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Dernière mise à jour : 15 octobre 2005 |
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Jean Daniélou, Doyen de la Faculté de Théologie de l’Institut Catholique de Paris (1962-1969)
Alors que nous célébrons le centième anniversaire de la naissance du Cardinal Jean Daniélou, Catho-Theo.net est heureux de publier la conférence donnée par Jacques Briend lors du colloque Jean Daniélou qui s’est tenu à l’Institut de France le 19 mai 2005.
Dans un texte intitulé « Souvenirs » [1] et publié peu après sa mort, Jean Daniélou raconte ses premiers contacts avec la Faculté de Théologie de l’Institut Catholique de Paris. Le premier eut lieu en 1928-29 lorsqu’il s’inscrit à la faculté pour y suivre le cours du P. de Broglie sur la Grâce. Le second survient lorsqu’il entreprend la préparation d’un doctorat en théologie en 1941-1942. En 1943 il soutient sa thèse sur la théologie spirituelle de saint Grégoire de Nysse devant un jury composé du P. Lebreton, du P. de Broglie et du P. de Montcheuil dont la mort, écrit-il, a été une immense perte pour la théologie et l’Institut Catholique. À la rentrée universitaire 1943-44 J. Daniélou inaugure son enseignement dans la chaire d’Histoire des Origines chrétiennes qu’il occupera jusqu’en 1969. Comme l’a écrit un de ses confrères jésuites (H. Holstein), « les étudiants de la Faculté de théologie se souviennent de ses cours de patristique. Jean Daniélou a renouvelé, pédagogiquement, cette discipline. Il a rendu vivants, par le dynamisme de son enseignement, ces Pères de l’Église que l’on considérait trop souvent comme des pourvoyeurs de citations en faveur du dogme catholique. L’“ardeur jaillissante” de son évocation des premiers siècles de l’Église, qu’il décrivait avec une mimique et une gesticulation que nul ne pouvait oublier, faisait reconnaître, en ces aînés dans la foi, des chrétiens affrontés à nos actuels problèmes ». [2] C’est donc cet enseignant, connu de tous, qui fut choisi comme Doyen par le Conseil des professeurs en 1962. Les élections de J. Daniélou comme Doyen.Le 24 mai 1962 le R.P. Lecler, s.j., faisait savoir au Conseil sa volonté irrévocable de se retirer après avoir occupé la charge de Doyen pendant neuf années. Ce même jour un vote est organisé. Sur 9 suffrages exprimés 7 votes portent le nom de Mgr Cazelles, 1 le nom du RP. Tesson et 1 le nom du R.P.Lecler. Or Mgr Cazelles refusa la charge de Doyen à cause de ses nombreuses activités intellectuelles et aussi à cause de sa santé, ce que chacun de ceux qui le connaissent peut comprendre. L’élection du Doyen est donc reportée. Toutefois à ce même conseil est évoquée la démission, fort regrettable, du RP. Louis Bouyer, de l’Oratoire. Cette démission entraîne donc la vacance de deux chaires d’enseignement, celle d’Histoire moderne et celle d’Histoire de la Spiritualité. La première est confiée à l’abbé Y. Marchasson, la seconde le sera à l’abbé Louis Cognet en date du 21 juin 1962. C’est lors du Conseil du mois de juin qu’a lieu l’élection du Doyen. Sur dix suffrages exprimés, J. Daniélou obtient 8 voix. Le voici donc élu pour trois ans. Il sera réélu le 20 mai 1965 par 8 voix sur 13 votants. Trois ans plus tard nous sommes en 1968. Pour la troisième fois, le 16 mars 1968, le Doyen est réélu avec 7 voix sur 11 votants. La fin de l’année universitaire va être mouvementée. Le président des étudiants de la Faculté de Théologie dans un rapport écrit daté de mai-juin 1968 : « À partir du 17 mai, la