Dernière mise à jour : 18 juillet 2005

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Faculté de Théologie de l'Institut Catholique de Paris

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Catéchèse d’adultes et maturation de la foi

  Denis Villepelet
Maître de conférence en théologie catéchétique à la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses de l’ICP
Directeur de l’Année de Formation aux Ministères à l’ICP

Site web : Page de Denis Villepelet sur le site de l’ICP

Catéchèse d’adultes et maturation de la foi

Propos introductif

La catéchèse destinée aux adultes connaît, au moins en France, une situation paradoxale si on la compare aux énergies investies sur la catéchèse des enfants et des adolescents. Elle est importante mais seconde par rapport à d’autres priorités pastorales. Or il semble que le contexte religieux et culturel contemporain devrait conduire à se soucier plus fortement qu’avant de l’adulte et de la maturation de sa foi.

I- La situation paradoxale de la catéchèse d’adultes.

Le thème de ce colloque nous est venu du constat de la situation paradoxale dans laquelle se trouve la catéchèse d’adultes au moins en France. Cette situation nous semble être due pour une bonne part au flou conceptuel qui entoure la notion de maturité de la foi et sa liaison systématique avec le statut d’adulte compris comme « majorité ».

1-1 : la place marginale de la catéchèse d’adultes en France

Si le Directoire Général pour la Catéchèse [1] souligne « l’importance extraordinaire du développement de la catéchèse d’adultes dans le projet catéchétique de très nombreuses Églises particulières », ce n’est pas le cas en France où cette catéchèse reste marginale au regard du travail considérable effectué pour la catéchèse des enfants et des adolescents. Bien sûr, personne n’ignore les efforts entrepris par les diocèses de France, les congrégations, les différents services et mouvements en faveur de la formation permanente des laïcs en responsabilité, des diacres permanents, des prêtres diocésains ou religieux et des religieuses en charge pastorale mais cet investissement notable en personnes, en recherches et en finances n’est pas nécessairement un investissement catéchétique. Certes, cette formation chrétienne d’adultes n’exclut pas cette fonction catéchétique de l’Église quand elle permet aux chrétiens qui la suivent, de grandir dans la foi en favorisant une intelligence croyante des situations dans lesquelles ils sont impliqués, mais elle forme prioritairement des acteurs pour la mission capables de relever les défis de la proposition de la foi dans ce monde occidental en voie de déchristianisation.

En réalité, la dénomination « catéchèse d’adultes » recouvre des pratiques pastorales très diverses qui couvrent tout le champ du « Ministère de la Parole » depuis les expériences de première annonce jusqu’au service spécifiquement théologique du développement d’une intelligence contemporaine de la foi chrétienne.

Ces pratiques s’adressent ou bien à des adultes qui ont envie de découvrir un trésor inconnu et de vivre une expérience spirituelle forte ou bien à ceux qui désirent se réapproprier à hauteur de leur âge un héritage trop souvent délaissé en le comprenant de façon neuve ou encore à des adultes qui veulent approfondir ce qui n’a jamais cessé de les habiter pour mieux l’intégrer dans leur itinéraire personnel et social. Elles concernent à la fois, des catéchumènes ou des recommençants, celles et ceux qui demandent un sacrement pour eux-mêmes ou pour d’autres ainsi que les vieux routiers de l’engagement chrétien dont la longue fidélité a besoin d’être nourrie à frais nouveau.

Parfois ces pratiques sont proprement catéchétiques et dénommées comme telle. Elles proposent alors des parcours balisés ou des itinéraires à multiples entrées. Parfois elles relèvent de champs pastoraux dont la destination n’est pas d’abord catéchétique mais qui ne refusent pas d’en assumer une certaine part. Pour un certain nombre de mouvements par exemple, la dimension catéchétique est une des composantes de l’action et de la ressaisie de vie. Ce souci catéchétique est pris aussi en compte dans des lieux plutôt inhabituels pour la pastorale classique : des haltes spirituelles dans les halls de gare, les aéroports ou les hypermarchés. On y propose comme des parcours santé sur des aires d’autoroute !! Ainsi l’effort catéchétique auprès des adultes en France est loin d’être négligeable mais il est beaucoup moins structuré que la catéchèse de l’enfance, pour laquelle on parle même de dispositif catéchétique, et souvent laissé à l’initiative bienheureuse de personnes qui sont peu relayées pour lui conférer une véritable ampleur.

En fait le modèle de la catéchèse reste la catéchèse de l’enfant. La catéchèse des adultes n’est qu’un appoint ou un complément qui permet d’entretenir la structure mise en place dans l’enfance. L’enfance reste l’âge d’or parce qu’elle représente une période charnière pour la structuration et la maturation de la foi chrétienne, le bon moment pour inscrire les fondamentaux de cette foi de façon indélébile. À la fin de son éducation catéchétique qui se conclut par la réception du dernier sacrement de l’initiation, l’enfant atteint sa majorité dans la foi. Il est, pour paraphraser le canon 204 du Droit Canon [2] un « fidèle du Christ, incorporé au Christ par les sacrements de l’initiation et pour cette raison, appelé à exercer la mission que Dieu a confiée à l’Église… » Mais une telle orientation peut laisser croire que la foi adulte est acquise une fois pour toutes : la catéchèse procure le viatique indispensable et définitif pour la vie adulte et l’enfant devenu adulte n’a plus besoin d’être catéchisé. On suppose aussi que la croissance ou la maturation de la foi est quelque chose de linéaire, progressif et diachronique qui est lié au développement psychogénétique de la personne depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte.

