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Dernière mise à jour : 15 octobre 2007 |
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La Présentation de Marie au Temple
Isaïa-Claudio Gazzola
Lorsque la liturgie devient lieu de transmission d’une tradition apocrypheDans le cadre de ce Colloque sur « Les apocryphes chrétiens des premiers siècles, mémoire et traditions », il m’a été demandé d’approfondir plus particulièrement la relation qui existe entre les apocryphes et la liturgie. Il est naturellement impensable de vouloir traiter la question en tant que telle : elle est trop vaste et j’avoue, d’emblée, que je ne prétends pas être exhaustif sur un domaine qui dépasse quelque peu mes compétences. La formation que j’ai reçue en cette Faculté de théologie, et plus particulièrement à l’Institut supérieur de liturgie, ainsi que la recherche que je mène actuellement, m’ont fait apercevoir l’importance de l’histoire des pratiques chrétiennes, et notamment l’histoire du culte de l’Église ancienne. Dit de cette manière, cela fait un peu vieillot, et on pourrait croire que l’esprit de Mgr Louis Duchesne voltige dans cette vénérable aula magna… Pourtant, tel est bien le domaine d’investigation que j’ai choisi, l’histoire du culte et des pratiques chrétiennes, pour essayer de donner ma modeste contribution à la recherche qui nous retient ici. Je suis convaincu, en effet, et c’est là la thèse que j’avance, que la liturgie est, par excellence, le lieu originel et originaire de la foi de l’Église ou, pour le dire autrement, je suis persuadé que c’est par la célébration de la liturgie que l’Église transmet sa foi. C’est bien cette conviction qui a inspiré le titre de ma communication : « La Présentation de Marie au Temple : lorsque la liturgie devient lieu de transmission d’une tradition apocryphe. » Le titre lui-même, vous pouvez le remarquer, rétrécit volontairement le champ d’investigation du sujet. Je ne vais pas traiter du rapport entre apocryphes et liturgie, mais je fais appel à une fête de l’année liturgique afin de vérifier ce rapport « en acte », de manière pratique, à partir de la fête elle-même. Tout au long de son évolution historique d’une part, et au cœur de sa célébration, d’autre part. Mais le titre de cette communication renferme aussi la problématique qui dynamise la recherche : comment se fait-il que la liturgie, expression de la foi de l’Église, nous ait transmis une tradition apocryphe ? - Pour répondre à cette question,
1. Le Protévangile de Jacques, source d’inspiration de la vénération liturgique envers la Mère de Jésus1.1. Le Protévangile de JacquesC’est à l’humaniste français G. Postel que remonte le titre Protévangile de Jacques pour l’apocryphe marial qu’il trouva en Orient et traduisit en latin en 1552. Le plus ancien témoin direct a été publié en 1958 avec son titre : Nativité de Marie. Apocryphe de Jacques. On a pu prouver que, sous cette forme, le document avait été composé dans la seconde moitié du IIe siècle. C’est donc le plus ancien du genre. Il comporte trois parties. D’abord une vie de Marie (ch. 1-16), qui commence avec la désolation de Joachim resté sans fils, et se termine par l’épreuve des eaux amères. La partie suivante (ch. 17-21) parle de la naissance de Jésus et des événements qui entourent la naissance du Sauveur, et se termine par l’adoration des mages. La troisième partie relate l’ire d’Hérode, le massacre des innocents, le meurtre de Zacharie et la fuite d’Élisabeth. 1.2. L’influence du Protévangile de Jacques sur la piété mariale / liturgieDu point de vue liturgique, le Protévangile marque une étape importante dans l’histoire de la piété mariale. 1. C’est de cette source que les fêtes mariales ont pris leur origine et leur inspiration : la mémoire des saints Joachim et Anne, parents de la Vierge (26 juillet) ; la Nativité de Marie (8 septembre) ; la Présentation de Marie au Temple (21 novembre) ; l’Immaculée Conception (8 décembre). 2. L’iconographie a puisé son inspiration dans les thèmes dont le Protévangile fait le récit. 3. Certains textes liturgiques (antiennes, répons, etc.) s’inspirent aussi de cet apocryphe. Nous allons traiter de la fête de la Présentation de Marie au Temple qui tire son inspiration du ch. 7, 2-8, 1 du Protévangile. 