faculté de théologie cessa ses activités régulières, et ce jusqu’à la fin de l’année universitaire, si ce n’est pour faire passer les examens qui furent d’ailleurs considérablement allégés ». [3] Nous aurons à revenir sur cette période si particulière. En 1969, un autre Doyen sera élu, car entre temps J. Daniélou est devenu évêque le 19 avril 1969. Le 21 avril de la même année est élu M. l’abbé Louis Cognet comme Doyen de la Faculté de Théologie, mais celui-ci mourra subitement le 20 juillet 1970. Être élu Doyen est une chose, faire face au quotidien en est une autre. À l’époque, deux tâches importantes attendent le Doyen :
Les deux sont liées, mais on peut les distinguer. Le recrutement de nouveaux enseignants.Lorsque J. Daniélou devient Doyen de la Faculté de théologie, le nombre de professeurs ne dépasse guère la dizaine et pendant longtemps il avait été inférieur. En 1962 nombre d’entre eux sont âgés et la question de leur remplacement se pose avec acuité. Enfin il faut rappeler que le nombre réduit d’enseignants supposait un enseignement de type magistral. La première année du nouveau Doyen fut difficile. D’une part il est nommé théologien peritus au Concile et il sera absent lors des premiers conseils de professeurs. Il est donc remplacé par le vice-Doyen, le RP. Tesson. Ce n’est que le 9 mai 1963 que le Doyen préside pour la première fois le Conseil des professeurs. Face à cette situation on comprendra que lors de l’année universitaire 1962-63, rien ne se passe du point de vue du recrutement des enseignants. Par contre durant l’année suivante (1963-64) le recrutement de nouveaux enseignants s’avère nécessaire si l’on veut réformer les études. Ainsi deux nouveaux professeurs sont proposés lors du Conseil du 14 mars 1964 : M. l’abbé Pierre Grelot qui doit assurer une Introduction à l’Écriture sainte en 1re année [4] et d’autre part un cours d’Anthropologie théologique confié au RP. Bouillard, s.j. dont on précise que sa nomination ne relève pas de la convention d’Hulst qui confiait aux jésuites l’enseignement de la dogmatique à la Faculté. En 1964 J. Daniélou reste préoccupé par le recrutement de nouveaux enseignants. Nous en avons la preuve dans une remarque faite par le Père Congar dans son Journal du Concile [5] où il écrit à la date du 18 août 1964 : « Je ne suis pas sûr de rester à Strasbourg. Le P. Daniélou m’a, à plusieurs reprises, offert deux chaires à Paris. » Sans trop de peine on peut imaginer, derrière cette formule, le souci de pourvoir à un enseignement d’ecclésiologie digne de ce nom et à un enseignement portant comme son complément sur l’œcuménisme. Durant l’année universitaire 1964-65 deux nouveaux enseignants sont nommés : Jean-Marie Aubert pour la théologie morale afin de remplacer le RP. Tesson et Alexandre Ganoczy pour la théologie sacramentaire afin de succéder au RP. Henry. En 1965-66 on voit apparaître la mention d’enseignants qui, n’ayant pas de doctorat, sont désignés comme assistants : E. Cothenet, A. Vanel, G. Kowalski, C. Bressolette, E. Ostier. Le plus curieux, c’est que le registre du Conseil des professeurs n’aborde pas clairement la mission de ces assistants. Certes, on devine qu’ils seront chargés d’assister les professeurs d’Écriture sainte et de Dogmatique, mais cela reste flou. P. Grelot [6] dit bien qu’il introduisit en marge de son cours des « travaux pratiques » et qu’il eut finalement besoin d’un assistant, mais il reste vague sur la date de ce changement. En réalité il y eut au cours de l’année