Le mot « adulte » est ici pris dans son sens le plus usité : il se dit d’un être qui est parvenu au terme de sa croissance et bénéficie de son plein développement. En s’inspirant du modèle biologique de la maturité, l’adulte est l’être qui a atteint à la fois un équilibre et un sommet entre la croissance et le déclin. Il a construit son indépendance affective, intellectuelle et économique qu’il dépend de lui d’entretenir ou de perdre.

1-2 :l’importance de la catéchèse d’adultes dans le DGC

À l’encontre du dispositif français de la catéchèse centré sur l’enfance, le DGC invite les Églises particulières à réorienter la catéchèse à partir de la préoccupation prioritaire des adultes. Le § 59 l’énonce sans ambiguïté « la catéchèse d’adulte doit être considérée comme la forme privilégiée de la catéchèse à laquelle toutes les autres - non moins nécessaires - sont d’une certaine manière ordonnées. Cela implique que la catéchèse qui s’adresse aux autres tranches d’âge doit s’y référer et former avec elle un projet catéchistique cohérent de pastorale diocésaine. » et comme si cela ne suffisait pas, le § 275 met les points sur les « i » ! « Le principe organisateur qui assure la cohérence entre les divers processus de catéchèse offerts par une Église particulière est l’attention à la catéchèse d’adultes. Elle est l’axe porteur autour duquel gravite la catéchèse du premier et du troisième âge qui s’inspire d’elle.  » Cette idée que la catéchèse d’adultes doit orienter aussi bien sur le fond que sur le plan pédagogique la catéchèse des autres moments de la vie, est une véritable révolution copernicienne par rapport aux pratiques héritées. La catéchèse d’adultes n’est ni un complément ni un appoint, elle est la composante essentielle de la catéchèse.

Pourquoi cette insistance ? Le directoire en propose au moins trois grandes raisons :

La première consiste à reconnaître que les adultes sont des individus appelés à assumer des responsabilités sociales de tout genre et qu’en conséquence ils sont, plus que les autres âges exposés à des mutations et à des crises parfois profondes (§ 173).

La deuxième souligne que les adultes ont le droit et le devoir de porter à maturité le germe de la foi que Dieu a mis en eux. Leur foi a besoin en effet d’être sans cesse éclairée, renforcée et protégée «  afin qu’ils puissent acquérir la sagesse chrétienne qui donne sens, unité et espérance aux multiples expériences de leur vie personnelle, sociale et professionnelle.  » (§ 173)

Enfin la dernière soutient que seul l’adulte est « capable d’une adhésion pleinement responsable et de vivre le message chrétien sous sa forme pleinement développée. »

À travers ces quelques citations, on saisit que le DGC ne considère pas l’âge adulte comme l’état terminal de la croissance avant le déclin. L’adulte est un sujet exposé dans un monde en pleine mutation parce qu’il y exerce de pleines responsabilités. L’adulte est un être qui est toujours en maturation et la maturité est un objectif visé plus qu’un état de fait. La foi nourrie, éclairée, protégée est un bon vecteur d’unification pour une vie éclatée en recherche de conciliation. Mais ce processus de maturation n’empêche pas l’adulte d’être capable d’une adhésion pleinement réfléchie et volontaire, « vraiment conscient de sa foi et vivant en cohérence avec elle.  » (§ 24)

Maturation et maturité constituent des termes clés pour définir la finalité de la catéchèse quel que soit l’âge auquel celle-ci s’adresse. Comme le dit le § 88, la catéchèse est «  au service de la croissance  » de la foi à tous les âges, elle a pour tâche « d’éduquer en permanence la foi. » Je ne résiste pas ici à citer un de nos grands pionniers de la recherche catéchétique, en la personne de Joseph Colomb. [3] « Pour chaque âge, écrivait-il, on peut parler d’une foi adulte. La foi est adulte si elle répond pleinement à la grâce reçue et avec toute l’humanité dont elle dispose. La sainteté, la plénitude de la foi est en ce sens de tous les âges. Il faut dire qu’il y a une religion adulte de la petite enfance, une autre également adulte de l’adolescence, de l’âge mûr et de la vieillesse.  »

On comprend ainsi pourquoi la catéchèse au service des adultes, biologiquement, socialement et intellectuellement adultes puisse être un modèle pour les autres âges. Mais une telle perspective suppose pour être comprise qu’on n’identifie pas l’état adulte à un statut qui définirait la fin de la croissance et donc de toute évolution et la maturité à la majorité telle qu’on la conçoit depuis la période des Lumières. La maturité est moins un état qu’une valeur d’accomplissement et d’épanouissement à la fois permanente et sans terme et la maturation un processus interminable et même discontinu. En ce sens, le Directoire distingue bien les adultes convertis qui ont besoin d’être introduits dans la vie de foi par le catéchuménat, les adultes baptisés qui n’ont pas été catéchisés ou qui n’ont pas achevé leur itinéraire d’initiation ou qui se sont éloignés de la foi. Le pape Jean Paul II les appelle « des presque catéchumènes », [4] en France, nous les appelons des « recommençants » ! Le texte mentionne aussi les adultes croyants qui vivent avec cohérence leur option de foi et désirent sincèrement l’approfondir (§ 172). Ainsi, chacun a ses possibilités et ses besoins et chacun est appelé à porter à maturité le germe de la foi que Dieu a mis en lui, au niveau où il en est.