2. La fête de l’entrée ou Présentation de Marie au Temple, son origine et sa diffusion2.1. En OrientJérusalemLa fête de la Présentation de Marie au Temple a assez probablement une origine hiérosolomytaine. Cyrille de Scythopolis semble confirmer cette hypothèse lorsque, dans la Vie de saint Jean le Silencieux, il rapporte ceci : « En la quatre-vingt-dixième année de la vie du saint vieillard, au mois de novembre de la sixième indiction, je sortis de la métropole des Scythopolitains, comme je l’ai raconté déjà en la Vie de saint Euthyme (cf. 71, 20 ss.), (…). Étant donc arrivé à Jérusalem, après y avoir célébré la dédicace de la nouvelle église de la glorieuse Mère de Dieu la toujours Vierge Marie, je vins à la laure du bienheureux Sabas. (…) » On peut ainsi recouper cette information avec celle que l’on retrouve dans la Vie de saint Euthyme. Cyrille nous fait savoir ceci : « Comment et quand j’ai été jugé digne d’habiter le monastère, je vais le dire en reprenant les choses dès le principe. La seizième année du présent règne que Dieu conserve, alors que j’avais été déjà inscrit dans l’ordre du clergé, je fis mon renoncement dans le pieux monastère de Votre Sainteté, comme vous le savez bien vous-même, ô le meilleur des pères, Géorgios, qui aimez très tendrement vos enfants. Quand j’eus mérité de recevoir, de vos mains, l’habit monastique, je pris congé de vous, avec votre prière et bénédiction, en novembre (543) pour Jérusalem : le prétexte de mon voyage avait été la dédicace qu’on avait faite alors, à Jérusalem, de la nouvelle église de la très glorieuse Marie mère de Dieu ; mais, pour dire la vérité, je brûlais d’habiter le désert. (…) Moi donc, une fois arrivé à la ville sainte, quand j’eus adoré les vénérables lieux saints ainsi que le bois vivifiant de la très sainte Croix, j’allai chez l’homme inspiré dont j’ai fait mention (Jean l’Hésychaste). » Par ailleurs, dans la Vie de saint Sabas, Cyrille nous apprend que la construction de cette « nouvelle église », commencée sous le patriarche Élie, fut reprise et menée à bonne fin par l’empereur Justinien Ier douze ans après, c’est-à-dire en novembre 543. Nous ne connaissons pas le jour précis, mais nous pouvons remarquer que le mois de novembre concorde et pour la dédicace de l’église Sainte-Marie Nouvelle et pour la fête de la Présentation. Ainsi, on peut supposer que l’anniversaire de la dédicace de cette église est à l’origine de la fête de la Présentation de Marie au Temple. Ensuite, en perdant peu à peu, son caractère local et hiérosolomytain, la fête va se propager et se généraliser dans les autres traditions liturgiques. Constantinople et la tradition byzantineDu point de vue de l’histoire de la liturgie, la période qui va du VIIIe au IXe siècle peut être considérée comme une période de continuité et de consolidation de la tradition liturgique byzantine, tradition qui avait pris corps à l’époque de Justinien Ier et de ses successeurs immédiats (VIe-VIIe s.). Au IXe siècle, la Grande Église de Constantinople a désormais développé son système liturgique cathédral. Ainsi, une variété de sources atteste la célébration de la Présentation de Marie au Temple à Constantinople en cette période. Dans le domaine de la prédication on peut signaler les homélies dédiées à cette fête par Germain de Constantinople, Tarasios de Constantinople, Georges de Nicomédie. D’autre part, le Typicon de la Grande Église (Xe s.) insère la fête de la Présentation de Marie au Temple dans le calendrier du lieu, dans le système lectionnaire qui l’accompagne et dans la liturgie cathédrale des heures. Ainsi, au 21 novembre on lit cette notice : « Synaxe de la Très-Sainte Théotokos et toujours Vierge Marie, lorsque Joachim et Anne la consacrèrent et l’offrirent à Dieu dans le Temple à l’âge de trois ans. Cette synaxe a lieu à son sanctuaire dans les Chalcoprateia. La procession, avec la participation du patriarche, s’y rend à l’aurore, en partant de la Grande Église. » Suivent ensuite les indications, sous forme d’incipit, qui concernent la célébration de l’orthros et de l’eucharistie. Il est intéressant de remarquer que ces indications, parvenues sans variation jusqu’à nous, sont suivies encore aujourd’hui par les chrétiens qui célèbrent selon la tradition liturgique byzantine. Citons, à titre d’exemple, l’apolytíkion ou tropaire de la fête : « Aujourd’hui c’est le prélude de la bienveillance de Dieu * et déjà s’annonce le salut du genre humain. * Dans le Temple de Dieu la Vierge est présentée * pour annoncer à tous les hommes la venue du Christ. * En son honneur, nous aussi, à pleine voix * chantons-lui : Réjouis-toi, * ô Vierge en qui se réalise le plan du Créateur. » Éparpillée d’abord dans des collections disparates de pièces liturgiques, fruit du travail de composition de plusieurs hymnographes à différentes époques (VIe-Xe s.), l’hymnographie de la fête sera fixée et codifiée un siècle plus tard (Xe s.), dans les livres liturgiques qui sont encore aujourd’hui utilisés pour le cycle fixe de l’année. Je voudrais souligner, en terminant cette partie sur la diffusion de la fête de la Présentation de Marie au Temple en Orient, la force et la créativité d’une telle tradition liturgique, fidèle à ses propres sources et sachant interpréter et adapter ses traditions. Écoutons le prélude d’une homélie prononcée le 21 novembre 1998 dans une église orthodoxe de tradition byzantine, ici à Paris : « Le récit de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple est apocryphe. Il n’a aucune réalité historique. Mais ce n’est pas un paradoxe que d’affirmer que cela n’a pour nous aucune importance. Car l’intérêt de cette fête réside entièrement dans la vérité théologique et spirituelle qu’elle exprime. » 2. 2. En OccidentL’occultation des récits apocryphes ?La diffusion de la fête de la Présentation de Marie au Temple a lieu en Occident de manière très différente. On pourrait presque dire qu’elle n’est tout simplement pas diffusée. L’Occident a ignoré longtemps cette fête, et cela, assez probablement, à cause de la condamnation prononcée par le décret dit de Gélase, à l’égard des récits apocryphes, parmi lesquels le Protévangile. Malgré cette condamnation, on ne peut pas dire que les récits sur la Vierge enfant n’avaient pas d’influence. Quelques témoignages, à la vérité assez rares, nous montrent que la piété populaire devait connaître ces récits. Pour preuve, une pièce poétique qui devait être employée dans la liturgie. Cette pièce, découverte à Barcelone dans un papyrus latin du IVe s., est une hymne à la Vierge Marie et a pour titre Psalmus Responsorius. Le titre indique assez probablement la manière de le chanter. Cette hymne comporte 12 strophes. Une des sources d’inspiration de cette composition est sans nul doute le Protévangile de Jacques. En outre la fête liturgique de la Présentation est connue en Angleterre dès le XIe s. Elle est marquée au 21 novembre sur deux calendriers, ainsi que sur un recueil de bénédictions. Au XIIIe s. elle est mentionnée dans des livres liturgiques avec cette appellation Oblacio Mariæ. Puis, la fête tombe en désuétude. La fête n’est pourtant pas officielle dans l’Église romaine. Ce n’est qu’en 1372 qu’elle commence à se diffuser : ce fut l’ambassadeur à Chypre, Philippe de Mézières, qui décida le pape Grégoire XI à emprunter aux byzantins cette fête. Elle est introduite et célébrée dans l’église des frères Mineurs à Avignon, où résidait la Curie. La France, sur l’invitation du roi, suit l’exemple du pape et celui-ci insère la fête dans le calendrier de la Curie. La fête figure dans le missel romain à partir de 1505 et se répand dans toute l’Église, en Occident, grâce aussi à l’œuvre de diffusion des Carmes (1391), des Chartreux (1474), de Pie II et de Sixte IV. De plus, Pie IV va l’introduire dans le bréviaire. À cette époque, elle comportait une séquence qui était employée dans la liturgie. Je cite deux strophes de cette séquence qui ont trait à notre thème : Elle est née la vierge bénie ; / âgée de trois ans on la présente au temple, / elle en franchit les quinze degrés, / toute parée, / sous les yeux de son père et de sa mère. Le temple resplendit d’une nouvelle gloire / à la Présentation de l’auguste vierge : / instruite divinement et visitée des cieux, / elle se réjouit avec les Anges. On peut le remarquer facilement et sans hésitation : la séquence s’inspire, et même paraphrase notre récit apocryphe. La réforme liturgique du concile de TrenteAussi, la réforme liturgique suscitée par le concile de Trente (1562-1614), dans le cadre de la révision du bréviaire et du missel, supprimera la fête (1568), en raison des récits apocryphes qu’on avait accueillis. C’est ainsi que la fête de la Présentation de Marie au Temple n’apparaîtra pas dans le Calendrier romain rénové sur l’ordre du Concile de Trente, publié par le pape saint Pie V en tête du Breviarium romanum de 1568 et du Missel de 1570. Le dessein du pape n’était pas de composer des livres liturgiques nouveaux, mais de ramener la prière de l’Église et de