suivante un certain flottement sur la fonction précise attendue de ces assistants. Ce qui est certain, c’est que la présence des assistants se révélera fort utile lors de la réforme des études qui aura lieu après mai 68. Nommé moi-même comme assistant pour l’année 1967-68, je fus chargé d’un séminaire de doctorat, ce qui était pour le moins étonnant. Ceci dit, les assistants joueront un rôle décisif du point de vue de la pédagogie qui va s’instaurer peu à peu en complément du cours magistral. Certains d’entre eux devront enseigner lors de la création de nouveaux cursus d’études à partir de l’année 1968-69. Réforme des études et programmation théologique.Une réforme des études était dans l’air dès 1962. Comme le note l’abbé Grelot, [7] « la difficulté de la philosophie ‘pure’ n’échappait pas aux autorités de la faculté de théologie. » En outre, la première année de théologie appelait une réforme pour y placer une « Initiation à la Bible » et une entrée dans le « Mystère chrétien ». Nous avons vu que le premier point reçoit dès 1964 une application concrète. C’était un premier pas, mais il était insuffisant. En faveur d’une réforme, un autre facteur a joué, mais à l’époque on n’en parlait pas ouvertement, à savoir la présence d’Instituts spécialisés créés en dehors de la Faculté de Théologie, donc autonomes, mais dont le succès était évident. En 1950 fut créé l’Institut de Pastorale Catéchétique qui rencontra un franc succès comme j’ai pu le constater en 1965 alors que j’y avais un cours intitulé « Bible et Catéchèse ». L’auditoire qui comprenait beaucoup d’étudiants étrangers exigeait une grande salle de cours. Dans ce même contexte de création d’Instituts, on ne peut oublier la création en 1956 d’un Institut Supérieur de Liturgie, rattaché en théorie à la Faculté de Théologie, mais érigé canoniquement dès 1961. Face à cette situation connue du nouveau Doyen, celui-ci propose de manière surprenante en 1963 un « Projet d’un Institut de Hautes Études Ecclésiastiques », un texte de six pages destiné à initier au travail scientifique ceux qui veulent préparer un doctorat. Le Doyen proposait même des noms d’enseignants : P. Grelot pour l’Écriture sainte, le RP. Moingt pour la théologie. Le RP. Congar est même envisagé comme professeur extraordinaire pour un cours d’ecclésiologie. Tel quel, ce projet fut refusé. Pour une part il était chimérique de créer un Institut pour les seuls doctorants à côté de la faculté de théologie, car c’est à l’intérieur de celle-ci qu’il fallait faire une réforme. L’autorité rectorale fut très ferme sur ce point. C’est ainsi que le 22 avril 1963 est proposé au Conseil des professeurs un Projet de réorganisation de la préparation au doctorat. Il s’agit alors d’un projet concret et précis. Désormais les étudiants auront à suivre non des cours, mais des séminaires, deux par semestre, choisis en fonction de leur projet de thèse. Dès le début chacun aura un directeur de thèse qui se portera garant du travail accompli. Sans entrer dans plus de détails, on doit noter que le cadre de cette réforme est encore celui qui existe aujourd’hui pour les doctorants. La réforme ne s’arrête pas là. En date du 24 mars 1964, le Doyen propose un autre projet qui concerne l’organisation universitaire de la licence en théologie. Ce projet de quatre pages insiste sur le niveau universitaire de l’enseignement pour tous les étudiants, une idée chère au Doyen. Il n’est pas question ici d’entrer dans le détail de ce projet à la fois novateur et classique.