Le fait de considérer les adultes comme « les destinataires privilégiés de la catéchèse  » (§ 33) conduit à évoquer des maturités successives de la foi selon les âges, et à concevoir le processus de maturation comme quelque chose de permanent. Le chrétien n’en a jamais fini de devenir chrétien ! Il faut alors appréhender la foi comme une dynamique qui n’échappe pas aux moments de crise et de réorganisation qui jalonnent la vie de l’adulte. La vie de foi est non seulement appelée à s’approfondir mais aussi à se renouveler. Le mouvement de conversion et d’adhésion au Christ demeure constamment à reprendre dans la dynamique de maturation de la foi. Cette foi est au travail même chez celles et ceux qui éprouvent dans leur chair la proximité de la mort et font l’expérience du lâcher prise.

II- Regard sur la vie des adultes

Dans l’univers social, économique et culturel du 20e siècle, les adultes se sont identifiés comme des acteurs de développement. Ils ont éprouvé, parfois durement, qu’ils participaient à la construction d’une société sinon meilleure du moins différente. Ils étaient professionnels, militants syndicaux ou politiques, salariés ou bénévoles, ils avaient le sentiment de produire l’histoire et d’être socialement utiles. Si on ne concevait pas l’évolution sociale sans moment critique, sans lutte, sans antagonisme ni conquête, cet engagement puisait ses racines dans une vision idéalisée du monde rendue cohérente par « une utopie de changement » très consensuelle. On allait ensemble vers du mieux et du plus !

Le vent a tourné et nos contemporains s’identifient de moins en moins à travers et par leurs rôles sociaux. Le système économique et social s’est largement complexifié. Il oriente de moins en moins les acteurs qui éprouvent qu’il peut se passer d’eux. Comme le souligne le sociologue français Alain Touraine, [5] « ce n’est plus à travers certains de leurs rôles sociaux que des individus ou groupes se mobilisent pour mettre en cause l’organisation mais en tant qu’être humain. »

Pour beaucoup d’adultes aujourd’hui - spécialement les plus jeunes - le défi est moins de devenir un acteur engagé et performant pour le bien de la société que de s’assumer comme sujet à part entière. L’explosion individualiste contemporaine indique un formidable besoin d’identification et d’enracinement. L’adulte est pris par l’obligation de se construire, de devenir l’auteur de sa propre existence et l’acteur responsable de ce qu’il fait parce qu’il ne peut s’en remettre à un ordre des choses qui brillerait du privilège de l’évidence. Or ce défi n’a rien à voir avec la conquête narcissique de soi ; il revient à un long et permanent travail d’enfantement et de réconciliation avec soi-même au milieu des autres. Le philosophe canadien Charles Taylor [6] insiste sur le fait que ce sujet exposé est quelque chose de « complexe, fragile, conflictuel ». On suppose encore trop la vie adulte comme le temps de la maturité, de la stabilité, de l’exploitation maîtrisée de potentialités sans rupture ni évolution.

2-1 : Quelques tensions cruciales à assumer

Pour vivre, cet adulte qui doit s’enfanter comme sujet, est confronté à des tensions qui requièrent de sa part un surplus d’autonomie et d’intériorité. Nous voudrions noter quelques unes de ces tensions qui sans être exhaustives nous semblent assez caractéristiques de l’état critique permanent dans lequel se trouve l’adulte qui tient à s’assumer comme tel aujourd’hui.

