Dernière mise à jour : 15 octobre 2007

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Faculté de Théologie de l'Institut Catholique de Paris

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Centenaire de la Revue des Sciences philosophiques et théologiques

  Gilles Berceville
Dominicain
Professeur de théologie dogmatique à la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses de l’ICP
Directeur de publication de la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques

Site web : Page de Gilles Berceville sur le site de l’ICP

L’Institut catholique accueille dans ses murs les 20, 21 et 22 novembre prochains la célébration du centenaire de la Revue des Sciences philosophiques et théologiques. Merci à catho-theo.net de nous avoir offert de présenter ce périodique et la problématique du colloque organisé à l’occasion de cet anniversaire.

La Revue des Sciences philosophiques et théologiques. 1907, 1947, 2007.

C’est en 1907 qu’une équipe de jeunes professeurs dominicains lançait la Revue des Sciences philosophiques et théologiques. Repliés depuis 1904 au lieu dit « Le Saulchoir », sur la frontière belge, non loin de la ville de Tournai, après l’expulsion des religieux décrétée par la République, les étudiants dominicains de la Province de France (l’une des trois provinces françaises de l’époque, avec celle de Toulouse et celle de Lyon) et leurs professeurs, constituaient une communauté fervente et rayonnante. Bien loin d’avoir brisé les énergies, les persécutions avaient ranimé les désirs missionnaires et la retraite forcée favorisait les projets apostoliques et intellectuels.

L’exemple et l’enseignement du Père Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861) continuaient d’éclairer les esprits. Il ne s’agissait pas de réagir indistinctement contre le monde moderne mais au contraire d’aller à sa rencontre, d’accompagner fraternellement les efforts de renouvellement, de défendre la liberté religieuse. Le P. Ambroise Gardeil (1859-1931) alors régent des études de sa Province, transmettait à ses frères un modèle de scientificité en théologie que ceux-ci s’efforçaient d’honorer dans leur formation, leur recherche et leurs publications.

La fondation d’une nouvelle revue de théologie s’inscrit dans ce contexte historique et dans cette mouvance religieuse et intellectuelle. Donnons la parole aux fondateurs, présentant au moment même du lancement de la Revue le service qu’ils entendaient rendre à la théologie :

« Revue des Sciences philosophiques et théologiques. Le titre de la revue en indique assez clairement la matière : c’est l’ensemble des sciences philosophiques et théologiques […]

Le caractère compréhensif ou, si l’on veut, synthétique de la Revue, qui ressort de l’ampleur même de son programme, est ce qui constitue à nos yeux sa principale raison d’être et ce que nous tenons à mettre tout d’abord en relief. C’est par là, pensons-nous, qu’elle a chance de répondre à un besoin qui grandit de jour en jour, le besoin qu’éprouvent les savants, cantonnés dans leur spécialités par les exigences de leur recherches, de confronter leurs méthodes et de se communiquer leurs résultats […]

Pour atteindre ce but, elle devra faire de l’information l’une de ses principales tâches. De plus, un organe de vulgarisation serait absolument insuffisant : ce qu’il faut, c’est une publication de caractère strictement scientifique. La Revue des Sciences philosophiques et théologiques sera donc, en même temps que soucieuse d’information, scientifique d’esprit et de méthode. Des articles originaux, comme des informations et appréciations, tout parti-pris sera exclu. »

Il s’agissait donc non pas de défendre et d’illustrer un système de pensée ou une tradition religieuse, mais de favoriser les échanges dans la communauté scientifique et théologique, en informant avec rigueur et compétence de l’avancée des recherches dans les différents domaines concernés. Une des particularités de la Revue, dès les premières années de son existence, sera d’offrir des bulletins rendant compte des publications récentes en chaque discipline et une recension article par article des principales revues universitaires de théologie, de philosophie et de sciences religieuses. Dès qu’ils le purent, les responsables de la Revue la firent éditer au cœur du Quartier Latin, à proximité de la Sorbonne, grâce à l’accueil amical de la librairie philosophique J. Vrin.