La réforme n’avance guère. Le 29 avril 1965 le P. Daniélou pose la question suivante au Conseil des professeurs : « sans renoncer à approfondir le projet de réforme des études de la Faculté de théologie, déclare-t-il, ce dont il a été question aux derniers conseils - ne convient-il pas, pour la prochaine année universitaire, de se contenter d’aménager l’état de choses existant et de prévoir seulement un horaire un peu allégé ? » C’est avouer, sans le dire, que l’on n’est pas prêt et que l’on n’a pas le personnel adéquat pour se lancer dans une réforme. La proposition du Doyen fut donc largement acceptée d’autant plus qu’on fit remarquer qu’avec le Concile il pourrait y avoir de nouvelles indications sur la formation théologique dans les séminaires et universités pontificales. Le mieux est donc d’attendre. Pourtant à la fin de l’année universitaire, - on est le 27 juin - le projet d’une première année de théologie est évoqué, mais sans plus. Par ailleurs deux assistants sont attribués au RP. de Lavalette, ce qui va poser de plus en plus la question du rapport entre cours magistral et séminaires. Plus importante pour la suite des événements est la réflexion qui s’instaure au cours de l’année 1966-67. La réforme des études n’est pas oubliée, mais on s’intéresse d’abord aux publics que l’on pourrait atteindre. Deux idées se font jour à ce propos :
C’est ainsi que le cycle court, appelé par la suite « Cycle B », va être confié à l’abbé G. Kowaslki qui devra s’entourer de nouveaux enseignants en Écriture sainte, dogmatique et philosophie. Ce cycle sera mis en route en octobre 1968. Une nouvelle pédagogie est mise en place. L’année 1967-68 verra donc la mise en route d’une réforme des études qui aura demandé une longue gestation, sans doute inéluctable à cause d’un passé qui pèse d’un grand poids. Désormais la Faculté de Théologie est organisée selon trois cycles :
Le 25 avril 1968 le projet est soumis à l’approbation du Conseil des professeurs, puis il est présenté au Recteur. Là-dessus mai 68 arrive. Voici ce qu’écrit Jean Daniélou à ce propos : « Mon décanat fut sans histoire jusqu’à mai 1968. J’appris un beau matin que les étudiants s’étaient réuni en assemblée. Je m’y rendis aussitôt. Ces assemblées et celles qui suivirent permirent à des idées latentes de s’exprimer et aboutirent à des réformes dont beaucoup étaient opportunes. » Le cardinal poursuit en déclarant : « Je n’avais pour ma part aucune difficulté à être d’accord sur les réformes des études, sur la participation des étudiants, du moment que la finalité de la Faculté en tant qu’institution ecclésiale était assurée ». Face aux demandes des étudiants, le Doyen dut convoquer une Assemblée extraordinaire des enseignants le 31 mai 1968 et faire accepter ce qu’il s’était engagé à réaliser face aux demandes des étudiants. Pour le Doyen ces demandes étaient légitimes, mais il avait promis une co-gestion à tous les niveaux et un Conseil de faculté paritaire. Sur ce point le P. Daniélou ne fut guère prudent Ses successeurs dans la charge de Doyen durent agir avec diplomatie pour pondérer un principe dont toutes les conséquences n’avaient pas été perçues au moment même. Dans l’histoire de la Faculté de Théologie, le Doyen Jean Daniélou joua un rôle décisif dont les effets se font sentir encore aujourd’hui, même si peu en sont conscients. Toutefois il est juste de dire que le Doyen ne fut pas seul et on ne doit pas oublier ceux qui l’ont aidé à réaliser le réforme des études, le RP. Henri Holstein, le dévoué secrétaire de la faculté, mais aussi le RP. de Lavalette, professeur de dogmatique, jamais à court d’idées. J. Daniélou les mentionne dans ses « Souvenirs » et nous rappelle qu’un Doyen, surtout impétueux, n’est jamais seul pour diriger une faculté et doit savoir écouter. [1] J. Daniélou, Souvenirs, Le livre du Centenaire, Paris, 1975, p. 231-233. [2] H. Holstein, Archives de l’Institut Catholique, Document P 57 (1975). [3] Archives de l’Institut Catholique de Paris - Document C8 : Livre blanc mai-juin 1968, p.4. [4] P. Grelot, Combats pour la Bible en Église, Paris, 1964, p. 186. [5] R.P. Yves Congar, Mon Journal du Concile, t. II, Paris, 2002, p.122. [6] P. Grelot, op. cit., p.186. [7] P. Grelot, op. cit., p.186. © 2001-2007 Catho-Theo.net
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