  • La première tension se résume dans l’appropriation d’un paradoxe : l’adulte se sait responsable de l’imprévisible . Comme le dit l’anthropologue Georges Balandier, [7] les sociétés occidentales sont des « sociétés de bifurcation » qui « naviguent à vue  ». Tout bouge et devient incertain. Les futurs sont peu prévisibles et mal définis. L’avenir est entré dans l’infigurable. Nous nous mouvons, nous circulons, nous communiquons dans un espace mondial dans lequel tout interagit mais sans perspectives décisives ni projet. Et pourtant, comme le dit Michel Crozier, [8] « nous nous sentons beaucoup plus responsables qu’auparavant du futur que nous contribuons à créer alors que nous sommes moins capables d’en préciser la configuration. » Plus cet avenir est imprévisible et moins il est fatal : il émerge de l’enchevêtrement infiniment complexe de nos actions. La montée de l’incertain et de l’imprévisibilité s’accompagne d’un accroissement de responsabilité : il s’agit d’éviter d’hypothéquer l’avenir, de faire que les effets de nos décisions et de nos actions soient destructeurs de la vie des générations futures. Les débats éthiques contemporains qui réfléchissent sur la responsabilité dans les domaines biogénétiques, écologiques ou politiques sont les signes tangibles de cette tension qui inquiète la vie des adultes aujourd’hui. On pourrait dire que l’adulte est celui qui assume ce paradoxe, sans se retrancher derrière une quelconque fatalité, dans sa vie quotidienne.
  • La deuxième tension qui mobilise et dynamise la vie des adultes se concentre en ces deux verbes contradictoires, s’adapter et tenir ou anticiper et durer . Les contraintes économiques et socio-professionnelles obligent les adultes à devenir adaptables et disponibles au service d’une société mobile, flexible et fortement dispersante. Ils doivent être capables de s’ajuster à des situations multiples et changeantes. L’accroissement de l’investissement en formation, le tourbillon des savoirs, les changements professionnels sont les signes de cette exigence d’adaptation. Mais cette disponibilité au changement, cette capacité à s’adapter suppose paradoxalement une capacité à tenir et à durer envers et contre tout. Ce monde tourmente l’individu de l’intérieur, et l’excès de narcissisme qui parfois pointe à travers les comportements des individus, est une manière de résister à son propre démembrement. Comme le dit encore A. Touraine [9] : « l’individu ne peut se réduire à une mosaïque de comportements si divers qu’ils ne peuvent générer aucun principe d’unité de sa personnalité. » L’adulte doit être à même de produire le monde et de s’assumer en première personne en rendant raison de ses choix et décisions. Cette obligation d’autonomie est parfois fatigante !
  • La troisième tension se tient dans la double injonction paradoxale de transmettre et faire advenir, d’éduquer et d’autonomiser . Beaucoup d’adultes chrétiens ont transmis aux générations qui les ont suivis, des valeurs profondément humanistes dont ils puisaient la source dans l’Évangile : respect, tolérance, ouverture, non violence, franchise, intégrité, sincérité, vérité, amour, pardon, solidarité, sens de l’autre… Ils ont transmis ces valeurs en les vivant au cœur leurs relations avec les enfants et les adolescents comme les points d’appui et les moteurs de cette éducation. Cette transmission s’est donc opérée plus par le dialogue que par l’exercice d’une autorité frontale, plus par l’établissement d’une réciprocité que par l’imposition d’interdits. En fait, par réaction contre un certain dogmatisme éducatif et religieux, ils ont voulu transmettre par osmose et par symbiose une éthique de vie plus qu’un système de normes et d’impératifs. Cette éducation à l’autonomie implique l’institution d’un équilibre subtil et compliqué entre le laxisme qui laisse faire mais fait échouer l’autonomisation et l’inflexibilité qui barre la route à toute croissance. Mais au bout du compte, ils éprouvent le sentiment d’avoir en partie échoué : celles et ceux qu’ils éduquaient les ont renvoyés à leurs propres contradictions et questionnés, souvent sans médiation, sur la pertinence de leur éthique. Ces nouvelles générations sont méfiantes eu égard aux échecs éthiques de leurs éducateurs. Il ne suffit pas d’inviter à aimer si on aime mal !

Ce questionnement critique, voire cette mise en doute, est redoublé par le fait que la tradition éthique des adultes transmetteurs est en concurrence avec d’autres traditions. Aujourd’hui, chacun fait sa vie, en traversant l’influence de plusieurs traditions et en construisant sa propre synthèse. Cette circulation des traditions entre elles et la recomposition permanente qui en découle mettent à mal le travail de transmission et conduisent beaucoup d’adultes à douter de ce qu’ils transmettent, tout en tenant aux valeurs qui les font vivre et qu’ils aimeraient bien partager avec les jeunes générations.

  • L’adulte a parfois envie de se replier et parfois de se déployer. Il se replie et marque ainsi sa défiance ou sa fatigue face au cours des choses ou bien il se déploie et active sa confiance en solidarité avec le monde. Nous soulignons ainsi une quatrième tension. De nos jours, l’adulte est plus dégagé de ses liens de dépendance sociale et ses appartenances sont devenues plus lâches. L’univers social est plus atomisé ; ses contours sont perméables, fluctuants et instables. Dès lors il y a des zones de vides et les mailles qui tissaient le vivre ensemble sont rompues. On a parfois l’impression de ne plus naviguer dans le même bateau. Cette fragilisation du lien social et cette précarisation de l’individu accentuent la notion de risque et son éventualité catastrophique. [10] On sait aujourd’hui qu’on a de quoi faire exploser la terre ! Les menaces qui pèsent sur le monde ne concernent plus seulement les individus mais des populations entières voire des nations. Ces risques à probabilité faible mais à effets possibles apocalyptiques, alimentent le sentiment d’un destin commun de l’humanité et mobilisent le réflexe solidaire.

Face à cette contrainte sociale de l’individualisation et à cette nécessaire solidarité à l’échelle du monde, l’adulte peut se replier, se mettre entre parenthèse, s’exiler en soi. Le mal vivre, l’ampleur des problèmes apparemment insurmontables, le sentiment d’être toujours en première ligne, de vivre dans l’urgence et de devoir assumer en permanence ses échecs ou ses erreurs, provoquent une immense fatigue. Pour le philosophe Emmanuel Lévinas, [11] la fatigue c’est «  l’impossibilité de suivre ce que cependant on a envie de suivre. La fatigue marque un retard sur soi et sur le présent. » Mais la main ne lâche pas le poids qu’elle soulève ! Epuisé, engourdi, l’adulte continue cependant à assumer. On n’en peut plus de ne pas pouvoir, de devoir trop assumer, d’être attaqué de toute part, d’avoir envie de dire : « pouce » ! « Je passe » ! Mais en même temps, on se culpabilise de déserter la terre…

