres » (LG, n° 28a).

C’est l’exercice permanent du diaconat que rétablit Vatican II. Les auteurs s’interrogent tout d’abord sur les raisons d’un « évidemment » qui a fait de cet ordre une étape ritualisée du cursus clérical vers l’ordination presbytérale, sur le modèle hiérarchisé de la subordination des prêtres et des diacres à l’évêque. Ils évoquent diverses hypothèses interprétatives sur la disparition de ce ministère à partir du IVe s. (ch. 2). Querelles d’influence et conflits de pouvoir entre prêtres et diacres auprès de la communauté (qui se manifestent à l’occasion dans le système d’élection à l’épiscopat) se terminent à l’avantage du ministère presbytéral, à partir de la multiplication des paroisses et des célébrations eucharistiques. L’ordre diaconal également concurrencé par la croissance parallèle des services caritatifs offerts par les ordres religieux en expansion, va finir par être réduit à des fonctions liturgiques, notamment au sein du clergé de la cathédrale. L’imposition de la loi de la continence ne semble jouer qu’un rôle secondaire dans la disparition du diaconat permanent, de plus en plus dispersé dans des situations malaisées menant inexorablement a la sacerdotalisation de ce ministère.

Le diaconat est dès lors conçu comme un temps de probation en vue d’autre chose, une préparation du presbytérat dans une vision linéaire des degrés du sacrement de l’ordre (ordres mineurs et majeurs). Ne subsiste à Vatican II que la triade « évêque/prêtre/diacre » qu’il convient de penser maintenant sur un modèle triangulaire : diaconat et presbytérat sont deux manières distinctes de participation a la plénitude du sacrement de l’épiscopat. Cela induit un renouvellement de la théologie des ministères, compris moins comme subordonnés les uns aux autres que comme complémentaires. Qu’aucun des trois degrés du sacrement de l’ordre ne puisse se passer des deux autres signifie que c’est ensemble seulement qu’ils représentent le Christ, unique grand prêtre. Cela amène les auteurs à l’hypothèse de travail suivante : il faudrait repenser l’être même du diacre comme personne agissant lui aussi, in persona Christi capitis en tant que le Christ s’est fait serviteur, sans lier l’expression a une conception restrictive concernant un pouvoir sur les sacrements. Le diaconat est à reconnaître comme un sacrement à part entière, conférant un caractère propre sans que cela fragmente l’unique sacrement de l’ordre qui s’exerce de trois manières distinctes (p. 94-95).

Dans cette perspective théologique très stimulante, ici résume de manière trop schématique, les auteurs abordent les implications pastorales et spirituelles de l’ordination diaconale : l’appel de l’Église et l’investiture sacramentelle, l’entrée dans un ordre appelle à déployer la triple diaconie de la Parole, de la liturgie et de la charité, et l’engagement a demeurer dans son état de vie (ch. 4). La médiation diaconale signifie et réalise la dépendance de tous à l’égard du Christ-Serviteur qui, par son Esprit, entraîne toute l’Église a être davantage un peuple de serviteurs et à redonner au monde le goût du service.

Les relations des diacres avec les autres ministères ordonnés se comprennent alors dans un tout systémique, le ministère ou la diaconie de l’Église (ch. 5). Le diaconat est une des formes de la collaboration ministérielle de quelques-uns s’inscrivant dans la coresponsabilité baptismale de tous. II doit s’articuler avec les autres ministères ordonnés pour contribuer à l’édification de l’Église et à la réalisation de sa mission en un lieu. Situe au carrefour de la vitalité des charismes et des ministères, l’ordre des diacres appelle à la collaboration des uns et des autres et assiste l’évêque dans son ministère en vue du rassemblement ecclésial en train de se faire. La réalisation de ce ministère met en jeu, tout a la fois, la conception du rapport de l’Eglise au monde, le rééquilibrage du rôle du presbyterium qui ne consiste pas à tout faire mais à veiller à ce que tout se fasse, la place de l’ordre diaconal dans son ensemble au service du ministère de l’évêque et du presbyterium. Sans doute un rôle particulier auprès des communautés associatives, qui ne suppose pas la pleine charge pastorale, s’offre-t-il aux diacres pour y signifier la sollicitude de l’autorité pastorale de l’Église.

Dans son chapitre sixième et dernier, l’ouvrage aborde la question du diaconat féminin. Il retrace rapidement les données historiques relatives aux diaconesses dans les premières communautés chrétiennes, les témoignages relatifs à l’existence d’un ordre de diaconesses, différencié des veuves, dans les Églises orientales, les pratiques incertaines et les interprétations contradictoires dans l’Église latine. Il livre ensuite un aperçu nuancé de la réflexion théologique sur ce problème et sur l’ambiguïté du terme ordination a propos des diaconesses. Les objections contre l’ordination sacerdotale des femmes - scripturaires, anthropologiques ou spirituelles -, demeurent en filigrane a la question de leur ordination diaconale, toujours ouverte. Cette dernière ne peut toutefois être exclue ni par des arguments bibliques, mi par le recours a la Tradition, ni par la réflexion dogmatique.

On le voit l’ouvrage dresse le tableau global, parfois un peu rapide, de la réflexion contemporaine autour du diaconat. Écrit dans un langage accessible, il devrait permettre, par sa conception même, « d’éclairer la pratique des acteurs sur le terrain et d’élargir la réflexion des formateurs et des évêques diocésains à qui il revient, au premier chef, d’accueillir la grâce du diaconat ». Il vient à son heure alors que l’exercice du ministère diaconal montre ses fruits dans la mission de l’Eglise, sans avoir encore atteint toute la maturité nécessaire à son inscription durable et signifiante dans la vie ecclésiale.



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