restituer le Missel « à la norme primitive des Saints Pères. » Un souci de retour à la tradition, donc. Mais, assez vite, la fête de la Présentation de Marie au Temple sera prescrite de nouveau à toute l’Église. En effet, Sixte-Quint, restaurera les formulaires précédents qui avaient été composés à l’époque médiévale. Dès lors, la fête sera célébrée (1585) comme « double » avec le formulaire de la Nativité de Marie, en substituant au mot nativitas le mot praesentatio. La collecte était la seule pièce qui n’était pas empruntée à d’autres formulaires. En voici le texte : « Ô Dieu, qui as voulu qu’en ce jour soit présentée au temple la bienheureuse et toujours vierge Marie, demeure du Saint-Esprit, accorde-nous par son intercession de pouvoir un jour être présentés nous aussi dans le temple de ta gloire, Par N. S. J. C., en l’unité du même Esprit. » On peut citer aussi le texte de l’antienne au Magnificat qui, tout en étant tirée du commun, permet une interprétation intéressante du mystère de la fête. La voici : « Bienheureuse Marie, Mère de Dieu toujours vierge, temple du Seigneur, sanctuaire du Saint-Esprit, toi seule, tu as plu à notre Seigneur Jésus-Christ d’une manière sans exemple. » Clément VIII confirma la célébration de la fête (1602), mais, sous le pontificat de Benoît XIV, lorsqu’on discuta de la réforme du bréviaire, elle aurait dû être supprimée. La réforme fut suspendue à cause de la mort du pape. En vérité, la fête de la Présentation de Marie au Temple continua à diviser entre eux, d’une part, les partisans de sa suppression à cause de son arrière-fond apocryphe, et, d’autre part, les partisans de son maintien. Ces derniers, proposaient d’interpréter la fête théologiquement. Le flambeau passa au Pères du concile de Vatican II. 3. La fête de la Présentation de Marie au Temple dans la liturgie rénovée du Concile Vatican IISacrosanctum ConciliumDans son chapitre sur l’année liturgique, la Constitution Sacrosanctum Concilium établit les normes qui devront présider à l’élaboration du nouveau Calendrier : – 1. Célébration du cycle annuel des mystères du Christ ; – 2. Introduction dans ce cycle annuel des « mémoires des martyrs et des autres saints », – car 3. Dans les anniversaires des saints, l’Église proclame « le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui », – mais 4. Pour que les fêtes des saints ne l’emportent sur celles qui célèbrent les mystères sauveurs, « on n’étendra à l’Église universelle que les fêtes commémorant des saints qui présentent véritablement une importance universelle. » Le groupe de travail auquel était confiée la refonte du calendrier se trouva en face de cette question : « Quels saints convenait-il de considérer comme présentant une importance universelle ? » L’élaboration du CalendrierCette élaboration comporta deux étapes. D’abord, la préparation du schéma qui serait soumis à l’approbation des cardinaux et évêques membres de la commission (Consilium) en vue de le présenter au pape. Ce travail demanda deux années, de l’automne 1964 à l’automne 1966. Lorsqu’il eut été remis au Pape, le projet du Consilium fut soumis par lui à l’examen de diverses compétences, dont celle de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. La promulgation advint le 14 février 1969. Le travail du ConsiliumAu cours de son travail, le Consilium proposa neuf projets successifs de Calendrier. Pierre Jounel a mis en synopse ces projets. Aucun de ces projets n’avait retenu la fête de la Présentation de Marie au Temple. Le dernier projet (schéma 260) fut donc remis entre les mains du pape Paul VI. C’était le 30 novembre 1967. Plus de deux années allaient passer avant la promulgation du nouveau Calendrier, mais la nouvelle étape ne relevait pas de la responsabilité du Consilium. Il fallut d’abord attendre neuf mois l’approbation personnelle du pape en vue de l’examen du projet du Consilium par les Congrégations de la Doctrine de la foi et des rites (juillet 1967). C’est le 14 février 1969 que le pape Paul VI signa le Motu proprio Mysterii paschalis qui promulguait les Normes générales de l’Année liturgique et du Calendrier romain général. Lorsqu’on compare le texte officiel du Calendrier avec le schéma soumis aux congrégations, on y trouve des changements notables. Entre autres, on peut remarquer que la fête de la Présentation de Marie au Temple, qui n’avait pas été retenue par le Consilium, a une place dans le Calendrier nouvellement