Mais le même adulte est aussi capable de se déployer, de répondre aux appels de la vie en mobilisant tous les trésors de son imagination, de son intelligence et de son expérience. En France, on constate que les individus les plus créatifs sur le plan social appartiennent au troisième âge ! L’indétermination active qui se vit aujourd’hui, l’effondrement des idéaux, l’incertitude de l’avenir ne sont pas les symptômes de la fatalité mais des catalyseurs de solidarité. L’amour du monde est intact et sa complexité invite à des solidarités plus souples que les précédentes mais beaucoup plus exigeantes quant à la qualité de leur engagement. Ces solidarités s’inscrivent souvent dans des dynamiques d’entraide de proximité plutôt spontanées et limitées dans le temps. Il s’agit de solidarités vécues dans une sorte d’espace hybride mi privé mi public plutôt associatif qui cherche à concilier pragmatisme, efficacité et convivialité.

Pour conclure cette description un peu hâtive, nous reprenons, à notre compte, ce constat de Jean Pierre Boutinet : [12] « les questions de l’adulte sont toujours liées à un sentiment paradoxal fait d’inconfort de sa propre situation : rester toujours jeune mais éprouver son avancée en âge et donc se sentir vieillir, être engagé dans de nombreuses réalisations mais intérioriser un fort sentiment d’inutilité et d’échec personnel, comprendre difficilement la façon de rendre compatible les prouesses technologiques environnementales et la montée des précarités. » La destinée d’un adulte n’est ni linéaire ni incohérente, ni statique et stable ni chaotique et désordonnée. Elle est faite d’oscillations, d’étapes, de ruptures et de réorientations. L’adulte est bien un être qui doit assumer en permanence des turbulences tout en ayant à transmettre la vie aux générations qu’il met au monde. En osant une expression paradoxale, nous parlerions d’une immaturité constitutive de la vie adulte ! En tout cas et comme le propose Paul André Giguère, [13] on ne peut plus concevoir la maturité adulte comme un état unique et terminal et « plutôt que de parler de ‘maturité de la foi’ ou de ‘maturité chrétienne’ est-il préférable de parler de processus de maturation ».

2-2 : l’équilibre critique et l’éthique matérialiste

Un équilibre instable et critique

Pour rendre compte plus avant de ce processus dynamique de la maturité adulte, nous empruntons aux anglo-saxons leur concept de complexité et d’état critique. Ainsi pour parler de l’être humain, il faudrait utiliser la notion de ‘plurivers’. On peut toujours être impressionné par ce qui fait l’unité d’un être - on dira son identité profonde -, on peut aussi être fasciné par son incroyable complexité et saisir celle-ci comme une richesse. Ainsi, Cornélius Castoriadis [14] aimait dire que l’être humain « se présente comme une étrange totalité, totalité qui n’en est pas une et en est une en même temps, composition paradoxale d’un corps biologique, d’un être social, d’une ‘personne’ plus ou moins consciente, enfin d’une psyché inconsciente, le tout suprêmement hétérogène et pourtant définitivement indissociable. Ce ‘plurivers’ est donc à la fois un corps biologique qui supporte l’ordre cosmique de la rotation de la terre et le relie au cycle de la nature et un sujet de vie psychique dont une bonne partie demeure irrémédiablement inconsciente et qui est composée de multiples personnalités agissant chacune pour son propre compte. Ce ‘plurivers’ est aussi un être social, socialement construit, à qui on peut imputer une action ou une parole et enfin une personne douée de conscience qui peut accueillir du sens et en faire quelque chose. Vu ainsi, l’être humain adulte est à la fois une conflictualité permanente et une puissance de conciliation. C’est une réalité complexe !

Une réalité complexe comme l’individu ou la société, ne peut construire son autonomie et son unité interne qu’en interaction avec son environnement. Plus elle se développe et s’organise en se détachant de l’environnement et plus elle se lie à lui par l’accroissement des échanges dont elle a besoin pour vivre. C’est son ouverture qui permet son autonomie. Ainsi plus un être humain s’autonomise et devient adulte et moins il peut s’auto suffire ! Une telle réalité complexe vit en synergie avec ce qui l’alimente mais peut aussi la détruire. Plus une telle réalité grandit et plus elle accroît son potentiel de dissociation. « La vie n’est possible que dans des systèmes loin de l’équilibre !  ».

Ainsi stabilité et perturbation ou mutation ne sont pas incompatibles. L’équilibre de l’être humain comme d’une société est un équilibre toujours critique. Dans leur grande majorité les adultes, conscients de cette complexité croissante, considèrent que les solutions simples, les réponses totalisantes et les explications uniques sont stériles et inutiles ! Ils ne semblent plus rêver comme leurs aînés d’un futur meilleur. Ils sont moins en quête d’orientation ou de sens que de sagesse pour vivre le mieux possible cet équilibre instable provoqué par leur condition.

