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Dernière mise à jour : 15 juin 2005 |
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L’IAS au commencement
Régine du Charlat
L’IAS au commencementLa création de l’IAS - on le sait, mais j’aime à le redire - est due à l’intuition et à la volonté de Joseph Doré, actuellement archevêque de Strasbourg et dont nous aurions souhaité la présence aujourd’hui. Je parle bien ici de « création ». C’est en effet le propre et la grâce de toute création d’être au plus essentiel et au plus juste du présent et, tout à la fois, d’anticiper largement sur les attentes encore cachées dans ce présent. La création de l’Institut des Arts Sacrés, voulue par Joseph Doré avec détermination et ferveur, est sans doute de cet ordre. Joseph Doré, bien sûr, ne fut pas le seul et, lorsque je fus moi-même sollicitée, je rejoignis une équipe à l’œuvre depuis plus d’un an et qui réunissait des responsables de la pastorale liturgique, autour de Jean-Louis Angué, directeur du CNPL, Emmanuel Bellanger, directeur de l’IML et Paul de Clerck, directeur de l’ISL. Aujourd’hui, l’Institut des Arts Sacrés a 10 ans et, puisqu’il m’a été demandé d’en décrire les commencements, je vais principalement m’attacher à mettre en lumière les orientations et les objectifs que nous nous sommes donnés et que nous avons tenté de mettre en œuvre. Auparavant, l’Institut de Musique Liturgique Je m’en voudrais de ne pas rappeler tout d’abord que l’Institut des Arts Sacrés n’est pas le premier à s’intéresser aux arts, dans l’Institut Catholique de Paris, puisqu’il a été précédé, et de longue date, par l’Institut de Musique Liturgique. D’ailleurs, bien avant, d’autres avaient pensé à étendre les perspectives de l’IML, comme en témoigne cette lettre de Mgr Boudon, évêque de Mende et Président de la Commission Épiscopale de Liturgie, à Mgr Haubtmann, Recteur de l’Institut Catholique de Paris (lettre du 25 février 1967) : Après avoir demandé la création d’un « Institut de Musique Sacrée », qui prendrait la suite de l’Institut Grégorien, il ajoute : « Une recherche analogue … pourrait être envisagée si, à un moment donné, il vous paraissait possible de préparer la fondation d’un Institut d’Art Sacré. » Ce fut le cas 26 ans plus tard. Pour la création des Arts Sacrés, nous allions donc faire cause commune avec l’IML et je tiens ici à redire toute ma gratitude vis à vis d’Emmanuel Bellanger, qui en était le directeur, pour sa collaboration sans réserve et la qualité de ses intuitions créatrices. Venons-en maintenant aux principales orientations qui ont été privilégiées. Je demande ici à mes anciens collègues et étudiants, de bien vouloir me pardonner d’avance si j’accentue mon propos du côté de ce que j’ai eu le plus à cœur ! Dans la Faculté de Théologie Associer art et théologie, même quand on est chrétien, ne va pas de soi. Les artistes qui se sont engagés dès le début dans l’IAS ont fait un bel acte de confiance. Car il s’agit bien en effet de penser théologiquement l’art, comme création artistique ou comme expérience esthétique, et cela est neuf, et pour certains même énigmatique. C’est pourtant bien le projet. Encore faut-il écarter les malentendus possibles sur cet acte de penser. Il ne s’agit nullement d’inventorier l’immense patrimoine artistique que la foi chrétienne a produit au cours de son histoire, ni d’en dégager les thèmes, même si l’histoire aura bien entendu sa place dans le travail d’intelligence et de pensée. Il ne s’agit pas non plus de projeter une théologie systématique dont les arts deviendraient les serviteurs. Il s’agit de penser au-dedans de l’expérience artistique elle-même en la mettant en résonance avec l’Évangile, pour laisser patiemment apparaître ce que cela « veut dire. » (Claudel, Pour la poésie). Cette perspective est très exigeante, à la fois pour les artistes, auxquels coûte la prise de distance vis à vis de leurs émotions et pour les théologiens, auxquels peut également coûter la prise de distance vis à vis de leurs acquis. Mais c’est enthousiasmant pour tous comme œuvre de création. Dans le décloisonnement des arts Dès le départ, nous avons été attentifs à éviter une classification courante des arts qui privilégie massivement les arts plastiques, avec une domination de la peinture, laissant loin derrière la musique et l’architecture et qui ignore presque totalement la poésie, et la littérature en général. Par ailleurs, nous avons tenu, dès le départ, à ne pas nous cantonner dans le seul domaine de la liturgie. Certes, il y a eu, et il y a toujours, un lien particulier entre l’IAS/IML et le Comité National d’Art Sacré du CNPL, mais il s’agissait d’honorer la création artistique en elle-même et pas seulement lorsqu’elle s’applique à la vie ecclésiale ou qu’elle est le fait d’artistes chrétiens. Déjà Lacordaire, lorsqu’il a fondé la confrérie de St Jean, devenue depuis la Société de St Jean, disait qu’il ne fallait pas parler d’art chrétien mais « d’emploi chrétien de l’art ». Dans le même sens et en l’élargissant, je dirai que l’IAS se proposait de porter un regard chrétien sur l’art, quel qu’il soit. Dans une démarche de théologie pratique Il s’agit ici d’honorer la création artistique ou l’expérience esthétique comme chemin de connaissance et jusque dans la dimension émotionnelle et charnelle de cette expérience. Comment cette connaissance engendre-t-elle la pensée, à la fois concrète et rigoureuse ? Comment la pensée, en vérité, naît-elle du corps ? Penser théologiquement l’art suppose la prise en compte directe des pratiques artistiques dans leur acte-même, dans la chair des couleurs, des espaces et des sons, dans la singularité des sensibilités esthétiques, dans l’engagement et les motivations des personnes en cause. Selon des pédagogies spécifiques Nous avons tâtonné. Les enseignants qui se sont risqués avec nous dans cette aventure nouvelle avaient à en explorer les chemins encore mal balisés. Mais, dès le départ, l’objectif était clair : il fallait que les pédagogies utilisées à l’Institut des Arts Sacrés, sans renoncer aux exigences universitaires, soient adaptées à l’orientation générale, dont je rappelle en conclusion les grandes lignes :
La gloire du sensible Ma conclusion relève de la profession de foi. Je crois que ni les uns ni les autres ne nous serions engagés dans l’aventure si nous n’avions cru et ressenti d’instinct la connivence qui peut exister entre l’Évangile du Christ et l’art, quand l’expérience sensible est à la fois subvertie et accomplie dans la Résurrection. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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