Les années passent. En 1939, les facultés de théologie et de philosophie de la Province dominicaine de France, ses professeurs, le « collège des lecteurs, » leur bibliothèque et leur Revue se sont déplacés en Île-de-France, à Étiolles. Le transfert s’effectua au moment même où la guerre était déclarée. La péniche qui transportait les livres du studium fut la dernière à pouvoir franchir la frontière. La revue cessa de paraître de 1943 à 1947. Lorsqu’il redevint possible de publier, une nouvelle génération de frères dressa un nouveau programme. En voici un extrait :

« La Revue voudrait, en restant au plan scientifique qui doit être le sien, apporter sa contribution à l’effort propre de notre temps et à la préparation d’une solution pour des problèmes plus nombreux et plus aigus que jamais. Dans le domaine des sciences théologiques, notre époque éprouve incontestablement un besoin de synthèse, de retour aux sources, d’élargissement des problèmes – par une remise en valeur des sources où s’est alimentée la scolastique traditionnelle : Pères, liturgie – par une confrontation avec les théologies chrétiennes non-catholiques, voire certains courants philosophiques modernes. Elle a aussi ses problèmes nouveaux : extension de la théologie à des problèmes pastoraux, développement et dimension historique du christianisme, théologie de l’histoire, anthropologie, missions, unité chrétienne, psychologie religieuse, etc. Dans le domaine de la philosophie, de nouveaux problèmes appellent aussi un effort d’information, de réflexion et de réponse : philosophie des sciences, problème de l’anthropologie, techniques psychologiques, existentialisme, matérialisme dialectique, philosophie de la technique, de l’histoire, de la culture. »

Les deux objectifs de la scientificité et de l’information sont rappelés et réassumés. On s’efforce d’intégrer sans exclusivisme la « scolastique traditionnelle » et la revalorisation des sources liturgiques et patristiques. On explicite une certaine conception du rapport de l’intelligence chrétienne au monde contemporain, un rapport impliquant l’attention aux problèmes « nouveaux, » la volonté de « contribution » aux efforts et aux recherches d’une génération. On étend la perspective aux questions pastorales. Le contexte ecclésial et théologique est celui de la controverse sur la « nouvelle théologie » qui conduira aux mises en garde d’Humani generis en 1950. Un esprit et une thématique se développent qui annoncent la constitution pastorale Gaudium et Spes de 1965. « Il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans le cœur des disciples du Christ », offrant leur « contribution sincère pour l’instauration d’une fraternité universelle » (Gaudium et Spes 1 et 3).

Dans les années soixante-dix, les dominicains quittèrent Étiolles et s’installèrent dans le treizième arrondissement à Paris, occupant les locaux reconstruits du couvent Saint-Jacques. La Bibliothèque du Saulchoir, à laquelle la Revue était étroitement liée, ouvrit ses portes au public en 1974. Le siège de la Revue était désormais situé non loin des lieux où s’était forgée la tradition intellectuelle inspiratrice des facultés du Saulchoir, l’antique collège du couvent Saint-Jacques, incorporé à l’Université de Paris jusqu’à la Révolution.

Depuis 1907 et 1947, des continents culturels nouveaux ont surgi. Des questions inédites sont apparues, faisant naître des débats à instruire à nouveaux frais. Mais l’intention profonde qui a présidé à la fondation et à la reprise de la Revue conserve son actualité. Les rédacteurs de la Revue se savent en charge d’une tradition que leurs frères plus anciens ont su garder vivante et ils voudraient continuer à servir dans le même esprit le débat théologique contemporain.

Les dominicains et l’Université.

Le colloque du centenaire évoquera le milieu religieux qui a porté la Revue pendant un siècle et s’interrogera sur le service que ses fondateurs et leurs successeurs se sont crus appelés à rendre à l’Église et à la société. D’où le choix du thème : « Frères prêcheurs, une vocation universitaire ? »

Aujourd’hui comme hier, nous l’avons vu, la Revue des Sciences philosophiques et théologiques entend contribuer à la vitalité d’une réflexion proprement universitaire dans les domaines de la philosophie et de la théologie. Il s’agit de publier des travaux de recherche, en conjoignant l’étude des sources et l’attention aux enjeux actuels, et de favoriser par l’information les échanges entre les spécialités.

Les ordres mendiants, les disciples de saint François et de saint Dominique en particulier, se sont engagés dans la vie de l’Université peu après la naissance de celle-ci. Ils y envoyèrent leurs étudiants, et bientôt ils y eurent leurs propres chaires. Dès le début, cette présence des religieux à l’Université fut controversée, à l’intérieur des communautés de mendiants qui s’y étaient introduits et par les séculiers qui l’avaient fondée. « Paris » n’a-t-il pas trahi « Assise » comme s’en plaignait le franciscain Jacopone da Todi ? Les frères qui doivent prêcher le salut à leur prochain ne mettent-ils pas leur propre âme en péril en se faisant philosophes, comme le suggéraient les Vitae fratrum, récit hagiographique des origines dominicaines ? La vie religieuse est-elle compatible avec les fonctions publiques d’enseignement : saint Bonaventure et saint Thomas durent répondre sur ce point aux objections de leurs collègues. Le débat se présentait en ces termes au XIIIe siècle et il devint violent. Ce n’est pas l’accord des partis mais l’intervention autoritaire des papes (et de la maréchaussée !) qui permit finalement aux religieux mendiants de continuer à enseigner à l’Université.