Une éthique matérialiste

Pour éclairer ses questions vitales et cruciales pour équilibrer les tensions dont nous avons parlé, l’adulte « occidental » se tourne plutôt vers le matérialisme et puise l’information pertinente et féconde dans le creuset des sciences et des techniques. Ce matérialisme, qui correspond à ce que Georges Balandier [15] appelle «  le pragmatisme positiviste ambiant  », est à la fois une représentation du monde et une manière de l’habiter. Il s’agit d’un matérialisme non dogmatique et ouvert. Chacun s’accorde à penser qu’il n’y a pas d’autre univers que celui-ci. Rien ne se cache derrière ce qui existe. Cet univers n’est ni bon ni mauvais, il n’est déterminé par aucune force occulte ou transcendante. Il est tel que les sciences le comprennent et l’expliquent. Cet univers est matériel.

Mais la matière n’indique plus l’image terreuse et solide des choses et des objets. On la conçoit plutôt comme un ensemble infiniment ouvert de forces, de flux d’énergies et d’informations. La cybernétique et la neurobiologie ont détrôné la mécanique ! Les modèles de la matière sont ceux de la science des systèmes, des réseaux et l’auto organisation. On assiste à une dématérialisation de l’idée spontanée de matière. Cette matière regroupe ainsi des phénomènes visibles et massifs et des phénomènes invisibles et diffus. En elle, la pensée, l’esprit ou le surnaturel trouvent leur place et leur raison. L’adulte peut être, à la fois, spiritualiste et matérialiste.

Cette représentation de l’univers largement partagée aujourd’hui, est aussi une morale de l’action. Ce matérialisme non dogmatique et pragmatique n’annule ni la liberté, ni la responsabilité. Il n’interdit pas la réflexion sur la valeur et sur la norme mais leur côté impératif et impositif. Dans le domaine du discernement de l’action, ce matérialisme est plutôt critique et relativiste. Si l’option pour agir semble conforme à ce qu’on sait de la vie et de la perpétuation de la vie humaine sur terre, on a quelques raisons de penser que ce qu’on a choisi n’est pas contraire à la morale. Nous avons bien le droit de risquer notre propre vie mais pas celle de l’humanité à venir. Paradoxalement cet ethos matérialiste n’empêche pas le religieux. Ce religieux emprunte d’ailleurs au matérialisme son éco-mythologie et son techno imaginaire. G. Balandier, que nous avons déjà rencontré, [16] parle de l’apparition «  d’une sorte de néo-polythéisme qui s’attache à des ‘forces’ et des ‘puissances’ plutôt qu’à des entités. » C’est du religieux autrement, plus diffus, plus libre et plus détaché, une religiosité indéfinie, une spiritualité sans Dieu.

III- Perspectives catéchétiques

3-1 : le lien avec la recherche sur le troisième paradigme

En février 2003, il y a deux ans, l’ISPC organisa un colloque de recherche sur l’avenir de « la catéchèse dans un monde en pleine mutation ». Il proposa à ses participants d’approfondir et d’évaluer quatre hypothèses catéchétiques soumises au débat par les enseignants de l’Institut qui pensaient qu’elles pouvaient constituer l’ossature d’un nouveau paradigme catéchétique, fortement appelé par la conjoncture contemporaine. Le colloque avait permis de souligner un certain nombre d’orientations fondamentales qui semblent tout à fait s’accorder avec ce que nous avons esquissé par rapport à la vie des adultes et au défi que représente le fait de leur proposer l’Évangile comme une bonne nouvelle pour aujourd’hui.

  • a) Nous constations que nous ne pouvons plus présupposer une familiarité avec le mystère chrétien. La foi ne peut pas être considérée comme un a priori catéchétique. Même les personnes qui demeurent liées à l’Évangile, éprouvent un réel déséquilibre entre les choses de la vie et les choses de la foi. Elles ne peuvent plus se contenter des représentations religieuses inscrites en elles dans l’enfance. Nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’idée d’une disposition naturelle, culturelle et spirituelle de l’homme à entrer dans la dynamique chrétienne de l’existence.

Mais si nous croyons en vérité que l’Évangile continue à féconder l’histoire, alors il faut trouver les moyens de le proposer comme une force pour vivre aujourd’hui en quittant les schémas hérités qui étaient féconds pour une époque qui n’est plus la nôtre.

  • b) Nous disions aussi qu’il fallait sortir des processus didactiques de la transmission traditionnelle du trésor chrétien pour retrouver la fonction initiatique de la découverte du mystère de la foi. La catéchèse est plutôt demeurée, en dépit de tous les efforts accomplis, du côté de l’intelligence de la foi sans permettre vraiment une adhésion et une conversion de l’intériorité. Cette initiation, conçue comme un incessant appel, éveil et approfondissement, passe par l’immersion dans la Parole, la Liturgie, le Service et la Communion fraternelle. On privilégie l’épreuve de la relation expérientielle au Dieu de Jésus Christ et on considère cette épreuve comme la source et la ressource d’un travail de révélation.
  • c) La troisième orientation concerne l’organicité de la foi. Traditionnellement cette organicité spécifie la transmission des contenus de la foi et donc le travail des catéchètes qui doivent procéder à un exposé organique (c’est-à-dire systématique) du donné de la révélation. Dans le cadre du troisième paradigme, cette organicité ne renvoie pas d’abord à la dialectique du savoir et du non savoir ou de l’objectif et du subjectif mais au travail d’élaboration qu’un adulte croyant opère pour lier en lui l’accueil incessant de la richesse débordante de l’Évangile dans son altérité radicale (le donné de la révélation) et son appropriation structurante (la réponse personnelle et active du sujet qui se laisse surprendre et convertir par la générosité débordante de l’Esprit). [17] L’organicité des contenus de la foi devient la médiation du travail d’élaboration de l’adulte.