promulgué. Annibale Bugnini, secrétaire du Consilium chargé de mettre en œuvre la liturgie, nous fournit un témoignage précieux. Au sujet de la fête de la Présentation de Marie au Temple, il dit ceci : « On proposait de la supprimer à cause de son arrière-fond légendaire, objection que l’on contourna en essayant d’aller à l’inspiration fondamentale de la célébration. Le pape le demanda de manière explicite : “que l’on garde (la fête) pour des raisons œcuméniques, mais que l’on donne à la fête la même teneur qu’elle a dans les liturgies orientales. Celles-ci soulignent que la Vierge s’est livrée totalement à Dieu. Que l’on utilise quelques textes des liturgies orientales.” » Les formulaires de la fêteEn écartant toute allusion aux évangiles apocryphes, la collecte du Missel de 1970 a composé un texte général à partir de deux formulaires du Missel ambrosien. Le texte se réfère à la « plénitude de la grâce » dont Marie a été comblée. Voici le texte de la collecte : « Puisque nous célébrons la mémoire / De la très sainte Vierge Marie, / Accorde-nous, Seigneur, par son intercession, / le bonheur de vivre dès maintenant en ta présence / et d’avoir part un jour à la plénitude de ta grâce. Par Jésus Christ notre Seigneur ». À la liturgie des heures, on lit un texte de saint Augustin, qui célèbre la maternité de Marie et met en lumière sa relation à l’Église. On a conservé les antiennes du Benedictus et du Magnificat de l’ancien office. L’hymnodie est tirée de pièces du 12e-14e siècles dont l’auteur est inconnu. Conclusion1. L’analyse d’un sujet qui nous a fait traverser un terrain approximativement connu (littérature apocryphe) et qui a pu solliciter notre sensibilité spirituelle (fête de la Présentation de Marie au Temple), nous a permis de saisir l’importance et l’intérêt, du point de vue méthodologique, du croisement des questions. Ainsi, paradoxalement, l’exercice du survol historique d’une pratique cultuelle occultée et contestée au cours de l’histoire nous a permis de saisir, d’une part, ce qu’est une tradition chrétienne (les apocryphes) et, d’autre part, ce qu’est la liturgie de l’Église (la fête de la Présentation de Marie au Temple). Les deux se rencontrent dans leur manière propre de dire le mystère, manière qui leur est commune : le récit, la narrativité. La foi, le croire, lorsqu’ils manquent de mots, peuvent et doivent recourir au récit, à la narrativité (apocryphe) ou à la célébration (Présentation de Marie au Temple). 2. Au sujet de ce croisement des questions, je soulignerai quelque chose qui me tient à cœur : le respect des traditions chrétiennes. Celles-ci disent de manière différente, avec le « génie » qui leur est propre, la foi commune en Christ Sauveur. Dès lors, il me semble extrêmement important d’opérer le croisement des traditions ecclésiales afin d’oser, de manière toujours plus dynamique, notre discours sur la foi et donc notre manière de faire de la théologie. Le sujet que nous avons étudié ici nous a ainsi conduit à constater que l’emprunt d’une fête à la tradition byzantine a permis à l’Occident, non seulement d’entrer en communion avec une « Église sœur », mais aussi d’affiner sa propre lex orandi grâce à une interprétation théologique de la fête. En ce sens, sans vouloir polémiquer, il me semble être en mesure de pouvoir dire que l’histoire nous a montré combien la réforme tridentine s’est trouvée face à une impasse, quant à cette question, alors que le travail de restauration de la liturgie mis en œuvre par Vatican II a pu, de manière prophétique, s’ouvrir en faisant appel aux richesses de l’Église indivise. 3. Enfin, l’histoire de la fête de la Présentation de Marie au Temple nous a montré l’importance et l’irréductibilité du lieu et du temps dans la diffusion des récits apocryphes. En effet, la dédicace de Sainte-Marie Nouvelle a précédé assez probablement la célébration du mystère de la fête de la Présentation de Marie au Temple. Mais, en retour, la fréquence des synaxes liturgiques, inscrites dans un lieu (liturgie stationnale) et dans le temps (calendrier liturgique, synaxaire), a permis la transmission d’une tradition chrétienne qui aurait pu tomber dans l’oubli. Dès lors, je conclurais avec un souhait : que, tous, nous soyons attentifs à la tradition que nous avons reçue du Seigneur, précieux dépôt de l’Église indivise. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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