Faut-il donc s’étonner que ce débat tournant au conflit ouvert se prolongeât sous des formes diverses, plus ou moins larvées, jusqu’au XXe siècle ? Quels en étaient les enjeux ? Quelle en est l’actualité ?

  • Le colloque évoquera lors de la première journée quelques figures marquantes de dominicains de la Province de France dont l’œuvre inspira la Revue et qui en furent pour certains des contributeurs : les Pères Lacordaire et Gardeil, déjà cités, et plus proches de nous, les PP. Festugière, Congar, Chenu, Dubarle et d’autres. On examinera en particulier comment ce travail de plusieurs générations prépara le Concile Vatican II, puis en accompagna la réception.
  • Le 21 novembre au soir, une table ronde réunissant des directeurs de revues s’interrogera sur l’avenir des revues universitaires de philosophie et de théologie au XXIe siècle.
  • Une matinée sera ensuite consacrée à un domaine qui occupe une place privilégiée au Saulchoir : celui de l’étude des doctrines médiévales et de saint Thomas. Il s’agira en particulier d’examiner comment ce champ de la recherche bénéficia de l’interdisciplinarité, étant lieu de confrontation de l’histoire, de la philosophie et de la théologie.
  • La dernière séance devrait permettre de débattre, à partir de l’œuvre de grands penseurs chrétiens comme Newman ou Péguy et grâce à l’expérience des théologiens et des universitaires présents, sur les questions fondamentales que posent le projet et l’histoire de la Revue :
    • Que doivent attendre l’une de l’autre l’Église et l’Université ?
    • Comment conjuguer appartenances religieuses et engagement universitaire ?

L’Institut catholique de Paris et les dominicains de la Province de France.

La date du colloque a été choisie pour faire mémoire de deux anniversaires.

Le 21 novembre 1861, fête de la Présentation de la Vierge, le Père Lacordaire rendait le dernier soupir à Sorèze. Ce jour a longtemps fait l’objet d’une célébration particulière chez les frères dominicains de la Province de France.

Vingt ans après la mort de Lacordaire, l’État français dispersait les congrégations. Le combat pour la liberté religieuse auquel Lacordaire avait consacré une grande part de ses forces et de son génie continuait. Monseigneur d’Hulst était alors recteur de l’Institut catholique de Paris. Il invita les frères dominicains à se retrouver en l’église Saint-Joseph le 21 novembre. Dans l’auditoire, certains lui reprochaient une résistance à la loi. Il dit à leur intention :

« Dieu veut que les fils honorent leur père, Dieu veut que les chrétiens se souviennent de leurs frères défunts. Ces deux devoirs résument dans leur religieuse simplicité toute la signification de la cérémonie présente. S’il y a des hommes qui mêlent les querelles des vivants au souvenir des morts, nous ne sommes pas de ceux-là. » Puis s’adressant à l’ensemble de l’auditoire : « Il y a vingt ans, à pareil jour, mourait un homme qui avait reçu de Dieu, qui avait accepté, qui avait rempli une grande mission : rétablir dans notre pays, après plus de quarante ans d’interruption, la vie monastique, l’adaptant aux besoins nouveaux, lui obtenir droit de cité dans ce siècle à force d’éloquence, de dévouement et de vertu. » Se tournant enfin vers les dominicains présents : « Priez en paix, mes Pères, et, si des larmes se mêlent à vos prières, ne craignez pas qu’on vous les reproche ! Nous aussi, confondus dans vos rangs, nous voulons prier et pleurer avec vous. »

Depuis plus d’un siècle, les dominicains ont toujours été reconnaissants et heureux de venir se confondre dans les rangs des professeurs et des étudiants de l’Institut catholique de Paris : A. Gardeil fut le conseiller doctrinal de la faculté de philosophie de 1912 à 1931 ; le P. Blanche, confondateur de la Revue, fut le doyen de la même faculté de 1934 à 1943. Le P. Dubarle fut l’un de ses successeurs. Le P. Liégé comme doyen de la faculté de théologie travailla à la réunion des Instituts et de la Faculté de théologie en un nouvel organisme, réalisée en 1973. Le P. Châtelain joua un rôle important dans la fondation de l’Institut supérieur de pédagogie. Le 21 novembre prochain, ce ne seront donc plus des larmes, mais la joie d’une longue amitié que nous partagerons ensemble. Ad multos annos.



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