Ce colloque sur « Catéchèse d’adulte et maturation de la foi » fait suite, prolonge et précise notre recherche sur le troisième paradigme dont nous mesurons qu’en France au moins il n’est pas encore dans les têtes. Il est évident que ce nouveau paradigme requiert qu’on déplace pastoralement le curseur des priorités de la catéchèse de l’enfant sur la catéchèse des adultes. Rappelons que l’adulte, conscient des sollicitations contradictoires qui lui sont soumises, des tensions qu’il doit assumer pour vivre, peut élaborer historiquement cette organicité dynamique de la foi qui fait de l’Évangile une vraie force pour vivre.

J’illustrerais cette conviction en croquant une situation assez répandue aujourd’hui. Il s’agit de jeunes parents, en plein questionnement éducatif qui demandent à l’Église de baptiser leur enfant. Ils se sont rencontrés, aimés et mis en couple sans éprouver le besoin de passer devant Monsieur le Maire ou Monsieur le Curé. Ils se sont d’abord souciés de trouver leurs marques dans l’univers professionnel et social et d’établir leur équilibre face à l’éclatement et la fragilité de leurs vies… Puis ils ont fait un enfant, premier acte décisif et crucial de leur existence commune qui mobilise tout leur investissement affectif et leur espoir. Bien que leur foi chrétienne de l’enfance leur soit devenue totalement étrangère, c’est vers elle qu’ils se tournent pour célébrer l’évènement. La perspective d’avoir à éduquer leur enfant les rapproche de la religion et la démarche qu’ils entament pour leur gamin est aussi une démarche pour eux-mêmes. Si l’enfant est la médiation de leur redécouverte de la foi chrétienne, cette redécouverte est pour eux une ressource essentielle de leur projet éducatif et de la vie familiale qu’ils vont devoir assumer et animer. L’effort catéchétique dans lequel ils peuvent s’investir devient la médiation de l’éveil à la foi de leur enfant. Il est donc fondamental de les servir.

3-2 : le paradoxe de la foi chrétienne

L’Évangile est bien une force pour vivre aujourd’hui, dans ce monde tel qu’il est ! Dans la foi chrétienne, l’existence humaine acquiert de la densité, de la dignité et de la plénitude. Le christianisme est une religion de l’amour qui appelle chacun à une fidélité de l’amour en lui. En effet, cet amour de Dieu révélé en son Fils n’abolit pas le sujet disant moi et se rapportant à lui-même comme instance de décision. Dieu appelle ainsi chacun à se tenir comme « sujet devant sa face » L’altérité et la transcendance de Dieu ne détruisent pas l’intériorité mais l’invitent au contraire à s’approfondir en vérité. On peut comprendre que le christianisme soit une bonne voie de subjectivation. C’est en ce sens qu’on peut relire saint Augustin quand il ne cesse d’inviter l’homme à se tourner vers le dedans. « Au lieu d’aller dehors, rentre en toi-même ; c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité  ». [18] Dieu se donne dans l’intimité de la présence à soi mais cet accueil du dedans mène au-delà ; entrer en soi-même dans les profondeurs de l’intériorité, c’est être emporté hors de soi vers Dieu. Cette quête de soi-même pour tenir debout sans trop se leurrer dans ce monde incertain n’est pas contradictoire avec la foi chrétienne dans la mesure où l’Évangile libère une expérience humanisante qui rejoint l’individu dans les tensions qu’il doit assumer pour vivre.

Mais si l’Évangile rejoint les questions vives de l’adulte, ses aspirations fondamentales, son désir de véridicité et d’authenticité, il le fait en allant au-delà : il n’est pas une réponse en miroir. L’appel de Dieu exige un renversement des attitudes et des manières de voir et de se situer en ce monde. L’Évangile met en cause les préjugés, les certitudes, les habitudes et les comportements. Un ressuscité exécuté sur une croix qui donne la vie par sa mort et exerce sa maîtrise en épousant la condition d’esclave, ça ne va vraiment pas de soi et requiert une bonne dose de conversion du regard pour être accueilli comme une bonne nouvelle ! Scandale pour les uns et folie pour les autres, il faut un sacré renversement pour comprendre que ce « messie crucifié est puissance et sagesse de Dieu ! » L’appel de Dieu à aller vers soi-même en vérité fait nécessairement buter sur le scandale et la folie de la croix qui cependant ouvre chacun à son avenir de ressuscité.

La Bonne Nouvelle de l’Évangile n’est une vraie nouvelle bonne que par bien des détours. La révélation invite à la conversion permanente. «  Ce qui est chrétien, écrit Jean Louis Souletie, [19] c’est la décision de l’instant. Il n’y a ni sécurité, ni garantie de la foi mais toujours la nouveauté de la Parole qui appelle chaque fois une nouvelle obéissance. » Le chrétien n’a jamais fini de répondre à l’appel et d’y aller, d’être engendré et initié, mais c’est sans doute dans cet accueil et cette réponse incessante à l’appel qu’il trouve le vrai bonheur et la force de vivre et d’affronter la tension. Il s’agit à chaque fois d’une nouvelle naissance. C’est sans doute de ce côté là qu’il faut chercher à saisir la dynamique de la maturation de la foi. Hannah Arendt [20] n’hésiterait pas à parler du statut de néophyte de tout être humain. Ce statut permanent de l’existence humaine est intrinsèquement lié, chez la philosophe, à l’événement de la naissance. « Parce qu’ils sont ‘initium’, nouveaux venus et novateurs en vertu de leur naissance, les hommes sont portés à l’action.  » Ce jeu permanent entre accomplissement et dépassement, réalisation et conversion, prise en charge et lâcher prise traduit une tension spécifique au christianisme qui est à la fois humanisante et vivifiante. L’intériorité qui se cherche et assume les tensions qui la constituent peut contenir bien plus que ce qu’elle peut tirer de soi.

IV- Quelques mots sur la méthode de recherche du colloque

C’est donc bien sur cette question urgente aujourd’hui d’une catéchèse d’adultes au service de la maturation d’un sujet croyant que nous allons travailler. En fidélité à sa tradition de théologie pratique, l’ISPC vous invite à entrer en recherche pendant les trois jours qui viennent pour creuser, éclairer cette question. Les modalités de ce colloque se démarquent un peu des formes habituelles d’un colloque qui permettent à des universitaires et chercheurs d’échanger leurs analyses et leurs découvertes sur un domaine considéré. Pour nous les praticiens ont autant d’importance que les théoriciens, pas plus mais pas moins. Il s’agit de problématiser un ensemble de questions en articulant le champ de l’action et les nouveaux horizons qu’il projette et le champ de l’analyse critique mais constructive. À l’audace de l’action répond le courage de la pensée. La pratique n’est jamais une application de la théorie et la théorie, un simple reflet de la pratique. Dès lors il s’agit d’instaurer un dialogue exigeant certes mais fécond entre les chercheurs et les praticiens au bénéfice de l’action catéchétique. Bien sûr, on risque de bricoler un peu, de piétiner dans des impasses, de buter sur des obstacles mais jusqu’à présent c’est comme cela que la recherche avance sans sûreté quant à la route. Bien que la littérature sur le thème du colloque soit prolifique, nous avons le sentiment que les concepts de maturité/maturation et de dimension adulte dans la foi ne sont pas aboutis. Le dialogue entre des praticiens de la catéchèse d’adultes et des théoriciens de l’acte catéchétique peut aider à clarifier ce champ qui demeure flou.


[1] Directoire Général pour la Catéchèse, (D.G.C), Congrégation pour le Clergé, 1997.

[2] Code de Droit canon de l’Église Catholique de 1983, n° 204 §1.

[3] Joseph Colomb, « Enfants des hommes et enfants de Dieu », conférence du 24 avril 1957, 2e Congrès français de l’enseignement religieux, Paris.

[4] Jean Paul II, Exhortation apostolique Catechesi Tradendae, 16 octobre 1979.

[5] Alain Touraine « la formation du sujet », dans Penser le sujet, autour d’Alain Touraine, colloque de Cerrsy, sous la direction de François Dubet et Michel Wierviorka, Fayard, Paris, 1995, p. 36.

[6] Charles Taylor, Les sources du moi, Seuil, Paris, 1998, p. 65.

[7] Georges Balandier, Le détour, Fayard, Paris, 1984, p. 8.

[8] Michel Crozier, L’entreprise à l’écoute, apprendre le management post-industriel, Inter éditions, Paris, 1989, p.201 .

[9] Alain Touraine, Pourrons-nous vivre ensemble ?, Fayard, Paris, 1997, p. 57.

[10] Pierre Rosanvallon, La nouvelle question sociale, Seuil, Paris 1995.

[11] Emmanuel Lévinas, De l’existence à l’existant, Fontaine, Paris, 1947 p. 41 à 43 .

[12] Jean Pierre Boutinet, « Les adultes aussi », Revue Catéchèse, n° 155 (2 / 1999) .

[13] Paul André Giguère, Catéchèse et maturation de la foi, Novalis, Lumen Vitae, 2002, p. 96.

[14] Cornélius Castoriadis, Le monde morcelé, l’état du sujet aujourd’hui, Seuil, Paris, 1984 p. 189 .

[15] Georges Balandier, Le détour, Fayard, Paris, 1984, p. 139.

[16] Georges Balandier, Le dédale, Fayard, Paris, 1994, p. 152.

[17] Nous nous référons ici aux excellentes suggestions du frère Enzo Biemmi quand il parle d’une organicité vivante qui spécifie plus le travail du sujet en quête de maturation que la charge catéchétique proprement dit. Cf. « catéchèse en mutation II » dans Catéchèse n°173, 4/2003 .

[18] Saint Augustin,  De la vraie religion dans la foi chrétienne, Desclée de Brouwer, Paris, 1982, p. 180.

[19] Jean Louis Souletie, La crise, une chance pour la foi, l’Atelier, Paris, 2002, p. 51.

[20] Hannah Arendt, Conditions de l’homme moderne, Calmann-Lévy, Paris 1963, p.179.


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